DE LA MULTIPLICATION DES POISSONS
Nous avons présenté , dans l'article du Frai des poissons , quelques considérations générales sur cet acte de la génération des animaux qui nous occupent , et nous avons die que c'était ordinairement au printemps , vers les mois d'avril et de mai , que la plupart des poissons déposaient leur frai ; mais que certaines espèces frayaient dans d'autres saisons , et que même l'époque du frai variait dans les mêmes espèces suivant la température et Page des individus.
Nous allons , en continuant l'analyse du discours de M. Lacépède, présenter quelques développemens sur la génération de ces animaux et sur leur accroissement.
Il y a , dans le mâle , un organe double , qui s'étend dans la partie supérieure de l'abdomen , qui en égale presque la longueur , et qu'on appelle laite. Cet organe , séparé . par une membrane des portions qui l'a voisinent, parait composé d'un trèsgrand nombre de petites cellules, plus distinctes à
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mesure qu'elles sont plus près de la queue : chacun de ses deux lobes renferme iro canal qui en parcourt la plus grande partie de la longueur , et qui est destiné à recevoir , pour ainsi dire , de chaque' cellule une liqueur blanchâtre et laiteuse , qu'il transmet jusque auprès de l'anus. Cette liqueur r qui est la matière séminale ou fécondante, se reproduit périodiquement. A mesure qu'une nourriture plus abondante et la chaleur active de la saison nouvelle augmentent cette substance , elle remplit les cellules de l'organe dont nous parions , et donne aux deux lobes ce grand accroissement qu'ils présentent love» que le temps du frai est arrive. Ce développement successif n'est quelquefois terminé qu'au nout de plusieurs mois , époque où la matière s'amollit; devient blanche , et propre à la fécondation des «suis des femelles.
C'est aussi vers le milieu ou la fin du printemps que les ovaires des femelles commencent à se ceenplir d'oeufs encose presque imperceptibles. Ces or* gènes sont au nombre de deux dans le plus grand nombre des poissons , et réduits à un seul dans les autres ; renfermés dans une membrane comme les laites , ils occupent dans l'abdomen une place analogue â celle des laites, et en égalent à-peu- près kt longueur. Les œafs croissent en même temps que les laites , et dans la plus grande partie des familles de poissons , leur volume individuel est très-petit, leur figure presque ronde, et leur nombre si considérable , qu'il est plusieurs espèces, et particulièrement dans les gades , dont une seule femelle contient plus de 9 millions d'œufs.
Ces œufs, en grossissant, compriment chaque jour davantage les parties intérieures de la femelle, et la surchargent d'un poids qui s'accreât successif vement. Cette pression et ce poids produisent bientôt une gène , une sorte de malaise et même <te douleur. Lorqu'ils sont assez développés pour recevoir avec fruit la liqueur prolifique du mâle , ils exercent une action si vive , que la femelle est contrainte de se soustraire à leur pesanteur et aux effets de leur volume. Ils sont alors plus que jamais des cosps pour ainsi dire étrangers à l'animai } ils se détachent même facilement les uns des autres : aussi amve«t«ii souvent que si l'on tient une femelle prèede pondre dans une situation verticale et la tète en haut y les œufs sont entraînés par leur propre poids, et couplent d'eux-mêmes par l'anus , ou du moins une légère pression sur le ventre suffit pour déterminer leur chute.
C'est ce frottement dont les poissons se procurent le secours , lorsque la sortie de leurs œufs n'est pas assez déterminée par leurs efforts intérieurs. Om voit les femelles froisser plusieure fois leur vent** contre les bas -fonds, les graviers et les divers corps durs qui se trouvent à leur portée , et les mâles ont aussi quelquefois-recours à un moyen semblable pour comprimer leur laite , et en faire couler la liqueur fécondante, qui tient ces organes gonflés , st fait éprouver aux poissons des sensations plus ou moins pénibles.
A cette époque voisine du frai , dans ce temps où les ovaires et les laites sont remplis , il n'est pas étonnant que les poissons aient urne partie de leurs
forces enchaînées et de leurs facultés émoueeées : voilà pourquoi il est alors plus aisé de les prendre , parce qu'ils ne peuvent opposer à leurs ennemis que moins de ruse, d'adresse et de courage, et voilà pourquoi encore ceux qui habitent la haute mer «'approchant des rivages ou remontent les grands fleuves, et ceux qui vivent au milieu des eaux douces se dirigent vers les sources des rivières et des ruisseaux , ou descendent au contraire vers les cotes maritimes. Tous cherchent des abris plus aûrs, «ne température plas aralogne à leur organisation, une nourriture plus abondante ou plus convenable, une eau plus adaptée à leur nature et à leur état , des fonds plus commodes , contre lesquels ils puissent frotter la partie de leur corps chargée des oeufs et de la laile, sans trop s'éloigner de la douce chaleur et de la lumière que leur procurent la surface des eaux et les plages voisines des rivages maritimes.
Sans les réeuLtats de tous ces besoins , qui agissent presque toujours ensemble, il éciorait un bien plus petit nombre de poissons. Les œufs de ces animaux ne peuvent , en effet , se développer que lorsqu'ils sont exposés à tel ou tel degré de chaleur , ou lorsqu'il» peuvent être retenus par les aspérités ou la nature du terrain contre les flots ou les courans; et d'ailleurs on peu» assurer, pour un grand nombre d'espèces , qtie si des matières altérées et trop activas s'attachent à ces œufs , et n'en sont psomp- 1 tentent séparées par le mouvement des eaux, ils se corrompent et pourrissent , quoique fécondés depuis plusieurs jours.
On dirait que plusieurs femelles, particulièrement celles du genre des ealmones , sont conduites par leur instinct à préserver leurs œufs de cette décomposition, en ne les déposant que dans des endroits où ils y sont moine exposés. On les voit, en effet , se frotter à plusieurs reprises et en différons sens centre le fond de l'eau , y préparer une place asses grande , en écarter les substances molles , crasses et onctueuses , n'y laisser que du gravier ou des cailloux bien nettoyés par leurs mouvemene , et ne faire tomber leurs œufs que dans cette espèce de nid f maky au lieu d'admettre dans ces animaux une tendresse très -vive «t très-prévoyante, croyons que leur propre besoin les détermine à l'opération dont nous venons de parler , et que ce n'est que pour se débarrasser plus facilement et plus complètement du poids qui les blesse, qu'elles passent et repassent plusieurs fois sur le même fond.
A peine les femelles se sont-elles débarrassées de leurs œufs , que quelques-unes en dévorent une partie, et c'est ce qui avait fait penser qu'elles les couvaient dans leur gueule; d'autres avalent aussi la liqueur laiteuse du mâle à mesure qu'elle est répandue sur les œufs ; et ce fait a donné lieu à l'o- S*nk>n erronée que les femelles pourraient bien être coudées par la bouche. Le plus grand nombre des femelles abandonnent cependant leurs œufs dès 4e montent qu'elles en sont délivrées , pour aller réparer Jjeurs forces.
C'est alors que les mâles , attirés par l'odeur des œufs , arrivent pour les féconder, en passant et repassant par-dessus, et se frottant jusqu'à ce qu'ils
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laissent échapper leur laite. Us se nourrissent cependant quelquefois de ces œufs , au lieu de chercher à leur donner la vie. Souvent l'odeur des œufs les attire avant même qu'ils soient sortis du ventre de la mère, et l'on voit alors les mâles se mêler avec les femelles, et exécuter autour d'elles des mouvemens dont on pourrait croire qu'elles sont l'objet, mais qui ne sont dirigés que vers le fardeau qu'elles portent.
L'agitation des eaux ne peut empêcher que trèsrarement la liqueur séminale du mâle de vivifier les œufs, parce qu'une très-petite goutte de cette liqueur suffit pour en féconder un grand nombre. D'ailleurs , les produits de la même ponte sont presque toujours l'objet de l'empressement de plusieurs mâles.
Quelques naturalistes voyant naître des poissons dans des étangs où l'on n'avait porté aucun œuf avaient pensé que l'eau suffisait pour les engendrer; mais cette erreur est suffisamment réfutée par l'observation que des oiseaux d'eau peuvent facilement y apporter des œufs fécondés sur les membranes de leurs pattes.
Tous les poissons ne ee reproduisent pas de la manière que nous venons de rapporter.
Les femelles des raies, des squales, de quelques blennies et de quelques silures f ne pondent pas leurs œufs; ils éctosent dans le ventre de la mère, et les petits arrivent tout formés à la lumière. M. de Lacépède observe que les poissons dont l'espèce se reproduit de cette manière ne doivent cependant pas être comptés parmi les animaux vivipares, parce qu'on ne doit donner ce nom qu'à ceux qui , jus- * qu'au moment où ils viennent au jour , tirent immédiatement leur nourriture du* corps même de leur mère ; tandis que les ovipares sont, jusqu'à la même époque, renfermés dans un œuf qui ne leur permet aucune communication avec le corps de la femelle ; mais on peut distinguer les poissons dont nous venons de parler par l'épithète do vipères > qui ne peut que rappeler un mode de reproduction semblable à celui qui leur a été attribué , et qui appartient à tous les serpens auxquels la dénomination de vipère a été appliquée.
Dans le plus grand nombre de ces poissons- vipères , les œufs présentent une forme particulière 9 et sont plus gros que ceux des autres poissons $ et comme ils doivent d'ailleurs atteindre tout leur volume dans le sein de la mère, leur nombre est beaucoup moins considérable , et ne dépasse guère cinquante ; mais si ces œufs , dans l'intérieur de la fe* melle , contiennent un embryon vivant , ils doivent y avoir été fécondés par le mâle. En effet, il y a dans les poissons de cette catégorie un véritable accouplement.
De la naissance des poissons et de leur accroisse» menu — - Le temps qui s'écoule depuis le moment où les œufs , déposés par la femelle , sont fécondés par le mâle , jusqu'à celui où les petits sortent de ces œufs , varie suivant les espèces ; il est quelquefois de 40 et même de 5© jours 7 et d'autres fois il n'est que de 8 à 9 jours. Le poisson qui vient d'éclpre croit, dans les premières heures, presque autant que pendant les 1 5 ou 20 jours qui les suivent $ il grandit
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ensuite avec plus ou moins de vitesse ? selon la famille à laquelle il appartient. On a pesé et mesuré un brochet à différens âges, et reconnu qu'il présentait les poids et longueur suivons :
A i an 1 jonc.de poids.
a ans, 10 pouces de long, 4 onces.