‹ Traité général de photographieChapitre 6 sur 102 · GRÉS · texte numérisé non relu

GRÉS

DENSITÉ

Ul

Pour les liquides moins denses que l'eau.

BAUMÉ

DENSITÉ

BAUMÉ

DENSITÉ

B\UMÉ.

DENSITÉ

BAUMÉ

DENSITÉ. j

42 GÉNÉRALITÉS

§ 44. Balances. — Le laboratoire doit contenir deux balances, l'une à grands plateaux, système Roberval (fig. 7), sur laquelle se pèsent les corps lourds; et l'autre, petite balance à main (fig. 8), qui sert au pesage de petites quantités de substances. Pour opérer

Yig, 7. — Biilance Roberval. Fig. 8. — Balance à main.

proprement et exactement les pesées, il est bon de recouvrir chaque plateau de la balance d'un carré de papier d'un poids égal ; on ne salit point ainsi les plateaux, et les substances s'introduisent facilement dans les vases en pliant le papier en deux.

§ 45. Bouchons. — Les bouchons doivent être choisis avec le plus grand soin. On les coupe avec un couteau très finement aiguisé,

Fig. 9. — Appareil pour ramollir Fig. 10. — Perce-bouchons,

les boucboiis de liège.

en glissant toujours la lame dans le sens de la longueur tout en la faisant avancer. On leur laissera une forme légèrement conique.

Pour enlever aux bouchons leur dureté, on les comprime entre deux lames de bois à échancrure (fig. 9), en tournant le bouchon sur son axe.

Pour percer les bouchons, on se sert de tubes en cuivre mince (fig. 10), tranchants à l'une extrémité et aplatis à l'autre. Le bouchon étant placé verticalement sur une table, se perce aisément en tournant le perce-bouchons sur son axe tout en appuyant fortement. Une goutte d'huile favorise l'opération. On possédera une série de ces perce-bouchons de divers diamètres; ils se vendent d'ailleurs ainsi. Le trou fait dans le bouchon peut être, au besoin, agrandi avec une lime ronde.

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Les tubes s'introduisent alors facilement dans les bouclions, mais il faut qu'ils entrent avec facilité ; en employant la force, on pourrait les casser et se blesser dangereusement.

§ 46. Chauffage. — Il existe plusieurs moyens de chauffer les appareils en verre et en porcelaine :

P Le chauffage au charbon de bois dans de petits fourneaux en terre, dont la figure 26 représente des exemplaires.

2" Le chauffage sur des lampes à alcool et à double courant d'air.

3" Enfin le chauffage au gaz qui est adopté dans tous les laboratoires. On n'emploie pas le gaz cà l'éclairage ordinaire, parce qu'il salit tous les objets à chauffer, à cause du carbone qu'il dépose, mais on le mêle avec de l'air dans la lampe elle-même. Pour plier des tubes, par exemple, et bien d'autre opérations, la lampe à gaz de M. Bunsen (dite hec de Bunsen — fig. 11), est d'un emploi très commode; aussi allons-nous en donner une explication détaillée. Le gaz arrive en B par un tuyau de caoutchouc; l'ouverture B communique avec le bec triangulaire f.

Le gaz allumé en / brûlerait donc avec sa flamme ordinaire. Le bec f est entouré d'un cube de cuivre cl percé latéralement de trous qui livrent passage à l'air, et le tuyau GN se visse sur ce cube, de manière à ne pas fermer ces trous d. Au-dessous de la pièce de cuivre se trouvent deux trous ce pour fixer l'appareil sur le support de la lampe; enfin, il est terminé inférieurement par un pied de fonte pour le cas où il se place sur une table. Voici maintenant le jeu de l'appareil. Le gaz arrivant en / se mélange à l'air qui entre par les trous d, de sorte que ce mélange enflammé en N, brûle avec une flamme bleuâtre. Si le tube C est vissé trop loin sur le cube de cuivre, s'il ferme les Fig. u. - Beede Buusen. ouvertures d, le gaz brûle avec sa flamme blanche ordinaire. Ce bec, outre l'économie considérable qui résulte de la substitution du gaz à l'alcool, donne une chaleur beaucoup plus grande. La lampe de Bunsen ne coûte que fr. 3,75 et ne consomme que 10 centimes de gaz à l'heure, tout en donnant trois fois autant de chaleur qu'une forte lampe à alcool.

Quand il s'agit de chauffer des capsules en porcelaine on se sert alors d'un bec à plusieurs ouvertures (fig. 13). On trouve dans le

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commerce des lampes circulaires de la dernière forme munies d'un cylindre de tôle (fîg. 12). Ces lampes sont extrêmement commodes pour le chauffage des capsules en porcelaine, parce qu'elles répartissent la chaleur sur une grande surface. Chauffées par une flamme isolée, les capsules sont exposées à se casser.

Le chauffage des creusets se fait dans des fourneaux en maçonnerie, mais un fourneau ordinaire en terre cuite est parfaitement propre à cet usage pour les petites opérations.

Fig. 12

Fig. 13. — Lfiinpe A gaz.

Fig. 1 l. — Fi'UinPau à cr euiels.

Pour chauffer un creuset, on commence par placer sur la grille une ou deux petites briques qui le supportent (fig. 14) et on l'entoure alors de charbon de bois allumé et de fragments de houille. Le feu étant bien en train, on y verse quelques pelles de coke en morceaux gros comme le poing que l'on arrange symétriquement autour du creuset jusqu'au-dessus du couvercle. Au bout d'une demi-heure, si le fourneau tire bien, le creuset est porté à une température d'un rouge vif. Le creuset peut être enlevé à l'aide d'une pince (fig. 15), ou bien refroidi en laissant éteindre complètement le feu. Dans le premier cas, à l'aide d'un tison on écarte les charbons qui le recouvrent et qui l'entourent, et on le saisit vers le milieu avec la pince, en recouvrant celle-ci et les mains d'un essuie-mains hieoi sec pour se préserver de l'action rayonnante du feu. Quelques essais d'ailleurs valent mieux que tous les préceptes que nous pourrions donner.

Fig.

.') — Pince à ;reusels.

§ 47. Creusets. — Les creusets triangulaires ou ronds, dit de Hesse, se trouvent facilement dans le commerce. Les

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creusets en terre de Paris, munis d'un couvercle, conviennent encore. Il est bon de recouvrir le creuset d'un couvercle en terre, mais non d'un creuset plus petit, ce qui expose toujours le creuset inférieur à se crevasser quand la température est élevée. Les creusets en plombagine coûtent un peu plus cher que les creusets ordinaires, mais ils durent plus longtemps. Il est bon de les chauffer graduellement et avec ménagement, car ils se fendent assez facilement.

§ 48. Entonnoirs. Éprouvettes. Étiquettes. —

L'entonnoir est si connu que nous pouvons le passer sous silence. Il sert surtout à filtrer et à transvaser les liquides d'un vase dans un autre.

La figure 25 montre une éprouvette droite, la fig. 16 une éprouvette conique, et la fig. 17 un tube à essai. Ce dernier modèle sert aux analyses quand il s'agit pig. le. - Éproud'opérer à chaud. vetteàpie.i.

Les étiquettes des flacons doivent être écrites à l'encre de

Fig. 17. — Tube à essai. Fig. 18. — Comment se font les filtres.

Chine et non à l'encre ordinaire qui s'elface trop facilement sous l'influence des vapeurs acides.

§ 49. Filtres. — Les filtres se font en papier non collé. On se sert souvent de papier blanc, dit de Suède mais en France, on fait pour cet usage des filtres ronds portant le nom de filtres de Prat et Dumas. Les dimensions les plus commodes sont de 15, 25 et 33 centimètres de diamètre.

Le filtre ordinaire (fig. 18) se fait en pliant d'abord le papier en deux, puis en quatre, et finalement en l'ouvrant pour le placer dans l'entonnoir.

Les filtres à plis (fig. 19) se font aisément avec le moule-filtre Carré, composé de pièces de carton rentoilées (fig. 20 et 21), dans lequel

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on enferme le papier à filtre. Le papier a pris une série de plis que l'on ouvre pour en faire encore deux autres extrémités. Il se place

Fig. 20. — Moule-filtres. Fig. 21. — Moule-filtres plié.

alors aisément dans l'entonnoir, sans se déchirer. Les figures 22 et 23 montrent comment on mène l'opération de la filtration : tantôt on se

Fig. 22 — Filtcution. Fig. 23, — Appareil à filtrer.

sert d'un support, tantôt le flacon lui-même en tient lieu. Le filtre ne doit pas dépasser l'entonnoir

g 50. Flacons. — Les flacons munis de bons bouchons de liège sont suffisants pour la plupart des cas. La forme carrée est excellente pour le voyage, la forme demi-ronde pour le laboratoire.

Quant aux flacons bouchés à l'émeri, les flacons français sont recherchés partout, parce qu'ils ferment hermétiquement.

Quand on ne sait pas ouvrir un flacon bouché à l'émeri, on en chauffe le goulot en le tournant d'abord lentement dans la flamme d'une lampe à alcool, puis en frappant avec une tige de bois quelques petits coups secs latéralement sur le bouchon, il s'enlève alors facilement. Cette opération ne réussit pas toujours, surtout si le flacon

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contient des substances qui incrustent le goulot, qu'il faut alors casser.

§ 61. Mesures graduées. — Tout photographe doit posséder les mesures graduées suivantes :

1° Une éprouvette cylindrique (fig. 25), graduée de centimètre en centimètre, jusqu'à 30.

2" Une éprouvette de même forme, divisée de 10 en 10 centimètres et mesurant 200 cent, cubes.

3° Enfin une grande mesure conique (fig. 24) divisée de 50 en 50 cent, cubes, de la contenance d'un litre.

On se procure très aisément dans le commerce des éprouvettes en verre de la forme indiquée dans la fig. 25. Il est facile de les graduer soi-même, si l'on possède un diamant à écrire sur verre, que l'on se procure chez tous les opticiens à un prix très minime. Sur l'un des plateaux d'une balance, on place l'éprouvette en verre; sur l'autre, un poids qui l'équilibre. Nous la supposerons toute petite et devant être divisée de 5 en 5 centimètres cubes jusqu'à 50. On place successivement d'un côté des poids 5, 10, 15, 20, 25, 30, 35, 40, 45 et enfin 50 grammes, et, chaque fois l'on introduit de l'eau goutte à goutte dans l'éprouvette jusqu'à parfait équilibre des poids susmentionnés en marquant un trait au diamant sur la surface extérieure de l'éprouvette et au niveau de l'eau. On procède de la même façon pour de grandes éprouvettes. Le principe de cette opération est bien facile à saisir : chaque gramme d'eau est un centimètre cube ; or, un litre d'eau, pesant 1 kilogramme, contiendra donc 1000 cent, cubes ou un décimètre cube.

Veut-on j^eser un liquide en le mesurant, il faudra connaître sa densité, c'est-à-dire son poids comparé à celui de l'eau à égalité de volume. L'acide nitrique, par exemple, d'une densité de 1,4 pèsera, par litre, 1000 fois 1,4 grammes ou 1400 gr. L'alcool dont la densité est de 0,8 pèsera mille fois 0,8 ou 800 grammes.

§ 62. Mortiers et pilons. — Il est bon de posséder deux mortiers, l'un en bronze, l'autre en porcelaine. Leur usage est d'ailleurs si connu que toute description en est inutile.

§ 53. Nettoyage des verreries. — Ce nettoyage s'opère, soit à l'acide nitrique pour la plupart des cas, soit à la potasse caustique si les verreries sont salies par des corps gras. En tous cas, elles sont rincées trois ou quatre fois à l'eau, puis renversées sur des supports

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en bois afin que l'eau s'écoule et s'évapore. Si les verreries sont munies de bouchons à l'émeri, l'on aura toujours soin de déposer le bouchon à côté de la pièce à laquelle il appartient.

Quand on est très pressé de nettoyer un flacon, le dernier rinçage peut se faire à l'alcool, puis à l'éther. Dirigeant alors un courant d'air dans le flacon, à l'aide d'un petit soufflet muni d'un tube de verre, on le dessèche en quelques instants.

§ 64. Thermomètres. — Pour la chimie, il est bon de posséder des thermomètres à mercure divisés sur la tige. La division centigrade est généralement adoptée.

SECTION II. — LES SELS d'argent.

§ 56. L'iodure d'argent (Agi). — On le prépare en faisant agir les vapeurs de l'iode sur l'argent métallique, ou bien par double décomposition entre un iodure alcalin et un sel soluble d'argent. Nous ne considérerons ici que l'iodure préparé de la dernière manière.

Une solution de nitrate d'argent étant versée dans une solution iViodure de potassmmi en excès, produit un précipité légèrement jaunâtre d'iodure d'argent, presque comjplètement insensible à la lumière, quand même l'excès d'iodure de potassium est enlevé par plusieurs lavages à l'eau. En présence d'une solution de tannin cet iodure prend à la lumière une teinte grise.

Mais quand on verse une solution d'iodure de potassium dans un excès de nitrate d'arge^iit, le précipité est à'nnjaîme paille et noircit très rapidement à la lumière en prenant une teinte grise. En présence d'un oxidant tel que l'acide azotique, cet iodure d'argent n'est pas altéré par la lumière, d'où l'on peut conclure que l'action de la lumière sur ce corps consiste simplement dans la séparation des éléments iode et argent. L'iodure d'argent jaune paille n'est presque pas sensible à la lumière quand il est parfaitement lavé à l'eau, de manière à éliminer les dernières traces du nitrate d'argent qui a servi à le préparer. Cependant il change un peu de couleur par une exposition prolongée pendant plusieurs jours aux rayons solaires; mais reporté dans l'obscurité, il reprend sa couleur primitive. L'iodure d'argent jaune paille, lavé, prend k la lumière (en présence du tannin) une couleur violette.

Certaines matières organiques, telles que l'albumine, la gélatine, quelques résines, susceptibles de se combiner avec le nitrate d'argent, forment également avec l'iodure d'argent une combinaison blanche légèrement bleucàtre.

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L'iodure d'argent se dissout dans le cyanure de potassium et Tliyposulfite de soude, mais pas dans V ammoniaque, ce qui le distingue du bromure et du chlorure d'argent.

Une solution concentrée de nitrate d'argent dissout l'iodure du même métal en abandonnant par l'évaporation des cristaux à'ioclo-nitrate d^argent très sensibles à la lumière. L'iodo-nitrate d'argent se décompose au contact de l'eau en iodure d'argent et nitrate de même métal. L'acide citrique précipite l'iodo-nitrate de sa solution dans le nitrate d'argent.

L'iodure d'argent est plus soluble à froid qu'à chaud, dans le nitrate d'argent. Ainsi, une solution de ce dernier corps saturée d'iodure d'argent à froid et filtrée se trouble quand on la chauffe. Toutefois la. liqueur s'éclaircit en se refroidissant.

L'iodure d'argent est très soluble dans l'iodure de potassium avec lequel il forme une combinaison. Étendue d'eau, la solution est décomposée, et l'iodure d'argent se dépose.

§ 66. Bromure d'argent. — Le bromure d'argent s'obtient par double décomposition entre un bromure alcalin et le nitrate d'argent. Si l'on opère avec des liquides très dilués (au millième) le bromure d'argent est jaune verdàtre quand le bromure alcalin est en excès, et blanc pur si le nitrate d'argent est en excès. Dans les deux cas, le bromure d'argent est de la même composition chimique.

Le bromure d'argent est soluble dans le cyanure de potassium, l'hyposulfite de soude et l'ammoniaque. Mais il est bien moins soluble dans l'ammoniaque que le chlorure d'argent.

Le bromure d'argent noircit rapidement à la lumière.

M. Stas (1) a observé que le bromure d'argent affecte plusieurs états physiques différents. Voici ceux qui nous intéressent le plus au point de vue de la photographie.

P L'état fioconneux blanc ou jaune, si on le produit à froid par double décomposition entre le nitrate d'argent et le bromure de potassium en solutions diluées de 1/2 à 1 pour cent. Il est blanc lorsque le sel d'argent est en excès, jaune si le bromure alcalin est en excès.

2" A l'état de bromure pulvérulent blanc ou jaune.

Le bromure floconneux se transforme en bromure pulvérulent sous l'influence de l'agitation avec l'eau, très rapidement lorsque les flocons ont été produits dans un liquide neutre, et très lentement pour le bromure qui a pris naissance dans un liquide acide.

(1) Annales de chimie et de physique, 1874

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S'' A l'ëtat de bromure grenu.

Lorqu'on verse du bromure floconneux dans de l'eau en ébullition, à l'instant même ce bromure se transforme en une poussière d'une ténuité extrême qui est du bromure grenu.

Les bromures d'argent floconneux ou pulvérulents sont insolubles dans l'eau pure à une température comprise entre zéro et 33 degrés centigrades. Mais à une température supérieure, ils sont sensiblement solubles.

Le bromure d'argent floconneux est légèrement soluble dans les dissolutions des acétates alcalins.

Pour plus de détails le lecteur consultera le mémoire original de M. Stas.

L'auteur de cet ouvrage (l) a découvert qu'au point de vue de la photographie il existe deux bromures d'argent :

P Le bromure d'argent blanc qui est très divisé, en particules très fines, et qui devient, lorsqu'il est mouillé, violet à la lumière en un temps très court. En revanche, il est peu sensible à la chambre noire, l'action de la lumière étant révélée par le développement.

2" Le bromure d'argent jaune verdàtre, qui est un peu grenu, dont les particules sont fortes, et qui, exposé au jour direct, est beaucoup moins altéré par la lumière que le bromure blanc. En revanche il est bien plus sensible à la lumière, l'action étant révélée par le développateur.

Nous reviendrons tout au long sur ce sujet dans le chapitre de cet ouvrage concernant le procédé aux émulsions.

§ 67. Chlorure d'argent (AgCl). — Préparé par l'action du chlore en dissolution sur l'argent métallique en excès, le chlorure d'argent est violet. Nous étudierons cette modification du chlorure d'argent à l'article JiéliocJiromie (voyez ce mot dans l'index). Préparé par double décomposition entre un chlorure alcalin et le nitrate d'argent, il est blanc, caillebotté, et fort sensible à la lumière, même en présence d'un excès de chlorure alcalin, beaucoup moins cependant qu'en présence d'un excès de nitrate d'argent. Il noircit d'ailleurs à la lumière, même dans un mélange d'eau et d'acide nitrique à 40"* de température ; or, si cette décomposition consistait dans la séparation de ses éléments constitutifs, chlore et argent, l'argent devrait être dissous au moment même de sa formation et le chlorure rester blanc. D'où l'on peut conclure que l'action de la lumière sur ce corps consiste dans l'élimination d'un demi-atome de chlore et que le résidu est un

(1) Bull. soc. franc, phot. 1879. Mémoire sur le gélatino bromure d'argent.

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sous-Momre d'argent yiolet (Ag.Cl?). Néanmoins il est probable que ce dernier étant à son tour réduit par la lumière, le chlorure noirci est toujours un mélange d'argent métallique et de sous-chlorure violet, surtout si l'action de la lumière a été longtemps prolongée.

Soumis à l'action de la chaleur, le chlorure d'argent fond en une masse blanche qui devient violette lorsqu'on l'expose à la lumière.

Le chlorure d'argent absorbe le gaz ammoniac en très grande quantité et forme avec ce corps une combinaison définie, de même qu'avec les chlorures alcalins.

Le chlorure d'argent forme avec l'albumine une combinaison translucide qui ne laisse pas apercevoir la texture grenue du chlorure. Ainsi, une solution aqueuse très étendue de chlorure de sodium dans l'albumine, versée dans une solution aqueuse (également très étendue) de nitrate d'argent ne produit pas de précipité.

Au contraire, dans les solutions aqueuses, le chlorure d'argent est complètement insoluble, et se rassemble facilement, surtout par l'agitation du liquide, en un précipité lourd, qui se dépose rapidement au fond du vase dans lequel on opère.

Le chlorure d'argent est très soluble dans les dissolvants de l'iodure d'argent et dans l'ammoniaque. Il ne forme pas de combinaison avec le nitrate d'argent.

Le chlorure d'argent est réduit à l'état métallique lorsqu'on le met en contact avec du fer et du zinc, surtout lorsqu'il est humide.

§ 68. Nitrate ou Azotate d'argent (AgO, AzO^). — C'est le sel d'argent le plus important et le mieux connu en chimie. Il cristallise en lames carrées, incolores, inaltérables à l'air. Il est soluble dans l'eau et l'alcool. 100 parties d'eau à Ib'' de température dissolvent 100 parties de nitrate d'argent et plus du double à lOO*". — 100 parties d'alcool à 36 degrés Baumé et à 15 degrés de température dissolvent 10 parties de nitrate d'argent et 25 parties à l'ébullition. L'éther précipite en partie les dissolutions alcooliques saturées de nitrate d'argent.

La lumière n'agit pas sensiblement sur le nitrate d'argent cristallisé ou fondu. 3fais si la fusion du nitraU d'argent a eu lieu à la plus lasse température nécessaire à cet effet, le nitrate d^ argent liane dément très vite lieu à la lumière.

Une solution de nitrate d'argent cristallisé dans l'eau distillée rougit lentement le papier bleu de tournesol : elle a donc une réaction légèrement acide. Mais la solution de nitrate fondu est neutre au papier de tournesol.

Le nitrate d'argent est très soluble dans l'ammoniaque, le cyanure de potassium en excès, l'hyposulfite de soude. — Les solutions de

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nitrate d'argent donnent des précipités avec les iodures, bromures et chlorures alcalins.

Si l'on immerge une lame de cuivre, de zinc ou de fer dans une solution de nitrate d'argent, il se dépose rapidement de l'argent métallique en poudre grise. Au bout de quelques heures tout l'argent de la solution est précipité. Il en est de même lorsqu'on verse dans une solution de nitrate d'argent un excès de sulfate de fer ou d'acide pyrogallique.

Le nitrate d'argent se décompose très facilement au contact des matières organiques, telles que le papier, la peau, etc. Il faut donc toujours conserver cette substance dans des flacons à l'émeri, et non dans des flacons bouchés avec du liège, du papier, ou du caoutchouc.

Le nitrate d'argent noircit le linge et la peau en très peu de temps; aussi les photographes ont-il presque toujours les doigts noirs-. Pour enlever ces signes caractéristiques du métier, on se sert généralement d'un morceau de cyanure de potassium que l'on frotte sur la tache légèrement mouillée. Si cette dernière est ancienne, il faut d'abord la couvrir d'une paillette d'iode, puis la frotter avec le cyanure ; mais, si elle est récente, elle s'enlève très bien par le cyanure seul. Ce dernier corps étant fort dangereux, surtout si l'on a, aux mains, des coupures fraîches, on peut le remplacer par une solution très concentrée d'iodure de potassium. Quand on a manié des liquides argentifères et qu'on redoute des taches aux mains, il suffît, pour les prévenir, de les laver à l'hyposulfite de soude qui est parfaitement inoflensif.

Le nitrate d'argent que l'on trouve dans le commerce est généralement très pur, mais cela ne suffît point, comme nous le verrons plus loin, pour les usages photographiques. Il se présente, tantôt en cristaux, tantôt en plaques fondues ou petits cylindres, auquel cas il porte le nom de ^pierre infernale. On le trouve encore à l'état fondît gris, mais alors c'est qu'il a été fondu à une haute température et qu'il contient de l'argent réduit qui le colore en gris.

Il arrive que le nitrate d'argent, dans un but de fraude, est fondu avec du salpêtre. Il a alors une cassure à petits grains, au lieu de la cassure lamelleuse qu'il possède à l'état pur. Pour connaître le titre de la falsification, on le dissout dans l'eau pure, le précipite par l'acide chlorhydrique pur, filtre et évapore la solution. — Le résidu constitue la falsification.

Nous allons maintenant indiquer comment se prépare le nitrate d'argent, puis nous l'examinerons au point de vue des qualités qu'il doit posséder pour la photographie.

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§ 59. Préparation du nitrate d'argent. — On commence par acheter à la Monnaie de l'argent pur laminé, ou, à défaut, de l'argent allié au cuivre, et même des pièces monnayées neuves. On peut encore se servir de l'argent provenant des résidus photographiques (U, à la condition que ce métal ait été préalablement fondu et coulé en grenailles. Mais jamais l'argent non fondu, par exemple l'argent à l'état de poudre métallique réduit du chlorure ou du nitrate par le zinc ou le cuivre, ne donne de bon nitrate d'argent pour la photographie.

Il faut ensuite se procurer de l'acide nitrique pur (ne se servir jamais d'acide nitrique ordinaire du commerce qui contient de l'acide iodique), et le mélanger de deux fois son volume d'eau.

L'on dispose (fig. 26) sur un fourneau à charbon, ou mieux sur un feu à gaz, une capsule en porcelaine d'une dimension proportionnée à la quantité

de nitrate d'argent que l'on veut pré- Fig. 26. — Préparation du nitrate d'argent.

parer, l'on y met l'argent en grenailles ou en pièces monnayées, puis 4 fois le poids de l'argent en acide nitrique mélangé d'eau comme nous l'avons indiqué plus haut. L'on recouvre la capsule d'un entonnoir dont la partie inférieure entre dans la capsule, afin que les gouttes d'acide qui distilleront plus tard retombent dans la capsule ; puis on chauffe très-doucement.

Cette opération doit d'ailleurs se faire sous le manteau d'une cheminée qui entraîne les vapeurs nitreuses délétères se produisant dans cette préparation.

Dès que le liquide s'échauffe, il bleuit (2); bientôt d'abondantes vapeurs rouges se forment sous l'entonnoir et tout le liquide entre en ébullition. Insensiblement les vapeurs rouges disparaissent et l'on aperçoit le liquide clair à travers l'entonnoir. Si l'on remarque

(1) II est très-rare que l'argent extrait des résidus photographiques soit pur. Il contient presque toujours du zinc, du fer et surtout du soufre, qui passe à l'état de sulfate par l'action de l'acide nitrique. Dans ce cas, il vaut toujours mieux dissoudre l'argent brut dans l'acide nitrique ordinaire (souvent on a un résidu noir insoluble qui est en majeure partie formé d'or) et l'on précipite l'argent par l'acide chlorhydrique à l'état de chlorure, qu'on réduit à l'état métallique comme nous l'indiquerons à l'article résidus.

(2) Bien entendu s'il contient du cuivre.

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encore de l'argent non attaqué, on ajoute un peu d'acide par le bec de la capsule, et sans soulever l'entonnoir. De nouvelles vapeurs rouges se manifestent et disparaissent de nouveau au bout de quelques minutes. Enfin, tout l'argent étant dissous, on alimente un peu plus fortement le fourneau à l'aide de nouveau charbon (i). Le feu étant bien en train, le liquide bout en répandant des vapeurs blanches acides qu'il faut éviter de respirer. Au bout d'une demiheure plus ou moins, suivant la manière dont on conduit le feu, le liquide est complètement évaporé, et une substance d'un vert sale est abandonnée comme résidu. On continue toujours à chauffer, la substance verte se boursouffle et fond en un liquide noir. A ce moment, on enlève l'entonnoir, et, saisissant la capsule par les bords, on l'agite et on l'incline pour que le liquide noir entraîne toute la substance verte au fond. On doit, pour bien réussir, chauffer fortement. Le liquide noir entre en ébullition, dégage quelques vapeurs rouges en faisant entendre un certain bruissement. Peu à peu ce bruissement disparaît, et toute la matière est d'un noir de jais. On enlève alors la capsule du feu, puis, la plaçant sur un morceau de bois sec pour ne pas la casser par un refroidissement brusque, on lui imprime un mouvement rotatoire qui fait couler le nitrate fondu sur les bords, où il se solidifie. On abandonne alors le tout au refroidissement. Le nitrate fondu subissant un retrait considérable, fait entendre des craquements qui pourraient faire croire que c'est la capsule qui se fend. Il s'enlève facilement avec un couteau que l'on introduit entre la croûte de nitrate et la capsule. La substance noire, consistant en nitrate d'argent et oxyde de cuivre, est mise en flacons. Dans cet état, elle constitue le nitrate d'argent brut qu'il faut purifier.

§ 60. Purification du nitrate d'argent. — Le nitrate d'argent noir obtenu dans l'opération précédente est dissous dans son poids d'eau tiède et filtrée. La solution doit être incolore. Si elle est bleue, c'est que tout le cuivre allié à l'argent n'a pas été enlevé par la fusion, et dans ce cas, il faut ajouter au liquide de l'oxyde d'argent récemment précipité et humide, jusqu'à complète décoloration du liquide, puis le filtrer.

(1) Il faut éviter que des fragments de charbon ne tombent dans la capsule, car il se formerait alors une substance qui détruirait une partie des propriétés photographiques du nitrate d'argent obtenu. Un bain d'argent préparé avec un tel nitrate est sujet à donner des épreuves voilées ; de plus, il fait que les images développées manquent d'intensité. Il est préférable de se servir, au lieu d'un fourneau à charbon^ d'un fourneau à gaz.

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Mais si Ton a un peu l'habitude de la préparation du nitrate d'argent, cet accident n'arrive point, la liqueur est incolore, et on peut l'évaporer jusqu'à moitié de son volume. Ajoutant alors 3 ou 4 gouttes d'acide nitrique au liquide, on le laisse refroidir une nuit entière, et le lendemain, de grands cristaux tubulaires tapissent le fond de la capsule. C'est du nitrate d'argent cristallisé que l'on doit réserver à la préparation ultérieure du nitrate d'argent fondu, destiné aux négatifs sur collodion.

Pour recueillir les cristaux, on les place sur un entonnoir pour les laisser bien égoutter, puis après plusieurs jours d'égouttement, on les sèclie sur une assiette en porcelaine dans un séchoir disposé à cet effet.

L'eau-mère est réunie au liquide provenant de l'égouttement des cristaux, évaporée, additionnée de quelques gouttes d'acide nitrique, qui oxyde les poussières dont l'eau-mère s'est chargée, et la masse est fondue.

Par le retrait qui s'opère dans la masse fondue lorsqu'elle se refroidit, il est toujours facile de la détacher de la capsule. D'ailleurs on peut la couler préalablement dans une autre capsule, ou dans une lingotière.

Jamais ce nitrate fondu nest d'un hon usage pour les négatifs au collodion, et il faut le réserver, soit aux lains jpour positifs sur papier, soit aux lains de renforçage.

Pour obtenir du nitrate d'argent absolument propre aux bains négatifs pour collodion, mettez dans une petite capsule en porcelaine de 11 centimètres de diamètre, 100 grammes de nitrate d'argent cristallisé. Disposez la capsule au-dessus d'un bec de gaz ou d'une lampe à alcool, en ayant soin de bien modérer la flamme, d'opérer très-lentement et de chauffer jusqu'à fusion, en remuant constamment le nitrate avec une baguette de verre.

Il est d^une importance capitale de ne pas dépasser la limite de la température strictement nécessaire à la fusion du nitrate. Pour cela, il faut, dès que l'on voit que la masse cristallisée se boursouffle, diminuer l'intensité de la flamme et procéder avec lenteur à la fusion.

Quand toute la masse est fondue, éteignez la lampe et inclinez constamment votre capsule pendant qu'elle se refroidit, afin que la masse se solidifie sur les bords.

Quand le nitrate fondu est totalement froid, fondez-le une seconde fois dans la même capsule, et toujours lentement. Mais il est maintenant inutile de le remuer avec le tube de verre, et on peut le couler sur un fragment de grande capsule ou dans une soucoupe de porcelaine mince.

GÉNÉRALITÉS

Le nitrate d'argent ainsi obtenu est blanc, il bleuit très-facilement à la lumière. Renfermé dans un flacon à Vémeri pendant des mois entiers y il ne sent pas les vapeurs nitreuses lorsqu'on ouvre le flacon, et il est éminemment propre au bain négatif pour collodion.

On peut, du reste, abréger fortement toute cette opération, en achetant dans le commerce du nitrate d'argent cristallisé, et en le fondant soi-même par 50 ou 100 grammes à la fois. Fondu une fois, il est bon pour tous les usages photographiques ; fondu deux fois, il est meilleur et indispensable pour le procédé au collodion humide.

§ 61. Défauts du nitrate d'argent du commerce. — L'analyse chimique du nitrate d'argent fondu blanc que l'on trouve dans les bonnes pharmacies, prouve que ce produit est pur. Cependant il ne bleuit pas à la lumière, et, renfermé longtemps dans un flacon bien bouché à l'émeri, il sent le chlore (odeur des vapeurs nitreuses).

Ce nitrate d'argent est excellent pour les usages de la médecine et de la chimie ; il peut même très-bien servir pour les bains positifs destinés à sensibiliser les papiers albuminés, mais il ne vaut rien pour les négatifs au collodion. Car voici les accidents qu'il produit fréquemment :

P Un bain d'argent nouvellement préparé donne des images ternes, sans vigueur;

2'' Ou bien, les épreuves obtenues sont dures \

3° Il semble gras et coule comme de l'huile à la surface des couches de collodion;

4,^ Les glaces manquent de sensibilité.

Beaucoup de nos lecteurs croiront peut-être à une exagération de notre part. Mais c'est une expérience que nous avons acquise à nos dépens après une longue pratique journalière du procédé au collodion.

En Allemagne, à Vienne surtout, cette double fusion du nitrate d'argent cristallisé est un secret bien gardé par les préparateurs des grandes maisons de produits chimiques spéciaux à la photographie.

En France, l'auteur de cet ouvrage a prié M. Carotte, 12, rue du Château d'Eau, à Paris, de bien vouloir insister auprès des bonnes maisons de cette ville, telles que MM. Puech, Whittman et Poulenc, Rousseau, Fontaine, etc., pour qu'elles fournissent un produit aussi bon qu'en Allemagne.

L'essai du nitrate d'argent fondu blanc est simple : il doit bleuir en peu de secondes au soleil, et le flacon qui le contient ouvert, ne doit dégager aucune odeur nitreuse.

Nous reviendrons du reste, vu son importance, sur le même sujet, en traitant du collodion humide.

CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE

§ 62. Analyse des bains d'argent (i). — Il est très-souvent nécessaire de connaître la richesse des bains en nitrate d'argent. La plupart des photographes se servent pour cela d'un aréomètre qui indique presque toujours des titres beaucoup plus faibles qu'en réalité les liqueurs ne devraient marquer, parce qu'il s'introduit dans les bains des liquides légers, tel que l'éther et l'alcool. D'autres fois, au contraire, l'aréomètre indique un titre trop élevé; c'est le cas des bains qui servent au tirage des positifs sur papier dans lesquels il s'introduit, par double décomposition, des sels, que l'aréomètre traduit faussement en nitrate d'argent. Voici donc la méthode que nous croyons la meilleure.

Prenez un tube en verre d'un centimètre de diamètre intérieur, fermez-le dans la flamme d'une lampe à gaz à l'une de ses extrémités, et coupez-le à l'autre au moyen d'une lime, de manière à lui laisser une longueur de 50 centimètres. Pesez successivement 30, 60, 90, 120, 150, 180, 210, 240, 270, 300 et 330 grammes de mercure que vous introduirez après chaque pesée dans le tube; à l'extérieur marquez un trait au niveau du liquide au moyen d'un diamant à écrire ou d'une pointe d'acier, puis renversez le mercure sur la balance pour procéder à la pesée suivante. On peut d'ailleurs prendre des quantités quelconques de mercure ; pourvu que le tube soit divisé des onze parties égales et qu'il n'excède pas 30 à 40 centimètres de longueur. Enfin, après la dernière pesée et le onzième trait, coupez le tube à la lime un peu au-dessus de ce dernier trait. Maintenant, écrivez 0 au premier trait, et successivement 2, 4, 6, 8, 10, 12, 14, 16, 18, 20 aux traits suivants. Enfin subdivisez au compas les divisions et marquez aussi les chifires impairs compris entre 1 et 19.

D'autre part, prenez du sel de cuisine bien blanc, enfermez-le dans un vase de fer muni d'un couvercle que vous placerez dans une ëtuve fortement chauffée ou même directement sur le feu, et ne vous effrayez pas du bruit causé par la décrépitation du sel. (Ou mieux achetez du chlorure de sodium pur). Quand il est bien sec, pesez en 6 grammes 9 décigrammes; pesez aussi un gramme de bichromate de potasse et dissolvez le sel et le chromate dans un kilogramme d'eau pesé avec exactitude (et non mesuré dans une éprouvette graduée). L'eau distillée est nécessaire pour cet objet.

(1) M. Vogel a donné une méthode très-ingénieuse et très-précise pour analyser les bains d'argent que l'on trouve dans son bel ouvrage sur la photographie, et Bull, de la Soc. franc, de pkot., 1865, page 138; Bull, belge, 1865, pages 147 et '-il3. Mais sa méthode exige plus de précision que celle que nous décrivons, et est, pour ce motifs moins bonne pour les photographes.

GÉNÉRALITÉS

Conservez ce liquide après l'avoir filtré dans un flacon bouché, pour vous en servir au besoin.

Pour faire maintenant l'analyse d'un bain d'argent quelconque employé en photographie, versez-en dans le iwhe jusqioau niveau du jpremier trait marqué 0. (Il est bon de se servir pour cet objet d'un tout petit entonnoir en verre dont l'extrémité a été étirée à la lampe, car il est nécessaire d'opérer ici très-exactement.) Ajoutez alors le liquide salé par petites portions, fermez chaque fois le tube avec le pouce et agitez-le. Il arrivera un moment où le précipité couleur de chair d'ahord formé deviendra liane. Lisez sur l'extérieur du tube le chiffre qui correspond à la hauteur du liquide, c'est le titre exact de la solution à analyser. Une deuxième expérience faite en procédant par de très-petites quantités de liquide salé quand on approche du titre marqué par l'expérience précédente, peut donner plus d'exactitude à l'analyse.

§ 63. Récolte des résidus d'argent et d'or. — L'analyse chimique prouve que sur un kilogramme de nitrate d'argent employé dans un atelier de photographie, près de 900 grammes se retrouvent dans les résidus. On comprend donc combien il importe de recueillir le plus possible de ces résidus d'argent, et surtout, de les recueillir de façon à rendre facile leur transformation en argent métallique. L'or, aujourd'hui universellement employé pour le virage des épreuves positives sur papier, se retrouve plus difiîcilement dans les résidus, et son extraction est beaucoup moins facile que celle de l'argent; cependant, en opérant convenablement, on peut évaluer au tiers de l'or primitivement employé la quantité qui se retrouve dans les vieux bains de virage.

Les résidus argentifères se retrouvent :

Y Dans les filtres ayant servi aux bains d'argent; les papiers buvards servant au nettoyage des châssis de chambre noire ; les mauvaises épreuves non fixées, etc. Conservez tous ces papiers dans une grande caisse en bois, et, quand ils sont parfaitement secs, brûlez-les pour en recueillir les cendres. Le meilleur moyen consiste à se servir d'un bac à charbon en fer parfaitement nettoyé, à côté duquel on place une bougie allumée. Les papiers étant ouverts, on les enflamme à la bougie, et on les laisse brûler dans le bac, jusquà ce qu il soient passés à Tétat de cendre hlancJie, et non noire, comme cela aurait lieu si on les entassait en masse. Ces cendres doivent se conserver dans un flacon spécial.

2" Les vieux liyposulfites. Versez-les dans une tonne en bois, que vous placez dans une cour ou un lieu ouvert quelconque. Cette tonne doit être plus large au fond qu'à la partie supérieure, afin que les

CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE

précipités ne s'attachent pas aux parois. A dix centimètres au-dessus du fond, percez un trou dans lequel vous fixerez un robinet en cuivre. Quand elle sera remplie, versez-j une solution de sulfure de potassium. Seulement, il faut avoir soin de conserver le sulfure de potassium [foie de soufre) dans des flacons bien bouchés (à l'émeri), sans cela il se transformerait lentement en hyposulfite de potasse, qui ne précipite plus les sels d'argent. On fera bien de n'opérer sur les vieux hyposulfites que lorsqu'on en. possédera une très-grande quantité.

Il faut prendre garde de ne pas ajouter un excès de sulfure de potassium. Pour éviter ce danger, on peut employer le mode d'essai suivant : lorsque le dépôt se sera séparé dans la tonne où le sulfure aura été ajouté, prenez une portion de la liqueur surnageante, introduisez-la dans une éprouvette, et en la traitant par quelques gouttes de la solution de sulfure, il vous sera facile de reconnaître si tout l'argent a été précipité. Si l'addition de ces quelques gouttes ne produit aucun trouble, faites l'essai inverse ; prenez un autre échantillon de la liqueur, et versez-y de même quelques gouttes de solution d'argent; s'il se produit alors un précipité, c'est que vous avez employé un excès de sulfure; il faut alors ajouter au liquide une nouvelle quantité de vieil hyposulfite, et laisser déposer. Ces essais sont nécessaires, car si l'on n'a pas ajouté assez de sulfure, une partie de l'argent échappe à la précipitation, et, si l'on en a ajouté trop, une portion du précipité se redissout dans l'excès de sulfure, ce qui cause une perte. Toutefois, il vaut mieux tomber dans le dernier défaut que dans le premier.

Il se forme ainsi au fond de la tonne un précipité boueux, qui s'entasse de lui-même au bout de quelques jours. Ouvrez le robinet placé au-dessus du fond de la tonne et laissez écouler le liquide clair. Recevez de nouveau les vieux hyposulfites dans la tonne et, après quelques opérations, rincez la tonne en jetant le précipité boueux sur un filtre en feutre dans lequel vous le laissez égoutter plusieurs semaines. Retournez le filtre en feutre et étalez le précipité noir dans des cuvettes en porcelaine ou sur des feuilles de verre, et laissez-le sécher complètement dans un grenier, ou, si l'on est pressé, dans une étuve.

3° Possédez une cuve, dite à argent, analogue à la précédente mais d'une contenance de deux ou trois cents litres, et versez-y :

a) Les vieux bains d'argent ;

h) Les solutions ayant servi à dégorger le papieravec le virage; c) Les eaux provenant du rinçage des cuvettes ayant contenu des bains d'argent ;

GÉNÉRALITÉS

d) Et, en un mot, toutes les eaux contenant de l'argent, excepté celles qui contiennent de l'iiyposulfite ou du cyanure.

Quand la cuve est presque pleine, mettez-y pendant un jour une lame de cuivre de 50 centimètres de largeur sur un mètre de hauteur et 2 millimètres d'épaisseur, et laissez reposer l'abondant précipité gris qui s'est formé. Prenez ensuite dans un verre un peu du liquide clair surnageant, et ajoutez-y de l'acide chlorliydrique. S'il se forme un précipité, c'est que vous n'avez pas laissé assez longtemps la lame de cuivre dans le bain, laissez l'y donc encore un jour, et cela jusqu'à ce que, après agitation avec un bâton, et dépôt, une nouvelle quantité d'acide ajoutée au liquide clair ne produise plus de précipité. Laissez le tout tranquille pendant une nuit, et le lendemain, ouvrez le robinet pour laisser écouler tout le liquide éclairci. Le dépôt d'argent se trouve au fond. Vous pouvez alors de nouveau recueillir les liquides argentifères dans la tonne, et, quand elle est pleine, en précipiter l'argent par le chlorure.

Lorsque vous jugez convenable d'extraire l'argent de vos résidus, jetez tout ce qui se trouve au fond de votre cuve sur un filtre en feutre. Laissez la matière s'égoutter plusieurs jours, puis dessécJiez-la complètement, en la plaçant dans un endroit chaud, soit dans des cuvettes plates en porcelaine, soit dans des assiettes.

Il est absolument nécessaire de dessécher complètement tous les résidus avant d'en extraire l'argent.

§ 64. Résidus d'or. — L'or s'extrait des bains de virage, de la manière suivante :

Versez dans le bain, le plus souvent trouble à cause de la poudre noire d'or qui s'est lentement précipitée, de l'acide chlorhydrique brut du commerce (dit acide muriatique), jusqu'à ce que la couleur du bain soit d'un jaune bien décidé. (Il faut ordinairement 15 centimètres cubes d'acide par litre de bain, on peut d'ailleurs en verser davantage sans compromettre l'opération.) Prenez une solution filtrée, formée de 1 partie de sulfate de fer dissous dans 10 d'eau, et versez-en 100 centimètres cubes par litre de bain d'or dans le bain à réduire. Immédiatement l'or se précipitera. Laissez déposer, décantez la plus grande partie du liquide (que vous pouvez jeter), et recueillez le précipité sur un filtre en papier placé dans un entonnoir, en agitant la cuvette et en versant le liquide avec le précipité sur le filtre. Laissez sécher le filtre, fermez-le bien et conservez-le pour le réduire à l'état d'or fondu, avec le produit d'autres opérations de même nature.

§ 65. Traitement des résidus d'argent et d'or : V Cendres j de papiers brûlés et or précipité des bains de mrage.

CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE

Pesez :

Cendres

Carbonate de soude desséché Sable

10 parties.

Placez ce mélange dans un creuset, ajoutez l'or des vieux bains de virage traités comme nous l'avons dit à l'alinéa précédent, et fondez le tout dans un bon fourneau.

L'addition du sable au mélange nous paraît nécessaire. On obtient ainsi une gangue vitreuse très-fluide avec une température relativement peu élevée ; les grenailles d'argent se rassemblent facilement, et le culot très-net que l'on obtient ainsi se dissout parfaitement dans l'acide nitrique étendu de son volume d'eau. L'or allié à l'argent reste sous forme de poudre noire dans la capsule où se fait l'attaque.

2° Du sulfure dy' argent. Mêlez-le à la main (et non dans un mortier car vous pourriez faire détonner le mélange) avec trois fois son poids de nitre (salpêtre) en poudre. Projetez ce mélange dans un creuset chauffé au rouge Viî, par petites fractions de 15 à 20 grammes à la fois, et attendez chaque fois une minute ou deux. Quand tout le mélange est ainsi réduit, donnez un bon coup de feu afin de rassembler tout le métal en un seul culot. Laissez refroidir le creuset dans le feu, et, quand il est froid, cassez-le pour en retirer le culot que vous dissoudrez pour en faire du nitrate. S'il y a de l'or, il reste sous forme de poudre noire après la solution dans l'acide.

M. Davanne conseille de griller d'abord le sulfure d'argent en le chauffant longtemps au rouge dans une terrine plate en terre réfractaire : cette opération est bonne quoique très-longue.

Du clilornre d' argent {^). — Méthode. Le chlorure brut est réduit en bouillie avec un peu d'acide chlorhydrique et l'on y trempe une forte lame de zinc. Le chlorure d'argent change insensiblement de couleur; il était primitivement blanc ou teinté en violet, il devient d'un gris sale qui est la couleur de l'argent métallique. Il ne faut pas agiter le liquide, mais laisser la réduction du chlorure par le zinc s'opérer tranquillement. 11 suffit de quelques heures pour cela. La lame de zinc doit naturellement être suffisante pour la quantité de chlorure à réduire, sinon, elle se dissoudrait elle-même en entier. Quand tout le chlorure est ainsi réduit, la lame de zinc est frottée à l'aide du doigt, et agitée dans le liquide pour en détacher l'argent. Puis on laisse le dépôt se rassembler, ce qui se fait en quelques

(1) Le chlorure d'argent s'obtient en précipitant les solutions de nitrate d'argent impur par l'acide chlorhydrique en excès, recueillant le précipité sur un filtre, et séchant le tout dans un four, ou à l'air.

GÉNÉRALITÉS

minutes. Le liquide est décanté autant que possible, et remplacé par de l'acide chlorhydrique, en quantité suffisante pour dissoudre le zinc qui s'est mécaniquement précipité. Une centaine de grammes suffit par kilogramme de chlorure d'argent primitivement employé. Au bout d'une heure de contact, le vase est rempli d'eau, abandonné au repos et décanté de nouveau. Tout l'argent est alors réuni sur un filtre et séché avec le filtre.

Quand l'argent et le filtre sont secs, on les comprime ensemble dans un petit creuset qu'on chauffe ensuite au rouge vif, avec un peu de soude ou de potasse caustique, ou mieux, avec du borax préalablement fondu et concassé. L'argent fondu se réunit en un culot au fond du creuset. Quand ce dernier est froid, on le casse, et l'on en extrait le métal. L'argent ainsi obtenu n'est jamais très-pur, aussi n'emploie-t-on cette méthode que pour le chlorure d'argent de la pureté duquel on doute.

2" MètJiode. On mélange intimement :

Chlorure d'argent sec 100 parties

Carbonate de chaux (craie) 70 »

Charbon 4 »

Ce mélange est chauffe une heure au moins au rouge vif dans un creuset. On laisse refroidir, et, en brisant le creuset, on trouve un culot d'argent pur.

Le métal ainsi obtenu est très-pur.

SECTION in. — SUBSTANCES DIVERSES EMPLOYEES EN PHOTOGRAPHIE.

§ 66. Acétique (acide). — V acide acétique est un liquide incolore ayant l'odeur du vinaigre, qui n'est que de l'acide acétique dilué. L'acide acétique cristallisable que l'on emploie en photographie n'est pas de l'acide dont le degré de concentration est constant. Ordinairement, il ne se solidifie que vers 4°, tandis que l'acide tout à fait exempt d'eau se solidifie déjà à 15^. Conservé dans un flacon fermé, le liquide ne se congèle pas toujours à cette température, ni même au-dessous de 0, mais il suffit d'ouvrir le flacon et de l'agiter, pour qu'il se prenne instantanément en cristaux.

L'acide acétique très-concentré mélangé à une faible quantité d'eau augmente de densité, de sorte qu'on ne peut pas se servir de l'aréomètre pour déterminer sa richesse en acide pur. Ajoutons qu'en photographie, l'acide acétique ordinaire est d'un emploi aussi avantageux que l'acide concentré, et comme on le trouve facilement dans

CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE

le commerce, il ne reste qu'à déterminer son état de concentration pour l'employer aux dosages prescrits.

Voici de quelle manière on détermine la richesse de deux solutions d'acide acétique. Dans une éprouvette graduée, on verse 5 centimètres cubes d'acide cristallisable, puis d'autre part on y verse goutte à goutte une solution de

Eau 100

Potasse caustique 10

Teinture bleue de tournesol quelques gouttes.

Supposons, qu'en versant dans l'acide concentré 50 centimètres cubes de potasse, la liqueur d'abord rouge devienne llene; on opère alors de la même manière avec l'acide ordinaire, s'il ne faut que 25 centimètres cubes de potasse pour le bleuir, c'est une preuve que le premier est deux fois aussi concentré que le second. S'il faut une quantité plus ou moins grande de la liqueur alcaline, on trouve aisément le rapport de la concentration des deux acides par la méthode des proportions arithmétiques.

L'acide acétique se prépare en distillant dans une cornue en verre un mélange de cinq parties d'acétate de soude fondu et de dix parties d'acide sulfurique. On recueille dans le récipient un liquide incolore qui est l'acide acétique.

§ 67. Acétate de soucie. — Il se présente tantôt à l'état fondu, tantôt à l'état cristallisé. Dans le premier cas, sa solution aqueuse a une réaction alcaline, dans le second une réaction légèrement acide.

Les bains de virage à l'or se font généralement à l'acétate de soude cristallisé, et, pour cet objet, il faut de l'acétate exempt de matières empyreumatiques, sinon les bains laissent déposer l'or qu'ils contiennent à l'état métallique.

L'acétate de soude est très-soluble dans l'eau froide, beaucoup plus soluble dans l'eau bouillante, d'où il se dépose très-facilement à l'état cristallisé.

§ 68. Albumine. — L'albumine constitue essentiellement le blanc d'œuf. Versée dans le nitrate d'argent, elle se précipite à l'état à'alhiminate d'argent blanc, très-sensible à la lumière. Noirci aux rayons solaires, l'albuminate d'argent semble une combinaison de sous-oxyde d'argent avec l'albumine, car, l'acide nitrique à 50° de température ne le dissout ni ne le décolore. La potasse caustique, au contraire, dissout en entier cet albuminate noirci.

L'albumine, pour servir en photographie, doit être complètement battue en neige d'une consistance solide, et abandonnée 12 heures à elle-même, elle se résout à peu près en entier en liquide. Il est

GÉNÉRALITÉS

bon de passer cette albumine à travers un linge à grosses mailles avant de s'en servir.

L'albumine se conserve assez bien en hiver, mais, en été, elle est ^ sujette à fermenter et sent l'hydrogène sulfuré ; aussi ne faut-il la préparer que peu de jours à l'avance.

L'albumine est coagulée par l'alcool, le nitrate d'argent, le bichlorure de mercure, les acides, etc.; mais elle n'est pas coagulée par la chaleur à l'état sec, comme on l'a cru longtemps; à l'état humide ou à l'état liquide, la chaleur la coagule à la température de 80".

Additionnée d'une petite quantité d'ammoniaque, l'albumine devient très-fluide et passe aisément à travers les filtres en papier.

L'albumine évaporée à siccité se présente en écailles blanches, solubles dans l'eau, et se conserve fort bien en cet état dans des flacons bien fermés. Pour la redissoudre, il faut se servir d'eau rendue légèrement alcaline par l'ammoniaque.

§ 69. AicooL — L'alcool (ou esprit de vin) est un liquide incolore, d'une odeur vineuse caractéristique, d'une densité de 0,804. Il en résulte qu'un litre d'alcool pèse à peu près 800 grammes, et qu'un kilogramme d'alcool mesure environ 1 1/4 litre.

L'alcool ne se congèle point par le froid, et communique partiellement cette propriété aux solutions aqueuses avec lesquelles 021 le mélange.

L'alcool s'obtient par la fermentation du sucre, des grains, des pommes de terre, la distillation du vin, etc. Celui que l'on rencontre le plus souvent dans le commerce est extrait des grains ou des pommes de terre. Dans le premier cas, il a une odeur agréable, une saveur brûlante, mais franche. Dans le second cas, il contient fréquemment des produits empyreumatiques, son odeur et sa saveur sont mauvaises, et son emploi en photographie est absolument à rejeter.

Pour la fabrication du collodion il faut surtout un alcool d'excellente qualité, sinon le collodion manquera de sensibilité.

L'alcool mélangé à l'eau diminue de densité, et, comme l'alcool est très-employé, des aréomètres ont été construits exprès pour en constater le titre. On les appelle alcoomètres ou pèse-alcools. Deux de ces aréomètres sont surtout employés, celui de Gay-Lussac et celui de Cartier. — L'alcoomètre de Gay-Lussac a l'avantage d'indiquer immédiatement le titre réel de l'alcool aqueux en alcool pur, ainsi, quand il indique 81, cela veut dire que l'alcool contient 81 parties d'alcool pur et 19 d'eau.

En général, pour les usages de la photographie, l'alcool doit marquer 90« à 94°.

L alcool mètliyliqne s'obtient par la distillation du bois, possède une

CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE

odeur aromatique très-agréable, dissout le pjroxile, les résines, etc., et se trouve très-difficilement pur dans le commerce ; le produit qu'on rencontre sous le nom d'alcool méthylique est l'acétate de méthjle.

Alcool mètliylè. — Mélange d'alcool ordinaire et d'une petite quantité d'alcool méthylique ordinaire, qui le rend impropre à être transformé en liqueur propre à la boisson, à cause de l'odeur toute particulière que l'alcool possède alors.

En Angleterre, le législateur a frappé l'alcool de droits excessifs pour rendre l'ivrognerie plus rare. Mais il n'a pas voulu atteindre l'industrie, et dans ce but, l'alcool métlijlé, tout à fait impropre à la fabrication des liqueurs, ne paie presque pas de droits d'accise.

§ 70. Ammoniaque. — Liquide saturé de gaz ammoniac : possède une odeur caractéristique. L'ammoniaque du commerce est généralement préparée à l'aide des résidus du gaz à l'éclairage, et contient en dissolution des corps solides organiques.

§ 71. Azotate d'urane. — Substance verte, déliquescente, soluble dans l'éther, l'alcool et l'eau.

§ 72. Acide azotique (ou nitrique). — Cet acide se rencontre pur dans le commerce. Il contient souvent de l'acide chlorhjdrique, et parfois de l'acide iodique et de l'acide nitreux. On le purifie suffisamment en lui ajoutant d'abord un peu de nitrate d'argent qui précipite le chlore, puis en le décantant dans une cornue après qu'il s'est déposé et en le distillant.

Dans le petit tableau suivant, extrait du Traité de chimie générale de Pelouse et Fremy, on peut voir les quantités réelles d'acide que renferment les acides du commerce, dont on connaît, soit la densité, soit le degré aréométrique.

§ 73. Bichlorure de mercure. — Substance blanche, cristallisée, très-dense. 100 parties d'eau à IS*" dissolvent 7 1/2 parties de bichlorure de mercure et 54 parties à 100°. Dans l'éther, cette substance est encore plus soluble, et encore davantage dans l'acide chlorhjdrique.

Le bichlorure de mercure, comme la plupart des sels au maximum de mercure, est réduit par la lumière à l'état de proto-sel.

Densité.

Acide réel pour 100.

GÉNÉRALITÉS

Cette substance est très-vénéneuse, et porte vulgairement le nom de snllimè corrosif.

§ 74. Bichromates. (Voyez Chromâtes,)

§ 76. Bitume de Judée. — C'est un corps noir à aspect brillant et de propriétés très- variables. On l'emploie en dissolution dans la benzine comme vernis pour les épreuves positives sur verre, et dans les procédés de gravure héliographique.

Mais pour ce dernier usage il est extrêmement difficile de se procurer un produit convenable. Le meilleur bitume de Judée vient de la Syrie, de Damas et de la Mer Morte.

Le bitume de Judée est soluble dans l'essence de térébenthine, l'éther, la benzine, les naphtes; mais en couches minces ce bitume s'oxyde à la lumière et devient insoluble dans l'éther. C'est sur cette propriété que sont basés les procédés de gravure héliographique.

§ 76. Brome (Br). — Corps liquide, d'une odeur suffocante, d'une couleur rouge foncée ; s'emploie dans la préparation des bromures. Le brome du commerce contient du chlore, du bromoforme, du cyanogène et diverses autres impuretés dont il est très-difficile de le séparer.

La densité du brome est 2,966, et il bout à ÔS*".

Le brome est très- volatil, attaque fortement la peau et les organes respiratoires et il faut le manier avec la plus grande prudence.

Il est fort peu soluble dans l'eau, assez soluble dans l'alcool, mais très-soluble dans l'éther.

§ 77. Bromhydrique (Acide) (HBr). — S'obtient en décolorant de l'eau bromée par le phosphore rouge, redissolvant du brome dans le liquide, le décolorant de nouveau par le phosphore rouge, et répétant ainsi l'opération jusqu'à ce que le liquide dégage de fortes vapeurs à l'air. Puis on distille, et on ne recueille que les parties qui passent à 126*^. La densité de l'acide aqueux est alors de 1,486 et sa composition HBr, lOHO.

§ 78. Bromure de chaux. — Cette substance est rouge et répand de la vapeur de brome qu'il faut éviter de respirer. Voici son mode de préparation : on verse sur de la chaux vive une quantité d'eau suffisante pour l'éteindre complètement, puis on la passe à travers un tamis et l'introduit dans un flacon à large ouverture bouché à l'émeri. Si le flacon contient un kilogramme de chaux éteinte, on y versera rapidement 100 grammes de brome, en évitant de respirer les vapeurs délétères qu'il répand et qui sont extrêmement désagréables. Fermant aussitôt le flacon, on l'agite fortement

CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE. Ql

pendant quelques minutes, et on abandonne le mélange à lui-même dans un lieu frais, pendant 24 heures. Au bout de ce temps, on rouvre le flacon, et, à l'aide d'un pilon de porcelaine ou de verre, on écrase les grumeaux de chaux, de manière à obtenir un mélange bien homogène. Versant de nouveau 75 grammes de brome dans le flacon, on renouvelle l'opération que nous venons de décrire, et l'on obtient finalement la substance rougeàtre connue sous le nom de bromure de chaux. Dans cette préparation, le plus important est de bien écraser les grumeaux de façon à obtenir un mélange pulvérulent. Le bromure de chaux ainsi préparé se conserve dans les flacons bouchés à l'émeri, que l'on débouche seulement au moment de s'en servir.

§ 79. Bromure de potassium (KBr). — Le bromure de potassium est insoluble dans l'alcool, cristallise en cubes, dissout î'iodure, le bromure et le chlorure d'argent. Cette substance se trouve très-pure dans le commerce. 100 parties d'eau à 15° dissolvent 63,4 parties de bromure de potassium, et 120 parties à lOO*'.

On la prépare en grand par l'action du brome sur la potasse caustique en solution concentrée, évaporant le liquide à siccité, calcinant la masse au rouge sombre pour détruire le hromate formé en même temps que le bromure, puis faisant cristalliser plusieurs fois.

§ 80. Bromure de cadmium (CdBr et CdBr, 4H0). — C'est une substance blanche, soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther, et trèsemployée en photographie. Elle cristallise facilement de ses solutions aqueuses saturées, et a alors pour formule CdBr, 4H0. — Le produit cristallisé chaufle au rouge, dégage son eau, et devient CdBr; il cristallise alors par sublimation comme le sel ammoniac.

La préparation du bromure de cadmium n'est pas aussi facile qu'on le croit généralement. On met dans un flacon du cadmium en grenailles avec 10 fois son poids d'eau, puis on y ajoute peu à pew 1 partie de brome. Mais il faut éviter l'action de la lumière solaire et l'échauflement du liquide, sinon il se formerait une assez forte proportion d'oxy-hromure de cadmium qui rendrait le bromure de cadmium alcalin.

En opérant avec de petites quantités de brome et beaucoup d'eau, on évite la formation de cet oxy-bromure. — Dans tous les cas, la réaction est terminée lorsque tout le brome a disparu et que la liqueur est incolore. Il suflît de l'évaporer à cristallisation.

§ 81. Bromure d'ammonium (AzH^Br). — Substance blanche, cristalline, soluble dans l'eau, très-peu soluble dans l'alcool et surtout dans l'éther. — Elle se prépare en ajoutant du brome par petites portions à de l'ammoniaque pure. A chaque addition de brome,

GÉNÉRALITÉS

il y a production de chaleur intense qui volatilise une partie de l'ammoniaque. — La liqueur incolore est évaporée à cristallisation.

§ 82. Bromure de baryum (BaBr, 2H0). — Substance blanche, difficilement cristallisable, soluble dans l'eau et l'alcool, qui s'obtient à l'aide d'une solution concentrée d'hydrate de baryte cristallisé dans laquelle on verse par petites fractions du brome, jusqu'à décoloration du liquide. — Évaporée à siccité et calcinée une demi-heure au rouge pour détruire le bromate formé en même temps que le bromure, la masse est reprise par l'eau, filtrée et évaporée à cristallisation.

Le bromure de baryum n'est pas employé en photographie. Il sert surtout à préparer les autres bromures, par double décomposition avec les sulfates.

§ 83. Bromure de cadmium et d'ammonium (i). (AzH*Br, CdBr). — Cette substance cristallise admirablement, avec la plus grande facilité, se conserve très-bien à l'air, sans en attirer l'humidité. Mais sa qualité la plus précieuse est de se dissoudre trèsfacilement dans l'alcool et l'éther.

Cette substance se prépare en dissolvant dans l'eau bouillante : 172 gr. de bromure de cadmium cristallisé et 98 grammes de bromure d'ammonium sec. Par évaporation et refroidissement du liquide le bromure double cristallise.

§ 84. Bromure de cadmium et de potassium (KBr, CdBr). — Il s'obtient facilement en très-beaux cristaux inaltérables à l'air, très-solubles dans l'eau. Mais si on essaie de le dissoudre dans l'alcool ou l'éther, le bromure de potassium ne tarde pas à se séparer de la liqueur qui ne contient plus que du bromure de cadmium.

Ce sel est donc en cela très-différent des bromures doubles de cadmium-ammonium et cadmium-sodium.

Il se prépare d'ailleurs comme les sels précédents.

§ 86. Bromure de fer. — On l'obtient comme l'iodure de fer.

§ 86. Cadmium. — Métal blanc, très-fusible et oxydable, servant à la préparation des iodures et bromures de cadmium.

Très-souvent le cadmium contient du zinc dont il n'est pas facile de le débarrasser. La distillation au rouge sombre dans une cornue à mercure le purifie assez bien. Le résidu, alliage de zinc et de cadmium, est dissous dans l'acide chlorhydrique. Le zinc précipite le cadmium de cette solution.

(1) Ces bromures doubles ont été décrits par nous à la Société photographique de Vienne, le 3 mai 1870. La description de ces sels, traduite de la PJiot. CorrespondenZy se trouve Bull, belge, 1870, p. 125, et Bull. Soc. franc, dephot., 1870, p. 255.

CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE

§ 87. Caoutchouc. — En photographie on se sert de cette substance à l'état de dissolution dans la benzine. Pour cela, il faut se procurer chez un droguiste du caoutchouc brut, en poires, tel qu'il vient de l'Inde, et non le caoutchouc que l'on trouve en feuilles et en tubes, car ce dernier ne se dissout pas.

Il faut aussi se procurer de la vraie benzine (D. 0,860), car ce qu'on vend aujourd'hui dans le commerce sous le nom de benzine, n'est rien autre que du pétrole léger, qui ne dissout pas le caoutchouc.

Du reste, à défaut de benzine, l'essence de térébenthine peut servir à dissoudre le caoutchouc; mais la benzine vaut infiniment mieux.

Le caoutchouc brut est coupé au moyen d'un couteau mouillé en feuilles minces que l'on sèche et qu'on met dans la benzine qui les dissout très-facilement, La solution est trouble. Pour la clarifier, il suffit d'y ajouter quelques fragments de chlorure de calcium fondu, avec lequel on l'agite. Ce chlorure s'empare de l'eau qui est la cause du trouble de la solution, et comme il est totalement insoluble dans la benzine, on peut sans inconvénient l'y laisser.

§ 88. Chlorure de fer. — Cette substance, à l'état de perchlorure sublimé, s'emploie en photographie. Nous la recommandons surtout pour diminuer l'intensité des clichés, mais, pour cela, il faut le perchlorure obtenu par sublimation (fer et chlore en excès) et non par cristallisation (fer et eau régale).

§ 89. Chlorure de sodium (sel marin). — Substance blanche, qui constitue le sel de cuisine. Le sel raffiné ordinaire est d'une pureté plus que suffisante pour les besoins de la photographie.

§ 90. Chlorure d'or (Au^CPH). — Le chlorure d'or est une substance d'un jaune brun, déliquescente, d'une fèaction fortement acide, tachant le papier et les mains en violet, se réduisant facilement en or métallique sous l'influence de la chaleur et de la lumière, très-soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther.

Une solution de sulfate de fer précipite l'or des solutions de chlorure d'or à l'état métallique, sous forme de poudre brune.

Le chlorure d'or forme avec les chlorures de potassium et de sodium des sels doubles, appelés clilomres d'or et de potassium (Au^Cl^K), clilonire d'or et de sodium (Au^CPNa), qui cristallisent parfaitement et dont l'usage en photographie est beaucoup plus à conseiller que celui du chlorure d'or ordinaire, qui contient toujours un excès d'acide.

C'est pour ce motif que nous ne parlerons pas de la préparation de ce dernier produit, et que nous décrirons uniquement dans les lignes

GÉNÉRALITÉS

qui vont suivre la préparation du chlorure d'or et de potassium (ou de sodium).

L'or brut est placé dans un petit ballon de verre, avec dix fois son poids en eau règaU (voyez ecm régale) et chauffé sur un bain de sable chaud. Le liquide entre bientôt en ébullition, il se dégage du chlore et des vapeurs rouges, et l'or se dissout. Si les vapeurs rouges disparaissent et qu'il reste de l'or non dissous, on ajoute de nouvelle eau régale, et ainsi de suite jusqu'à complète dissolution de l'or.

Toutefois, comme l'or est fréquemment allié à l'argent, c'est souvent ce dernier métal, à l'état de chlorure, qui ne disparaît pas, mais il suffit d'un peu d'habitude pour le reconnaître à sa couleur blanche.

On laisse bien déposer le ballon après l'avoir rempli entièrement d'eau, puis on décante le liquide clair dans un grand bocal de verre. Le ballon est rempli une seconde fois d'eau, que l'on décante et filtre sur un tampon de papier buvard comprimé au fond d'un entonnoir.

On se procure d'autre part une solution saturée et filtrée de sulfate de fer ordinaire de commerce (couperose verte) que l'on verse peu à peu dans la solution aurifère. — Il se produit d'abord un précipité qui se redissout, puis le précipité devient permanent. On reconnaît que tout l'or est précipité, en prenant une petite quantité du liquide dans une éprouvette, à laquelle on ajoute quelques gouttes de la solution de fer, qui ne doit plus produire de précipité.

L'or ainsi précipité se présente sous forme de poudre brune très-lourde qui se dépose en moins d'un quart d'heure. On décante le liquide avec précaution, on lave bien le précipité d'or avec de l'eau, et on le rassemble dans une petite capsule de porcelaine préalablement pesée, puis on le sèche dans un four sans l'ôter de la capsule. Le poids de cette dernière avec ïor, donne, après défalcation du poids de la capsule, le poids de l'or.

Cette première opération, qui ne paraît compliquée que lorsqu'on ne l'a pas encore faite, peut être évitée dans la pratique, parce que l'on trouve toujours de l'or pur à acheter chez les joailliers et les changeurs.

Supposons donc que l'on ait de l'or pur, soit précipité, soit à l'état fondu, laminé, etc., — on le place dans un petit ballon de verre, et pour chaque gramme d'or Von met également dans le lallon 0^''3 de cMorure de sodium ou 0°'38 de clilorure de jpotassium, puis on le dissous dans l'eau régale comme nous l'avons indiqué tout à l'heure. Quand l'or est dissous, on transvase la solution dans une petite capsule de porcelaine et l'on chauffe doucement jusqu'à siccité. Le produit obtenu est le chlorure double.

CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE

En grand, on fait cristalliser le produit. Mais en petit, il vaut mieux évaporer à sec, quand bien même ce serait dans une assiette plate en porcelaine placée dans un four de cuisine.

Solutions titrées d'or. — Pour éviter les pesées de For pour le bain de virage, il est préférable de faire des solutions concentrées telles que 50 centimètres cubes contiennent 1 gramme d'or. En voici les titres pour un litre d'eau distillée :

Chlorure d'or ordinaire du commerce ..... 34 grammes.

Chlorure d'or et de potassium 38 1/2 jj

Chlorure d'or et de sodium 37 n

Alors chaque gramme d'or pur métallique est contenu dans 50 centimètres cubes de la solution.

§ 91. Chromâtes. — Bichromates. — Alun de chrome. —

L'étude des chromâtes est d'une importance capitale depuis que les procédés au charbon et à la gélatine deviennent de plus en plus usuels. M. Eder, de la Société photographique de Vienne, a publié en 1878 dans la PIiotograpMsche Correspondenz de Vienne un mémoire concernant les chromâtes qui est extrêmement complet et dont nous recommandons vivement la lecture à nos lecteurs.

Acide chromique (CrO^). Substance cristallisée en longues aiguilles rouges très-solubles dans l'eau. C'est un oxydant énergique, teignant la peau en jaune, et vénéneux comme tous les sels de chrome.

La solution aqueuse d'acide chromique est rouge, elle se décompose lentement à la lumière solaire, dégage de l'oxygène et laisse déposer du chromate de sesquioxyde de chrome.

L'acide chromique réagit vivement sur l'alcool, en formant de l'aldéhyde, de l'acétate d'éthyle, et du sesquioxyde de chrome.

Bichromate de potasse (KO, 2CrO^). Sel cristallisé en tables rectangulaires d'un rouge foncé, inaltérable à l'air, fondant à une température peu élevée. Ce sel se trouve facilement dans le commerce à l'état pur.

100 parties d'eau à 19 degrés centigrades dissolvent 10 parties de bichromate de potasse, et 90 parties à l'ébullition. — La solution est rouge.

Si l'on ajoute de la potasse au bichromate de potasse, on obtient une solution jaune de chromate neutre de potasse (KO, CrO^). Ce sel, cristallisé, est d'un jaune citrin, beaucoup plus soluble dans l'eau que le bichromate, puisque 100 parties d'eau à 15 degrés centigrades en dissolvent 48 parties; à l'ébullition, l'eau en prend plusieurs fois son poids.

Si l'on ajoute de la soude ou de l'ammoniaque à une solution de bichromate de potasse, l'on obtient le chromate de potasse et de soude,

GÉNÉRALITÉS

OU le chromate de potasse et d'ammoniaque, susceptibles de cristalliser, et formant des solutions d'un jaune citron. Le McJiromate d'ammoniaque s'obtient en divisant une solution d'acide chromique en deux parties égales, en saturant exactement l'une par l'ammoniaque, puis y ajoutant l'autre. L'évaporation jusqu'à cristallisation donne le bichromate d'ammoniaque. Les cristaux sont assez longtemps à se former, ils sont d'une couleur rouge-grenat, inaltérables à l'air.

Si l'on sature une solution d'acide chromique entièrement d'ammoniaque, l'évaporation donne le chromate neutre d'ammoniaque qui cristallise en aiguilles d'un jaune citron, à réaction alcaline et très-solubles.

Le trichromate de potasse (KO, 3CrO^) s'obtient en traitant le bichromate de potasse par un excès d'acide azotique. Il se dépose en cristaux anhydres d'un rouge foncé, solubles dans l'eau. Les solutions concentrées de ce sel se décomposent facilement à l'air.

Tous les bichromates que nous venons de citer ont la propriété de rendre la gélatine (gomme ou substances analogues) insoluble sous l'influence de la lumière. Les solutions d'hypochlorite de chaux rendent à la gélatine ainsi insolubilisée sa solubilité dans l'eau tiède.

Ualun de chrome (KO, S0^),(Cr^0%3S0^), (24H0), est un sel cristallisé en beaux octaèdres réguliers, d'un rouge rubis vus par transmission. La solution aqueuse est d'un bleu violet sale. A 70^ ou 80'' les deux sulfates qui constituent cet alun se séparent, et la solution devient verte.

On le prépai*e en dissolvant à une douce chaleur 150 grammes de bichromate de potasse dans 900 grammes d'eau et 250 grammes d'acide sulfurique, on laisse refroidir, puis on ajoute peu à peu au mélange 60 grammes d'alcool. Après 24 heures on trouve au fond du vase 150 grammes d'alun de chrome cristallisé.

§ 92. Citrique (acide). — Substance cristaline, très-soluble dans l'eau, se rencontre pure dans le commerce des produits chimiques. Elle contient cependant parfois de l'acide tartrique, qui jouit à peu près des mêmes propriétés, mais qui est d'un prix beaucoup moins élevé.

§ 93. Cire. — Cette substance très-connue, au moins quant à l'aspect, est insoluble dans l'eau, mais soluble dans la benzine et l'essence de térébenthine.

§ 94. CoUodion. — Solution de coton-poudre dans l'éther alcoolisé, dont nous parlerons longuement au chapitre collodion,

§ 95. Coton-poudre. — Quand on trempe quelques minutes du coton dans un mélange, en proportions convenables, d'acides sulfu-

CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE. 73

rique et azotique monohydratës, qu'on l'en retire pour le laver à grande eau et qu'on le sèche, on remarque qu'il a augmenté de poids. En soumettant le produit à l'analyse, on trouve que le coton a perdu plusieurs atomes d'hydrogène et gagné autant d'acide hypo-azotique. Le coton a acquis alors de nouvelles propriétés; il est devenu plus ou moins soluble dans l'éther alcoolisé, l'aniline, l'acétate d'éthyle, l'alcool méthylique, l'acide acétique cristallisable, etc. De plus, au contact d'un corps en ignition, il brûle vivement.

La composition élémentaire du pyroxile varie avec sa méthode de préparation. M. Hadow, qui en a fait une étude approfondie, décrit quatre variétés, qui contiennent 9, 8, 7 et 6 atomes d'acide hypoazotique. La première est extrêmement explosible et se prépare avec des acides à un haut dégré de concentration, elle est presqu' insoluble dans l'éther alcoolisé. La seconde et la troisième sont solubles dans l'éther alcoolisé, mais la troisième est, de plus, soluble dans l'acide acétique cristallisable et l'alcool absolu. Enfin, la dernière est la xyloïcline de M. Braconnot et Pelouse; sa solution éthérique laisse une couche opaque. Nous n'avons ici à nous occuper que des variétés 2 et 3 (celles avec 8 et 7 équivalents de AzO*), les traités de chimie donnant tout au long les propriétés des deux autres, et ne parlant pas ou presque pas, de celles qui nous intéressent.

Il existe deux espèces bien distinctes de coton-poudre photographique : la première est jaune, à fibres courtes, poudreuses, beaucoup plus lourde que la seconde. Sa propriété essentielle est de fournir un collodion mince. Ainsi, un litre d'éther alcoolisé, additionné de 16 à 20 grammes de cette variété de coton-poudre, donne un excellent collodion, pas trop épais. En général ce coton-poudre donne des images très-intenses.

La deuxième variété est blanche, ressemble tout à fait au coton original, résistante, à longues fibres, et d'un très-bel aspect. Elle est beaucoup plus légère que la première. Sa propriété essentielle est de fournir un collodion épais. Ainsi, un litre de collodion au titre de 8 à 10 grammes de ce coton est déjà épais. Ce coton-poudre produit des images peu intenses.

Voici comment se prépare le coton-poudre.

Formule pour la préparation du coton-poudre.

Acide sulfurique (D. 1,845) 510 cent, cubes.

» nitrique (D. 1,457) 190 »

Eau 150 »

Coton ..... 20 grammes.

Température 55 à 60 degrés centigrades, immersion 9 minutes. Remarquons, à propos de cette formule, que le résultat dépend de la

GÉNÉRALITÉS

qualité du coton brut employé. Il arrive que certains cotons se dissolvent dans le mélange, il faut alors diminuer la proportion de l'eau.

Procurez-vous un vase en porcelaine avec couvercle parfaitement nettoyé et versez-y d'abord l'eau, puis l'acide nitrique, et enfin, en agitant constamment le mélange avec une baguette de verre, l'acide sulfurique.

Un thermomètre étant plongé dans les deux acides, au moment où ils sont mélangés, monte jusque 70° ou 80^ Agitant alors le mélange avec une baguette en verre, on laisse le liquide se refroidir jusqu'à ce que le thermomètre marque 55 degrés. On y plonge alors le coton par petites portions de 2 à 3 grammes à la fois. Chaque fois que l'on a plongé une touffe de coton dans le liquide, il faut la presser avec la baguette, afin de bien chasser l'air et de favoriser son imbibition. Quand le tout y est plongé, la baguette est retirée, le vase couvert de son couvercle et le coton-poudre couvert d'une rondelle en verre pour le préserver du contact de l'air. On attend alors le temps nécessaire, puis l'acide est transvasé dans une éprouvette en verre, et, appuyant avec la baguette sur le coton, on exprime l'excès de liquide, qui ne peut pas servir une seconde fois.

Le coton-poudre est jeté dans une cuve en bois remplie d'eau et exprimé plusieurs fois dans cette eau, comme on exprime une éponge. (Mettez une paire de gants en caoutchouc.) L'eau de la cuve est renouvelée plusieurs fois et chaque fois le coton bien exprimé. Bref, on le lave si bien qu'un papier bleu de tournesol, pressé fortement contre le coton-poudre, ne rougisse pas. On sèche le produit en le divisant en petites touffes qu'on laisse sécher à l'air sur une toile à larges mailles.

On peut aussi préparer le coton-poudre au salpêtre. C'est même de beaucoup la meilleure méthode de préparation de cette substance, et nous la décrirons dans tous ses détails au chapitre concernant la fabrication du collodion photographique.

Le pyroxyle doit être conservé dans des boîtes en carton et point dans les flacons en verre, surtout ceux bouchés à l'émeri. Cette substance, en effet, est sujette à se décomposer, et l'expérience prouve que cette décomposition est plus rapide dans les flacons bouchés qu'à Tair libre.

Le moyen le meilleur de préserver le coton-poudre de cette décompositon, consiste à le conserver dans des paquets de papier bien ficelés. L'auteur de cet ouvrage a trouvé (l) que du collodion versé dans

(1) Mémoire lu à la Société photographique de Vienne, le 17 octobre 1871, par D. V. Monckhoven, Phot. Correspondenz, 1871, p. 199, et Bull. Soc. /rang, de phot. 1872, p. 22.

CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE

l'eau abandonne le coton-poudre qu'il contient à l'état de grumeaux. Il a cru, et un grand nombre d'auteurs ont répandu cette erreur après lui, que du coton-poudre ainsi précipité jouissait de certaines propriétés spéciales que ne possédait pas le coton original contenu dans le collodion. Des expériences ultérieures faites avec le plus grand soin nous ont démontré que le pyroxjle précipité ne différait en rien du pyroxjle ordinaire.

§ 96. Cyanure de potassium (KCy). — Il se rencontre à l'état fondu et à l'état cristallisé. C'est une substance extrêmement vénéneuse, très-soluble dans l'eau, d'une préparation assez délicate et qu'il vaut mieux acheter toute faite que préparer soi-même.

§ 97. Eau. — L'eau servant aux usages photographiques doit être pire (distillée) pour les solutions de nitrate d'argent, d'acide pyrogallique, de chlorure d'or et les bains de dégorgement qui suivent l'impression du papier positif. L'eau distillée est souvent impure et contient des matières organiques qui réduisent partiellement le nitrate d'argent et le chlorure d'or à l'état métallique, surtout si les solutions sont exposées aux rayons solaires.

Leau de pluie est bonne pour les autres usages photographiques, à moins qu'on ne la récolte pendant les pluies d'orage, alors elle contient de l'ammoniaque. Elle peut au besoin remplacer l'eau distillée.

Lemi de rimère contient toujours des matières organiques. Elle est moins propre aux usages photographiques que l'eau distillée ou l'eau de pluie.

Leau de citerne ne peut s'employer pour les solutions argentifères, à cause des carbonates et des chlorures qu'elle contient, mais bien pour les autres solutions, quoique l'eau de pluie doive lui être préférée.

§ 98. Eau régale. — Mélange de 1 partie d'acide nitrique et 4 parties d'acide chlorhydrique (en volume).

§ 99. Éther sulfurique. — L'éther est un liquide incolore, d'une odeur suave. Versé dans l'eau, il s'y dissout à peine et surnage comme l'huile. Sa densité est de 0,723 à 12°5 et de 0,715 à 20\ Il pèse donc beaucoup moins que l'eau, puisqu'un kilogramme d'éther occupe un volume d'environ 1350 centimètres cubes, et que 1 litre d'éther ne pèse que 720 grammes environ. On essaie l'éther soit au densimètre, soit au pèse-ètlier exactement de la même manière que l'alcool. L'éther doit marquer de 60" 62*" Baumé pour être d'un bon usage en photographie. Le plus souvent, il faut le rectifier comme nous l'indiquerons tout à l'heure.

GÉNÉRALITÉS

Le point d'ébullition de Téther est à Sb^Q. C'est donc un liquide si volatil qu'en été il peut très-bien entrer spontanément en ébullition et faire sauter les bouchons des flacons qui le contiennent; aussi est-il bon de le conserver dans un endroit frais.

Nous devons insister tout particulièrement sur le danger que présente le maniement de l'éther dans des places où il y a du feu ou de la lumière. Si l'on versait un flacon d'éther dans une place fermée, puis, si l'on y portait une bougie allumée, une détonation terrible serait le résultat de cette imprudence, qui s'est déjà reproduite bien des fois. L'éther est, en effet, un liquide qui se vaporise avec une extrême facilité, et ses vapeurs se mélangeant avec l'air environnant, constituent alors un mélange détonnant fort dangereux. Il résulte de ce qui précède qu'il ne faut jamais transvaser l'éther le soir, à moins de se trouver loin des lumières ; il en est de même du collodion qui est cependant un peu moins dangereux parce qu'il contient une assez forte proportion d'alcool.

Il est fort difficile de trouver dans le commerce de l'éther pur, mais cependant on peut se le procurer dans de bonnes pharmacies.

Impuretés de Vètlier. — Y UJmile de vin. Elle donne à l'éther une odeur désagréable. Versé sur la main, l'éther après s'être évaporé, doit laisser une odeur franche; sinon, il contient de l'huile de vin. On enlève ce produit en distillant l'éther sur la potasse caustique. L'huile de vin fait perdre au collodion sa sensibilité.

2° L'eau, qui est décelée par le chlorure de calcium, maintenu quelques jours en contact avec lui.

S'' L'alcool dont la présence n'exerce aucun effet fâcheux et que l'on décèle en agitant l'éther avec une solution saturée de chlorure de calcium dans l'eau. Le volume de l'éther ne doit presque pas diminuer.

4" Les acides (sulfurique, entraîné par la distillation, — acétique, produit de l'oxydation de l'alcool, etc.) qu'on décèle par le papier de tournesol. On en débarasse l'éther par la distillation sur le carbonate de potasse ou la potasse caustique.

ô"* Des corps particuliers non définis jusqu'à présent que l'on décèle en versant dans l'éther une solution alcoolique d'iodure de potassium. La solution, conservée 24 heures, doit rester d'un jaune citron sans brunir. Dans le cas contraire, l'éther amènera la rapide altération du collodion.

Le moyen le meilleur pour rectifier l'éther consiste à le distiller sur de Vemt de cliaux en ne recueillant que les deux tiers de l'éther primitivement employé. L'éther ainsi préparé contient bien un peu d'eau, mais loin de nuire à la préparation du collodion, cette petite quantité d'eau est, au contraire, indispensable.

CHIMIE PHOTOGRAPHIQUE

§ 100. Gallique (acide). — L'acide gallique est un corps solide, léger, d'un blanc jaunâtre, difficilement soluble dans l'eau froide, soluble en entier dans l'alcool. L'acide gallique du commerce est souvent mêlé de sulfate de chaux (insoluble dans l'alcool). Les dissolutions d'acide gallique servent surtout à développer les épreuves sur papier et sur albumine.

§ 101. Gaïac (Résine). — C'est une résine soluble dans l'alcool dont nous avons déjà parlé dans l'historique de cet ouvrage. Sa solution alcoolique laisse sur le papier une couche sensible à la lumière.

L'image produite par la lumière est verte, dans le chlorure d'or elle devient bleue. Jusqu'ici ces images ne sont pas stables, faute d'avoir trouvé un fixateur convenable.

§ 102. Gélatine. — La gélatine, qui porte aussi le nom de colle forte, colle de poisson, est incolore et transparente, inodore, insipide, neutre aux réactifs colorés. Elle ne se dissout pas dans l'eau froide, elle ne fait que s'y ramollir, s'hydrate, et peut prendre plusieurs fois son poids d'eau. Cette gélatine hydratée chauffée se liquéfie, et se prend en gelée par le refroidissement.

La gélatine humide se putréfie au contact de l'air.

Les solutions de gélatine dissolvent plus facilement la chaux que l'eau ordinaire, et se combinent facilement avec le phosphate de chaux. Aussi, jamais la gélatine du commerce n'est-elle exempte de ces deux produits.

Le bichlorure de mercure s'allie avec la gélatine, ainsi que le sulfate de fer. L'alun ordinaire et surtout l'alun de chrome rendent la gélatine insoluble.

Le tannin précipite complètement la gélatine et la rend insoluble.

Quant à l'action des chromâtes sur la gélatine, nous avons déjà fait mention de cette action aux pages 12 et suivantes.

La gélatine a des origines diverses que nous allons énumérer rapidement.

P Elle s'extrait d'abord des rognures de peau, de certaines parties molles des animaux, des cornes, des sabots et des os. Ces substances sont employées fraîches et sèches ; le plus souvent elles sont d'abord conservées dans l'eau de chaux, dont on les débarrasse plus tard, puis bouillies dans l'eau qui en extrait la gélatine. Ces solutions sont clarifiées par l'alun, évaporées et séchées sur des filets. C'est la colle forte ordinaire qui est toujours très-colorée.

2° On retire aussi la gélatine des os, et spécialement des os de bœuf que l'on dégraisse d'abord, que Ton prive ensuite des sels

78 GÉNÉRALITÉS

calcaires par l'acide chlorhjdrique et qu'on lave bien à l'eau de chaux. On en extrait ensuite la gélatine purifiée par l'eau bouillante.

3** La gélatine retirée de la peau déjeunes animaux et des cartilages de veau, porte en France le nom de Grenétine du nom de son fabricant, M. Grenet, de Rouen, qui la livre au commerce en feuilles extrêmement minces et transparentes. Cette gélatine préparée avec beaucoup de soin, est très-recherchée pour les préparations culinaires.

4*' La gélatine se retire aussi de la vésicule aérienne de l'esturgeon dont on a enlevé la peau extérieure. Elle porte le nom de colle de 2)oisson ou ichtyocolle. Quand on la trouve non falsifiée, elle est d'un excellent usage en photographie. // faut la faire venir non préparée directement d^ Astrakhan, et ordonner qu'on n'enlève pas la peau extérieure de la vésicule, car, sans cela, Von n'a plus aucune garantie de la pureté du produit que Von reçoit.

M. Nelson, et aussi M. Swinborne, tous deux fabricants de gélatine à Londres, préparent de la colle de poisson, purifiée en fils minces qui sont beaucoup plus facilement solubles que la colle de poisson ordinaire.

La colle de poisson ordinaire se vend en plaques minces, sèches, difficiles à diviser. Les acides la coagulent et elle entraîne alors toutes substances tenues en suspension dans le liquide. De là ses propriétés clarifiantes. Pour la dissoudre dans l'eau, il faut d'abord la battre fortement au marteau afin de la diviser, puis la mettre 24 heures dans l'eau, puis la dissoudre dans de la bière chaude, et enfin la filtrer.

La gélatine du commerce contient de nombreuses impuretés, la chaux, le phosphate de chaux, l'alun, des sels de fer, toutes substances provenant de son mode de préparation. C'est surtout la gélatine de provenance française, malgré sa belle apparence et ses excellentes qualités au point de vue culinaire, qui donne lieu au plus grand nombre d'insuccès parce qu'elle contient de fortes quantités d'alun.

M. Nelson fabrique une gélatine d'une couleur ambrée, connue sous le nom de Ambra gélatine qui, quoique moins pure que la gélatine opaque du même fabricant, est très-vantée par M. Woodburj.

Seulement il est recommandé de lui ajouter de prime abord la quantité d'eau froide dans laquelle on veut la dissoudre, de la laisser des heures entières se gonfler, et alors de chauffer doucement le liquide, qu'il ne faut pas filtrer, mais seulement débarrasser de son écume superficielle.

Il faut avec cette gélatine, comme du reste avec toutes les autres qualités, ne pas préparer les solutions longtemps à l'avance ; mais

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s'en servir, au contraire, aussi vite que possible, sinon une insolubilité partielle sera le résultat inévitable du manque d'observation de cette règle. — La gélatine sèche se conserve très-bien.

On fera toujours attention, lorsqu'on ajoute le sel de chrome à la solution de gélatine de ne pas chauffer la solution au delà du point nécessaire pour dissoudre la gélatine, sinon, nouveaux insuccès.

La belle apparence de la gélatine n'a aucun rapport avec ses qualités, car cette apparence s'obtient par des moyens chimiques. Les espèces un peu opaques contiennent du phosphate de chaux tribasique, du plâtre, du chlorure de calcium, du carbonate de chaux, de l'alumine, du sel marin, du fer et de l'alun. (Les qualités trèstransparentes sont surtout riches en alun.)

Les sels de chaux se reconnaissent facilement par la réaction de l'oxalate d'ammoniaque sur l'eau dans laquelle la gélatine à essayer a séjourné quelques heures (à froid). L'alun se retrouve dans les cendres de la gélatine brûlée. Cet alun, aussi bien que le phosphate de chaux, sont l'origine des flocons coagulés qu'on observe dans la gélatine bichromatée en solution, même chaude.

L'alun rend la solution de gélatine épaisse, excellente qualité au point de vue culinaire, mais défaut capital pour la photographie, puisqu'alors on ne peut pas filtrer les solutions gélatineuses. Dans la pratique, on est obligé, pour ces filtrations, de se servir de coton, de linge ou de flanelle, mais la partie filtrée n'est point claire, et le microscope y décèle une infinité de substances hétérogènes. Or, qu'on le remarque bien, une solution chaude de gélatine pure, passe trèsbien à travers un filtre ordinaire en papier.

Voici la méthode que nous employons pour purifier la gélatine en feuilles.

On la lave préalablement pendant 24 heures dans un courant d'eau pure. Ce lavage la débarrasse d'une grande quantité de ses sels calcaires. Puis on ajoute aux feuilles ramollies par l'eau une certaine quantité d'eau chaude, afin de les dissoudre. On y ajoute alors de l'albumine (blanc d'œuf) et l'on mêle bien. Puis on fait passer pendant 5 minutes un fort courant de vapeur, dans la masse qui est ainsi fortement agitée. L'albumine se coagule et s'empare des impuretés de la gélatine.

Le liquide filtré est transparent. On l'évaporé alors dans des cuvettes plates, dont le fond est chauffe par la vapeur. On obtient ainsi des feuilles transparentes, très-pures, dont la solution n'offre plus de taches grasses lorsqu'on l'étend sur papier ou qu'on la verse sur glace, et qui est excellente pour la préparation des émulsions ou du papier au charbon.

GÉNÉRALITÉS

La gélatine plongée dans l'eau froide absorbe lentement l'eau. Les qualités ordinaires absorbent 2 ou 3 fois leur poids. Les très-bonnes qualités jusque 7 à 8 fois, suivant sa température. Mais si l'eau est légèrement acide, la gélatine peut prendre jusqu'à 20 fois son poids d'eau, bien entendu certaines qualités.

M. Eder, dans le mémoire qu'il a publié l'année dernière (1878) à la Société photographique de Vienne, a indiqué comme moyen de reconnaître la bonté des gélatines la dureté de la consistance de leur solution refroidie, c'est-à-dire, la consistance plus ou moins grande de leur gelée. C'est une erreur profonde et c'est bien souvent le contraire.

Au point de vue chimique proprement dit, on ne sait presque rien de la gélatine, et la pratique seule peut indiquer la supériorité d'une gélatine sur une autre pour un usage déterminé.

§ 103. Glycérine. — Corps liquide, d'une saveur sucrée; il possède la propriété de ne pas sécher tout en se conservant inaltéré à l'air. La glycérine s'obtient en quantités énormes dans la fabrication des bougies stéariques.

§ 104. Hyposulfite de soude. — C'est le dissolvant par excellence du chlorure d'argent des épreuves positives sur papier. 11 dissout aussi la plupart des autres sels d'argent avec lesquels il forme de l'hyposulfite double de soude et d'argent très-soluble dans un excès d'hyposulfite de soude. L'eau, à 15° de température, dissout les 80 centièmes de son poids d'hyposulfite de soude. Ce sel se prépare en saturant de soufre une solution de sulfite de soude. 11 cristallise en gros prismes hexagones et se trouve très-pur dans le commerce.

§ 105. Hyposulfite d'or et de soude (sel d'or de Fordos et de Gélis). — Substance blanche, cristallisée et soluble dans l'eau : elle est d'une préparation délicate et difficile, et prend naissance en versant du chlorure d'or bien neutre dans l'hyposulfite de soude.

§ 106. Iode. — Cette substance, d'un aspect métallique, se trouve dans le commerce sous le nom àHode précipité (par le chlore), et àHode sublimé. Elle se prépare par l'iodure de potassium, le peroxyde de manganèse et l'acide sulfurique. L'iode précipité est en masses violettes amorphes, l'iode sublimé en paillettes éclatantes. Ce dernier est le plus pur.

L'iode est soluble dans l'alcool et l'éther, mais presque insoluble dans l'eau. L'iode libre colore le papier amidonné en bleu foncé, excepté dans les dissolutions alcooliques où cette coloration est faiblement prononcée. L'iode tache les mains en brun, mais cette coloration disparaît d'elle-même. L'iode étant volatil, doit se conserver dans des flacons bouchés à l'émeri.

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§ 107. lodure d'ammonium. — Un procédé qui donne d'excellent iodure d'ammonium, consiste à précipiter exactement une solution d'iodure de fer par une solution de carbonate d'ammoniaque ; filtrée et évaporée, la solution donne de l'iodure d'ammonium.

Cette substance est cristallisée, soluble dans l'eau, l'alcool et rétlier. Elle est peu stable, et se colore facilement en jaune, par suite de l'iode mis en liberté.

A l'état de gros cristaux, elle se conserve mieux.

§ 108. lodure de cadmium (Cdl). — Se prépare exactement comme le bromure du même métal, avec les mêmes précautions à observer pour éviter la production d'oxy-iodure de cadmium.

Cette iodure cristallise en tables nacrées d'un très-bel aspect. Il est soluble dans l'eau, l'alcool et l'éther.

§ 108^^^ Iodure de cadmium-potassium (Kl, Cdl)(i). Équivalent = 347. — L'on obtient cet iodure en pesant exactement 182 grammes d'iodure de cadmium bien sec et 165 grammes d'iodure de potassium, et en introduisant ce mélange dans 300 grammes d'eau chaude, filtrant le liquide et le laissant cristalliser.

Il est plus soluble dans l'eau que l'iodure de cadmium ou de potassium, puisque 1 gramme d'eau dissout 3 grammes de l'iodure double ; beaucoup plus soluble dans l'alcool absolu, même additionné de son volume d'éther absolu, que l'iodure de cadmium seul. — Suivant la loi de Berthollet, on pourrait croire que l'iodure de potassium, qui est presque complètement insoluble dans l'alcool, se précipite de ce liquide; mais il n'en est rien, et c'est ce qui rend cet iodure précieux pour la photographie.

Il agit, pour jaunir l'éther, exactement comme l'iodure de potassium.

Introduit dans le collodion, il s'y dissout immédiatement, et lui communique une teinte jaune d'or. Il n'épaissit pas le collodion comme l'iodure de cadmium, ni ne le rougit pas au bout de peu de jours comme l'iodure de potassium.

Ni l'iodure de potassium, ni l'iodure de cadmium n'attirent l'humidité de l'air, et cependant la combinaison de deux iodures se résout en liquide dans l'air humide, mais point dans un air moyennement sec. Il faut donc tenir cet iodure double en flacons bouchés.

L'iodure double de potassium et de cadmium se conserve parfaite-

(1) Les iodures doubles de cadmium, ainsi que les bromures doubles de ce métal, ont été introduits dans l'usage photographique par M. D. v. Monckhoven, mémoire lu à la Société photographique de Vienne : Phot. Correspondenz, 1870, p. 111 ; Bull. Soc. franc, 1870, p. ^'Sd; Bulletin Belge, 1870, p. 125.

GÉNÉRALITÉS

ment, sans jaunir comme Fiodure d'ammonium. On peut le chauffer sans le décomposer, et il fond en masse blanche à la température de fusion de l'étain.

§ 109. lodure de potassium (Kl). — Ce composé est blanc, cristallisé en cubes, extrêmement soluble dans l'eau, mais presque insoluble dans l'alcool absolu et l'éther. Il dissout énergiquement riode et l'iodure d'argent, surtout en solution concentrée.

Pour le préparer, on dissout l'iode dans une solution concentrée de potasse caustique, jusqu'à ce que le liquide prenne une teinte jaune permanente. Puis on évapore la liqueur à siccité et on calcine la masse au rouge sombre pour décomposer l'iodate qui s'est formé en même temps que l'iodure. — Le produit, repris par l'eau chaude, laisse déposer après refroidissement l'iodure de potassium cristallisé.

Mais cette opération, que l'on fait dans l'industrie sur une grande échelle, ne produit pas un bon iodure de potassium pour la photographie. Il vaut infiniment mieux dissoudre le carbonate de potasse pur dans l'acide iodhydrique bien purifié par deux distillations successives. Alors l'iodure de potassium est moins blanc, les cristaux sont moins volumineux, mais l'iodure est plus pur. Seulement, le produit ainsi obtenu est plus cher.

En France, l'on suit généralement le premier procédé à l'aide de l'iode brut, et l'on purifie le produit par des cristallisations successives. Cependant jamais l'iodure de potassium ainsi obtenu n'est pur. En Allemagne, on le prépare de la seconde manière, bien entendu lorsqu'il est destiné aux usages de la photographie.

Pour purifier l'iodure de potassium du commerce, dissolvez-le dans l'eau bouillante additionnée d'un peu d'acide iodhydrique. Laissez-le cristalliser et rejetez l'eau-mère.

§ 110. Nitroglucose. — Substance que l'on prépare en mettant 5 minutes en contact une partie de sucre blanc pulvérisé, 2 d'acide sulfurique et I d'acide nitrique très-concentré. Le produit lavé à l'eau chaude est gommeux et colle aux mains. Dissous dans l'alcool et ajouté au collodion, il n'exerce sur lui aucun effet. Mais si la solution alcoolique est faite depuis plusieurs jours, le collodion perdra de sa sensibilité et gagnera en intensité. Cela provient de ce que le nitroglucose s'est décomposé en un corps susceptible de se combiner avec le nitrate d'argent ; ainsi une solution récemment préparée ne trouble pas le nitrate d'argent, tandis qu'une solution faite de plusieurs jours y produit un abondant précipité blanc, très-sensible à la lumière.

Le nitroglucose est employé par l'auteur de cet ouvrage pour la préparation des papiers destinés aux agrandissements.

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Le nitroglucose est préparé très-pur par M. TromsdorfF, fabricant de produits chimiques, à Erfurt.

§ 111. Oxalate de fer, oxalate de potasse. — Nous décrirons ces substances en parlant du procédé au gélatino-bromure d'argent.

§ 112. Pyrogallique (acide). — Substance blanche, cristallisée, noircissant rapidement sous l'influence de l'oxygène de l'air. L'acide pyrogallique sert à développer les épreuves sur collodion ; il réduit l'argent de ses solutions avec une grande énergie. Il est souvant mélangé d'un produit brun : l'acide métagallique. On l'obtient par la distillation de l'acide gallique.

§ 113. Sulfate de fer. — Sel employé pour développer les négatifs au collodion. Pour le préparer on mélange dans une capsule en porcelaine 10 parties d'eau et une d'acide sulfurique et l'on y jette àe^ pointes de Paris ou du fil de fer ordinaire. Au bout de quelques heures, le liquide est filtré et abandonné à la cristallisation après une évaporation suffisante.

Le sulfate ordinaire du commerce [Couperose xterte) bouilli dans un vase de fonte avec la limaille de fer et filtré, abandonne par le refroidissement des cristaux verts de sulfate de fer presque pur. — Le sulfate de fer ordinaire est même déjà d'une pureté suffisante pour les besoins de la photographie.

§ 114. Sulfate de fer et d'ammoniaque. — Substance d'un vert clair qu'on obtient en faisant cristalliser ensemble du sulfate d'ammoniaque et du sulfate de fer. Elle se conserve mieux à l'air que le sulfate de fer ordinaire et peut remplacer ce dernier pour développer les négatifs au collodion. L'usage de ce sel a été introduit par M. Meynier, de Marseille.

§ 115. Tannin. — Le tannin, ou acide tannique, s'extrait des écorces de chêne ; on le trouve à très-bas prix dans le commerce. Il précipite les alcooloïdes et la gélatine. Le tannin est employé dans le procédé du major Russel (au collodion sec).

§ 116. Tournesol. — On trouve le tournesol chez les marchands de couleurs. Pour préparer le papier de tournesol, on le fait bouillir avec deux fois son poids d'eau et on passe, à travers un linge, le liquide d'un bleu foncé qui en résulte, pour en enduire du papier blanc des deux côtés.

On additionne ensuite ce liquide bleu de quelques gouttes d'acide acétique, qui le rougit sur le champ. On en enduit de nouvelles feuilles de papier.

Le papier bleu rougit dans les solutions acides, le papier rouge bleuit dans les solutions alcalines.

GÉNÉRALITÉS

§ 117. Vernis. — Les vernis photographiques servent surtout à protéger la couche de pyroxjle (procédé au collodion) des éraillements auxquels elle est sujette par suite de sa grande fragilité. Parmi les divers corps, résines et liquides, employés à cette fabrication, nous citerons : le copal, le copal tendre (soluble dans l'alcool et la benzine), la sandaraque, le mastic, la gomme-laque jaune ou blanche, le succin fondu, l'essence de térébenthine, la benzine, l'alcool, l'éther et le chloroforme. Toutes ces substances, mélangées en proportions plus ou moins diverses donnent des vernis photographiques. Le meilleur vernis est celui à la gomme-laque.

Ce vernis s'étend à chaud. Pour le préparer on place dans un ballon :

1000 centimètres cubes d'alcool à 95".

80 grammes de gomme laque blanche, récemment préparée.

On élève un peu la température en plongeant le ballon dans l'eau chaude; au bout de quelques minutes la dissolution s'est faite, sauf de longs et légers filaments blancs de gomme insoluble qui se produisent surtout lorsque la gomme-laque est vieille. La liqueur filtrée est alors légèrement jaunâtre et prête pour l'usage. Elle dépose parfois plusieurs mois après sa préparation une matière cireuse blanche. On prévient ce dépôt en ajoutant au liquide 50 grammes di acétate de métliyle par litre. L'acétate de méthyle est le produit vendu par les fabricants d'acide acétique sous le nom d'alcool méthylique ou esprit de bois.

Un autre vernis, qui se laisse facilement retoucher par le crayon s'obtient ainsi :

Benjoin concassé. ........ 50 grammes,

Sandaraque 100 jj

Alcool , 1 litre,

Huile de ricin. . 1 cent. cube.

Mettez le flacon contenant ce mélange pendant plusieurs jours dans un endroit chaud et agitez-le fréquemment, puis filtrez le liquide.

Ce vernis est très-clair, et s'étend à chaud comme le vernis à la gomme-laque.

Vernis noir. Enfin, le vernis qui sert à revêtir les épreuves positives sur verre d'une couche noire, est composé comme suit :

Benzine 1 litre,

Bitume de Judée 80 grammes,

Caoutchouc 1 »

Le caoutchouc doit être coupé en tranches minces. Il sert à rendre la couche de vernis un peu élastique, sans caoutchouc cette couche est sujette à se fendiller.

xMATÉRIEL. 80

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