SECTION II. — ÉMAUX
§ 420. Obtention de la matrice. — Pour produire des émaux, il faut d'abord traduire le négatif dont on veut faire usage en positif sur verre, soit en le reproduisant à la chambre noire par le collodion humide, soit en se servant de collodion sec et du chàssis-presse. Le positif obtenu est alors recouvert d'une solution filtrée de 1 gramme de gutta-perclia dans 30 grammes de chloroforme. Quand la couche est sèche, on en incise les bords, et on plonge la glace dans l'eau froide. Alors la couche de collodion portant l'image positive se détache. On la conserve sous presse.
Il est nécessaire d'avoir un négatif constitué par une pellicule élastique, afin de pouvoir l'appliquer sur des surfaces convexes, telles que le sont les plaques d'émail (qui ont généralement la forme de camées), les assiettes de porcelaine, les tasses, etc.
On peut encore, si le positif par transparence peut être de la même grandeur que le négatif original, employer le papier préparé au charbon, dont, après insolation, on fait le transport sur verre stéariné; ces positifs se détachent très-facilement du verre, et s'appliquent très bien, à cause de leur élasticité, sur les surfaces courbes.
§ 421. Préparation de la plaque d'émail. — On trouve dans le commerce des plaques de cuivre rouge recouvertes d'émail blanc, de toutes les dimensions. Ces plaques sont ovales et possèdent un relief en forme de camée.
Ces plaques, bien nettoyées, sont recouvertes d'un mélange de :
Eau distillée 100 grammes
Bichromate de potasse 6 n
Gomme arabique 5 »
Miel 1 »
Sucre blanc 1 n
Ce mélange, tant qu'il est liquide, n'est pas sensible à la lumière. Il faut le filtrer avec soin à travers du papier de Suède, opération qui
(1) Voir pour plus amples détails : Photographie sur Émail, par MM. Geymet et Alker.
Un ouvrage bien complet est celui de M. A. Martin, 1872, publié à Weimar. — Voyez aussi Bull. Soc. franc, dephot. 1868. p. 313; 1869. p.41 ; 1870, p. 261 ; 1872, p. 35.
ÉPREUVES VITRIFIÉES
est extrêmement lente. Comme il a une consistance sirupeuse, on peut l'étendre avec un peu d'habitude et sans de trop grandes difficultés sur la surface courbe de la plaque d'émail, que l'on sèche alors à une température de 60 degrés devant un fourneau. Cette dernière opération doit se faire dans l'obscurité.
§ 422. Insolation. — La plaque d'émail bien sèche est recouverte de la pellicule portant l'image positive. En la frottant avec précaution dans tous les sens, la pellicule arrive en contact parfait avec la surface de la plaque d'émail, surtout si elle est un peu plus grande, auquel cas on en rabat les bords derrière la plaque, que l'on soumet, ainsi recouverte, aux rayons solaires, pendant 1 à 2 minutes, ou à l'ombre, de 5 à 15 minutes.
§ 423. Développement de l'image. — La plaque d'émail insolée est rentrée dans le cabinet obscur, et la pellicule positive enlevée. Une image est visible sur la plaque.
Les poudres inertes, le charbon en poudre, par exemple, répandues sur la surface de bichromate insolée, adhèrent là où la lumière n'a pas agi. Au lieu de poudre de charbon, il faut à présent se servir de poudre d'émail de telle couleur que l'on désire, additionnée de fondant également en poudre. Nous parlerons tout à l'heure de ce fondant et de cette poudre d'émail.
Pour opérer convenablement, les poudres doivent être impalpables, et il faut en saupoudrer la plaque d'émail, soit en enfermant ces poudres dans un petit sac de toile fine que l'on secoue au-dessus de la plaque (Leth, Obernetter), soit en chargeant un pinceau de blaireau fin et fourni, en le retournant en tous sens dans la soucoupe qui contient la poudre (Geymet et Alker). A l'aide de ce blaireau on tamponne légèrement la plaque en commençant par le haut; on descend progressivement, frappant toujours avec régularité. Puis le blaireau est passé en long et en large sur la plaque pour enlever l'excès de poudre.
Si l'épreuve est trop empâtée, trop noire, on chauffe légèrement la plaque sur une lampe à alcool et on enlève l'excès de noir avec un blaireau neuf.
Si l'épreuve est trop légère, on haie à sa surface, elle prend ainsi l'humidité, et on peut de nouveau la recouvrir de poudre d'émail.
La plaque d'émail est ensuite immergée dans de l'acide sulfurique étendu de 2 fois son volume d'eau et d'alcool, ce qui a pour but d'éliminer les sels de chrome qui donneraient un ton jaune à la plaque. Puis on la lave à grande eau, et on la laisse sécher. La plaque doit maintenant être soumise à la vitrification.
ÉMAUX. 349
§ 424. Vitrification. — L'image sur la plaque d'email perd un peu au feu, et peut même disparaître en entier si la température est trop élevée, ou si son action est trop prolongée; dans ce cas elle se dissout dans l'excès d'émail blanc qui recouvre la plaque,
La cuisson s'opère dans de petits fourneaux de terre réfractaire à moufle, analogues à ceux dont on se sert pour les essais d'argent. On en construit qui sont chauffés au gaz ou au pétrole, et dont l'usage est bien plus propre et plus commode que celui des fourneaux dans lesquels on brûle du charbon.
La température à laquelle se fait la cuisson est celle du rouge cerise. Cette température ne doit pas être dépassée.
La plaque à cuire est placée sur une lame de fer dans le moufle chaufl*é au rouge. Elle y est laissée tout au plus quelques minutes, puis retirée.
L'opération que nous venons d'indiquer exige un cliché positif, mais il est tout aussi facile d'arriver à un résultat identique en employant un négatif. Dans ce cas, on recouvre une plaque de verre, finement doucie, d'une couche de perchlorure de fer additionné d'acide tartrique (i).
Le per-sel de fer, en présence de cette matière organique, est réduit à l'état de proto-sel; dans cet état, il est déliquescent et à des degrés divers, suivant qu'il a été plus ou moins vivement impressionné par l'action des rayons lumineux.
Aux parties transparentes du cliché, c'est-à-dire là où doivent se trouver les noirs du positif, correspondent les parties atteintes par la lumière, et cela explique pourquoi, dans ce cas, c'est un négatif et non un positif qu'il faut employer.
La formule de la liqueur sensibilisatrice est la suivante pour une quantité de 500 ce. On pèse 55 grammes de perchlorure de fer qu'on fait dissoudre dans 150 ce. d'eau ordinaire, et 20 grammes d'acide tartrique dissous dans 150 ce d'eau — on filtre séparément les deux solutions, puis on les mélange en y ajoutant la quantité d'eau nécessaire pour atteindre 500 ce.
Elle sert jusqu'à épuisement, pourvu qu'on la conserve à l'abri de la lumière. On verse sur le verre douci comme si l'on collodionnait, puis on expose à la lumière sous le négatif, et l'on dépose la poudre d'oxyde métallique comme nous venons de l'indiquer.
Quand l'image apparaît bien complète dans tous ses détails, l'on collodionne la surface avec du collodion normal, puis on immerge le tout dans de l'eau aiguisée d'acide chlorhydrique.
(1) Voir Traité dH^npression photographique sans sel d'argent de A. Poitevin,
ÉPREUVES VITRIFIÉES
La pellicule de collodion se détache bientôt du verre, entraînant avec elle l'image formée par l'oxyde métallique; — alors qu'elle flotte, on passe en dessous d'elle, dans le liquide, la plaque d'émail sur laquelle on veut la fixer, on sort cette plaque en enlevant la pellicule sans bulles d'air interposées. On laisse bien égoutter le liquide en excès, puis les bords de la pellicule sont rabattus par dessous la plaque, tout autour, de façon à bien tendre cette pellicule, surtout si la surface est convexe.
On laisse sécher dans cet état; puis on peut, sans détruire le collodion par de l'acide sulfurique, mettre directement dans le four à moufle et procéder à la cuisson. Si l'objet n'est pas humide, le feu brûlera le collodion sur place et sans produire d'éclat, mais il est essentiel que toute trace d'humidité ait disparu, sans quoi il se produirait des déchirures, la couche éclaterait et l'opération serait perdue.
§ 425. Poudres d'émail et fondants. — Les poudres d'émail peuvent s'obtenir de toute espèce de couleurs. L'ouvrage de M. Martin mentionné plus haut contient un grand nombre de recettes pour préparer ces poudres d'émail.
M. Leth, à Vienne, prépare sa poudre, en fondant, dans un creuset, un mélange de 1 partie de sulfate de cobalt, 1/2 partie de sulfate de zinc, 1 partie de sulfate de fer, 1 partie de sulfate de manganèse, et 6 parties de salpêtre. Le produit réduit en poudre est bien lavé, une partie de cette poudre est mélangée avec 2 ou 3 parties de fondant, également réduit en poudre.
M. Leth obtient son fondant en calcinant, dans un creuset, 2 parties de sable, 1 partie de borax, et 6 parties de minium. Le verre fusible ainsi produit est réduit en poudre après la fusion.
On obtient un fondant exempt de plomb en calcinant, dans un creuset, 8 parties de sable quartzeux, 4 à 6 parties de borax fondu, 1 à 2 parties de salpêtre et 1 partie de craie.
§ 426. Procédés divers sur émail. — Le premier procédé que nous venons de décrire est celui de M. Leth, à Vienne. Il en existe un très-grand nombre d'autres, parmi lesquels nous signalerons surtout ceux de MM. Lafon de Camarsac, Joubert, Laborde, Obernetter, mais tous reposent sur les procédés primitifs de Poitevin.
ÉMAUX