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TITIRI ou TITRI. Très-petît poisson qui remonte les rivières des Antilles en troupes si nombreuses , que les eaux en pnraissent noires. Il est blanc, tacheté de rouge , de vert et de bleu.
On le trouve aussi dans la Méditerranée , et il y est très-abondant autour des rochers, où il est facile d'en prendre une grande quantité d'un coup de filet.
Sa chair est très-délicate lorsqu'il est jeune; mais à mesure qu'il vieillit , elle perd de sa qualité.
On ne connaît point le genre auquel appartient ce poisson , et quelques personnes pensent que ce n'est autre chose que le frai de l'année de toutes les espèces de poissons de mer et de rivières. V. Tritri.
TOCAN. On appelle tocans les jeunes saumons ou saumoneaux qui ont moins d'un an. Ceux qui pèchent, dit Duhamel, de la menuise et du fretin avec des filets à manche dans les rivières où il remonte des saumons et des truites, prennent beaucoup de petits poissons qui en ont le caractère distinctif j et il est probable que les tocans sont en effet (les saumoneaux ou des truiteites y c'est-à-dire de ces poissons éclos depuis peu de temps. V. Saumon.
TOCAN. On donne aussi ce nom à un poisson qu'on pêche dans l'Allier et autres rivières. Le JDictionnaire des Pêches de l'Encyclopédie en donne la description suivante : il peut , pour la grandeur et la couleur , être comparé aux harengs de bonne saison. Son dos est vert d'olive, un peu plus foncé qu'aux harengs j cette teinte s'éclaircit sur les côtés et vers le tiers de sa circonférence; elle devient changeante et brillante comme la nacre de perle; ses écailles sont fort petites; le haut de son dos est un peu voûté; sa tête est petite, et quand sa gueule est fermée, la mâchoire supérieure excède un peu l'inférieure; l'extrémité du museau est d'un brun tirant au noir, et dénuée d'écaillés jusqu'au haut de la tête ; entre les yeux et l'extrémité de la mâchoire supérieure, on aperçoit deux petites ouvertures, qui sont les narines ; l'œil est petit, vif; la prunelle est brune et l'iris argenté; les opercules des ouïes sont marqués des plus vives couleurs de nacre ; il a quatre branchies de chaque côté ; les ailerons, les nageoires et les lignes latérales sont semblables, et placés comme à la truite. Les écailles étant en losange, il semble, en regardant le poisson dans un certain sens , que son corps soit rayé ; ce qui contribue à le rendre plus brillant.
TOILE. Synonyme de Jlue. C'est la nappe fine qui est entre les deux hamaux du Tramail. V. ce mot.
TOMBEREAU. Retranchement qu'on fait derrière la bonde des étangs , pour pêcher lorsqu'on ne peut pas y faire une bonne poêle, ou lorsque la bonde perd l'eau. V. Etang.
TON. V. Thon.
TONILLIÈRE. Râteau dont la tête est garnie d'une poche de filet. Cet instrument sert à prendre les coquillages qu'on nomme, à Aigues-Mortes, tonilles.
TONNELLE. C'est un gor qu'on forme au bord de la mer avec des filets : on l'appelle ainsi , en le comparant aux tonnelles que les chasseurs tendent
pour prendre du gibier. V. la description des tonnelles au mot Verveux, et les fie. ire 2^, et 3^, de laP/. 5i. ^
Relativement aux réglemens sur l'emploi des tonnelles pour la pêche à la mer, voy. Pêche maritime.
TONNES. Ceux qui transportent le poisson d'eau douce mettent sur les charrettes de grosses tonnes remplies d'eau, et qui ont à la bonde une grande ouverture carrée, qu'on ferme avec un tampon d'herbe de marais. V. Poisson.
TORPILLE ou TORPÈDE. Espèce de poisson du genre des raies, qui jouit de l'étonnante propriété de frapper d'engourdissement la main qui le touche , ou, mieux, de lui faire ressentir une commotion semblable à celle que donne une machine électrique. V. Raie- Torpille.
TORQUETTE ou TORCHETTE. Sorte de panier ou emballage fait avec de la paille longue ou de la glu, dans lequel on enveloppe quelques poissons de choix. V. Emballage , ou plutôt Poisson.
TORSCH ou TORSR. Nom de la morue dans le nord de l'Europe.
TORTUE, testudo. Genre de reptiles dont les caractères consistent à avoir le corps renfermé dans une boîte osseuse, recouverte de cuir ou de plaques écailleuses; quatre pieds pourvus de doigts, tous ou presque tous onguiculés.
Linnaeus a divisé les tortues en trois sections :
Les tortues marines, qui nagent presque continuellement et qui ne vont à terre que pour y déposer leurs œufs ; elles ont les pieds aplatis en nageoires écailleuses; les doigts inégaux, allongés, élargis, réunis entre eux, pourvus de vrais ongles très-petits et terminés par des lames écailleuses , larges et aplaties.
Les tortues d'eau douce , qui vivent dans les rivières, les étangs, les marais, et qui sont la moitié de leur vie dans l'eau, et l'autre moitié sur terre. Elles ont les doigts des pieds très-distincts, terminés presque tous par des ongles crochus ; mais ces doigts sont palmés dans les unes, demi- palmés ou même non palmés dans les autres , selon qu'elles sont plus ou moins aquatiques.
Les tortues terrestres, qui ne vont jamais dans l'eau , et qui ont les doigts non distincts , c'està-dire réunis en un moignon écailleux, d'où partent les ongles.
Description. — Les tortues, en général, ont une organisation très- remarquable. Elles sont renfermées dans un test très-solide, composé d'un bouclier supérieur, qu'on nomme carapace , et d'un inférieur, qu'on appelle plastron, lesquels ne sont attachés ensemble que par les côtés. Ils sont formés de plusieurs pièces réunies par des sutures dentelées , recouvertes de lames écailleuses, et dont la nature paraît être carlilagino-osseuse dans la plupart des espèces.
La carapace, plus ou moins bombée, est soudée à l'épine dorsale de l'animal , et croît avec lui ; elle est recouverte, en dessus, de grandes plaques de la nature de la corne.
Le plastron est ordinairement plat, et couvert de plaques semblables à celle de la carapace; il a quel-
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quefois ses parties antérieures et postérieures mobiles sur des cliarnières, ce qui permet à l'animal de se cacher entièrement à la vue.
La peau , qui ne recouvre le corps cjue sur ses extrémités et sur la portion qui se voit entre les deux parties de leur test, est ordinairement couverte d'écailles ou de tubercules écailieux plus ou moins rapprochés, etest si solide, qu'il est souvent difficile de l'entamer avec les instrumens les plus acérés.
Les tortues ont, en général, la tête d'une forme pyramidale, quadrangulaire, et les yeux petits. Leur nez est formé par deux trous oblongs , qui se voient à la partie supérieure du museau, et, dans quelques espèces, au bout d'une trompe courte et cylizidrique, qui sort de cette même partie j la langue est mince et trois fois |)lus longue que large j les deux mâchoires ou gencives sont tranchantes et ressemblent beaucoup, parla forme et la consistance, au bec des perroquets ; quelquefois il y a des dents ou des aspérités enchâssées dans le palais, et plus ou moins nombreuses; le cou est cylindrique, susceptible d'une grande extension , et presque toujours re- ':ouvert d'écaillés fort dures ; et cependant cette partie est peu susceptible de défense, et c'est par elle que l'animal peut être tué le plus facilement 5 aussi la retii'e-t-il au moindre danger. Les quatre pattes sont rarement assez longues pour que la tortue puisse se i-etourner lorsqu'elle est renversée sur le dos; et dans la plupart des espèces, ces pattes peuvent se replier sous la carapace. Le marcher des tortues est fort lent, et il a même passé en proverbe de toute ancienneté ; cependant quelques espèces courent assez vite. Celles qui habitent les eaux ont de plus la faculté de nager assez bien. Leur queue est ordinairement peu longue, toujours conique et garnie, en dessus, d'écaillés semblables à celles des pattes, et quelquefois terminée par une pointe piquante ; elle se recourbe et se cache dans le danger sous les pattes postérieures. C'est sous cette queue que se trouve l'anus, qui est en même temps l'ouverture des organes de la génération des mâles et des femelles.
Les tortues, par suite de l'organisation de leurs poumons, ont la faculté de vivre sans respirer au fond des eaux, et même de ne périr qu'après un long temps dans le vide de la machine pneumatique.
La circulation du sang dans ces animaux est trèslente ; ils ont ce qu'on appelle le sang froid, par rapport à celui des mammifères et des oiseaux ; ce qui fait qu'ils peuvent rester engourdis pendant tout l'hiver, soit dans la terre , soit dans l'eau ; mais cet engourdissement n'est qu'une simple diminution des forces vitales , et non une suspension de quelques facultés , comme dans les mammifères hybernans , tels que les reptiles, le loir et la marmotte. Au reste, la transpiration des tortues est presque nulle , et les seules pertes qu'elles éprouvent se font par les déjections. Il a été constaté qu'au bout de 5 mois d'abstinence une tortue qui pesait 4 livres et demie n'avait perdu qu'une once.
Lorsque les tortues de mer et d'eau douce sont demeurées hors de l'eau pendant un certain espace de temps, elles ont d'abord beaucoup de peine à .s'y replonger, parce que les poumons rentermant
une plus grande quantité d'air, et leur carapace s'étant un peu desséchée , elles ont moins de pesanteur spécifique que celles qui ne sont point sorties de l'eau.
Propagation, croissance, moyens de défense, longévité. — Il paraît c^ue, dans l'accouplement, le mâle monte sur la femelle. C'est vers le milieu du printemps cjue les tortues marines font leur ponte; elles vont sur le rivage pendant la nuit, y creusent un trou, hors de la ligne des plus hautes marées, avec leurs pattes antérieures, et y pondent un certain nombre d'œufs, qu'elles recouvrent de sable. Cette opération se répète trois fois , à i5 jours, dit-on, de distance. On n'est pas d'accord sur le nombre d'œufs qu'elles font à chaque fois. Des auteurs ont porté ce nombre à 90 ; ce qui serait énorme, La ponle se fait avec tant de préoccupation , que les tortues, jusqu'alors extrêmement craintives , ne voient plus le danger : c'est alors qu'on les retourne et qu'on s'en empare. Comme les femelles vont seules à terre et qu'on met une i^rande ardeur à les [irendre ainsi c[ue leurs œufs , il n'est pas étonnant que les tortues deviennent rares.
Les œufs des tortues sont plus ou moins ronds , selon les espèces, et pourvus de blanc et de jaune; leur enveloppe est souvent molle. On apprête ces œufs comme ceux des poules, et leur saveur n'est guère inférieure à celle de ces dernières : aussi sontils fort recherchés. Ceux des tortues marines, a donnés dans le sable à l'influence vivifiante di leil, n'éclosent pas régulièrement à une époque A Saint-Vincent, l'une des îles du cap Vert, j<i* petites tortues sortent de leurs œufs au bout c ■ " jours. Ailleurs, c'est plus tôt ou plus tard, vant la température du climat. Les petites to; sortant du sable vont directement à la mei , ci comme elles éprouvent d'abord quelque difficulté pour s'enfoncer dans l'eau, un grand iiombre devient la proie des oiseaux acjuatiques, et lorsqu'elles sont dans l'eau, elles sont recherchées par les poissons voraces, les crustacés, etc., de sorte que la plupart périssent.
Les tortues d'eau douce déposent aussi, en général, leurs œufs, à la fin du printemps, dans le sable, à l'exposition du soleil; mais elles en pondent bien moins : celles de terre, en Sardaigne, n'en pondent que cinq à six.
L'accroissement des tortues paraît être assez rapide. Valmont de Bomare rapporte qu'un habitant de Saint-Domingue, partant pour la France, embarqua dans un baquet une tortue de mer pesant 25 livres, et qu'en un mois il fallut la placer deux fois dans des vases plus grands , parce qu'elle avait cru d'un pied.
Il y a tout lieu de croire que les tortues vivent long-temps. Cetti en cite une, en Sardaigne , qui avait 70 ans, et qui ne paraissait pas plus vieille que beaucoup d'autres qu'on prenait dans la campagne.
Les sensations des tortues sont bornées au plus strict nécessaire, et il paraît que ces animaux ne prennent de la vivacité qu'à l'époque de leur» amours , où les mâles se battent avec acharnement. Hors de là, ils ne savent que se contracter et atten-
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lire, pour fjiire usage de leur redoutable bec et de leurs doigts , qu'on leur fasse éprouver un mal trèsaigu. Mais si les tortues ne mordent pas facilement, elles mordent cruclletnent ; il n'y a aucun moyen de leur faire lâcher prise , la mort même ne suffit pas; il faut qu'elles emportent la pièce, ou qu'on leur brise complètement les niàclioires. M. Bosc rapporte qu'en Amérique il tirait parti de cette disposition pour travailler avec sécurité sur les tortues qu'il voulait empailler. Il lui suffisait de leur présenter un morceau de bois à mordre, pour qu'elles ne cherchassent plus à le mordre lui-même. Il n'en usait ainsi que parce qu'il n'aurait pu les tuer sans détruire leur organisation générale, et qu'il fallait, pour remplir son objet, conserver leur peau et leur carapace sans les altérer. La ténacité de la vie dans ces animaux est extraordinaire, et on a vu, à Paris, une tortue affaiblie par un voyage de 200 lieues et une jeune de plusieurs mois , vivre une journée entière après avoir eu la tête coupée.
Les tortues peuvent rester un temps considérable sans manger. Blasius en cite une qui fut 1 o mois sans prendre de nourriture. Toutes celles qui habitent au-delà des tropiques passent ainsi 4 ou 6 mois enfoncées dans la boue des marais ou dans le sable des collines.
ESPÈCES
^ din a décrit , dans son ouvrage , cinquante de tortues.
1". Tortues marines.
:oropte dans cette division six espèces :
ORTUE FRANCHE, testudo - mydos . C'est la plus grande espèce de ce genre. On en a pris de 7 à 8 pieds de long et du poids de 7 à 8 quintaux ; mais ordinairement elle a la moitié de ce poids, et à cette grosseur elle fournit assez de chair pour rassasier une trentaine d'hommes. La tête de cette tortue est arrondie et assez petite 5 sa carapace est ovale , un peu en forme de cœur , et légèrement convexe. Les plaques ou écailles sont transparentes, agréablement nuancées, mais très-minces 5 de sorte qu'on ne peut les employer que pour le placage et la marqueterie.
Habitation. — On a quelquefois péché des tortues franches sur les côtes de France ; mais c'est entre les tropiques , dans le voisinage des îles sablonneuses et désertes , telles que les îles de Caïman , de l'Ascension, etc. , qu'on les trouve le plus abondamment. On les rencontre souvent nageant ou dormant à la surface de la mer, qu'elles couvrent de leur large corps. 11 paraît qu'elles entreprennent des voyages très-longs, de 7 à 800 lieues par exemple, pour aller déposer leurs œufs sur des îles propres à celte opération. Dans certains temps de l'année, elles quittent la haute mer pour se rendre à l'embouchure des grands fleuves.
Nourriture. — Elles vivent, en général, de varecs , d'ulves , de conferves et autres plantes marines, de coquillages et de crustacés, qu'elles coupent ou brisent avec leurs fortes mâchoires.
Qualités. — La graisse de cette espèce de tortue est quelquefois si verte, qu'on n'ose pas la manger;
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mais sa saveur est égale à celle du meilleur beurre d'Europe. Elle sert à l'assaisonnement des légumes j on en tire, en la faisant fondre, une huile trèsbonne à brûler. Sa chair, (ju'on compare à celle du mouton , est généralement , sur-tout à l'époque de la ponte, un manger très-agréable et très-sain ; on en fait des bouillons , des potages, des ragoJvts; on l'emploie avec beaucoup de succès dans le scorbut , la puirnonie , la lèpre , le mal vénérien , et , en général, dans toutes les maladies qui exigent des remèdes incisifs et adoucissans : c'est un aliment précieux pour les navigateurs, dont la santé, altérée par l'usage long-temps continué des salaisons , se rétablit par ce moyen avec une promptitude incroyable.
Les Français, les Anglais et autres peuples envoient chaque année un certain nombre de vaisseaux aux îles de Caïman , où l'on prend des tortues pendant 4 mois de suite, et dont on sale la chair. Lorsqu'on veut manger une tortue sur le lieu, on lui enlève le plastron et on lui laisse la carapace, sous laquelle on fait du feu, et qui sert de plat pour la cuire 5 l'assaisonnement consiste ordinairement en jus de citron, sel, piment, poivre et girolle. La viande de la tortue salée ne sert, dans nos Colonies, qu'à la nourriture des nègres, quoiqu'elle soit encore très- bonne lorsqu'elle est bien apprêtée. Les œufs de la tortue franche sont de la grosseur d'iuie pomme ou de 2 pouces de diamètre ; ils ont l'enveloppe molle et ne sont pas inférieurs à ceux des poules.
Fâche des tortues. — Le terrissage des tortues aux îles de Caïman commence à la fin d'avril et dure jusqu'au mois de septembre ; c'est alors qu'on peut en prendre en abondance.
A l'entrée de la nuit , on met des hommes à terre, qui, se tenant sans faire de bruit sur la rade, guettent les tortues lorsqu'elles sortent de la mer pour s'avancer dans les anses ou sur le sable 5 ils vont à elles et les renversent sur le dos les unes après les autres ( ce qui s'appelle chavirer la tortue). Cette opération doit se faire pronipteraent , afin que la tortue ne puisse pas se défendre avec ses nageoires ou pattes, ni jeter du sable dans les yeux des matelots , qui peuvent facilement tourner chaque soir en moins de 3 heures quarante ou cinquante de ces animaux, pesant de i5o à 200 livres.
Tout le jour, les matelots sont occupés à mettre en pièces et à saler les tortues qu'ils ont prises pendant la nuit. La chair des tortues salées n'est pas moins en usage dans les colonies de l'Amérique que la morue dans tous les pays de l'Europe.
On prend aussi les tortues de mer au harpon , àpeu - près comme les baleines. La nuit, lorsqu'il lait clair de lune et que la mer est tranquille , un jjêcheur monte sur un petit canot avec deux autres , dont l'un tient l'aviron, cju'il fait remuer avec autant de vitesse que de dextérité. Le maître-pêcheu;se tient droit sur le devant du canot , et lorsqu'il aperçoit que quelque tortue fait écumer la mer en sortant par intervalles , il montre du bon t d'un bâton l'endroit où celui qui gouverne le petit esquif doit le conduire. Lorsqu'il est à portée, il lance son harpon avec une telle force sur le corps de la tor-
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tue, qu'il pénètre la carapace et entre bien avant dans la chair. La tortue, qui se sent blessée , coule à fond ; aussitôt l'autre homme qui est dans le canot lâche une petite corde qui est attachée au harpon, et lorsque la tortue s'est bien débattue, et qu'elle a perdu beaucoup de sang , on la prend aisément. Cette sorte de pêche s'appelle prendre la tortue à la varre.
Voici la manière dont les pêcheurs s'y prennent dans la mer du Sud : \in plongeur se place sur l'avant d'une chaloupe, et lorsqu'il ne se trouve plus qu'à quelques toises de la tortue qu'il veut prendre, il plonge et remonte aussitôt vers la surface de l'eau, fort près d'elle : alors , saisissant l'écaillé vers la queue, il s'appuie sur le derrière de l'animal, qu'il fait enfoncer dans l'eau , et qui , se réveillant, commence à se débattre des pattes de derrière. Ce mouvement suffit pour soutenir sur l'eau l'homme et la tortue , jusqu'à ce que la chaloujie vienne les pêcher tous deux.
Dans quelques colonies , on prend aussi les tortues avec des filets de cordelettes, tendus dans les lieux où l'on sait qu'elles viennent paître.
L'île de l'Ascension est célèbre par la quantité de tortues qui s'y trouvent : aussi les vaisseaux qui vont dans l'Inde ou qui en reviennent ne manquent jamais d'y attérir dans la saison, uniquement pour cet objet.
La Tortue ridée se trouve dans la mer des Indes, et se rapproche beaucoup de la précédente.
La Tortue-Caret est moins grosse que la tortue franche ; il est rare d'en trouver du poids de 3 à 4oo livres. Elle a les i3 écailles du dos imbriquées; la carapace elliptique , légèrement carénée en son milieu et dentée sur les bords; le plastrcm arrondi et un peu saillant en devant, obtus en arrière, couvert de douze plaques très - larges , imbriquées, blanchâtres et coriaces; la tête allongée, pointue, convexe en dessus, recouverte d'écaillés non imbriquées ; la mâchoire inférieure relevée en pointe comme le bec des faucons ; ce qui a fait donner à cette espèce le nom de hec-de-f'aucon par quelques auteurs ; les quatre pieds plus allongés que dans les autres espèces de tortues marines.
C'est principalement cette espèce qui fournît ces belles écailles recherchées dès les temps les plus anciens pour faire un grand nombre d'objets de luxe, tels que boîtes, peignes, etc. On fait ramollir l'écaille dans de l'eau bouillante ou devant le feu pour lui donner toutes les formes qu'on désire; et au moyen d'un moule de fer chaud , on lui fait prendre toutes sortes d'empreintes en relief. Les rognures des objets qu'on travaille sont soumises à un degré de chaleur considérable , et à l'action de la presse pour en former ce qu'on appelle l'écaille fondue. Les écailles d'une seule couleur, qu'on trouve quelquefois sur la tortue-caret, sont réservées pour certains usages , tels que les bonbonnières : c'est l'écaillé blonde.
Si la tortue-caret se recommande par ses écailles, elle n'a pas le même mérite sous le rapport de sa chair, qui est communément jaune, d'une saveur désagréable et d'un usage souvent malsain 5 mais
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ses œufs sont même plus délicats que ceux des autres espèces de tortues marines.
On prend les tortues-carets comme les tortues franches, sur les côtes où elles viennent pondre; en pleine mer lorsqu'elles dorment , et dans des filets tendus exprès. Leur dépouille en écaille pèse ordinairement de 3 à 4 livres, plus ou moins, suivant l'âge.
La Tortue - Couane a la carapace ovale , eu cœur, dentelée sur les bords, couverte de quinze plaques , dont les intermédiaires sont postérieurement bossues. Elle a été confondue par plusieurs auteurs avec la tortue-caret. Elle est assez commune dans la Méditerranée , où l'on en prend de 3 à 400 livres ; elle n'est pas rare non plus dans les mers de l'Amérique. C'est la plus vivace de toutes les tortues marines. Elle se nourrit principalement de coquillages et de crustacés. Sa chair est coriace, rance, et a une odeur de musc très -forte; aussi n'est-elle pas recherchée. L'huile qu'elle fournit est abondante 3 mais, à cause de sa fétidité, elle n'est employée que pour brûler , préparer les cuirs, ou caréner les vaisseaux. L'écaillé qui recouvre sa carapace est mince, remplie de plis et d'inégalités; ce qui fait qu'on ne peut l'employer que comme écaille fondue. Il n'y a que les œufs de la couane qui soient estimés ; on les vend plus cher dans les îles de l'Amérique que ceux d'aucune autre espèce.
La Tortue-Luth, testudo coriacea (Lin.) , est connue des pêcheurs sous les noms de rat-de-mer^ tortue à clin , tortue mercuriale. Elle habite la Méditerranée et l'Océan atlantique. Sa longueur est de 7 à 8 pieds. On en prend de temps en temi^^ sur les côtes françaises de la Méditerranée , 't on dit que, lorsqu'elle est blessée, elle fait entendre des hurlemens d'une force prodigieuse, et que sa bouche, en ce cas, exhale une odeur fétide. Sa chair est bonne à manger, et on retire de sa graisse une huile bonne à brûler.
Cette espèce est très-remarquable sous plusieurs rapports; elle a sa carapace très-allongée, se terminant postérieurement par un long prolongement, couverte non d'écaillés, mais d'un vrai cuir, dur, noir et pourvu de cinq arêtes longitudinales ; la tête, les pattes et la queue défendues par un cuir de même nature, et ne pouvant se retirer sous elle comme dans la plupart des autres espèces; la partie supérieure du museau fendue pour recevoir l'extrémité de la mâchoire inférieure, qui est recourbée en haut. Les Grecs et les Romains ont connu cette tortue ; ils ont dit que sa carapace avait d'abord servi à supporter les cordes de l'instrument de musique dont on lui a donné le nom , et qui a conservé plus ou moins de sa forme. De nos jours, les peintres et les sculpteurs représentent encore la lyre des Anciens sous la forme d'une carapace.
2°. Tortues d'eau douce.
Les tortues de cette division ont aux pieds des doigts très-distincts , et terminés presque tous par des ongles crochus. Ces doigts sont palmés dans les uns, demi -palmés ou non palmés dans les autres.
Espèces qui habitent l'Europe.
La Tortue jaune, testudo orbicularis (Lin.))
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a la carapace de 8 pouces au plus de long sur 5 de large, convexe, lisse, couverte de i3 écailles dorsales et de 25 écailles marginales , de couleur noirâtre, avec des points et des lignes jaunes disposées en rayons. On la trouve dans les parties méridionales de l'Europe; elle fournit plusieurs variétés qui ont été décrites sous les noms de tortue d'Europe ^ de tortue tutélaire ^ de tortue ponctuée , de tortue ronde. Cette espèce vit dans les eaux bourbeuses et les marais, et se nourrit de petits poissons, de reptiles, de coquillages et d'herbes. Sa chair est très -bonne à manger, et ses œufs sont de la grosseur de ceux d'un pigeon. On nourrit beaucoup de tortues de cette espèce dans l'Allemagne méridionale, pour les vendre sur les marchés. La Tortue bourbeuse est la plus commune de toutes celles de l'Europe , dont elle habite les contrées méridionales : elle a la carapace noirâtre , d'une seule couleur; la peau noire et nue, excepté sur les pattes, qui sont écailleuses; la queue assez longue. Elle se nourrit de reptiles, d'insectes et de plantes. Elle attaque même les gros poissons, qu'elle mord sous le ventre et dont elle occasionne la mort; ce qui doit engager de les écarter des étangs. On la nourrit fréquemment dans les jardins du midi de la France , parce qu'elle détruit les limaces , les insectes et autres animaux nuisibles. L'accouplement de cette tortue a lieu dans l'eau et dure 2 ou ?ï iniirs ; la femelle dépose ses œufs dans un trou au soleil, et au bout de 3 mois il en sort its , qui vont tout de suite se jeter à l'eau. ; venir cette tortue de la Provence , et on la Paris pour faire des bouillons, qu'on regarde très-utiles dans les maladies de poitrine et îparer les forces épuisées par les plaisirs de l'amour.
Espèces qui habitent les pays étrangers à l'Europe.
La Tortue molle , testudo ferox ( Lin. ) , la plus grande des tortues d'eau douce ; elle parvient à 3 pieds de long et a 5o livres de poids. On la trouve dans les rivières de la Caroline méridionale, de la Floride et de la Louisiane. Elle ne sort guère de l'eau que pour faire sa ponte , qui est de 20 à 3o œufs. Sa chair est un très-bon manger; mais comme cette tortue mord avec fureur quand on veut la saisir, et que sa morsure emporte la pièce, les pêcheurs la redoutent.
Les autres espèces étrangères à l'Europe sont :
La tortue serpentine , la tortue raboteuse , la tortue réticulaire , la tortue à bord en scie, la tortue d lignes concentriques et la tortue odorante y que l'on trouve toutes dans les rivières ou les marais de la Caroline; la tortue ponctuée , la tortue peinte , la tortue d boite à gouttelettes , et la tortue rougeâtre, que l'on trouve aussi dans l'Amérique septentrionale ; la tortue chagrinée , la tortue roussdtre et la tortue à casque, que l'on trouve dans les Indes; la tortue-martinelle , que l'on trouve à Cayenne; la tortue-matamata et la tortue à trois carènes, que l'on trouve dans les rivières de la Guiane ; la tortue de l'Euphrate, la tortue d bec, que l'on trouve dans le Nil j la tortue à double épine , que l'on trouve
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dans le Brésil; la tortue Caspienne t qui se trouve dans les marais près de la mer Caspienne; la tortue à tâte noire , qui se trouve dans les Moluques ; la tortue porphyrée, que l'on trouve dans la Nouvelle- Hollande ; la tortue d'Amboine, qui habite l'île ainsi nommée; la tortue écailleuse , qui se trouve à l'ile de Java; la tortue spenglerienne , la tortue à verrues, la tortue écrite , la tortue noirâtre et la tor~ tue retzienne , dont on ignore la patrie.
3". Tortues terrestres.
Elles ont les doigts des pieds non distincts ou réunis en un moignon écaillcux, d'où j^iartent les ongles. Parmi les espèces de cette division , une seule habite l'Europe , c'est
La Tortue grecque ou Tortue terrestre comaiuNE , qui se trouve dans les parties méridionales de l'Europe , et principalement dans la Grèce , et dont on connaît huit à dix variétés. Elle était connue des Anciens, qui la plaçaient aux pieds de Vénus comme symbole de la douceur. Cette espèce est hémisphérique ; elle a la carapace de 5 pouces au plus de long , de 4 pouces de large et de 3 de haut , ovale, et couverte de i3 plaques supérieures et de 25 plaques marginales, les unes et les autres d'une couleur jaune mêlée de noir, et entourées de stries nombreuses; le plastron divisé par un sillon longitudinal, de couleur jaune, avec une tache noire sur chacune des 12 plaques dont il est composé ) la lête un peu convexe en dessus , recouverte par quelques écailles ; les mâchoires dentées ; les pieds courts ; la queue conique et terminée par une corne recourbée en dessous et jaunâtre.
On nourrit la tortue grecque dans quelques jardins en Italie et en Sardaigne, pour détruire les hélices et les insectes ; elle vit plus de 60 ans ; elle passe l'hiver dans la terre sans manger; mais dès le printemps, elle sort de sa retraite; et après avoir réparé ses forces, elle s'accouple et pond cinq à six œufs gros comme ceux d'un pigeon , qu'elle dépose dans le sable , où les petits éclosent à la fin de l'été. Sa chair est bonne à manger, et on en fait une grande consommation en Grèce pendant le carême , parce qu'elle est regardée comme maigre. Comme cette tortue est très-commune en Barbarie, on en apporte beaucoup de ce pays à Marseille, d'où on les envoie à Paris pour l'usage des pharmacies. Los bouillons faits avec cette tortue passent pour être meilleurs dans les affections de poitrine que ceux de la tortue bourbeuse.
Les autres espèces de tortues terrestres sont : la tortue bordée, qui se rapproche de la tortue grecque et que l'on croit habiter l'Amérique méridionale ; La tortue d marqueterie , que l'on croit se trouver au Brésil ; la tortue ponctulane , qui se trouve au Brésil et à la Guiane ; la tortue-gopher, qui habite dans l'Amérique septentriontle ; la tortue géométrique ^ qui se trouve en Asie et en Afrique; la tortue élégante et la tortue aréolée, qui habitent les Indes; la tortue indienne , qui se trouve à la côte de Cororaandel; la tortue-cafre et la tortue-vermillon, qui se trouvent au cap de Bonne-Espérance; la tortue d faciès blanche, qu'on trouve à Ceylan ; la tortue dentelée , qui se trouve en Virginie; enfin la
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tortue-coui , la tortue lutéole et la tortue jouvencelle , dont on ignore la patrie.
TOUE, Bateau grand ou petit, qui sert à passer les rivières, sur-tout la Loire. Les pêcheurs, vers Tours et Orléans, s'en servent pour pêcher l'alose. TOUILLE. L'un des «loms donnés au Requin. T. ce mot.
.. TOUILLE-BOEUF. Nom vulgaire du squale-nez dans quelques ports de mer. V. Squale.
TOULETTE. Terme picard , qui signifie une espèce de poulie en bobine faisant partie du métier à taire les peis ou piles, qu'on nomme carré.
TOULON. 11 y a dans cette ville une juridiction de Prud'hommes-Pêcheurs. V. ces mots.
TOUN. Nom du thon à Marseille.
TOUPIN. Morceau de bois , quelquefois de liège, figuré en cône tronqué, sur lequel on fait des rainures pour recevoir plusieurs fils ou tourons qu'on A'eut commettre , afin de régler leurs révolutions. V. Corde.
TOUR. Enceinte ronde des bourdigues, dans lesquelles le poisson se rassemble. 11 y en a ordinairement cinq : les deux qui sont les plus près de l'entrée s'appellent reculadous ^ celles du milieu requin quettes, et celle de la pointe est dite du dehors. Y. Bourdigue.
TOURD. Poisson du genre des labres. On donne aussi ce nom au labre-paon. V. Labre-Paon et Labre- Tourd.
TOURNE-DOS. On doit exposer dans les marchés les poissons un peu avariés dans un sens différent de ceux qui sont en bon état, pour que les acquéreurs les connaissent : c'est ce qu'on appelle exposer à tourne-dos. Cela se pratique paiticulièrement à Metz.
TOURNEE. On donne ce nom, dans les environs de Saint-Brieuc, au coUeret. On nomme aussi parcs à petite tournée des parcs ouverts et à crochets j mais ceux à grande tournée sont les parcs fermés. Il y a encore des hauts et bas parcs à tournée, qu'on tend de haute mer. Enfin on appelle tournée une seine qui est tirée par deux bateaux. V. Parc , Seine.
TRABACOU ou TRABAUQUÉ. C'est ainsi qu'on nomme maintenant aux MartigueS le filet des grandes tartanes. V. Tartane.
TRAILLET. Sorte de châssis sur lequel on roule la corde du libouret. V. Ligne.
TRAINE. On donne assez souvent ce nom aux seines. Les Provençaux disent trahines. Dans les environs de Caen , on nomme traîneaux les petites seines; on nomme aussi traîne une pêche qu'on fait avec un crochet double, qu'on traîne sur le sable pour en tirer les coquillages qui s'y enfoncent. V. Pêche et Seine.
L'usage des traînes est prohibé par la déclaration du roi, d;i 23 avril 173.6. V. Pêche maritime , § 4- TRAINEAUX. Y. Traîne.
TRAINEE. Espèce de ligne de fond. V. Ligne. TRAINELLE. Sac de toile qu'on traîne sur le sable , comme une petite charrue, pour prendre des lançons. Ce terme est usité en Basse-Noimandie.
TRAIT. On nomme trait l'espace qu'on parcourt avec un filet qu'on traîne : après avoir fait un trait ,
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on en fait un autre. On appelle quelquefois //ai/ les ailes des filets en manche, apparemment parce qu'on les traîne par ces ailes. V. Aissaugue.
TRAITER ou TR AILLER une ligne, c'est lui donner de temps en temps une secousse en la tirant vivement d'une brasse, soit pour que l'haim entre mieux dans les chairs , soit pour engager les morues à saisir l'appât , qui pourrait leur échapper.
TRAMAIL, ou TRÉMAIL, ou TRAMAIL- LADE. Ces différens noms viennent du latin très maculœ , trois mailles, et désignent un niême filet, qui est composé de trois rangs de mailles les unes sur les autres, dont celles de devant et de den-ière sont fort larges, et faites d'une petite ficelle. La toile du milieu, qui s'appelle la nappe, est faite d'un fil plus délié ; elle s'engage dans les grandes mailles , et elle bouche l'issue aux poissons qui y sont entrés.
Nous avons indiqué la manière de le fabriquer au mot Filet, et ses usages en parlant des Etentes sur piquets et de la garniture des Parcs. Y. ces mots.
Ce filet est formé de trois nappes {PI, 34., N°.IV), posées immédiatement les unes sur les autres, et montées sur une ralingue qui est commune à toutes, ab , cd, qui borde le filet haut et bas.
Les deux nappes qui renferment entre elles une nappe intermédiaire s'appellent hamaux dans les ' ports de l'Océan, et entrevteaux sur la Méditerranée. Ces nappes sont faites d'un fort fil retors ; leurs mailles ont depuis 5 jusqu'à 9 et 10 pouces d'ouverture en carré; le filet qui est renfermé entre les deux hamaux se nomme, en Ponent, X&Jlue, la carte ou la nappe. Ce dernier nom est celui qu'on lui donne aux bords de la Méditerranée. Cette nappe est faite d'un fil plus ou moins délié, suivant l'espèce de poisson qu'on se propose de prendre- Ses mailles sont aussi de différentes grandeurs; car, quoique les poissons ne doivent pas s'y mailler , comme dans les manets , ce filet étant de nature à en arrêter de grosseurs différentes, il ne faut pas que les mailles soient aussi serrées pour prendre de fort gros poissons que pour en arrêter de petits ; mais elles sont toujours beaucoup moins ouvertes que celles des hamaux.
Comme il faut que la flue ou nappe flotte entre les hamaux, on la tient toujours plus grande que ceux-ci ; et s'ils ont 7 pieds de chute et 80 brasses de longueur, la flue doit avoir au moins 8 à 1 o pieds de chute et une longueur de 100 brasses.
Par ce moyen, la flue, qui est d'un fil délié et qui flotte entre les hamaux, cède aux efforts que font les poissons, et entre dans les mailles des hamaux, où elle forme des poches, d'où les poissons ne peuvent se dégager.
L'avantage de ce filet est d'arrêter les poissons qui s'y présentent, de quelque côté qu'ils le rencontrent, sans avoir besoin qu'ils s'emmaillent en s'arrêtant par 'es ouïes, comme lorsqu'on se sert de manets. Les entremaillades de la Méditerranée sont ordinairement bordées par la tête d'une espèce de lisière hh, PL 34, N<^' IV, qu'on nomme surdon, et qui est formée de 3 à 4 rangées de grandes mailles, faTtes avec du fil encore plus fort que celui des hamaux ; et c'est sur le sardon que sont attachées les flottes
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ou nattes de liège. Ces généralités suffisent pour rappeler ce que nous avons dit ailleurs sur cette esj^ièce de filet. A l'égard de la manière do s'en servir, nous avons déjà expliqué comment on le tend sur des piquets à la façon des Ravoirs, ou pour en former des Palis, ou encore pour en garnir les Parcs. (V . ces mots.) 11 s'agit maintenant d'expliquer comment on les tend sans piquets, pierres et flottés. On tend les trémails ou tramaux comme les autres, étentes pierrées et flottées, ou à la mer basse sur les grèves, ou dans l'eau à une petite distance du rivage, ou dans les grands fonds. Assez souvent on tient ce filet sédentaire , d'autres fois on le laisse dériver au gré des couransj quelquefois même on le traiue. Ainsi, on pourrait substituer avec avantage le trcmail à presque toutes les autres espèces de filets; mais il est beaucoup plus cher. Nous allons expliquer en détail ses différens usages.
§ t . — Z)e la pêche aux trémails ou tramaux pierres et Jlottés , tendus sédentaires à la basse eau sur les grèves.
Les petits pêcheurs des côtes tendent des tramaux à la basse eau comme on tend les folles. Pour cela, à toutes les grandes vives-eaux, lorsque les sables découvrent beaucoup, et depuis le mois de mars jusqu'à la fin d'octobre, nombre de pêcheurs étendent sur le sable, PI. 34, A". -^/> des pièces de tramaux, |p nied tourné à la mer. La tête du filet, qui est de flottes de liège , est couchée vers la côte : ichent, aux deux bouts de la corde qui borde d du filet, une grosse câblière a; ils mettent , aefois des pierres sur cette corde; mais le plus nt ils se contentent de l'enfouir dans le sable , attachent à la tête du filet des bandingues b, nées par des pierres qu'ils enfouissent dans le sable.
Nous avons déjà eu occasion de parler des Bandingues. (V. ce mot. ) Ainsi , on conçoit que quand la marée monte , elle tend à soulever la tête du "^ filet, à cause des flottes qui y sont attachées ; mais le courant de la marée qui porte à la côte couche le filet tout près du terrain, et alors il s'y prend bien peu de poissons. H n'en est pas de même au retour de la marée, parce que les bandingues b empêchent que le filet ne se renverse ; l'eau s'entonne dans le filet avec le poisson, q^ui quitte la côte au retour de. la marée. Ce sont sur-tout des poissons plats, soles, limandes, carrelets, raies; on y trouve encore des roussettes et divers crustacés, tels que homards, langoustes , crabes, etc. Les poissons ronds qui donnent dans le filet sont également pris comme les poissons plats.
Les pêcheurs, craignant que les poissons voraces n'endommagent le fruit de leur pêche , ont coutume d'aller avec des bottes prendre leurs poissons avant que la mer soit retirée entièrement. Ils redoutent les crustacés, qui se portent en abondance à la côte dans les chaleurs; mais ils craignent encore plus les étoiles-de-mer, qu'on nomme chaffolles qxv quelques endroits , et qui , dit-on , dévorent même les crabes.
Comme on ne peut pas ensabler le pied du filet quand on est obligé de tendre sur des fonds durs, on le charge de beaucoup de pierres ; on en met
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même aux deux extrémités de la tête du filet , ce qui n'empêche pas qu'on ne fasse usage des bandingues, q\i'on termine par une grosse pierre, ou qu'on arrête avec des crochets que l'on fait entrer dans ces londs.
Ces pêcheurs ne peuvent tendre que par un beau temps. Les vents forcés emplissent les filets de sable et de goémon ; et le courant de l'eau étant arrêté par ces immondices, il rompt ou emporte les filets. Mais quand les bandingues sont bien disposées et que l'eau ne charrie point d'immondices, le filet fait une grosse poche à la marée descendante; et s'abaissant vers la côte à mesure que l'eau se retire , il couvre le poisson qu'il a arrêté et qui se trouve ainsi pris entre le filet et le sable, comme on le voit ?l. 33,iV"o. V.
On donne différens noms à ce filet : quelques-uns l'appellent rieux tramaillé , flotté et pierre; d'autres cihaudière flottée , et ailleurs /ô//e tramaillée.
Comme il y a de grandes plages de sable dans les environs du bourg d'Ault, on y pratique cette pêche, et le filet s'y nomme tramail , ou trémillon s'il est petit; et les lièges qu'on met à la tète ^flotterons.
On voit que la tente de ces tramaux sur les grèves diffère peu de celle des folles, dans la même circonstance.
§2. — De la tente des tramaux sédentaires dans les rivières., dans les étangs et à peu de distanct du bord de la mer. ,., , , ,
Nous avons dit, en parlant de la manière de pêcher à Vépervier, que quand on traîne ce filet dans un cours d'eau, l'on tend assez souvent en travers un tramail plombé et flotté , qu'on place à une certaine distance en avant del'épervierpour prendre le poisson qui fuit devant les pêcheurs. Yoici d'autres usages auxquels on emploie les tramaux.
Quand il y a beaucoup de crônes et d'herbiers au bord des rivières et des étangs poissonneux , les pêcheurs entourent ces endroits avec un trémail pierre et flotté, ainsi qu'on le voit PL 34, sur le devant de la ^g. JVo. III. Lorsque le filet est tendu , les pêcheurs boulent ou bouillent avec des perches, qu'ils fourrent dans les crônes et les herbiers qui se rencontrent entre la terre et le filet : ce qu'ils font à pied quand les bords sont praticables , sinon avec un petit bateau. Les poissons, effarouchés, se jettent alofs dans le filet, s'y embarrassent et sont pris.
Ce qu'il y a d'avantageux à cette pêche, c'est qu'on peut la pratiquer avec succès par les temps frais , quand les poissons se retirent dans les crônes.
Les mailles de la fine ont ordinairement 8 à g lignes d'ouverture , et celles des hamaux 5 pouces.
On tend aussi des tramaux par le travers des petites rivières dans lesquelles il y a beaucoup d'herbiers, et dans des étangs par le travers des canaux qui conduisent aux décharges , ou dans des routes qu'on forme en fauchant l'herbe des étangs, comme a a, PI. 26, N". V; et on boule au-dessus et au» dessous du filet, pour engager le poisson à donner dedans.
On traverse encore avec des tramaux les rivières où la marée remonte. On choisit par préférence les temps des mortes-eaux; et on tend le filet immé-
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diatement avant que la mer commence à monter, pour le relever à l'instant du reflux. On peut aussi y tendre de pleine mer lorsqu'elle est étale, et relever avant qu'elle soit entièrement retirée.
Outre les plombs du pied du filet , on amarre de grosses câblières aux angles d'eu bas du filet.
La tête du filet est garnie de flottes ; et on attache, aux extrémités B et H, PL 34, N°.^ V, deux lignes, qui portent chacune une bouée ou signal e e, qui sert à reconnaître l'endroit où est mouillé le filet, lorsqu'on veut le relever.
Un homme et un petit garçon dans un batelet suffisent pour faire cette petite pêche.
Le filet ne reste tendu qu'une heure et demie ou deux heures au plus, parce que si l'on a tendu la mer étant basse, il faut relever avant cjue le reflux se fasse sentir; et si l'on a tendu de pleine mer, il faut relever avant qu'elle soit entièrement retirée. Pour le relever, l'homme qui est dans le batelet tire à bord son filet par le bout qu'il avait mis le dernier à l'eau, et le petit garçon rame, afin que le bateau résiste à l'effort que fait l'homme pour amener le filet à bord.
On voit de ces tramaux tendus en folles en remontant la Seine au-dessus de Quillebœuf ; ils y sont appelés rets dormans. Le tramail est d'un usage si commode, qu'on s'en sert dans beaucoup d'endroits, entre autres dans la rivière de l'isle, près Libourne j au-dessus de Bordeaux, vers Pouillac; et à l'entrée de la Loire, pour prendre plusieurs sortes de poissons, particulièrement des aloses.
A l'ile de Trentemou , près Nantes, on pêche à la mer avec un tramail que l'on nomme sept-doigts , et qui est tendu en rets traversant entre les roches. Les pêcheurs se mettent dans leurs barques entre la terre et le tramail , et battent l'eau avec leurs avirons pour faire lever le poisson plat et l'obliger à fuir dans le filet, ainsi que le poisson rond. Ils relèvent le rets aussitôt qu'ils ont cessé leur battue , et souvent ils font trois battues en une heure. Ils pratiquent cette pêche en tout temps, sur-tout lorsqu'ils ne peuvent pêcher à l'embouchure de la rivière , à cause des glaces, des lavasses et des débordemens.
En Bretagne, dans les environs de Quimper, et en Normandie, près dePort-en-Bessin, on pratique une petite pêche que deux hommes peuvent faire sans bateau, et qu'on nomme communément rets roulant, ou vas-tu, viens-tu. Le filet peut être de l'espèce des manets ou des tramaux : si c'en est un du genre des manets, il faut que la grandeur des mailles soit proportionnée à la grosseur du poisson qu'on se propose de prendre 5 et comme il peut s'y présenter des poissons de différentes espèces, il vaut mieux tendre un trémail, parce que ce filet n'exige pas autant de précision dans la grandeur des mailles. Mais quand certains poissons, comme les maquereaux, les harengs ou les sardines donnent abondamment à la côte, on doit tendre des manets, parce que ces filets coûtent moins que les tramaux.
Quelques pêcheurs mettent up peu de plomb au bas du filet ; d'autres frappent quelques pierres sur la ralingue d'en bas , et seulement ce qu'il en faut pour que le filet soit tendu, car il ne doit pas traîner sur le fond.
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La longueur du filet n'est pas déterminée : elle dépend de l'espace qu'on peut occuper, comme à la fig. No. Kl, PL 35, de la côte à la roche B. Sa chute dépend de l'élévation que prend la marée ; souvent elle est de 8 ou 10 pieds. Les pêcheurs portent le plus loin qu'ils peuvent à la basse eau une poulie, qu'ils frappent sur une petite ancre, ou qu'ils amarrent à une roche telle que B,fig. N°. VI, s'il s'en trouve à portée. Ils passent dans la poulie une corde c5,qui revient à la côte. Elle est donc double depuis la côte jusqu'à la poulie, et ils la tiennent toujours plus longue que cette distance. On amarre le bout forain du filet à l'endroit de la corde. Lorsque ce point est près de la côte , en halant sur la corde c B ^ on oblige le point d'attache e d'aller tout auprès de la poulie B ; et on amarre à terre l'autre bout du filet, qui est tendu, mais qui forme une courbe, à cause du courant qui le frappe. On attend que la mer soit montée d'une quantité égale à la chute du filet, pour le tendre en halant sur la corde c B. Alors un pêcheur tient une manœuvre qui répond à la ralingue flottée du filet; et quand il sent , aux secousses de cette corda et aux mouvemens des lièges, qu'il y a du poisson engagé dans le filet, un pêcheur haie sur la corde e, pour amener à la côte le bout forain du filet ; puis ce bout étant près de la côte, on tire à terre tout le filet par les deux bouts, et on prend le poisson , dont une partie est maillée et l'autre embarrassée dans les plis. Ensuite en halant sur la corde c B , on tend de nouveau le filet et répétant cette même manœuvre, on continue la pêche jusqu'à ce que la mer soit assez retirée pour que le filet ne puisse plus flotter. Il y aurait de l'inconvénient à donner au filet autant de chute que la mer prend d'élévation; car, en ce cas, la pêche ne durerait pas long-temps. On prend à cette pêche toutes les espèces de poissons ronds qui donnent à la côte, sur-tout quand on tend un trémail. Cette petite pêche est sur-tout avantageuse quand les marsouins rangent la côte ; car les poissons qui veulent fuir pour les éviter donnent dans le filet et se prennent. On commence cette pêche dans le mois de décembre, et on l'abandonne quand on peut aller à la grande pêche du hareng et du maquereau.
§ 3. — Z?e /a pèche aux tramaux sédentaires en grande eau.
Les pêches dont nous allons parler sont plus considérables que celles dont il a été question jusqu'ici.
Les Gascons pèchent avec le trémail près de la côte, et aussi en pleine mer. Ils donnent à cette dernière pêche le nom de peugue. C'est la seule dont nous parlerons ici , celle qui se fait à la côte étant à-peu-près semblable aux pêches dont nous avons traité dans les paragraphes pfécédens.
Les pêcheurs du cap de Gascogne ne vont à la grande mer avec des rets trémaillés que depuis le commencement de novembre jusqu'au mois de mars. Ils donnent divers noms à leurs pêches , quoiqu'elles ne diffèrent entre elles que par la grandeur des mailles ou par l'étendue et la chute des filets : il paraît qu'ils donnent à ces filets le nom àe peugue, ainsi qu'à des rets qui so)it du genre des Ma-
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nets. (V. ce mot.) Chaque pièce a communément 3o brasses de longueur et une brasse ou une brasse et demie de chute; la tète est garnie de Hottes de liège, et le pied de 3 onces de plomb par brasse. Quand les pécheurs se servent de ce trèmail dans le bassin d'Arcançon , la tessure n'est composée cjiie de 3 ou 4 pièces de filet : ils la nomment chasse. Chaque bout porte une càblière du poids de 20 livres et une bouée.
Pour la pèche à la grande mer, ils joignent les unes aux autres 3o ou 4° pièces de trémail, dont chacune a 3o brasses de longueur; ce qui forme une tessure de 1,000 à i,aoo. On met à chaque bout de ces grandes tcssures une càblière du poids de 4^ O" 5o livres. On en ajoute encore une , qui pèse 20 livres, au bout de chaque pièce, pour que la tessure demeure sédentaire. 11 y a alors trois bouées, une à chaque bout de la tessure et une au milieu. Ces filets ne restent guère plus de 10 ou 1 2 heures à la mer ; souvent on les tend vers le soleil couché, et on les relève à minuit.
Les pécheurs étant revenus à terre avec leurs poissons, ils étendent leurs filets pour les faire sécher, et recommencent ensuite la pêche.
Les mois de novembre et décembre passent pour être les plus avantageux à cette pêche , parce que les poissons quittent alors le bassin pour gagner les grands fonds. Elle est encore abondante dans le mois de mars, où les poissons, quittant la grande eau , vont frayer à la côte et dans le bassin d'Arcançon.
On cale les tessures depuis 10 jusqu'à 4o brasses; on mouille toujours une ancre au bout du filet, et elle reste à l'eau jusqu'à ce qu'on relève.
Durant le carême, on pêche tous les jours, et seulement trois fois par semaine pendant le reste de l'année.
En plusieurs endroits, et notamment dans les environs de Marennes, on appelle yo//e.s trémailîées ou rets d raie des tramaux qui ont environ 80 brasses de longueur : on les tend sédentaires sur les fonds, précisément comme les folles, PL 34) iVo. V, Cette pêche, qui se fait depuis le commencement d'avril jusqu'à la fin de juillet, exige que plusieurs matelots s'associent. Chacun d'eux fournit 4 pièces de filet. Le propriétaire du bateau a un lot pour sa part, et les matelots partagent le reste du profit proportionnellement à la quantité de filets que chacun a fournie. Les mailles des hamaux ont 10 pouces d'ouverture en carré, et celles de la Hue 2 pouces 10 lignes. On y prend des raies , des turbots et d'autres poissons plats.
\jQs folles trémaillées de la Rochelle ont les mailles des hamaux de 14 pouces d'ouverture, et celles de la flue sont de 18 lignes. La pêche avec ces tramaux se fait précisément comme celle avec des folles, et on y prend toutes sortes de gros poissons , principalement des poissons plats.
Les pêcheurs de Brest prennent des lieux , des merlans, des rougets, des plies, des soles, des turbots, des poules-de-mer, des grondins, avec un trémail qu'ils tendent de nuit et qu'ils relèvent de jour. Dans les environs de Fécarop, on appelle trémats, tramillons tl folles trémaillées des filets établis sé-
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dentaires à la mer, précisément comme les folles. Ce filet, qui est flotté et pierre, est donc garni aux extrémités de grosses càblières et de bouées ; sa chute est ordinairement d'une brasse. On l'établit suivant le vent et le cours de la marée , cpielquefois un bout vers la terre et l'autre au larpe, d'aiitres fois parallèlement à la côte. Chaque pièce a environ 22 brasses de longueur, et l'on en ajoute assez les unes au bout des autres pour former une tessure de 5 à 600 brasses.
Les mailles des hamaux ont 8 pouces d'ouverture en carré, et celles de la flue, qui est d'un fil trèsfin, en ont deux.
Les pêcheurs se tiennent dans leur bateau , et ne s'éloignent guère de la côte que d'une lieue et demie.
On fait cette pêche toute l'année, et les pêcheurs attendent plusieurs marées avant de rapporter leurs filets à terre. Il s'y prend, suivant les différentes saisons , des soles, des carrelets, des raies , des turbots, des aloses, et autres poissons plats et ronds.
§4- — Pêche qu'on fait avec des tramaux qui ne sont pas sédentaires.
Les tramaux qu'on nomme dans les environs de Marennes rets à meuilles ou à mulets, ou encore rets d'enceinte , ont les mailles, tant des hamaux que de la flue , de différentes grandeurs, et l'on fait usage des uns ou des autres dans différentes saisons de l'année.
Les tramaux dont nous parlons ne peuvent pas être regardés comme sédentaires, puisqu'on ne' les fixe point en un endroit par des ancres ou càblières j on ne peut aussi les regarder comme dérivans, puisqu'on ne les tend point dans les courans, mais dans des endroits où l'eau est à-peu-près dormante. Il importe peu de quelle nature soit le fond. Quand les pêcheurs jugent qu'il y a du poisson rassemblé dans un bas-fond où il ne reste que 5 à 6 pieds d'eau, ils font une enceinte avec 3 ou 4 pièces de tramaux, dont chacune porte 5o brasses de longueur et environ 5 pieds de chute. Les poissons qui se trouvent renfermés par le filet se prennent dans sa flue.
On pêche, depuis Toulouse jusqu'à Agen, des saumons, dans la Garonne, avec des tramaux plombés et flottés, et deux bateaux, dans l'un desquels se mettent deux hommes, et trois dans l'autre, qui porte le filet. Après avoir fait un certain chemin , ils se réunissent : un seul homme lève le filet par le milieu du bateau , et le jette à l'eau par l'arrière. Quand les pêcheurs se rencontrent dans im lieu favorable, ils relèvent tous les quarts d'heure.
§ 5. — Des pêches qu'on fait sur différentes côtes de l' Océan et à l'entrée de quelques rivières avec des tramaux flottans et dérivans.
A Villerville, près de Honfleur, on prend des soles, des limandes et d'autres poissons plats, depuis le mois de juin ou de juillet jusqu'à celui d'octobre, avec un trémail de 20 brasses de longueur. On le laisse aller à la dérive, après en avoir amarré un bout à un petit bateau que le^ pêcheurs nommçni plate.
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Les traraaux de Lomariaker, à l'entrée du Morbihan, près Vannes, sont presque toujours flottans. Chaque pièce a 25 brasses de longueur, et une brasse et demie de chute. Pour l'ordinaire, quatre pêcheurs s'associent, et chacun d'eux fournit une pièce, au moyen de quoi la tessure entière est de lOO brasses.
On frappe une bouée à chaque extrémité. Comme ce filet ne porte pas sur le fond , les pêcheurs n'y prennent que fort rarement des poissons plats. Il n'y a que les grands froids cjui fassent interrompre cette pêche.
On pêche les saumons, sur la Dordogne, avec un trémail qu'on y nomme brége , et dont les mailles sont fort larges. Cette pêche se fait en novembre, et se continue ordinairement jusqu'à la fin de mars. Quoique le filet soit garni de plomb par le bas, il ne laisse pas de flotter, parce que les lièges soulèvent les plombs, cjui ne servent qu'à tenir le filet tendu, y ayant seulement 3 onces de plomb par brasse.
Deux pêcheurs jettent à l'eau un bout du filet, où est amarrée une bouée \ ils retiennent l'autre dans le bateau, et se laissent dériver avec le filet, soit que la marée monte, soit qu'elle se retire. Après avoir parcouru environ 200 toises, ils relèvent leur filet. Ils ne prennent guère à cette pêche que des aloses outre les saumons.
Les tramaux de la Garonne appelés brèches se gouvernent de même. Ils ont de 40 à 5o brasses de longueur.
On pêche quantité d'éperlans , à l'entrée de la Seine, avec des filets nommés tramillons ou traînaillons. La flue est faite de fil très-fin 5 ses mailles ont 4 à 5 lignes d'ouverture , et celle des hamaux depuis 3 jusqu'à 5 pouces ; le pied du filet est garni de plomb, et la tête de flottes de liège; de plus , on ajoute une bouée au bout forain. Ces filets ont 7 ou 8 pieds de chute. Comme on les établit dans des endroits où l'eau a tantôt plus, tantôt moins de profondeur^ les pêcheurs emploient des énards , a , PL 34, JV<>, Vil, pour prendre comme des ris, et augmenter ou diminuer à volonté la chute des tramillons proportionnellement à la profondeur de l'eau; ce qu'ils exécutent en bouclant ou débouclant les énards a, qui répondent à la tête du filet.
On fait cette pêche lorsque la marée monte ou quand elle se retire. On ne peut , si l'eau est claire , pêcher que de nuit; mais lorsqu'elle est trouble, le jour et la nuit sont également avantageux.
\]w homme et un garçon de bord suffisent presque toujours pour pêcher ainsi : le premier tend et relève le filet ; l'autre rame , pour soutenir la dérive du filet, dont un bout tient à la barque.
Le pêcheur est ordinairement propriétaire de sa barque ainsi que de ses filets , et il pêche pour son compte. S'il a besoin d'aides, il les loue, soit à la journée , soit à la saison : car on fait cette pêche en deux saisons ; savoir, depuis la fin de février jusqu'à la mi-avril, et du commencement de novembre à celui de janvier, auquel temps la plupart des éperlans se retirent dans des endroits où l'on ne peut aller que difficilement les chercher.
Quelques-uns de ces filets restent blancs , d'autres sont tannés.
On tsnd à la Hougue, à Grand-Camp et ailleurs,
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des tramaux d'une autre manière , suivant laquelle ils dérivent à la marée, reposant légèrement sur le fond, cjui doit être sain, comme sont les sables de presque toutes les côtes de Basse-Normandie. En quelques endroits, on appelle ce iilet petite drége.
La tessure, PL 35, iV». II, est composée d'autant de deux pièces de tramaux qu'il y a d'hommes clans l'équipage, et d'une de plus, qui est fournie par le maître. Tous les pêcheurs s'associent et se mettent dans le même bateau.
Chaque pièce de filet a i4 ou i5 brasses de longueur, et 4 à 5 pieds de chute ; la tête est garnie de flottes de liège, et le pied chargé d'environ une livre de plomb par brasse : ce qui est suffisant pour faire caler le filet jusque sur le fond, qu'il doit toucher légèrement.
Les pièces ne sont pas immédiatement jointes les unes aux autres , mais séparées par unfunin a, gros comme le pouce, et qui a environ 8 brasses de longueur. On attache au milieu de chacun de ces funins une ligne assez fine , à laquelle on donne communément une longueur de 12 brasses; et chaque ligne répond à un assez gros morceau de liège ou à une petite bouée B. Ainsi, outre les flottes de la tête, ces filets sont encore soutenus par les bouées , ou par des barils vides B B , etc. Les lignes doivent être d'une longueur égale, pour que tous les filets soient soutenus à une même profondeur dans l'eau. Mais l'intention des pêcheurs étant que le pied des filets porte légèrement sur le fond , ils allongent on raccourcissent les lignes des bouées, suivant qu'ils sont près ou loin des vives-eaux. Pour cela, les pêcheurs ne passent pas une marée sans visiter leurs filets ; ils savent par habitude de combien à-peu-près l'élévation de la marée a changé ; et pour l'ordinaire, à la seconde marée, ils carguent de 2 brasses leurs lignes de bouées, et de même successivement à mesure c[u'ils approchent de la morte-eau , jusqu'à ce cju'enfin les lignes n'aient plus qu'environ 6 brasses de longueur.
C'est toujours quand la marée est étale qu'on relève le filet pour prendre les poissons, qui sont le plus souvent des poissons plats, tels que barbues, soles, turbots, limandes, carrelets, petites raies; cjuelquefois aussi des rougets, des vives, etc.
Ces pêcheurs s'établissent toujours de travers à la marée, comme pour les autres filets qu'ils nomment cachants , par corruption de chassants. Il n'y a que les gros vents qui les empêchent de pêcher. La meilleure saison est depuis le mois de juillet jusqu'à la fin d'octobre, et par les vives-eaux, quoiqu'on pêche aussi de morte-eau.
On porte dans chaque bateau 16 ou 18 pièces de tramaux, disposées comme nous l'avons expliqué.
Quand les pêcheurs arrangent ainsi leurs filets, ils ne font pas beaucoup de tort à la multiplication du poisson ; mais il n'en est pas de même lorsqu'on charge le pied des filets avec beaucoup de plomb, et qu'au risque de les endommager on les laisse beaucoup traîner sur le fond. Cependant ils font toujours moins de dommage en hiver qu'en été , lors de l'abondance du frai.
Il est sensible que cpiand on veut prendre beau-
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coup de poissons plats sans s'embarrasser de la destruction du poisson, l'on n'a qu'à tendre par fond, comme nous l'avons dit , ou mettre assez de plomb sur le pied du lilet pour qu'il remue le sable; de sorte néanmoins que le courant puisse entraîner la tessure. ]Soifs Uvons déjà eu l'occasion de parler des trainaux, en traitant en particulier de ce qui concerne 1.1 pèche des mulets, des saumons, des aloses , etc.
§ 6. — Des maillades f tramaillades , etc., de la Méditerranée .
Comme il n'y a point de flux et reflux réguliers dans la Méditerranée, il est évident qu'on ne peut pas y tendre à pied des tramaux à la basse mer , linsi qu'on le fait dans l'Océan ; mais on y fait grand usage de filets , auxquels les pêcheurs des côtes donnent les noms de maillades , entremaux , trémaillades f entremaillades , et qu'ils tendent pierres et flottés. Quoique leurs pêches ne diffèrent pas essentiellement de celles qu'on fait au bord de l'Océan, il nous a paru convenable de rapporter, sous un titre séparé, celles de ce genre qui sont d'usage dans les ports de la Méditerranée, d'autant qu'elles nous mettront à portée de faire observer quelques circonstances qui leur sont particulières, et d'indiquer diverses dénominations qu'on leur donne dans les ports où ces pêches sont usitées.
Le terme de tisse simple équivaut, en Provence, à celui de rets ou tessure, dont se servent les Ponentois ; mais ce que les Provençaux nomment tisse d' entremaillades est le trémail de l'Océan. Dans quelques endroits, les pêcheurs suppriment le surnom di' entremaillades , et alors le mot tîs ou tisse signifie un trémail : c'est assez l'usage des Martigues,
L'entremaillade {PL 34 j N""- IV,fig. hh) a ses deux nappes extérieures formées de grandes mailles, dont le fil est gros. Au lieu de nommer ces nappes hamaux , comme en Ponent, on les apjjelle entremaux dans les ports de la Méditerranée. Le filet du milieu , qui est fait de fil fin , dont les mailles sont assez petites, et qui s'appelle ^ue dans l'Océan , n'a pas d'autre nom sur les côtes de la Méditerranée que celui de nappe.
Dans les ports de ces deux mers , le pied de ce filet est lesté de plomb et de pierres, et la tête est garnie de flottes ou nattes de liège , qu'on attache aux ralingues nommées hruimes en Provence.
Quelques pêcheurs provençaux ajoutent au haut de leur filet trois rangs de fort grandes mailles , hh, N°. IV, PI. 34, et dont le fil est très-gros. Ils nomment cette espèce de lisière gancette ou sardon.
La longueur et la chute de ces tisses, de même que la grandeur de leurs mailles, varient beaucoup, suivant l'espèce de pêche qu'on se propose de faire. Cependant les pièces d'entremaillades ont assez souvent 3o ou 40 brasses de longueur ; quelquefois 6 à 7 pieds de hauteur, formées par dix mailles ; d'autres fois une brasse et demie de chute. Il arrive aussi , selon l'intention qu'on a en faisant cetle pêche, qu'on joint bout à bout tantôt 4 pièces de tisse , tantôt jusqu'à 2.5 , et qui sont assemblées par des attaches que les pêcheurs nomment estaquets.
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Les mailles de la nappe ont asse2 souvent un pouce d'ouverture en carré, ou, comme on dit en Provence, neuf oudres au pan, et celles des entremaux ont quelquefois plus d'un pan d'ouverture.
La longueur commune de la nappe est de 60 à dS brasses; mais on la réduit à la même longueur que les entremaux , c'est-à-dire de 3o à 4o brasses , par la manière dont elle est montée : un fil nommé trentraille passe dans chaque maille de cette nappe, et est attaché sur le bruime du haut et celui du bas , ainsi qu'aux deux entremaux ou nappes extérieures , par le moyen de plusieurs anneaux du même fil qu'on nomïne pinpignons , et qui sont distribués de trois en trois mailles sur les entremaux, mais de six en six sur la nappe pour former les bourses.
Quand on veut que ces filets soient sédentaires, on amarre à un de leurs bouts une pierre ou bande , et une bouée à l'autre extrémité qui est au large, et qu'on laisse flotter au gré du vent et des courans. Quelquefois aussi l'on attache des bouées aux deux bouts, afin de retrouver plus facilement les filets. On les cale en ligne droite, ou, comme disent les pêcheurs, tous d'une filière^ mais ensuite ils prennent toutes sortes de directions, par l'effet des courans et du vent auxquels on les abandonne. Cette manière de tendre se nomme à poste , terme qui répond en partie à celui de sédentaire. Il y a d'autres circonstances où tout le filet s'en va à la dérive.
On peut établir les entremaillades à poste sur des fonds de roches, à différentes profondeurs, quelquefois jusqu'à 5o ou 60 brasses, même jusqu'à 80. 11 y a des pêcheurs qui essaient de le faire , autant qu'il leur est possible, entre deux pointes ou avancemens de rochers, pour fermer l'entrée des petites anses ou calangues qui sont le long du rivage.
En nombre d'endroits de ces côtes, après avoir tendu le filet, on resaigue, c'est-à-dire qu'on jette des pierres , qu'on bat l'eau et qu'on fait du bruit , afin que les poissons, effrayés, viennent se jeter dans le filet.
Suivant les règles, les pêcheurs devraient ne laisser leurs filets à l'eau qu'une seule nuit , ou les visiter deux fois par jour ; mais ils sont quelquefois plusieurs jours sans les visiter. Les filets et le poisson souffrent de ce délai : c'est pourquoi les pêcheurs attentifs ne vont pas relever un filet sans en mouiller un autre , qu'ils ont porté dans leur bateau, afin de sécher et de réparer celui qu'ils auront relevé.
Ce qu'on appelle aux Martigues la tisse ou le tis est semblable à V entremail de ce port, le même que nous venons de décrire , à cela près que les mailles sont de sept au pan.
A ce filet et à l'entremail , on laisse un espace de trois pinpignons entre chaque natte de liège, qui pèse environ une demi-once. Chaque pièce porte aussi i5 livres de plomb, partagées en bagues de i4 à la livre-
On se sert de ces filets durant 9 mois de l'année , à compter du i^r. d'avril.
Il est évident que , si l'on se proposait d'arrêter seulement les poissons qui viennent d'un côté, au lieu de vouloir les prendre des deux côtés, on pour-
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rait y réussir avec un filet qui n'aurait que deux nappes; savoir, un liamau ou entremau , et une liue ou nappe à mailles serrées, pourvu que cette dernière nappe fût placée du coté par où le poisson doit venir : car la flue étant alors reçue et embrassée par les grandes mailles, elle ferait bourse 5 mais nous ne sommes pas bien certains que l'on tasse constamment usage de cette sorte de filet. Il y a cependant quelques seinches ainsi disposées, qui serve^it à pêcher des muges dans les canaux des bûurdigues.
Les filets qu'on nomme entreniaux à Saint-Tropez , et traniaillades ou trémaillades à la Ciotat , ne diffèrent pi esque pas de la tisse d'entremaillade décrite ci-devant j et après tout, les différens filets de ce genre dont on se sert en Provence et en Languedoc se ressemblent beaucoup 5 mais des changeniens souvent peu considérables ont donné lieu de diversifier les noms.
La pêclie appelée à Narbonne tramaillade ne se fait ordinairement que dans le cours des mois de février, mars et avril. Les pécheurs s'établissent sur des bancs de roche, tels que ceux qui bordent la côte de Leucate. On emploie des bateaux dont le port est communément de 4 à. 5 tonneaux, et qui vont à voiles et à rames. Quatre matelots et un garçon de bord suffisent pour faire cette pêche.
Ils joignent les unes au bout des autres 10 à 12 pièces de filet, pour en former des enceintes autour des rochers, et on n'aperçoit que les flottes et les bouées qui nagent sur l'eau.
Les flottes de liège garnissent la tête des filets , et le pied est lesté de plomb. Ces filets ont au plus 4 pieds de chute. Les mailles des hamaux ou filets extérieurs ont 8 pouces d'ouverture eu carré , et celles de la nappe du milieu 3 pouces.
On visite le filet soir et matin, pour en changer la situation, après avoir retiré le poisson qui s'y trouve. Cette pèche fournit beaucoup de crustacés.
Comme on s'est aperçu que les mailles des entremaux ordinaires ne pouvaient pas arrêter les langoustes , les homards et d'autres gros crustacés, on a imaginé de faire des tisses d'entremaillades dont les mailles de la nappe fussent de quatre oudres au pan. Les homards et les langoustes passent leurs pattes dans ces larges mailles , restent embarrassés dans le filet. On donne à cette entremaillade , selon les différentes côtes, les noms de langoustière et croitpatière.
On pratique cette pêche tant en Provence qu'en Languedoc , notamment à Cette et à Agde. Les pêcheurs d'Agde appellent le filet armaillade.
Les pièces ont ordinairement 3o brasses de longueur et une de hauteur. Chaque bateau ou bette porte 5o ou 56 pièces , dont la plus grande partie est fournie par le patron et le reste par l'équipage.
On cale ces filets le soir, entre des roches, sur dix ou 12 brasses d'eau, et on les relève le lendemain de grand matin.
Ce qu'on nomme paillole aux Martigues ne diffère de la tisse commune d'entremaillade qu'en ce que son fil est plus fin et souvent de soie ; que les mailles sont plus serrées, et queles piècesont moins de chute.
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Lorsqu'elles sont de fil, la nappe du milieu a les mailles de g au pan, à -peu -près comme dans la tisse d'entremaillade 5 mais quand cette nappe est de soie, les mailles sont de 10 au pan.
La ségetière ou sagetière est encore très-ressemblante à la tisse d'entremaillade. Chaque pièce de ce filet a 3o brasses de longueur et plus d'une brasse de chute. Les mailles de la nappe sont de cinq oudres et demi au pan-, celles des entremaux ont un pouce et demi d'ouverture. Il faut souvent trente pièces jointes ensemble pour former une ségetière.
Pour caler ces filets , on choisit de grands fonds où il y ait 5o à 60 brasses d'eau , et par préférence ceux de vase , de sable ou d'algue. On met à chaque extrémité du filet une bouée, où tient un orin, qui a plus de longueur que l'eau n'est profonde. Les plombs du pied, qui pèsent chacun 4 onces, sont distribués à un pied et demi les uns des autres; les lièges qui bordent la tête sont espacés de même.
On prend avec ce filet les différentes espèces de poissons qui se tiennent dans les fonds indiqués cidessus : tels sont les merlans , les soles, etc.
Comme les endroits où l'on cale les ségetières sont les mêmes que ceux où les pêcheurs tartaniers traînent leur filet, et qu'ainsi les uns pourraient respectivement faire tort aux autres, on a réglé le temps et les places où ces pêches peuvent être faites^ ce qui doit varier suivant les lieux.
On estime que la saison la plus favorable à la pêche de la ségetière est pendant les mois de janvier, février et mars. Aux Martigues, on tend les ségetières toute l'année dans la grande mer; mais dans les étangs , on ne le fait que depuis le mois d'août jusqu'en avril. Il arrive souvent que les ségetières demeurent 2 jours à la mer : car, comme on tend ces filets assez loin du rivage, on ne peut pas toujours les relever fréquemment. En allant relever, les pêcheurs portent un autre filet pour le caler à la place du premier, qu'ils emportent avec eux.
L'équipage est assez ordinairement composé d'un patron, de six matelots et d'un mousse. Ils s'exposent à se perdre, étant obligés de relever leurs filets à une assez grande distance, et par toute sorte de tem[)S.
Le filet que l'on noïa.me resègue ou Tessaigue , tant à Marseille que sur plusieurs autres côtes de Provence , et qui sert pour une pêche qui porte le même nom , diffère de la ségetière en ce qu'il a communément les mailles moins ouvertes ; celles de sa nappe sont de 9 au pan, et celles des entremaux ont trois quarts de pan d'ouverture. Le filet a 6 pans de hauteur. Les plombs dont il est garni sont de huit à la livre, et distribués à un pan les uns des autres. \uQ^ lièges sont arrondis et larges d'un tiers de pan.
La resègue peut être tendue soit près de terre ^ soit en pleine mer : on l'emploie depuis le commencement d'avril jusqu'à la fin de décembre.
La pêche du trémallas ou tréniail, d'Alicante , se fait dans de petits bateaux montés de sept hommes, qui sont à la part. Ils vont à 2 lieues en mer chercher 20 brasses d'eau, et y tendent leur filet, qui occupe environ une demi-lieue de longueur, et qui est soutenu par des flottes de liège. On prend à
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cette pèche diverses sortes de poissons, particulièrement des dauphins de toutes grandeurs. Le temps le plus lavorable est durant le mois de mars, lorsque la mer est peu agitée.
On nomme soltas , à Alicante, une pêche au trémail , pour laquelle quatre hommes dans un bateau tendent leurs filets pendant les nuits obsures à une petite distance du rivage. Ces pécheurs effraient les poissons en jetant des pierres dans l'eau. Ce sont parliculièrenitnt des muges qu''on prend ainsi. Cette pêche commence en septembre et liuit en mai : le mois de mars y est le plus avantageux. Le maître du bateau a le tiers du profit, et les matelots partagent le reste.
A Ceuta, situé à l'embouchure du détroit de la Méditerranée, sur la cùte d'Afrique, on se sert de bateaux, pendant toute l'année, pour pêcher avec des filetS que les Espagnols nomment bonileras , parce qu'on n'y prend que des bonites et quelques autres gros poissons estimés. Ces filets sont des tramaux qui ont seulement 3o à 40 brasses de longueur, et que l'on cale par 6 ou 7 brasses d'eau. Les bateaux ne sont armés que de trois à quatre hommes, qui sont à la part.
Eu parlant des Batudes (voy. ce mot) de Provence et des arrnaillades de Languedoc, nous avons dit qu'il y eu avait de trémaillées : on les tend comme celles qui sont à simple nappe. Les batudes trémaillées de Catalogne ont 2 ou 3oo bipasses de longueur sur 4 brasses de chute : elles restent toute la nuit tendues en pleine mer.
Lorsque nous avons traité des étentes sur piquets , nous avons dit qu'il y en avait dont un bout du côté de terre était tendu en ligne droite pour former une espèce de chasse, et que le bout qui était vers la grande eau se terminait par une espèce de spirale. Ssous avons encore observé, par rapport aux manets, qu'on essayait d'imiter cette façon de pêcher avec des filets pierres et flottés. On suit ces mêmes dispositions avec des tramaux , qu'on tend en croc ou crochet, à-peu- près comme on le voit dans la tl. 33 , iV^. IJ j mais le plus souvent il n'y a que la partie qui forme le crochet qui soit trémaiilée.
Quand on tend ces filets à pied sur un fond de roche, on garnit le bas du filet avec des cailloux, auxquels on ajuste , de distance en distance , des càblières, [JOur affermir le filet dans la situation qu'on veut lui faire prendre.
Si le fond est de sable, on y enfouit les cailloux et les câblières. Malgré toutes ces attentions, la volute ou le crochet n'a jamais une forme aussi régulière que quand on tend sur des piquets. 11 y a encore bien moins d'exactitude lorsqu'on tend ces filets en pleine eau avec un bateau j mais pourvu que le filet fasse des révolutions , le poisson , conduit par la partie qui est droite, s'engage ordinairement dans la partie trémaillée qui est en crochet.
Un pratique quelquefois cette pêche, à Port-en- Bessin, avec de fort longues tessuies, dant la chute est de 6 pieds.
Kéglemens.
L'ordonnance de 1669, tit. XXXI, art. 10, dé-