DE LA FABRICATION DES FILETS DE PECHE
Les filets de pêche se font généralement à la main et à l'aiguille, ce qui en rend la main-d'œuvre fort coûteuse. La Société d'encouragement pour l'industrie nationale a proposé, en 1802^ un prix de 1,000 francs pour un métier à faire les filets. MM. Jacquemard , Buron et Barret se sont occupés de résoudre la difficulté , qui consiste à nouer instantanément un grand nombre de mailles, avec autant de solidité et du même sens que dans le filet fait à la main. Cette difficulté a été vaincue successivement par ces trois artistes 5 mais il paraît que l'habitude où sont les pêcheurs de fabriquer leurs filets eux-mêmes à la main subsiste toujours.
Peut-être que le défaut de description des métiers et de la manière de s'en servir a laissé ignorer leur existence à ceux qui avaient le plus d'intérêt à en faire usage. 11 serait donc à désirer que les artistes qui les ont inventés se décidassent à publier leur découverte avec tous les détails propres à la propager. Les modèles de leurs machines sont, il est vrai, déposés au Conservatoire des arts et métiers à Paris , et à la Société d'encouragement ; mais c'est dans les ports de mer qu'il serait principalement utile de les faire connaître et d'établir des fabriques où ces métiers seraient employés. Il est possible , au surplus, que les filets faits au métier ne soient pas encore au degré de perfection désirable.
Ces considérations, et la nécessité où se trouveront toujours un grand nombre de pêcheurs de fabriquer eux-mêmes leurs filets, nous déterminent à donner ici la description de la fabrication à la main, que nous extrairons de l'ouvrage de Duhamel-Dumonceau.
Les filets qu'on emploie dans nos mers sont faits généralement avec de bon fil retors du meilleur brin de chanvre ou de lin; cependant on fait en Provence quelques gros filets avec de l'aufle ( stipa te-
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nacissimafLin.) , elles Groerilandais avec des barbes de baleine (i) ou des nerfs de daim. Lionel Waffer dit aussi que les Indiens de l'isthme de l'Amérique pèchent avec de grands filets d'écorce de maliot, etc.
Quelques pécheurs établis dans les villages sèment un champ de chenevis -, ils font la récolte du chanvre 5 ils le rouissent, le taillent, le sérancent eux-mêmes, et se dispensent par là d'en acheter. Mais ces travaux s'associent difficilement avec les occupations continuelles de la pêche , et ils sont absolument impraticables pour les pêcheurs qui habitent les villes. Aussi les pêcheurs fort occupés de leur métier achètent au marché la filasse toute préparée, et quand ils ont une nombreuse famille, les femmes et les filles s'occupent à la filer 5 mais comme la fabrique des filets exige beaucoup de main-d'œuvre, et cju'on peut, pour 3 francs de fil , faire une étendue de filets qui coûterait 12 francs, les pêcheurs, pour peu que leur famille soit nombreuse, travaillent eux-mêmes leurs filets. Les filles et les femmes retordent le fil, et même aident aux hommes à lacer ou mailler les filets, étant au moins aussi habiles qu'eux à cette sorte de travail.
Ceux qui n'ont point de famille sont obligés d'acheter leurs filets , et c'est pour eux une dépense considérable; ceux même qui la sujjportent ne sont pas dispensés de savoir mailler, ne fût-ce que pour rétablir les filets qui ont souffert quelque dommage 5 car ils seraient épuisés en frais, s'ils étaient perpétuellement obligés de payer ces sortes de rhabillages , c[ue les pêcheurs qui savent mailler font, ainsi que leurs femmes , dans les intervalles de temps qui ne sont pas propres à la pêche.
Quoique les chanvres du Nord bien choisis passent pour faire des cordes plus fortes que la plupart de ceux de France , les pêcheurs préfèrent ces derniers (2), parce que nos chanvres sont du rs et ligneux. Cette qualité , qui est un défaut pour des cordes , fait qu'en général ils pourrissent moins promptement que les chanvres doux du Nord, qui font des cordes plus fortes.
Idée générale des diverses espèces de filets.
Les pêcheurs ne font point les cordages qui leur sont nécessaires; ils les achètent des coidiers, qui les leur vendent au poids.
La filasse et le fil s'achètent au marché, à la livre et à différens prix, suivant la finesse et la qualité de l'un et de l'autre. Il y a des pêcheurs âgés ou infirmes qui s'occupent avec leur famille à faire des filets qu'ils vendent à l'aune , et dont le prix varie suivant la nature du fil , la grandeur des mailles et la chute du filet. Par exemple , les seines pour le hareng sont les plus chères non-seulement à cause de leur hauteur, mais encore parce que les mailles sont fort serrées et en grand nombre (3); ce qui fait qu'un habile laccur ne peut en faire par jour que 8 ou g aunes : au contraire, un bon ouvrier peut
(i) Gel (2) En
Rhin
Ite sorte de filets vaut mieux que ceux de chanvre. Allemagne , les pécheurs pr(iferent les chanvres du
(3) On les fait, pour la plupart, de soie grossière de Perse, parce qu'ils sont plus forts et qu'ils peuvent durer 3 ans.
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faire 12 à i5 aunes de manets qui servent pour la pêche du maquereau , dont cependant les pièces ont quarante-deux à quarante-quatre mailles de chute.
Les rets dont nous venons de parler, et plusieurs dont il sera question dans la suite , sont de simples nappes ( P/, 22,^^. 1 et 2) (1), mais qui diffèrent assez considérablement entre elles : les unes, ayant les mailles fort petites , retiennent le poisson à-peuprès comme le ferait une toile claire ; d'autres, qui sont destinées à prendre spécialement une espèce de poisson , doivent avoir leurs mailles tellement proportionnées à la grosseur ordinaire de cette espèce de poisson, que la tête, qui est plus menue que le corps , entre dans les mailles pendant que le corps n'y peut passer : alors le poisson qui a engagé sa tête dans une maille ne peut la franchir, à cause de la grosseur de son corps , et il ne lui est pas possible de se dégager en rentrant, parce que les fils du rets s'engagent dans ses ouïes. Si les mailles de ces filets sont trop petites , les poissons rebroussent chemin avant d'avoir engagé leur tête jusqu'au -delà des ouïes ; et si elles étaient trop larges , les poissons les franchiraient et passeraient au travers.
Il y a des filets plus composés, qu'on nomme tréniails ou tramaux {PL ii^fig. 3 et 4)) parce qu'ils sont formés de trois nappes ou rets posés les uns sur les autres , ce c]ui forme trois mailles qui se recouvrent.
Les deux rets a {fig. 3), qui renferment le troisième b, sont formés de gros fils très -forts 5 les mailles en sont grandes : on les appelle volontiers hamaux ou aumés. Les mailles des hamaux, de la drège, par exemple, ont de grandeur 9 pouces en carré. Comme les hamaux qu'on emploie en mer n'ont souvent que quatre mailles de chute , un bon laceur en peut faire i5o aunes par jour.
Les rets qui sont entre les deux hamaux se nomment la nappe, ou la toile .^ ou encore la flue. Ils sont faits avec du fil très-délié, ce qui n'est sujet à aucun inconvénient, parce que la flue est soutenue par les fils des hamaux, qui, comme on l'a dit, sont très-forts. V. les^^. 3 et 4-
Les pièces de flue ont les mailles beaucoup plus serrées que les hamaux , puisqu'au lieu de quatre mailles de chute elles en ont quarante - deux ; et pour cette raison, le meilleur ouvrier n'en peut faire que 12 à i5 aunes par jour. Il est vrai que la flue doit avoir un peu plus d'étendue que les hamaux, pour qu'elle soit toujours flottante entre deux. On en apercevra la raison , si l'on fait attention que quand on se sert de ce filet , les poissons ne s'y maillent point comme quand on emploie les manets j ceux cjui donnent dans la flue lui font faire une bourse entre les grandes mailles des hamaux; en se débattant, ils tombent dans cette bourse , ils s'envelojîpeni du filet, et ne peuvent s'échapper. L'avantage de ce filet est qu'il s'y prend des poissons de grosseur fort différente, et qu'ils sont également arrêtés de quelque côté qu'ils donnent dans le filet.
Outre les deux -espèces de filets dont on vient de
(i) En allemand wande , parois, parce qu'on les étend devant les poissons qui marchent par troupes,
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parler, qui sont en nappe , il y en a qui forment un sac conique : on leur donne sur les rivières plusieurs noms , entre autres celui de verveux. Ceux qui servent à la mer s'appellent sacs ou caches, queues, manches, etc. Celui qui est donné pour exemple {PI. 22, J%. 6) est un verveux. Ces filets, à la forme près , sont maillés comme les seines.
Du fil pour la fabrication des filets.
(Quoiqu'on fasse certains filets avec des fils trèsfins, on n'y emploie presque jamais des fils simples. Pour que ces filets se soutiennent et qu'ils durent, ils doivent être faits avec du fil retors. Il faut donc que les fileuses achètent de bonne filasse , bien fine , bien épurée , de clienevotte , qui soit forte , bien mûre et point trop rouie ; elles doivent la filer de différentes grosseurs, suivant l'espèce de filet qu'on se propose de faire. Que la filasse soit filée au fuseau ou au rouet, il n'importe, pourvu que le fil soit bien uni , et suffisamment tors sans l'être trop j car un filet trop tors n'a presque pas de force. Ce sont aussi les femmes qui retordent et doublent le fil qui doit être emplojé pour le corps du filet; mais les pêcheurs ont besoin de lignes , ou petites cordes de 8 pouces, ou d'un pied de longueur au plus , \ovLX lesquelles le fil doit être retors en quatre. Ces petites ficelles, que sur plusieurs côtes les pêcheurs nomment ainards^ leur servent à attacher la tête du filet sur une corde qui forme une bordure, ou , en terme de marine , une ralingue. Les saines et les manets en ont sur-tout besoin.
Ce sont ordinairement les hommes qui font ces ainards avec une espèce de rouet formé par une roue, qui est fixée solidement et horizontalement dans un mur par un fort étrier de fer. Une petite manivelle sert à faire tourner cette roue , dont la circonférence est enveloppée de deux cordes : chacune fait tourner une molette. On attache au crochet de chaque molette un fil retors , et les deux fils s'unissent à un crochet qui tient au plomb. A mesure qu'on tord les fils , ils se roulent l'un sur l'autre, et le plomb monte proportionnellement.
il n'est pas hors de propos de faire remarquer qu'il y a une grande différence entre les fils simplement doublés et retors par les femmes, et ceux qui sont commis par l'homme. Les femmes roulent l'un sur l'autre les deux fils, qu'elles ont soin de tenir mouillés, les deux pelotes étant dans un vase rempli d'eau. Ces deux fils, venant à se dessécher dans cette position, restent un peu adhérens entre eux, quoiqu'il n'y ait point de force expresse qui les engage à se rouler l'un sur l'autre.
Il n'en est pas de même des fils que commet l'homme. Comme il imprime un tortillement à chaque fil , ils font effort pour se détordre : en conséquence , ils se roulent l'un sur l'autre, et il faut une force plus considérable pour désunir ces fils commis, que ceux qui ont été simplement retors.
Le carré représenté P/. l'à^fig. 1 3, les rouets des cordiers , et ceux qu'emploient \es ouvriers qui font des cordonnets de soie , fournissent des moyens bien plus expéditifs de commettre ensemble plusieurs fils, que la petite machine dont il est ques-
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tion , et qui est d'un usage assez commun dans plusieurs ports.
Les pêcheurs ont encore besoin de ganse fine , qu'on nomme, sur la côte de Normandie, warretée, pour joindre ensemble plusieurs pièces de rets qui doivent former par leur réunion une pièce complète de seine ou de manet 5 mais ils n'ont pas coutume de les faire : ils les achètent des cordiers.
.Il faut que ceux qui veulent faire des filets soient pourvus de fils retoi's de différentes grosseurs, ainsi que de plusieurs sortes de lignes ou ficelles ; il leur faut de plus quelques outils.
De la meilleure manière de constater la grandeur des mailles.
Grandeur des mailles des filets pour la mer. — Les filets ne doivent pas avoir tous une même grandeur de maille. On a jugé qu'il était important à la conservation du poisson qui peuple la mer, de fixer l'ouverture des mailles que devait avoir chaque espèce de filet. Il n'est pas aisé de mesurer exactement en pouces) et lignes l'ouverture des mailles : aussi les pêcheurs ne suivent-ils pas cette méthode. Ceux des ports du Ponant comptent combien il y a de nœuds au pied ou à la brasse , et ceux de la Méditerranée disent qu'il y a tant d'ourdres au pan ou à la brasse ; ce qui revient au même. La différence consiste dans la diversité des mesures et des expressions. Dans les ports de l'Océan , le pied est de 12 pouces, et la brasse est de 5 pieds; dans les ports de la Méditerranée, le pan est de 9 pouces, et la brasse de 7 pans et demi. Ainsi, par exemple {PI. Il ^ fig. 5), un filet de huit ourdres au pan est celui dont huit noeuds font la longueur d'un pan ou de 9 pouce."?.
Cette façon de mesurer la grandeur des mailles par le nombre des nœuds ou ourdres est commode, mais elle n'est pas sûre; car, en supposant que la grandeur soit telle qu'on l'exige au sortir des mains de l'ouvrier, elle change considérablement lorsque le filet a servi, ou même quand il sort de la teinture ou du tan : les fils détordent, ils se crispent, ils augmentent de grosseur, ce qui diminue considérablement l'ouverture des mailles. Cette réflexion a fait proposer d'établir la grandeur des mailles sur le diamètre des moules qui servent à les travailler. L'ordonnance de 1681 (V. à la fin de ce Dictionnaire) a fixé la grandeur des mailles pour toutes les espèces de filets, et a ordonné qu'il serait déposé, au greffe des amirautés, des échantillons de toutes les espèces, pour avoir sous les yeux un objet de comparaison. Mais cette ordonnance mettrait les juges en droit de faire brûler tous les filets; car, en supposant qu'un filet neuf aurait été conforme à l'ordonnance , il ne se serait plus trouvé tel après avoir servi, pour les raisons qui ont été rapportées plus haut. Quelc|ues-uns ont cru qu'il eût été mieux de fixer les dimensions des m.oules, et d'en conser- A'er, aux greffes des tribunaux, non -seulement des modèles exacts, mais de plus des étalons, qui seraient des trous percés dans des plaques de cuivre, au moyen desquels on connaîtrait exactement et facilement si les moules qu'emploient les mailleurs sont conformes à l'ordonnance ; mais ce moyen ne
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mettrait en état d'exercer la police que chez les ouvriers maiileurs, puisque les mailles changent d'étendue par le service. Ce n'est pas tout : la diminution des mailles devient encore plus ou moins considérable, suivant la grosseur du fil qu'on a employé pour les faire : d'où l'on peut conclure que, quelque précaution qu'on prenne pour fixer les dimensions des moules, les pêcheurs mal intentionnés auront un moyen d'éluder la loi ; car, si l'on veut mesurer les mailles d'un filet qui aura servi , les pêcheurs crieront avec raison à l'injustice, assurant que leur filet neuf était conforme à l'ordonnance 5 et si l'on fixe la grandeur des mailles par la grosseur des moules, ils parviendront à rendre en peu de temps les mailles plus serrées , en employant du fil un peu plus gros. D'où il suit que si l'on prenait le parti de fixer la grandeur des mailles par les moules, il faudrait en même temps spécifier de quel fil on se servirait 5 ce qui n'est pas aisé à vérifier, d'autant qu'il y a des fils qui se gonflent plus à l'eau que d'autres.
On s'est donc beaucoup attaché, dans les différens réglemens qu'on a faits relativement aux pêches, à fixer la grandeur des mailles des diverses espèces de filets j mais, entre tous ces inconvéniens , l'on n'a pas fait peut - être attention que quand on traîne le filet obliquement au courant ou sur le sable, les fils se rapprochent, les mailles s'allongent, et elles diminuent tellement , que celles sur-tout des chausses se ferment presque entièrement. En ce cas, l'exacte dimension des mailles ne serait utile que pour les filets qui seraient bien tendus, et qu'on opposerait perpendiculairement au courant; et ces circonstances sont assez rares.
Grandeur des mailles des filets pour les rivières. — L'ordonnance de 1669 n'a aucune disposition qui ait rapport à la grandeur des mailles des filets ; mais elle fait défenses (tit. XXXI, art. 10) de se servir des engins et harnois prohibés par les anciennes ordonnances sur le fait de la pêche , et de tous autres qui pourx-aient occasionner le dépeuplement des rivières , à peine de 1 00 liv. d'amende pour la première fois , et de punition corporelle pour la seconde.
L'art. 5i du cahier des charges pour la pêche porte qu'à l'égard des filets, engins et harnois dont l'usage est autorisé, ils devront être à mailles carrées et non en losanges, de la grandeur de 34 mil-, limètres (i5 lignes) pendant la saison d'été, et de 27 millimètres (12 lignes) dans les autres temps. Ces dispositions sur la grandeur des mailles sont puisées dans les ordonnances de 1291, i388, 1402 et i5i5, qui parlent du truble, de la seine, du traniaillon , des rets à ables , des trames à chausses et des boucherets à bras. Celle de Philippe-le-Bel, de 1291, défend de pêcher avec engins de fil, si la maille n'est d'un gros d'argent (1 pouce en carré ou 27 millimètres). Les ordonnances de i388, i402 et i5i5 renferment la môme disposition ; mais elles ajoutent que, depuis la vSaint-Remi jusqu'à Pâques, les mailles des filets pourront n'avoir que la largeur d'un parisis (9 lignes ou 20 millimètres). V., pour la figure et les dimensions du gros d'argent el du parisis, le Recueil de Saint- Yon^ p. 227.
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Les réglemens sur la pêche dans les fleuves et rivières ne font pas mention des filets appelés ya«/ar ou guidons de pied, collerets^ bouteux et haveneaux'y maisil est évident que les mailles de ces filets doivent avoir les proportions ci-dessus énoncées. V. Engins.
Des différens petits instruniens qui servent à lacer ou d mailler les filets.
Les filets sont d'un tissu trop lâche pour que les fils puissent se maintenir dans la situation réciproque qu'ils doivent avoir par leur seul entrelacement : il a été nécessaire d'arrêter les fils les uns aux autres, en faisant des nœuds dans tous les endroits où ils se croisent ; et il faut que toutes les mailles d'un filet soient d'une grandeur déterminée. Voici les outils qui sont nécessaires pour ce travail.
Des ciseaux de moyenne grandeur. — Ordinairement les pêcheurs les prennent ronds par l'extrémité des lames , afin de pouvoir les porter sans étui dans leurs poches , et sans courir risque de se blesser.
Des aiguilles de différentes grandeurs. (V. la PL 23.) — Quelques-unes sont longues de i3 à i4 pouces ; celles de 9 pouces de long sur 2 lignes d'épaisseur {fig' "^^Pl. 23) servent pour lacer; celles de 6 à 7 {fig. 4) servent pour réparer ou ramender les filets fins, et aussi pour travailler les filets qu'on fait avec du fil très-délié. On fait ordinairement les unes et les autres d'un bois léger, tel que le coudrier, le fusain, le saule, le peuplier. Elles se terminent en pointe par un bout^, où elles forment un angle aigu : il faut que sa pointe soit mousse, et que toutes les parties de l'aiguille soient arrondies, pour qu'il n'y ait point d'arêtes qui endommagent le fil. Ces aiguilles sont évidées à jour en c d, dans une longueur de 2 pouces et demi ou 3 pouces, suivant la grandeur des aiguilles ; et l'on ménage , au milieu de cette partie évidée , une baguette qui ne s'étend pas jusqu'au haut. Beaucoup de pêcheurs la nomment languette (i). Quelquefois on la forme avec une broche de fer.
L'extrémité b de l'aiguille, opposée à la pointe , est fourchue et entaillée d'environ un quart de pouce : cette partie s'appelle la coche ou le talon.
On charge, on emplit, on couvre les aiguilles avec du fil : tous ces termes sont synonymes. Pour cela, on prend un peloton (,fig' 5, g), ou, en terme de laceur, un llsseau de fil : on met un bout du fil sur l'aiguille if g- 3 ) j on pose le pouce dessus ; et tenant le reste du fil h avec la main droite, on le passe par-dessus la pointe de la languette ce?, pour lui faire faire deux tours au pied de la languette. Puis on conduit le fil dans la coche b^ on le remonte par-derrière l'aiguille; on le fait passer sur la languette, et on le ramène dans la fourchette ou
(i) Les pêcheurs allemands la nomment aussi ziinf;e; elle est laite du même morceau de bois c[ue le reste de rinstnimcnt. Le meilleur bois est le fusain 5 en allemand, sjnllbaiim; en lalin, et'onyjnus. La coche ou le talon de l'aiguille s'appelle en allemand die gabel. Charger Taiguillc, c'est, en terme de pêcheur allemand, die nadel aiij}<x<lnen. Le lisscau s'appelle knaul.
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coche b du talon; ensuite on le remonte sur la partie antérieure de l'aiguille; on le fait passer autour de la languette, de là dans l'entaille du talon, et on le remonte le long de la face postérieure de l'aiguille : ce que l'on continue jusqu'à ce que l'aiguille soitentièrement chargée, comme l'est celle e b^fig.5.
Pour faire passer aisément le fil autour de la languette, on appuie avec le pouce sur cette languette, afin qu'elle déborde l'aiguille par-derrière ; ensuite on appuie avec le doigt index sur la même aiguille , pour la faire sortir du côté de la face antérieure (i); et de cette façon, lorsqu'on en a contracté l'habitude, on charge l'aiguille très-prompteraent et avec facilité.
(Quelques-uns trouvent plus commode de toui-ner l'aiguille dans la main gauche , plutôt que de remonter le fil tantôt par-devant, et tantôt par-derrière l'aiguille (2).
Il y a une autre sorte d'aiguille (^fig- 6) qui sert ordinairement pour rhabiller (3). On introduit le fil entre les serres a h ^ et ces aiguilles servent comme les autres , qui cependant sont préférables , parce que l'extrémité g est moins sujette à s'accrocher dans les fils que les serres a Z> de l'aiguille^^. 6.
^^fig- 7 est un morceau de bois qui porte à chacun de ses bouts ab un crochet : on le nomme valet. Quelques mailleurs s'en servent pour tenir le filet tendu : pour cela, on passe un des crochets dans une maille ; et l'autre, dans quelque autre maille de filet , ou dans quelque crochet ou corde qui se trouve à portée de celui qui travaille.
Afin que les mailles soient d'une grandeur uniforme , on les travaille sur un morceau de bois rond ou plat qu'on appelle moule (4)«
Pour faire des mailles qui ont peu d'ouverture , on se sert de moules cylindriques ifig. 8 à i4), ou d'une petite règle de bois. Si les mailles sont grandes, comme celles des hamaux, par exemple, les moules cylindriques seraient trop gros pour être tenus entre les doigts : c'est pourquoi on les fait avec une petite planche {fig 16 ou 17), qui a aux bouts a 6 un ou deux petits talons pour empêcher le fil de couler sur le bout de ces moules; car le fil qui doit faire la maille enveloppe le moul-? , suivant la longueur. Ces sortes de moules ne doivent avoir que 3 à 4 lignes d'épaisseur, et être faits d'un bois fort léger, parce qu'il faut les tenir entre le pouce et le doigt index de la main gauche.
Les moules les plus grands, sur les côtes de Normandie et de Picardie, sont destinés à faire les hamaux de la drège ; ils ont 9 pouces de longueur, non compris les talons ab (fig- 16) : il y en a de beaucoup plus grands. Les moules pour les soles ont 7 pouces de longueur totale , et 6 pouces un quart sans comprendre les talons a b {fig' 17)- Si l'on a
(i) Dans bien des provinces du Nord, les pêcheurs se servent du pouce pour appuyer sur l'aiguille et la faire sortir du côté de la face antérieure.
^2^ C'est la méthode des Allemands.
(3) En allemand, ausbûssen. Les aiguilles à rhabiller, en allemand, ausbûss-nadeln , ne sont que des morceaux de bois , larges comme la main , avec une fente dans le milieu pour y passer le Cl.
(4) En allemand, strickestock ou strickeholz.
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une idée de ces moules et de leur usage, on concevra que le pourtour du moule donne l'ouverture de la maille de ces sortes de filets, qui est égale à deux fois la longueur du moule.
Le moule cylindrique {fig. 8) qui sert pour faire les mailles de la flue de la drège, a 7 ou 8 lignes de diamètre; celui {Jig' 9) pour les mailles des manets hors la Manche , dont le fil est plus gros cjue dans la Manche, a 12 lignes de diamètre; celui {Jig. 10) qui sert pour les manets de la Manche , a 1 1 lignes de diamètre ; celui {Jîg' 11) qui fixe les mailles pour la drège de la vive, qui est permis en INormandie pendant le carême , et dont le tissu est trèsdélié, a 8 lignes 2 tiers de diamètre; celui {Jig. 12) qui sert à faire les mailles pour la pêche du hareng à Yarmouth , et dont le fil est plus gros que pour la pêche dans la Manche, a 8 lignes 1 tiers de diamètre ; celui {Jig. i3) qui sert pour faire les filets destinés à la même pêche auprès des côtes, a 8 lignes de diamètre; et celui {fig' i4) qui sert pour faire de petites seines très-légères, dont les mailles sont fort petites , et qu'on nomme warnettes en Normandie , n'a que 7 lignes ou 7 lignes et demie de diamètre.
Les bouteux sont du nombre des rets les plus serrés : leurs mailles sont faites sur un moule de 3 lignes de diamètre , plus ou moins ; car les bouteux n'ont pas exactement leurs mailles d'une même grandeur.
La circonférence des mailles d'un filet est le tour de son moule , dont le quart donne la grandeur d'un des côtés de la maille. Pour rendre la chose plus sensible, supposons que la maille d'une seine doive être d'un pouce en carré, c'est-à-dire c[ue chacun des quatre fils qui en forment le contour a un pouce de longueur d'un nœud à un autre. Le moule ayant 16 lignes de diamètre, sa circonférence est de 48 lignes, dont le quart est 12, qui est, suivant la supposition , la longueur que doit avoir chacun des côtés de la maille de la seine , bien entendu qu'il ne s'agit pas ici d'une précision géométrique.
Pour se dispenser d'employer de gros moules, qui sont difficiles à manier, et cependant ne pas laisser de faire de grandes mailles, on fait quelquefois deux tours de fil sur le moule pour chaque maille.
Explication de quelques termes qu'emploient les
mailleurs.
Quand un filet est tendu verticalement, le bord d'en haut se nomme la tête (1), et le bas s'appelle le pied. Souvent la tête du filet est bordée d'une corde garnie de morceaux de liège, qu'on nomme flottes (2)j et le pied est pareillement bordé d'une autre corde , garnie de bagues de plomb : c'est ce qu'on nomme la plombée (3). La levure d'un filet
(i) La plupart de ces termes d'art sont inconnus en Allemagne. Les pêcheurs disent die obère und die untere leine , oder reif, en parlant des bords supérieurs et inférieurs de leurs filets. Le bord d'en haut s'appelle quelquefois das haupt , et par corruption hœt.
(2) En allemand, ^ce55ew.
(.3) En allemand, bleyveif. Cette corde est de crin, qui dure plus long-temps que fe chanvre.
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est le premier rang de mailles ou de demi-mailles par lesquelles on le commence (i) : ainsi, quand on dit lei'cr 1171 filet , c'est le commencer ou former la levure j et quand on ait poursuivre un Jilet ^ c'est continuer à l'ormer les mailles.
On nomme accrues (2) des boucles qu'on fait servir de mailles pour augmenter l'étendue d'un filet.
Les mailles doubles se font en mettant sur l'aiguille deux fils au lieu d'un 5 ce qui fournit le moyen de détacher un filet d'un autre, comme quand on veut faire un goulet dans un verveux (P/. 22 , fig. 6 ); on verra dans la suite que cette pratique a de grands avantages.
Enlanner un filet , c'est le border d'une espèce de lisière , forniée de grandes mailles qu'on fait avec de la ficelle. Il y a de ces lisières qui ont assez de largeur, et cjui sont faites de mailles une fois plus grandes que celles du filet : elles ne servent que pour fortifier le filet. D'autres lisières sont étroites et formées de très- grandes mailles 5 elles servent à recevoir une corde qui, y étant passée , tient lieu comme d'une tringle de rideau, et en ce cas les mailles servent d'anneaux.
En Provence, on appelle chape une espèce de galon dont les mailles sont d'un fil plus fort que celui de ce filet, et ont i5 lignes en carré.
Border un filet (3), c'est l'entourer d'une corde qu'on attache au filet, de 3 en 3 pouces, avec des révolutions d'un bon fil retors. Cette corde, qu'on peut appeler, en terme de marine, une ralingue , sert à fortifier le filet. Ceux cju'on traîne en ont surtout besoin.
Coudre un filet, c'est joindre plusieurs filets ensemble pour en faire un grand.
Monter un filet, c'est le garnir des cordes et apparaux qui le mettent en état de servir.
On nomme corde en aussière celle qui est formée de plusieurs faisceaux de fils commis les uns avec les autres , et corde câblée ou en grelin celle qui est formée de plusieurs aussières commises ensemble On appelle goulet (4) l'embouchure, en forme d'entonnoir, des filets en verveux, laquelle fait que le poisson y entre aisément, et ne peut presque jamais en sortir.
De la différente forme des mailles.
On fait deux sortes de mailles : les unes sont carrées {PL 0.-2.^ fig. 1) , et les autres en losange, fig. 2 (5). Quand les filets à mailles carrées sont tendus, tous les fils qui forment les mailles sont parallèles entre eux , et encore parallèles à la tète du filet , de sorte que toutes représentent comme un damier. On peut faire les hamaux des tramaux en mailles carrées {fig. 4) ; il y a cependant des hamaux en losange {fig. 3).
A l'égard des filets qui sont à mailles en losange lorsque les filets sont tendus, les fils, quoique parallèles entre eux, forment des lignes obliques, eu
f i^ En allemand, cinfangs-masdien.
(2) Eu Altim&xid , fkegcndti maschen , ou , en terme d'art, einhœnge-niaschcn.
f 3) En allemand , einfassen.
(4) En allemand, einkehle.
(5) Eu allemand , spicgellickt.
égard à la tête du filet, de sorte que les angles aigus des mailles sont hauts et bas. Les mailles des Hues , des manets , des seines et de la plupart des filets sont en losange.
Ces deux sortes de filets se travaillent bien différemment; mais, avant d'en parler, il faut expliquer les différentes façons de faire les nœuds.
jDe la manière dont se font les différens nœuds qui joignent les fils les uns avec les autres.
Il y a deux façons d'exécuter les nœuds : l'une se nomme dessus le pouce ; elle sert principalement pour les grandes mailles des hamaux, ainsi que pour les rhabillages, et dans certaines circonstances ce nœud est fort commode.
L'autre sorte de nœud se nomme sous le petit doigt: ce nœud est d'usage pour toutes les espèces de filets; il a l'avantage d'être expédltif, et de former des mailles bien régulières.
Comme il faut varier la grandeur des mailles suivant l'espèce de filets qu'on se propose de faire , il est nécessaire de choisir un moule proportionné à la grandeur qu'on veut donner aux mailles, et avoir une aiguille chargée d'un fil plus ou moins gros , suivant l'espèce de filet qu'on se propose de travailler. Ces préparatifs so;;t nécessaires, de quelque espèce de nœud qu'on veuille faire usage.
Manière défaire le nœud sur le pouce.
Pour faire le nœud sur le pouce {PI o.'iffig. 33), il faut passer dans un clou à crochet e t un bout de ficelle , qu'on noue pour en former une anse Z. On passe dans cette anse le fil avec lequel on veut faire le filet; on forme avec ce fil un nœud simple c, qu'on ne serre pas jusqu'auprès de Pansez; maison l'arrête à une distance proportionnée à la grandeur qu'on veut donner aux demi-malHes^ par lescjuelles doit commencer le filets
Yoici une des manières dont peut être fait le nœud simple {fig- 37 ) : en supposant que les fils a et b rapprochés forment l'anse z de la. fig. 33, on pose le moule cj r sous l'angle qui est formé par la réunion de ces deux fils ; on serre le bout du fil, qu'on a passé dans l'anse entre le doigt Index et le moule ; on entoure le moule par le fil, en lui faisant décrire le cercle marqué k, l, m .) puis on le passe sous le fil 3, au point marqué n , ensuite pardessus , au point marqué o, et enfin par - dessous lui-même; tirant ensuite le bout P, le nœud simple est fait ; mais il n'est pas capable d'arrêter la maille : il faut, comme disent les laceurs, l'assure^ par un second nœud , et voici comme l'on fait celui qu'on nomme sur le pouce.
On saisit le nœud simple entre le pouce et l'index de la main gauche, comme on le voit auprès de c , fig. 33 ; on prend de la main droite le reste du fil ou l'aiguille qui en est chargée , et on le jette par-dessus le pouce de la main gaucho , lui faisant décrire la révolution marquée par d, e, b , f, qui passe j)ar-dessus l'anse Z^ on le ramène ensuite vers C, à l'extrémité du pouce de la main gauche ; puis on passe l'aiguille par-dessous les deux branches de la demi - maille c\, et on l'introduit
FIL
dans l'anse e, b ^ f, de sorte que le point b de cette anse se trouve sous l'aiguille : alors, tenant toujours le nœud bien ferme entre le pouce et le doigt index de la main gauche , ainsi que la portion J du Hl qui y répond, et faisant en sorte que l'anse z et les deux branches de la demi-maille c soient tendues , ou finit le nœud en tirant l'aiguille vers soi. Pour que le nœud soit bien arrêté, il faut que ce nœud , dit sur le pouce, s'arrête sur le nœud simple; car s'il se formait au-dessous, comme cela arrive quand on ne serre pas fortement le nœud simple avec le pouce, le nœud ne serait pas arrêté et ne vaudrait rien.
Souvent les laceurs font les demi-mailles qui forment la tête du filet, comme on vient de l'expliquer, sans se servir de moule; et l'habitude qu'ils ont contractée par un long usage fait qu'ils leur donnent une grandeur assez uniforme ; mais le mieux est de les faire sur un moule; et on ne l'abandonne pas en assurant ce nœud simple par le nœud sur le pouce.
Meunière défaire le nœud sous le petit doigt.
Après ce qui a été dit, on conçoit que le nœud sur le pouce prend en partie cette dénomination de la grande révolution d, e, b ^fàe \dijig. 33; qui enveloppe le pouce.
Pour détailler l'art de faire le nœud sous le petit doigt {.fi^' 34)5 supposons que les demi-mailles a, a ,h sont déjà faites ; on tient le moule g, d entre le pouce et le doigt index , de sorte qu'un des bouts du moule s'appuie contre le pli que le pouce fait en s'articulant avec la main , et que l'autre bout du moule excède un peu le doigt index /".
Que le moule soit rond ou qu'il soit aplati , sa longueur doit être placée fort près des nœuds des demi-mailles , ou des mailles qu'on a formées en premier lieu.
Supposant le moule saisi , comme nous venons de le dire , et comme on le voit à la Jig, 34 ? on passe d'abord le fil par-dessus le moule , on le rabat sous l'extrémité du pouce; ensuite, ayant détaché le quatrième doigt h des autres doigts , en le portant un peu en avant, on descend le fil pour le passer par-dessous et derrière le quatrième doigt h^ et continuant la révolution du fil, on le remonte derrière le moule, entre le moule et l'index; puis on le rabat sur le moule , pour l'engager entre le moule et le pouce, au point marqué d : après quoi, on fait décrire à ce fil une ligne circulaire h ,y, passant par - dessus l'anse de corde z ou les demimailles a , a , b } ensuite on descend le fil derrière tous les doigts , pour le passer derrière et sous le petit doigt.
On a tracé sur \z.Jig, 34 ^ par une ligne ponctuée, la route que le fil doit tenir pour achever le nœud. Comme on a omis exprès de représenter l'aiguille dans cette figure, on aperçoit mieux les différens contours du fil, et l'on voit que la ligne ponctuée, en remontant, passe en m sous la branche du fil qui est près de cette lettre , eu n sur l'autre branche de ce fil, ensuite par-derrière l'index , et va traverser la demi-maille b. Alors, en tirant le bout o du fil , on dégage le doigt h de l'anse w, n ^ et les autres
FIL 189
doigts du fil qui les entoure ; et, conduisant le nœud tout près du moule , par le petit doigt , on le dégage à son tour lorsqu'il touche au moule; on serre fortement le nœud sur le bord supérieur de ce moule, et l'opération est ainsi achevée.
Pour rendre ceci encore plus clair, nous distinguons en trois opérations ce qui regarde le nœud sous le petit doigt.
A la première {fig' 34 ); on passe le moule entre le fil et l'extrémité du pouce, et pour le tourner autour du quatrième doigt Ji , on lui fait faire la révolution dy n, m: après l'avoir conduit derrière le moule, on le rabat vers d sous le pouce , qui doit le tenir ferme; de là, on le mène entre le pouce et le moule; ensuite on lui fait décrire, par-dessus l'anse de corde z et les demi-mailles a , a, une grande révolution k , f; puis il descend derrière le moule et tous les doigts pour embrasser le petit aoigt : alors on remonte le fil par-dessous celui ttî, et on le passe sous la branche «, en suivant le contour indiqué parla ligne ponctuée^^^. 34, puis derrière l'index et au travers de la demi-maille b , pour le conduire en o.
Pour la seconde opération (^Jig- 35), supposant le fil passé sous le petit doigt /, on le remonte pardessous le fil m, pour le passer sur l'autre branche n du même fil , puis derrière l'index et au travers de la demi-maille b , qui se rencontre directement près la pointe de l'aiguille b. On conçoit que l'aiguille est nécessaire pour faire passer le fil par la route indiquée.
Pour la troisième et dernière opération (^g- 36 ), tous les doigts ayant été prompteraent dégagés de l'anse m, n {fig. 34 et 35) , aussitôt que l'aiguille est sortie tout-à-fait hors de la maille i , et le pouce ne servant plus qu'à contenir le moule et à peser dessus pour bien tendre toute la partie supérieure, le petit doigt, qui demeure seul entouré du fil, s'élève avec lui peu à peu jusqu'au moule, et ne se dégage de ce fil que quand on est près de serrer le nœud : alors, si l'on tire fortement le bout o dufil , qu'on doit toujours supposer tenir l'aiguille , le nœud est fini.
Il est bon de remarquer qu'on dégage tous les doigts des révolutions du fil , excepté le petit doigt. A l'égard du pouce et de l'index, ils ne servent plus qu'à tenir le moule en état et à tendre la demimaille , condition nécessaire pour que le nœud se forme bien.
Il faut encore observer que, pour donner la Rberté de passer l'aiguille dans les révolutions du fil, on tient l'anse P fort longue , comme l'indique la ligne ponctuée q de la^^. 35, et elle ne joint le dessous du petit doigt que quand l'aiguille est entièrement passée hors de la maille b.
Manière de travailler les filets-
Il ne suffit pas de savoir faire les nœuds , cette connaissance serait inutile si l'on ignorait comment on forme les mailles. Nous avons dit qu'il y en a de deux sortes, celles qui forment des losanges et celles qui sont carrées. Nous allons expliquer séparément la manière de les faire.
ipo
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Manière de travailler les filets dont les mailles sont en losange.
11 faut commencer par faire ce qu'on nomme la levure, qui est composée d'un nombre de demi-mailles qui forment la tête du filet. A cet égard, la pratique des mailleurs n'est pas uniforme.
Les uns , ayant fait une anse de ficelle ( PI. 22 , yig. 12 g) , la passent dans un crochet p , et y attachent par un nœud simple le fil dont ils doivent faire le filet j puis plaçant le moule sous le nœud , qui est au bas de l'anse^, ils font la maille h^ ils retirent le moule de cette maille , le posent dessous et font la maille /, dont les branches sont d'inégale longueur , ainsi que toutes les autres , jusqu'au bout de la levure; ils tirent ensuite le moule de la maille i , pour le placer dessous et faire l'autre maille m. Ils font de même et successivement les autres mailles /, m , n, o , etc. Comme le mailleur doit tirer fortement sur les mailles qu'il a faites , elles sont fermées, et les fils sont rapprochés tout près les uns des autres; cependant on les a représentés un peu écartés , pour qu'on pût se faire une idée de la forme que les mailles prennent : d'ailleurs on ne fait usage de cette levure qu'en ouvrant les mailles et passant une ficelle dans celles qui sont cotées h ., k , m , o; ce qui est représenté par la ligne ponctuée p, q. Mais comme la levure qu'on vient de faire se raccourcit à-peu-près de moitié lorsqu'on ouvre les mailles, il faut la faire une fois plus longue que ne doit être la tête du filet. Si cette tête doit avoir 4 pieds de longueur , il faut que la longueur de la levure soit de 8 pieds. C'est sur les mailles i , l jn, etc., qu'on attache les mailles qui doivent former le filet.
Il y a des mailleurs qui commencent leurs filets par certaines anses , qu'ils nomment des pigeons. Cette levure a , dans quelques circonstances , des avantages sur les autres.
Ces pigeons a , a, a, a, a {fig. 19) sont de grandes anses arrêtées en b par un nœud sur le pouce. On doit avoir l'attention d'écarter les nœuds b de la valeur d'une demi-maille c , ^, parce que les demi-mailles e, e, e, qu'on fera dans la suite, s'attacheront en d au milieu des espaces c, b. On ne se sert point de moules pour faire les pigeons^ non plus que les demi-mailles^; pour les tenir d'une longueur pareille, et que les intervalles e, b soient égaux entre eux, on passe les doigts de la main gauche entre les pigeons, et appuyant dessus, on fait en sorte que tous les nœuds soient à une même hauteur.
Les demi-mailles d étant faites , on continue à travailler le filet sur un moule , comme nous l'avons expliqué plus haut.
D'autres mailleurs font d'abord une anse de corde {fig. 7)î qui est formée de trois branches, dont deux servent à arrêter cette anse dans un crochet; et c'est sur la troisième branche qu'ils font les demimailles en assez grand nombre pour y garnir toute la longueur de la tête du filet. Ainsi , supposant que la tête du filet doive avoir 2 pieds, et que les mailles aient un pouce d'ouverture , il faudra mettre dans l'anse de corde 24 demi-mailles.
C'est ainsi que les mailleurs ont coutume de tra-
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vaîlîer; mais, pour rendre plus sensible cette opération, nous supposons qu'on forme toutes les demimailles qui doivent faire la levure sur une corde a, b {fig- 8) , qui est tendue sur une règle de bois c, c?, qu'on suspend en équilibre par les cordes f, g k un crochet e , afin de pouvoir aisément tourner le filet à toutes les rangées.
Ayant fait la fausse maille a , dans laquelle passe une cheville, et qui sert à arrêter les demi-mailles qu'on fera dans la suite sur toute la longueur de la corde a, b, comme celles N°^. 1, 2, 3, etc., on garnit ces demi-mailles depuis a jusqu'à b.
Ces demi-mailles, qui sont faites sur un moule, paraissent arrondies par en bas , ainsi qu'on le voit par celles 1 , 2, 3 ; mais quand on fera les mailles du premier rang semblables à celles i3, 14, 16, etc., qui s'attachent au milieu des demi-mailles 4> 5 , 6 , ces demi-mailles, qui étaient arrondies, seront devenues triangulaires , ainsi que le sont les suivantes depuis 4 jusqu'à 12. De même les mailles qui sont arrondies par en bas deviendront anguleuses, et formeront des losanges semblables à 16 , 17 et 18 quand on aura fait le second rang de mailles , qui n'est marqué ici que depuis 21 jusqu'à i5. Il est clair qu'en continuant de travailler les autres rangs de mailles, comme nous venons de l'expliquer, on fera toute l'étendue du filet en mailles losangées.
Mais il est bon de faire remarquer qu'on fait toujours les filets de maille de gauche à droite : ainsi , quand une rangée est faite dans toute la largeur du filet , on doit retourner pour revenir sur ses pas , et faire la seconde rangée , toujours de gauche à droite, et les suivantes de même, jusqu'à ce que le filet soit achevé.
Four exécuter le travail que nous venons d'exposer d'une façon générale , il faut , quand on a fait la levure ou le premier rang de demi-mailles dans toute l'étendue que doit avoir la tête du filet , depuis a jusqu'à ^ , ou depuis 1 jusqu'à 12 , retourner le filet, de sorte que ce qui était du côté de la main droite se trouve du côté de la gauche , pour faire le premier rang de mailles ; commençant ce rang par le bout , qui alors est du côté de la main gauche, et le finissant par le bout, qui, lorsque le filet est retourné , se trouve du côté de la main droite. Quand cette rangée sera finie, on retournera le filet pour commencer la troisième rangée par le bout, qui alors sera du côté de la main gauche , et le finir par le bout qui répondra à la main droite.
Nous ne poursuivrons pas plus long-temps le filet ; ce que nous venons de dire fera comprendre où sont les attaches des différentes mailles, comment les mailles , qui sont arrondies au sortir du moule, deviennent losanges, et comment, à cause des attaches, il y a au bord du filet des mailles longues et des demi-mailles, qui forment une espèce de bordure.
La plupart des laceurs arrêtent la première fausse maille a {fig. 8 ) par un nœud sur le pouce, et ils font toutes les autres avec le nœud sous le petit doigt : cela ne doit point faire une règle générale , chacun est maître d'employer un nœud ou un autre.
FIL
Comment on bride un filet à mailles en losange, pour qu'il ne puisse s'allonger aux dépens de sa largeur.
Un inconvénient des filets à mailles en losange est qu'ils changent beaucoup de forme j suivant qu'on les tire dans un sens ou dans un autre. Si on tire le filet (FI. 22 ,7%. 02) dans la direction a D , les mailles s'étendront beaucoup dans cette direction; elles deviendront si étroites, que les fils se toucheront presque , et les mailles perdront presque toute leur ouverture : c'est , en beaucoup de circonstances, un inconvénient considérable, et qui a déterminé l'Administration des forêts à défendre, par l'art. 5i du cahier des charges de lapêche^ l'emploi des filets à mailles en losange.
On pourrait le prévenir , et faire en sorte que les mailles conservassent leur forme régulière , en passant une corde S , T dans toutes les mailles, et les assujettissant sur cette corde avec un bon fil retors , comme on le voit aux endroits V, V, V. C'est ce qu'on appelle border un filet ^ mais les mailleurs produisent le même effet d'une façon plus expéditive et qui leur coûte moins. Pour cela, quand on a fait le dernier rang de mailles , comme a , 3, c y d , A, B , C , JD ifig' 32), on pose sous ces dernières mailles un moule e^f, qui doit être beaucoup plus menu que celui qui a servi à faire les mailles. On fait, au milieu du bas de la maille a une petite maille h , qui ne sert qu'à assujettir le moule 5 ensuite on passe le fil par-devant le moule , et opérant à l'ordinaire pour mailler sous le petit doigt, on se trouve obligé de faire une révolution allongée , afin de gagner le milieu de la maille B , où l'on fait un second nœud ; puis, sans changer la position du moule , et y conservant les nouvelles mailles , on fait les révolutions et les nœuds qu'on voit à \difig. 32 , depuis e jusqu'à f. Dans cette figure , on a trop écarté le moule des mailles et l'on a fait les révolutions du fil trèslâches , pour laisser mieux apercevoir les détails de l'opération. Quand on a ôté le moule, il doit rester un fil , tel que m , l , k^ qui assujettit les demi-mailles dans l'ouverture qu'elles doivent avoir.
Si l'on employait un moule trop gros , ou si, en faisant les nœuds, on tenait les mailles trop ouvertes , comme on l'a fait à dessein dans la partie e,f, les fils m , l^ k, au lieu de former une ligne droite d'un nœud à l'autre, feraient une courbe en dehors; ce serait un défaut , les mailles ne seraient pas bien assujetties. Si le moule était trop menu, ou qu'en travaillant on tînt les mailles trop près les unes des autres , les bords du filet seraient froncés, et le filet ferait bourse. Lorsqu'on aura ainsi formé des mailles tout au pourtour du filet, il ne pourra plus changer de forme.
Manière de joindre ensemble deux filets au moyen des mailles dont il 'vient d'être question.
11 est évident que, si l'on met l'un sur l'autre deux filets de même grandeur et qui aient des mailles pareilles, on pourra, en suivant ce qui vient d'être dit, réunir très-exactement ces deux filets, pourvu que l'on comprenne dans chaque nœud deux fils , un de chaque filet.
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Ce que c'est qu*enlarmer un filet.
On a dit plus haut qu'enlarmer un filet (1) c'est le border de grandes et fortes mailles faites avec de la ficelle , ou au moins avec un fil retors , beaucoup plus fort que celui qui forme le filet, et d'empêcher qu'il ne rompe quand on le traîne.
Quelquefois, mais cela arrive rarement, on passe une corde dans les mailles de l'enlarmure, et cette corde tendue , faisant l'office d'une tringle de rideau , pendant que les mailles servent d'anneaux , on peut plier le filet sur lui-même , comme l'on fait d'un rideau : en ce cas , il paraît préférable de garnir les bords du filet avec des anneaux de métal , ce qu'on appelle des bouclettes ^ mais il est bien rare qu'on fasse usage des filets ainsi montés.
Pour enlarmer un filet, il faut avoir du fil retors ou de la ficelle, deux, trois ou quatre fois grosse comme le fil qui a servi à faire le filet. On en charge une grosse aiguille : si la ficelle est assez fine , on peut s'en servir pour faire deux rangs de mailles au bord du filet , la passant dans toutes les mailles inférieures 1 , 2, 3, 4? 5, etc. {PL 2.2. ^fig. 3x), et l'assujettissant dans chacune par un nœud; mais communément la ficelle qui sert pour enlarmer est grosse, et on fait les mailles fort grandes. Pour cela, on ne prend dans la ficelle les mailles que de deux en deux, i, 3, 5, 7, g; assez souvent même on passe deux mailles, et en ce cas on n'attache la ficelle qu'aux mailles 1,4» 7 > 10 » ^tc. A la grosseur près de la ficelle , ces mailles ressemblent assez à celles qui sont cotées k, l, m {fig. 32).
On forme des anses ou œillets C {fig. 3i ) aux angles du filet qui servent à attacher les cordes pour le tendre ou le traîner.
Pour faire commodément les mailles de l'enlarmure ainsi que les brides de la fig, 32 , on passe dans les mailles du bord opposé à celui oîi l'on va travailler une corde A y B {fig. 3i) , qu'on attache à deux crochets , ou dont on réunit les bouts par un nœud pour faire une anse , qu'on passe dans un crochet. Quand l'enlarmure est faite, on retire cette corde. Si l'on voulait border le filet de ce côté-là , on lierait cette corde à toutes les mailles o, b, c, c?, avec un fil V^ V, V, comme on a fait à la corde 5", T, fig. 32.
Des accrues.
Les mailleurs font , en plusieurs circonstances , des boucles , fausses mailles ou mailles volantes a , fig. 9 , qu'ils nomment accrues , parce qu'elles leur servent à augmenter l'étendue de leur filet dans un sens ou dans un autre à volonté (2). Nous croyons devoir expliquer ici la façon de les faire , parce que cette connaissance est nécessaire pour faire les filets à mailles carrées que nous avons promis de décrire.
INous choisissons, pour expliquer comment on fait des accrues, un filet à mailles carrées {fig. 9 ), parce que la démonstration en sera plus sensible ; cependant on jette des accrues aux filets à mailles en losange, comme à ceux à mailles carrées.
(1) En allemand, ein netz saumen.
(2) Le terme des pécheurs allemands, c'est zunehmen, et les mailles ainsi ajoutées s'appellent einhœnge-mascheti.
FIL
Quand on a fait la levure et le premier rang de
mailles, iV». /, fig. 9 » si ^'°" ^'^'^'^ f^^';^ ""^ /^ crue a à la rangée iV^ //, après avoir fait le nœud b, qui assure la maille h, on continue de mailler; mais
en passant encore le fil dans la maille b, pour f^orraer à l'angle de cette maille un second nœud. Lorsqu'on aura bien serré le nœud et retiré le moule , on aura l'anse ponctuée a , qu'on nomme une accrue. La file de mailles iV». /// se terminerait au cliiffre 7 , s'il n'y avait point d'accrue ; mais , attendu que l'on passera le fil dans l'accrue comme dans une maille , et qu'on fera le nœud en e, la rangée des mailles sera prolongée jusqu'à e, et la file N° . III sera de 8 mailles, au lieu que la file N\ I n'était
que de 7.
On peut concevoir comment , au moyen des accrues , on peut élargir un filet tant qu'on veut 5 car on peut former plusieurs accrues dans une file de mailles, et augmenter le nombre des mailles proportionnellement à celui des accrues. Il est évident que si, en formant la file de nœuds/, on avait passé l'aiguille dans l'accrue 5, et qu'on l'eût arrêtée par un nœud, la file des mailles aurait eu 9 mailles au lieu de 8.
Il y a une autre façon de faire des accrues , au moyen de laquelle o^n augmente le nombre des mailles , et par conséquent la largeur du filet à la rangée même où l'on forme l'accrue. Pour cela, on fait à l'ordinaire la maille a^b {PL ij , fïg. i^) • si l'on suivait la marche commune , ou irait taire un autre nœud g et/.- au lieu de cela , et pour former l'accrue, on porte le fil qui part de b jusqu'au nœud d'une maille du rang plus haut e; on n'y fait point de nœud , on passe seulement le fil dans une des jambes de la maille £? , on le descend jusqu'en/, où on fait un nœud sur le pouce. Les autres mailles^, h se font à l'ordinaire : on voit que la file des mailles a, b est augmentée d'une maille , ainsi que tous les rangs qui suivront.
Comment on diminue la largeur du filet (i).
Il est bien plus aisé de diminuer la largeur des filets que de l'augmenter , puisque le rétrécissement se fait (P/. ^iffig. 10) en comprenant 2 mailles dans un même nœud, par exemple, l'angle a de la maille ponctuée avec l'angle b de la maille suivante. La largeur du filet sera ainsi diminuée de la quantité a, b : alors les fils des mailles seront doubles, ce qui n'est sujet à aucun inconvénient; mais le nombre des mailles de la file où l'on aura réuni 2 mailles sera diminué d'un. Il en sera de même à l'angle ponctué c, qui se trouve réuni à celui d. Il est clair qu'on parviendra ainsi à diminuer peu à peu la largeur d'un filet sans faire de difformité sensible ; car on peut réunir des mailles au milieu des rangées comme sur les bords.
.Manière de travailler les filets à mailles carrées.
Quoiqu'on fasse beaucoup plus de filets à mailles en losange qu'à mailles carrées, il y a des ouvriers accoutumés à travailler les mailles carrées, qui pré-
(i) En allemand, abnehmen.
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tendent que ces filets coûtent moins, et qu'ils sont plus aisés à travailler.
Ces filets ne se commencent pas comme ceux à mailles en losanges, on ne fait point une levure qui ait toute la largeur du filet , ainsi qu'on le voit dans la PL 2.2 , fig. 8. On commence les filets à mailles carrées par un angle.
Ainsi, ayant une aiguille chargée de fil et un moule proportionné à la grandeur que doivent avoir les mailles , on tourne une ou deux fois le fil autour du moule; on noue ensemble les deux bouts j et ayant retiré le moule , on a une anse de fil , qui servira, si l'on veut, à faire la première maille a , fig. 2.3, 24» 25, PL 22, et qu'on passera dans le clou à crochet ; ensuite on posera le moule sous cette maille pour en faire une autre b, qui sera la première maille du second rang ; et sans l'ôter du moule on fera une accrue c, comme on l'a expliqué plus haut. Cette accrue tiendra lieu d'une seconde maille au second rang. Le fil a de Xdufig. 23 servira à faire les mailles du troisième rang.
On tire le moule de ces deux mailles, et on retourne le filet pour faire le troisième rang. On pose le moule sous l'accrue c , et on forme une maille dy fig. 24 ) qui a deux branches fort inégales , attendu que , partant du nœud qui est au-dessus de l'accrue et ayant enveloppé le moule, le fil remonte et forme la branche courte qui va s'attacher par un nœud audessous de l'accrue c. Sans changer la position du moule, on procède à une autre maille e, qui va s'attacher au bas de la maille b du second rang; et , le moule restant toujours dans la même position , on fait ensuite une accrue /; au-delà on voit le bout du fil qui doit former les mailles suivantes.
Ayant retiré le moule de ces mailles, on retourne le filet, et pour former les mailles du quatrième rang, on pose le moule sous l'accrue /,j^g^. 25; on y fait une maille g' à branches inégales, plus une seconde h, une troisième /, et une accrue k.
On continue de faire les mailles dans le même ordre, terminant toutes les rangées par une accrue sur la droite ; ce qui augmente d'une maille la largeur du filet. Quand on est pervenu à la moitié de la largeur que le filet doit avoir , au lieu d'augmenter la largeur du filet il faut la diminuer; ce qu'on fait en comprenant, à la fin de chaque rangée, deux mailles dans un même nœud. Lorsqu'on aura fait en rétrécissant autant de rangées qu'on en avait fait en élargissant , le filet sera réduit à une maille, qui sera à un angle opposé à celui de la première maille, par laquelle on avait commencé le filet, et qui est accrochée dans le clou.
Jusqu'à présent cette pièce de filet {fig- 26, PL 22) , qui doit être carrée, a une forme losange, et les mailles qui doivent être carrées ont aussi cette même forme; mais quand on le tendra par ses angles , de sorte que les côtés c b et a d soient parallèles à l'horizon , et que les cAtés c a et b d soient perpendiculaires , la pièce entière et les mailles auront la forme carrée qu'on désire.
En jetant les yeux sur les fig. 23 , 24 ^t 2.5 de la PL 22 , on aperçoit des mailles ovales de figure fort irrcgulière et mal disposées les tines à l'égard des autres. Les anses ou mailles J,^ sont très-longues.
FIL
et forment des branches d'inégale longueur; d'autres, telles que ehi, ont leurs attaches au bas de deux mailles différentes, pendant que les deux branches des accrues c fh répondent au bas d'une maille où aboutit déjà une branche des autres mailles be i. On aura peine à concevoir que d'un tas de mailles de forme si irrégulière et bizarrement arrangées les unes à l'égard des autres , il puisse résulter un filet Jig. 26) composé de mailles en losange d'une forme régulière.
A l'égard de la forme ovale des mailles représentées dans \esfig. 23, 24 ^t 25, elle dépend de ce que ces mailles ont été dessinées comme elles se montrent au sortir de dessus le moule 5 et de même que les mailles de lay%. 8 ne prennent la forme de losange qu'elles doivent avoir , que quand on les a assujetties par les mailles qu'on a faites au-dessous, celles des^^. 2.0 , 24 et 26 prendront aussi naturellement la forme qu'elles ont dans la 7^. 26. Il n'a pas été possible de les représenter d'une façon plus avantageuse , parce que tant qu'on travaille ce filet on n'aperçoit aucune maille ; tous les fils, rapprochés les uns des autres , n'offrent qu'un faisceau l ^g' 27 ) ; mais , afin de donner une idée de la forme et de l'attache des mailles , on les a représentées dans les^^. 23, 24 et 2.5 un peu ouvertes, et à-peu-près comme elles sont lorsqu'elles sortent de dessus le moule.
A l'égard des mailles longues d g, ainsi que les accrues c^f, k^ elles ne paraissent pas dans le filet Jîg. 26; elles restent fermées au bord du filet, où elles forment une bordure ou espèce d'enlarmure en a cet en b c Les mailles que l'on réunit à un seul nœud , pour diminuer la largeur du filet , font une bordure à-peu-près pareille en a delQn b d.
Comment on fait un filet à mailles carrées qui soit plus long que large.
On est souvent dans le cas de faire à mailles carrées des filets qui ont beaucoup plus de longueur que de largeur. Pour y parvenir, on prend d'abord avec une ficelle la mesure de la longueur et de la largeur qu'on se propose de donner au hamau qu'on va travailler. Il est clair que la partie ahd, fig, 29, PI. 22, est égale à la partie acd, ou que la ligne a b est égale à la largeur a c du filet , puisque si l'on plie le filet par la ligne ad, le point c se portera sur b.
Il faut commencer par former la première maille en a , et continuer à former les mailles comme on l'a dit , jetant une accrue du côté de la droite à toutes les rangées, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à la ligne b , d: alors , pour faire la partie a, c, d^J] on continuera à jeter des accrues à toutes les rangées du côté de la droite; mais aussi à toutes ces rangées on rassemblera dans un même nœud deux mailles du côté de la gauche, c'est-à-dire qu'au bout de chaque rangée de mailles, du côté d,/"^ on jettera une accrue, et à l'autre bout a , e on réunira deux mailles dans un même nœud.
On continuera ainsi jusqu'à ce qu'on soit parvenu i ef: alors, pour terminer le filet en pointe, on ne jettera plus d'accrue, mais on continuera à prendre à toutes les rangées deux mailles dans un même
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nœud , jusqu'à ce que le filet soit réduit à n'avoir plus qu'une maille en g, et cette maille le terminera comme elle a été commencée par la maille c. Quand ce filet sera tendu , il sera carré long , et ses mailles carrées.
Manière défaire un trémail , tramail (1) ou filet
contre- maillé. \
Nous avons déjà dit quelque chose des filets contre-mailles, qu'on appelle trémails ou tramails , et souvent parmi les pêcheurs tramaux ^ il nous reste l à exposer la manière de les faire. \
Cette espèce de filet {fg- 3 et 4? P^- 22) est formé de trois rets posés les uns devant les autres : les deux rets extérieurs, qui sont à grandes mailles, se nomment les aumées ou hamaux ^ et celui qui est renfermé entre deux s'appelle la nappe , la toile ou \a.flue.
On fait souvent les aumées en mailles carrées {fg. 4)5 cependant on peut, sans beaucoup d'inconvéniens, les faire en mailles à losange, comme dans la fg, 3, et quantité de mailleurs suivent cet usage. Comme il faut que ces aumées soient fortes, on y emploie de la ficelle faite de quatre fils forts et bien travaillés. On doit choisir de la ficelle plus grosse pour les grands filets que pour les petits ; mais il est toujours important qu'elle soit faite de bon fil bien fort. Les mailles des aumées sont toujours grandes, et on en voit qui ont depuis 6 pouces en carré jusqu'à presque un pied. Il faut qu'elles soient assez grandes pour que les poissons qu'on se propose de prendre puissent passer à travers; car ce ne sont point les aumées qui doivent les arrêter , mais la flue , qui doit prêter à l'action du poisson , et faire une bourse dans laquelle le poisson se trouve embarrassé. Les aumées servent à soutenir la flue , et elles se font mieux quand leurs mailles sont moins ouvertes, que lorsqu'elles ont beaucoup d'ouverture. La toile ou la flue se fait toujours en mailles à losanges, qui ont depuis un pouce jusqu'à 2 pouces et demi d'ouverture, avec du fil retors en deux, qu'on choisit plus ou moins fin , suivant l'espèce de pêche qu'on se propose de faire.
Ce rets doit avoir deux fois ou deux fois et demie l'étendue des aumées , afin qu'il soit toujours flottant entre elles , et qu'il puisse aisément faire les bourses où le poisson s'engage.
Nous ne dii-ons rien sur la façon de mailler ces deux sortes de rets , parce que nous n'aurions rien à ajouter à ce que nous avons dit plus haut ; mais , supposant ces trois rets maillés , il faut expliquer comment on doit les monter pour faire le filet qu'on nomme tramail.
On s'établit dans une grande place bien unie et nette de feuilles, de brins de bois , de pierres et de grandes herbes ; on étend une des aumées, et on l'attache bien tendue par les quatre coins, au moyen de piquets qu'on passe dans les boucles des angles ; ensuite on passe dans le dernier rang de mailles de la flue, en suivant tout son pourtour, une ficelle bien travaillée et qui n'ait point de nœuds.
On attache cette ficelle, ainsi que les angles de la
(i) En allemand, (Ireymaschic^les t^ar/i.
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flue, aux rnêines piquets où l'oji a attaché précédemment l'aumée; les ficelles doivent être bien tendues , mais la Hue ne l'est pas beaucoup , étant plus grande que l'auniée. Ainsi, en conduisant la corde de la flue avec les bords de l'auniée dans les mains, pour que cette corde et le bord se suivent exactement, on attache la corde aux mêmes piquets qu'on a passés dans les anses qui sont au coin de l'aumée.
Comme la flue est beaucoup plus étendue en tous sens que l'aumée , il faut lui faire faire des plis sur sa corde , de façon cependant qu'ils soient répartis le plus régulièrement qu'il est possible, afin qu'elle fronce et fasse poche assez uniformément dans toute l'étendue du filet.
Tout étant ainsi disposé, on met par-dessus la Hue la seconde aumée, et on la tend, comme la première, par les boules des angles qu'on passe dans les mêmes piquets.
Les trois rets étant ainsi placés bien régulièrement les uns sur les autres, pour empêcher qu'ils ne se dérangent on forme quelques révolutions d'un fil retors , qui comprend les bords des deux aumées et la corde de la flue , et on fait un nœud à chaque endroit où l'on rencpntre les mailles des aumées , comme on le voit en d d ,Jig. 4 ; il faut encore, environ de 3 en 3 pieds, dans toute l'étendue du filet, auprès des angles des aumées , lier les deux aumées l'une avec l'autre par un fil retors, afin de maintenir la flue en état , et empêcher que , quand on tendra verticalement le tramail, la flue ne se porte toute d'un côté : alors le tramail est en état de servir 5 il ne s'agit plus que de le fortifier en le bordant avec une corde grosse comme le doigt, ainsi que nous l'avons expliqué à l'occasion des^^-. 3i et 32. Cependant il est encore fréquemment nécessaii-e de garnir de flottes de liège le tramail et de le plomber ; ce que nous détaillerons dans la suite.
Comment on fait les filets ronds, soit cylindriques, soit coniques.
Il s'agit ici des filets qui, étant tendus, ont une forme arrondie sur leur longueur : dans les uns , cette forme répond à celle du corps d'un bluteau ou d'une barrique : nous les nommons cylindriques. Ceux que nous appelons coniques ont plus de diamètre par un bout que par l'autre : de ce genre est le verveux ( ^g. 6) , et la suite de cet article offrira plusieurs espèces de l'un et de l'autre genre de filets ronds.
On se rappellera qu'en faisaxit un filet en nappe, il faut, à chaque rangée de mailles, retourner le filet, pour former une autre rangée en revenant sur ses pas. Toutcela a été expliqué à l'occasion de Xsifig. 8^ PL 22. Pour faire un filet rond, il faut joindre les mailles 12 et 1 de cette figure par une maille intermédiaire 5 qui doit former la première du second rang. Il est évident que cela ne pourrait pas s'exécuter, si on avait fait la levure sur la corde tendue a byfig. B; mais la réunion devient possible c[uand on a fait la levure eu paquet dans une anse de corde {fig. 7) : c'est aussi ce que font les mailleurs.
Pour rendre cette opération plus sensible , sup- ])Osons ([u'on ait fait la levure sur la circonférence d'un cerceau {fig. i3), et que la première maille
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soit b : quand on aura parcouru toute la circonférence du cerceau , la dernière maille de cette rangée sera a,* il s'agira de joindre les deux mailles a et b , ce qu'on fera par une maille intermédiaire , laquelle doit commencer la seconde rangée, qu'on poursuivra en tournant toujours de la gauche vers la droite. Le fil , après avoir formé le nœud qui réunit par en haut les mailles a, b , descend entre elles pour contourner à l'ordinaire le moule placé sous la maille h, et y faire un nœud en e, d'où résulte une maille allongée , qui , tenant à la maille b par le haut et par le nœud e , reste pendante en X:, jusqu'au moment où , après avoir attaché la dernière maille du second rang au bas de la maille a , on forme avec le fil sur le moule u.-'e nouvelle maille, laquelle aura son attache en k, et ainsi rendra cet endroit anguleux 5 après quoi, le fil, descendant du nœud ^, et allant s'attacher en c , produira ime autre maille qui commencera le troisième rang. On continuera ainsi de c en y, ^ et c, etc., au moyen du fil h. Cet embranchement d'une rangée à l'autre ne produit aucune difformité.
Il est évident que les filets cylindriques peuvent être commencés indifféremment par un bout ou par un autre, puisque les deux bouts sont semblables.
On est maître aussi de commencer les filets coniques par le bout qu'on veut; car, si l'on commence par le bout étroit, on élargit le filet au moyen des accrues; et si l'on commence par le bout le plus large, on rétrécit le filet en joignant deux mailles dans un même nœud : ordinairement on commence par le bout étroit , et l'on jette des accrues.
Manière de travailler un filet rond qui ait une ou plusieurs entrées semblables à celle d'un verveux , et que quelques-uns nomment des goulets.
Je prends pour exemple le verveux {fig. 6^ PI. 22), qui a dans son intérieur une entrée ou goulet.
Il faut commencer le filet en rond , comme il a été expliqué à l'article précédent, et le poursuivre de même jusqu'à ce qu'on soit parvenu à l'endroit où l'on veut commencer le goulet: alors, comme il faut faire deux filets distincts, un pour le corps du filet, l'autre pour le gouletj ou plutôt comme il faut, à l'endroit où doit commencer le goulet, détacher un filet dans l'intérieur de celui qui forme le corps du verveux , cela se fait aisément et d'une façon très-ingénieuse, au moyen des mailles doubles, pareilles à celles représentées au bas du aietffig. 1 I , de la même planche 5 on travaille donc le filet tout en rond et en mailles simples, jusqu'à ce qu'on soit parvenu à l'endroit /// n,fig. 6 , où doit commencer l'ouvertui'e du goulet ; alors on charge une aiguillp avec deux fils qu'on prend sur deux pelotons, et l'on fait avec cette aiguille un rang de mailles qui se trouvent doubles, comme on le voit a la rangée a b ,fig. 1 1 5 où, pour mieux distinguer ces deux mailles, on a représenté l'une par un trait plein, l'autre par une ligne ponctuée.
Lorsque cette rangée sera faite, on coupera les deux fils, et on recommencera à travailler avec une aiguille chargée d'un fil simple; mais à chaque maillt
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il faudra avoir l'attention de ne prendre qu'un des deux lils de la maille double: par exemple , celui qui est marqué d'un trait plein , si c'est pour le corps du filet, réservant pour le goulet le fil ou la maille ponctuée; c'est-à-dire qu'il fiiudra, à chaque maille double , ne prendre qu'un iil pour former le corps du filet , et réserver l'autre pour la tête du goulet, qu'on fera ensuite. Arrivé à l'endroit fg^ on fera de la même manière une autre rangée de mailles doubles.
Si l'on veut ménager dans l'intérieur du filet plusieurs goulets les uns au-dessus des autres, comme cela se pratique quelquefois, il faudra faire autant de rangées de mailles doubles qu'il y aura de goulets (i).
Après avoir donné au verveux la grandeur convenable, en ayant soin de rétrécir sa grosseur pour qu'il ait une forme conique, on achève les goulets^ que l'on continue sur le second rang de mailles doubles, dont un des fils a été employé au corps du verveux , que l'on ferme alors par une pointe /ez; on forme en e une anse de corde e , laquelle tient tendues des lignes assez fines , qui communiquent avec la pointe du second goulet : les fils qui maintiennent le premier goulet sont assujettis au cerceau p g- Dans l'endroit mn^ on passe entre les mailles une baguette menue et pliante , dont on fait un cerceau qu^on nomme trouelle (2) 5 elle sert à tenir le verveux ouvert. Quelquefois on en met une petite dans le goulet, et il y en a d'autres en différens endroits de la longueur du verveux, comme on le voit en cd, pg, Iz.
Comme les endroits où sont les trouelles fatiguent plus que le reste du filet, on y fait deux rangs de mailles doubles, entre lesquelles on passe les baguettes qui doivent former les trouelles.
Voilà le verveux fini j cependant, pour engager le poisson à entrer dans le goulet , on fait en grandes mailles, au-devant de son embouchure, un évasement qu'on nomme la coiffe^ et que l'on soutient par une portion de cercle que les pêcheurs appellent V archet. Les deux bouts 5^ sont tenus écartés pour faire une ouverture convenable par une corde tendue de s en ?, laquelle est lacée dans les mailles du bord d'en bas de la coiffe depuis le bord du verveux jusqu^à l'archet.
Kaccommodage des filets.
Bien des gens qui savent faire des filets ignorent la manière de les raccommoder 5 cependant il est plus important aux pêcheurs de raccommoder (3),
(i) Dans le >'ord , on ménage deux goulets, dont Je second a des mailles plus étroites, afin que si le poisson échappe aux premières mailles, il soit arrêté par les secondes. M. Schreiber assure qu'en 1760 un pèclicur saxon prit deux loutres dans im filet de celte forme : elles étaient mortes avant qu'on les tirât de l'eau 5 ce qui prouve que ces animaux ne peuvent pas vivre long -temps au fond de l'eau.
(2) En allemand, bie^el. On les fait d'épine blanche ou noire.
igne de qeux qm
pêcheurs. On coupe les mailles d'un filet neuf, dans un es-
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radouber ou ramender par eux-mêmes leurs filets, que de savoir en faire de neufs, puisque l'entretien des filets en prolonge la durée de plus de moitié. Un filet qui a quelques mailles rompues aura bientôt un grand trou, si on ne le raccommode pas au plus t(it.
Pour expliquer le plus clairement possible comment on doit raccommoder un filet, nous supposerons qu'il y a un trou au point où les mailles sont ponctuées {Jig' 2, PL 23); il faut commencer, comme disent les rhabilleurs, par couper le filet; c'est-à-dire qu'il faut augmenter le trou non-seulement en coupant ou retranchant tout ce qui est endotnmagé, mais de plus en entamant sur ce qui ne Fest pas: de fiicon que toute la circonférence du trou soit terminée par des angles de mailles, à la pointe desquels on ménage le nœud qui retient la maille du vieux filet, ainsi que l'indique Xa. Jîg. 2. On y conserve tant soit peu des branches qui en sortent pour former une autre maille.
Il est évident que cet endroit ne peut être bien rétabli sans que les mailles qu'on formera ressemblent, le plus parfaitement qu'il sera possible, à celles qui ont été déchirées ou coupées.
Supposons que l'on commence à droite, on arrête d'abord le fil au point a,fîg. 1 , au-dessus du nœud de Fune des mailles qu'on a coupées; ensuite on fait la maille ah, puis la seconde bc, puis la troisième c d.
A tous les angles abcd^ il y a pour lors deux nœuds, dont l'un est celui qui formait la maille du vieux filet, et par-dessus est celui qu'on a fait pour la nouvelle maille : cela doit être de même à tous les angles de celles qui aboutissent à la circonférence du trou. Il n'en sera pas ainsi pour les mailles qu'on formera au milieu ; celles-ci n'auront qu'un nœud comme les mailles ordinaires de tous les filets.
Toutes les mailles qu'on vient de faire abbccd sont rondes dans \a. Jig. 1 ; mais , après ce qui a été dit précédemment, on doit concevoir que, cjuand on aura fait au-dessous un autre rang de mailles, ces premières deviendront anguleuses , comme l'indiquent les lignes ponctuées.
On gagne le niveau du second rang de mailles en partant de d et descendant en /; pour cela, on fait une simple jambe, qui vient de d en /; ensuite revenant sur ses pas, ou de la gauche à la droite, parce qu'on ne peut pas retourner le filet, on fait la maille ep^ puis la maille n , la maille /, enfin la jambe /, comme a fait la jambe d.
Si le trou avait beaucoup de largeiir, on ferait im troisième rang de mailles de droite à gauche , puis une jambe , un quatrième rang de mailles de la gauche à la droite, et ainsi toujours alternativement, jusqu'à ce c|ue toute l'étendue du trou fut remplie de mailles. Dans l'un et l'autre cas, il s'agit de fermer ensuite le trou par en bas, et d'y joindre les nouvelles mailles qu'on vient de faire avec celles du vieux filet. Pour sela, on fait une jambe en l'k en descendant, puis une autre f:m en montant, qui
pace à-peu -près de la grandeur de la main, et on le remet au candidat, qui doit rétablir le tout de manière que l'on n'aperçoive pas l'endroit où il y a eu du dommage.
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s'attache au milieu d'une ancienne maille, et on continue à joindre les nouvelles mailles aux anciennes par des jambes semblables. Le trou qui était au filet se trouve ainsi fermé par des mailles régulières qu'indiquent les lignes ponctuées.
Il est sensible que, s'il ne manquait à un filet qu'un brin qui fût rompu, on le rétablirait en remplaçant le fil par une jambe. S'il y avait deux fils rompus, ce petit accident se rétablirait encore en faisant une jambe, puis une autre. Ces exemples .suffisent pour faire apercevoir qu'il n'est pas toujours nécessaire de couper le filet et d'augmenter le trou, comme on l'a dit plus haut. Quelques mailleurs , qui trouvent de la difficulté à bien couper d'abord le filet, commencent par former des mailles ; et à mesure qu'ils sentent avoir besoin d'un nœud pour former les autres mailles , ils coupent du filet ce qui les embarrasse.
Comme ou ne se sert point de moule pour rhabiller, on fait tous les nœuds sur le pouce 5 et afin que les mailles soient d'une égale grandeur, on passe deux doigts de la main gauche dans les mailles (jui sont faites , et le doigt du milieu dans celle qu'on fait actuellement, appuyant avec les doigts dans l'intérieur des mailles. Celle qu'on fait devient de la grandeur des autres quand les trois doigts forment une ligne droite et horizontale, et pour peu qu'on soit habitué à ce travail, toutes les mailles sont régulier*.
Voilà en gros la marche qu^on doit suivre pour rhabiller les filets.
Nous avons dit qu'il fallait commencer jjar arrêter le fil en a ,Jig. 1. Quelques-uns y font un nœud simple et ensuite celui qui forme la maille; mais d'autres, y^. 3, passent l'extrémité de la ficelle ou du fil entre les deux branches cd^ par-dessus le nœud a du vieux filet. Cette extrémité de la ficelle ou du fil serait en b. On saisit entre le pouce et l'index les deux branches de et le nœud «; puis on fait avec le fil e un nœud sur le pouce, comme nous l'avons expliqué. L'extrémité du fil est alors arrêtée en a : pour former la maille , on porte le fil e au nœud h ; on le passe par-dessous le fil c et par-dessus le fil suivant.
Comme on n'emploie point de moule pour régler l'ouverture des mailles , on passe les deux derniers doigts de la main gauche dans les anciennes mailles, et le doigt du milieu dans l'anse p , on l'appuie suffisamment pour donner à la maille une ouverture convenable. Alors, sans déplacerle doigt du milieu, on pince avec le pouce et l'index de la même main le nœud du vieux filet et Pextrémité des branches; on fait le nœud sur le pouce; et afin qu'il se place immédiatement au-dessus du nœud du vieux filet, il faut toujours tenir bien ferme le nœud et l'extrémité des deux branches, jusqu'à ce que le nœud soit tout-à-fait serré.
Comment on garnit de lest et de flottes les bords des
Jilets.
On a expliqué précédemment comment on borde et on enlarme les filets; mais dans quantités d'occasions il faut faire en sorte que les filets se tiennent verticalement dans l'eau. On produit cet effet en
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attachant des corps légers au bord du filet qu'on veut fixer en haut, et des corps pesans au bord qui doit être en bas. Les corps , plus légers que le volume d'eau qu'ils déplacent, tirant le filet vers la surface de l'eau , tandis que les coi-ps pesans ou le lest les tirent vers le fond, on se procure deux forces contraires qui agissent pour maintenir le plan du filet dans une position verticale.
Comment on garnit de corps légers ou de flottes le bord du fllet qui doit tendre vers la surface de l'eau.
Quand les filets sont imbibés d'eau , ils tombent en paquet au fond ; pour qu'ils se tiennent dans l'eau verticalement, il faut garnir le bord qui doit tendre vers la surface de l'eau , avec des corps spécifiquement plus légers que le fluide : c'est ce qu'on appelle àas flottes (1).
Quand il s'agit de soutenir des filets très-pesans, on se sert de barils exactement fermés, pour que l'eau n'y puisse entrer. Quelquefois des raisons d'économie engagent les pêcheurs à former leurs flottes avec de petits faisceaux de roseaux bien secs; mais, communément on les emploie pour former des bouées ou des signaux.
Assez souvent les pêcheurs forment leurs flottes avec de petites planches de bois fort léger et trèssec , du sapin , du tremble , du tilleul , etc.
Mais le mieux est de former les flottes avec du liège. Cette substance a l'avantage d'être beaucoup plus légère que le volume d'eau qu'elle déplace, sur-tout quand le liège est de bonne qualité, souple sous les doigts, et qu'il n'a point de grands pores, comme sont les mauvais lièges durs et ligneux (2).
Un autre avantage du liège est de se pénétrer bien plus difficilement d'eau que toutes sortes d'espèces de bois; ce qui fait qu'il conserve très-longtemps sa légèreté étant submergé. Ces propriétés fout qu'on l'emploie préférablement à toute autre matière, pour former ce qu'on nomme las flottes.
On suit différentes méthodes pour attacher les corps légers à la corde, 7?^. 3o, PI. 22, qui borde le haut du filet. Quelquefois on perce les petites planches ou les tables de liège, et réunissant les deux bouts de la petite corde qui traverse le liège, conjme en d , on la lie à la corde du filet; ou bien, ayant taillé les lièges en rond comme en a ou en carré, comme en t, on les perce d'un trou, dans lequel l'on fait passer la corde, et on assujettit ces flottes entre deux nœuds.
Mais le mieux est d'embrasser la corde par deux morceaux de liège , qui , étant réunis par un enlacement de bitord , forment comme des boutons eu olive e.
De quelque façon qu'on attache les flottes à la corde qui borde le haut du filet , il convient de proportionner le volume et le nombre des flottes à l'étendue et à la pesanteur du filet; car il faut beau-
(i) En iilloniand , //«'.çii?//.
(•;-,) Le liège est fort l)on sans doute, mais il est cher presque par-tont. En Allemaf^ne, on a trouve qne IV-eorcc de.s vieux peupliers fait précisément le même effet, et elle ne coûte rien.
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coup plus (le flottes pour soutenir un grand filet à mailles serrées et fait de ficelle , que celui qui serait fait d\m fil fort délie, dont les mailles seraient grandes et qui aurait peu de chute.
Comment on garnit de lest le bord inférieur d'un
Jilet.
Il est évident que, si l'on ne chargeait pas de quelques corps pesans le bas d'un filet dont le haut serait garni de flottes, les flottes l'entraîneraient vers la surface de l'eau , et la moindre agitation du iluide empêcherait qu'il'ne se tînt dans une position verticale (i). Il faut donc, pour que le filet soit bien tendu , en lester le bas, ou le charger de quelques poids qui tendent à l'entraîner vers le fond de l'eau. On forme quelquefois ce lest (2) avec des cailloux qu'on amarre; mais communément le lest qu'on met au bas des filets se fait avec du plomb j c'est ce qu'on appelle la plombée. Les pêcheurs suivent différentes méthodes pour former cette plombée. Pour de petits filets légers, des balles de plomb percées comme des grains de chapelet sont suffisantes (V. la Jîg. 11 y VI. 22) ; mais pour de grands filets, qu'il faut beaucoup charger de lest, on se sert de tuyaux de plomb semblables à celui de la^g'. 20, dans lesquels on enfile la corde. Pour faire ces tuyaux, on a un moule formé de deux pierres qui s'ajustent exactement l'une sur l'autre 5 chacune de ces pierres est creusée d'une gouttière, et étant jointes l'une à l'autre, elles forment un cylindre, dans l'axe duquel on place une broche de fer qui est un peu plus grosse d'un bout cjue de l'autre, pour cpi'on puisse la retirer plus aisément du cylindre de plomb qu'on aura fondu. On coule du plomb fondu dans ce moule ainsi ajusté, et quand on a retiré la broche de fer, on a un petit tuyau semblable à \a.^g. 20. En enfilant une corde dans ces tuyaux, on forme la plombée. Plus communément on a de petites plaques de plomb, y^. 2], cpi'on creuse en gouttière bb dans le milieu pour y loger la corde, sur laquelle on roule le plomb à petits coups de marteau; et pour assujettir encore mieux les plaques de plomb, on rabat les languettes a a sur la corde. Enfin on peut se contenter d'envelopper la corde avec une bande de plomb, et l'assujettir à petits coups de marteau, comme on fait un ferret au bout d'un lacet.
Quelque méthode qu'on suive pour attacher le plomb à la corde , il faut proportionner le poids du lest à la grandeur du filet et à l'usage qu'on en veut faire. Quelquefois, par exemple , il convient que le filet se tienne entre deux eaux (3) : alors il ne faut que peu de lest, et seulement ce qui convient pour tenir le filet tendu. Si l'on mettait trop de lest, il
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(i) On charge aussi les filets pour empêcher que les grands poissons ne les soulèvent pour s'e'chapper. Les poissons d'étangs, qui ont e'te' souvent dans ce cas, savent faire cette manœuvre, et elle leur réussit lorsque le filet n'est pas assez chargé pour pénétrer dans l'eau.
(2) Le mot technique, en allemand, c'est das gesenke. Les pêcheurs des provinces septentrionales d'Allemagne ne se servent jamais de cailloux, que l'on a beaucoup de peine à attacher solidement; mais ils ont des anneaux de fer, qui sont plus durables.
(8) Dans les eaux courantes, il doit aller au fond.
entraînerait le filet au de fond l'eau , ou bien il faudrait augmenter beaiicoup la flottée; au contraire, si l'on veut que le filet se porte au fond de l'eau, il faut fortifier la plombée , et ne mettre de flottes que ce qu'il eu faut pour soutenir verticalement le filet.
Du tannage et de la conservation des filets.
Il est probable que le tan n'agit pas sur les filamens des végétaux comme sur les fibres de toutes les espèces qui composent la peau des animaux. Cependant c'est une chose reconnue cjue les cordes, les filets et les toiles qui sont exposés à l'eau durent plus long-temps quand ils ont été tannés que ceux qui n'ont pas reçu cette préparation. Si l'expérience journalière des pêcheurs ne les en avait pas persuadés , ils s'épargneraient une opération qui leur est pénible, et qui leur occasionne une dépense considérable; mais, pour qu'elle produise le bon effet qu'on en attend , il faut la faire avec des soins et des attentions qui sont indispensablement nécessaires, et que l'on va détailler dans cet article.
Le tan est fait avec des écorces de jeunes branches d'arbres desséchées et réduites en poudre. La bruyère, erica (i)- le fiistet , cotinus coriaria (2); les sumacs, r/iw5, de plusieurs espèces ; l'aune , a/««.J (3) ; le noyer, nux j le saule, salix (4), sont employés à cet usage; mais aucune écorce n'est autant estimée que celle du jeune chêne. Pour faire le meilleur tan, on enlève, durant la saison de la sève, vers la fin d'avril ou au commencement de mai , l'écorce claire et vive des jeunes chênes cjui sont vigoureux; car les écorces brunes, gercées, et chargées de lichen ne fournissent qu'un tan de médiocre qualité (5).
Quand ces arbres sont en pleine sève, et que leur écorce se détache aisément du bois, on fait, avec une serpe , au bas du tronc et ensuite immédiatement sous les branches, une entaille circulaire, qui coupe l'écorce, et qui s'étend jusqu'au bois. On joint ensuite les deux entailles par une autre coupe longitudinale, qui s'étend depuis l'entaille du haut jusqu'à celle du bas; et en introduisant entre l'écorce et le bois un coin fait de ([uelque bois dur ou d'un gros os, on enlève toute l'écorce, qui, à mesure Cju'elle se détache, se roule sur elle-même, et ressemble assez à des bâtons de cotterets. On abat sur-lechamp les arbres écorces pour en faire cette espèce de bois qu'on nomme pelard ; et quand les écorces se sont desséchées à un certain point, on en forme des bottes qu'on peut conserver long-temps à couvert de la pluie , sans crainte que le tan perde de sa qualité.
Pour disposer ces écorces à être employées en
tan, il faut les réduire en poudre assez fine. Quelques pêcheurs qui tannent eux-mêmes leurs filels, se contentent de battre ces écorces avec des fléaux; mais ils n'en tirent qu'un parti médiocre : ils per-
i) En allemand, heide.
2) En allemand, geberstraiich .
(3) En allemand , die erle.
'4') En allemand , die -weide.
5) Les naturalistes reconnaissent pour lichen les plantes parasites qui subsistent aux dépens de l'écorce, et (ju'on nomme vulgairement mousses, etc.
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dent ainsi beaucoup de poussière fine qui s'évapore, et le reste est pulvérisé trop grossièrement. Le mieux est de les porter à des moulins. Il y en a de deux sortes : les uns sont de grosses meules verticales, comme celles dont on se sert pour faire le cidre et pour broyer les graines et amandes qui fournissent de l'huile. Après avoir rompu grossièrement les écorces sur une pièce de bois qui forme comme un tranchant, on les met sous la meule, qu'on fait tourner , et qui écrase assez bien l'écorce sans qu'il s'évapore beaucoup de poussière.
L'autre moulin, qui est le meilleur, quoiqu'il cause un peu plus d'évaporation , est formé d'un nombre de pilons qui retombent dans une grande auge , où l'on met les écorces grossièrement rompues. Quand les écorces ont été assez bien pulvérisées , on les passe par une espèce de crible qui est fait avec du fil d'archal, et qu'on établit sur un grand cuvier. Ce qui passe par le crible est mis dans des tonnes et vendu aux tanneurs; ce qui est resté sur le crible repasse au moulin.
Le tan des autres écorces dont nous avons parlé imprime aux filets une couleur quelquefois plus satisfaisante que celle du tan de chêne. Ces tans produisent en général un bon effet, mais jamais aussi avantageux que le tan du jeune chêne ; au moins estce le sentiment des pêcheurs. Cependant il conviendrait peut-être d'en faire des épreuves avec soin 5 car on a vu des cuirs qui paraissaient assez bien préparés , quoiqu'on eût substitué de la bruyère réduite en poudre au tan de chêne.
Il y a des pêcheurs qui tannent eux-mêmes leurs filets ; mais comme aucuns n'ont de chaudières assez grandes pour cette opération, ils en louent pour deux fois 24 heures, ou plus de temps, de ceux qui ont des tanneries en règle, et dont nous allons parler.
Les tanneries sont ordinairement voûtées et établies au rez-de-chaussee , où sont montées trois "randes chaudières sur des massifs de maçonnerie qui excèdent la hauteur des chaudières, de même que le sont celles des brasseurs. Les fourneaux sont sous les chaudières, et ils s'allument par des bouches qui répondent à un caveau construit derrière et plus bas que les chaudières. Les tanneurs ont des chaudières de diftérentes grandeurs , pour se servir des unes ou des autres , suivant la quantité de filets qu'ils ont à préparer.
Pour faire une bonne tannée, on met ordinairement deux parties et demie d'eau sur une de tan , ou cinq parties d'eau sur deux de tan , c'est-à-dire deux barils et demi d'eau sur un de tan ; et les barils de tan se mesurent comble. Ainsi , dans une chaudière qui tient trente barils d'eau , on met douze barils de tan.
Quand on a jeté l'eau et le tan dans la chaudière , on allume le feu du fourneau, qui est dessous. Comme il faut beaucoup d'eau, on la tire avec une pompe , et on la conduit dans les chaudières par des dalles en gouttières.
Les chaudières sont ordinairement 5 à 6 heures , depuis que le feu est allumé, sans commencer à bouillir, quoique l'on ait soin de les couvrir avec des planches pour augmenter la chaleur.
Quand le bouillon commence à se former, le tan
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se gonfle et s'élève avec tant de force , qu'un seul bouillon pourrait en faire perdre un ou deux barils, qui contiennent chacun environ i3o pintes, mesure de Paris. Pour prévenir cet accident, les tanneurs tirent, avec des espèces de cuillers ,^^. 23, PL 23, une partie de la liqueur, qu'ils mettent dans des tonnes, ^^. 20, et ils soutiennent le bouillon pendant 14, 16 ou 18 heures. A mesure que la tannée diminue . ils remettent dans la chaudière celle qu'ils ont déposée dans les tonnes.
Après c£ue l'eau a bien tiré la substance du tan, et que le tanneur juge que.sa tannée est bien faite, il retire avec un lanet, fig, 22, tout le tan qui est dans la chaudière. L'ouvrier qui est occupé à ce travail met ce tan dans une manne, Jig. 21. Quand elle est pleine , il la transporte sur la tonne , pour ne pas perdre la liqueur , qui est la partie précieuse. Pendant cette opération, on continue toujours le feu sous la chaudière , afin d'entretenir la tannée bouillante, jusqu'à ce qu'on y plonge les filets : ce qu'on juge nécessaire pour qu'ils se pénètrent bien de cette tannée.
On place dans le fond les filets neufs, et les autres par-dessus, jusqu'à enfaîter les filets les uns sur les autres j mais le tanneur a soin de former, sur le devant de la chaudière, une cloison de planches, pour pouvoir puiser continuellement de la tannée , qu'il verse sur les filets; ce qu'il coritinue jusqu'à ce que toute la tannée soit consommée.
On tanne différemment les cordages. Quand la tannée a bouilli quelques heures , ou met, avec une gaffe, j^. 24? les pièces de cordages roulées dans la chaudière, où on les tient une couple d'heures dans la tannée bouillante. On les tire ensuite avec la gaffe pour en mettre d'autres à leur place ; ce que l'on continue jusqu'à ce que la tannée soit épuisée. On passe aussi les cordages dans le goudron , et cela peut se faire de différentes manières; mais ceci étant du ressort du cordier , nous nous dispenserons d'entrer dans d'autres détails.
On peut faire bouillir dans de nouvelle eau le tan qu'on a retiré de la chaudière , et qu'on a mis égoutter dans des mannes sur des futailles. Cette seconde tannée peut servir à donner une petite impression de tan aux filets et aux cordages neufs cpi'on se propose de tanner j ce qu'on nomme débouillir. On se sert encore de cette faible tannée pour redonner une impression de tan aux filets précédemment tannés, et qui ont blanchi par le service. Enfin ces faibles tannées , qu'on fortifie quelquefois avec du tan neuf, servent à tanner de la toile pour les voiles.
On étend et l'on fait sécher les filets , les cordes et les toiles qui ont été tannés. Il est important de les garantir de la pluie , jusqu'à ce qu'ils soient secs , et encore plus de la gelée, qui les endommagerait beaucoup; mais heureusement on peutles conserverlongtemps en tas, lorsqu'ils sont imbibés de tan, sans craindre qu'ils s'échauffent et qu'ils se corrompent. On assure même que des filets bien taïuiés ont resté des temps considérables , comme six mois , au fond de la mer, sans avoir été beaucoup endommagés.
Les instrumens dont se servent les tanneurs sont
des cuves de cuivre, fig. 18, PL 23, des barils
fig. 19, pour contenir le tan en poudre, lesquels
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doivent contenir environ 128 ou i3o pintes, raesuro de Paris; des tonnes, y7^. 20, qu'ils nomment gonnes^ pour y mettre l'eau qu'on retire des chaudières ; les mannes,//^. 21 , pourégoutter le tan qu'on tire des chaudières; des lanets, Jig. 22, qui sont des filets de ficelle montés sur un cercle de fer, où est soudée une douille qui reçoit un manche de bois ; un pucheux ou puiseux,yAo-. 20 , qui tient 5 à 6 pintes d'eau; une gaffe, y?o-. 24, ou crochet, pour mettre dans la chaudière les pièces de cordages, et pour les en retirer; des fourgons de différentes formes, /^^. 26, 26 et 27, pour attiser le feu ou pour changer la situation des filels dans la chaudière : ils sont de fer, avec des manches de bois reçus dans des douilles.
Les pécheurs portent leurs filets à la tannerie , et ils aident aux tanneurs à les étendre pour les faire sécher : les uns les portent à dos sur le sable; d'autres les chargent sur des brouettes, et on les étend sur le sable, ou bien on les tend sur des perches. Les Catalans, pécheurs de sardines, achètent leurs filets de la couleur du fil, qui est de lin, et ils les teignent d'une couleur tannée ou rougeâtre, en les faisant bouillir dans de grandes chaudières avec de l'écorce de pin sauvage. On réduit donc en poudre l'écorce de cet arbre : sur une partie d'écorce on met 6 parties d'eau, qu'on fait bouillir jusqu'à la réduction de moitié ; ensuite on (ite le inarc, et on verse la décoction dans une tonne. Quand elle est refroidie, au point de pouvoir y tenir la main, on met les filets dans cette teinture , en les faisant entrer par un bout et les tirant par l'autre , comme font les teinturiers : on les arrange tout de suite en rond dans une futaille qui est percée de quelques trous; au bout de t5 jours, ils sont encore chauds; et quoiqu'on les y laisse long- temps , ils n'y souffrent aucune altération; de sorte que quelquefois on ne les en retire que lorsqu'on veut s'en servir : alors on les lave dans de l'eau douce , et on les fait sécher à l'air ou au soleil. On passe, tous les mois, des sardinales dans cette teinture, et comme la couleur devient à chaque fois de plus en plus brune, à la fin ces filets semblent teints en noir; moyennant ces attentions , ils durent plusieurs années.
Dans les pays où l'on ne peut pas se procurer du tan de chêne , on prend de l'écorce verte et fraîche , de racine de noyer ; on la coupe par morceaux, qui peuvent avoir un pouce eu carré ; on les met dans une cuve, et sur 2 boisseaux de cette écorce, on verse 2 seaux d'eau, qu'on fait bouillir pendant une heure ; on retire ensuite l'écorce; on met les filets au fond de la cuve et on les recouvre avec l'écorce qu'on avait tirée de la cuve: les ajant laissés tremper pendant 24 heures dans cette teinture , on les en retire , on les tord et on les étend pour les laisser sécher.
On teint les filets d'un jaune sale avec l'herbe qu'on nomme chélidoine ; on la prend à poignée , on en frotte le filet par-tout , comme si on le savonnait, et quand il est sec, il est de la couleur de l'orange.
La dernière couleur en usage est le vert; elle se fait avec du blé vert , haché et pilé en bouillie , dont on fnjtte le filet par-tout; ensuite on laisse l'un et l'autre péle-méle tremper l'espace de 24 heures,
La teinture ne suffit pas pour conserver des filets,