PAR M. BAUDRILLART
Chef de division à l'Administration des forêts , chevalier de Tordre royal de la Légion -d'Honneur, auteur du Traité général des eaux
et forêts*, chasses ex pêcjiea, etc. ,, etc.
*xtc6veclii6. ( Ouït) aS&j. j
Une nouvelle législation, publiée depuis vingt- cinq ans, a réglé les droits de propriété et Fétat civil des personnes en France^ les droits et les obligations du commerce, la procédure civile et la procédure criminelle, et les peines à appliquer aux crimes et aux délits ordinaires.
Il restait à régler des matières spéciales, régies par des lois anciennes qui oie sont plus eu harmonie avec nos institutions actuelles.
De ce nombre était la législation forestière, renfermée dans l'ordonnance de 1669 et dans la loi du 29 septembre 1791 r et dans une foule de réglemens dont la diversité des dates indique assez la différence des dispositions.
Une refonte générale de cette législation était depuis long-temps réclamée.
Un sixième Code, le Code forestier % satisfait à ce vœu, et remplit une immense lacune dans Tordre de nos institutions.
Il efface ce qui avait été fait pour un- antre ordre d'administration , et modifie , suivant l'esprit des lois actuelles., les anciennes dispositions sur le régime des forets.
Ce Code sera complété par une ordonnance générale, qui en réglera l'exécution et qui constituera l'Administration forestière;
Cette nouvelle législation, à raison des changemens qu'elle apporte dans l'ancien ordre de choses , comme à raison de ses nombreuses dispositions et de la- variété dés sources où elle a été puisée, éprouvera nécessairement des difficultés dans les conimencemens de son exécution -xet ces difficultés seront d'autant plus fréquentes, qu'il s'agit d'une matière toute spéciale, généralement négligée dans l'étude des Ibis , et qui,, dans plusieurs cas, ne peut être bien comprise <juà l'aide des connaissances forestières : aussi faisait -elle autrefois l'objet d'une juridiction particulière, confiée aux agens de l'Administration des forêts. D'un autre côté,, cette matière est vaste et très-diversifiée dans son ensemble. Elle se rattache à toutes les parties du droit public.
On conçoit que l'explication de la nouvelle loi et de l'ordonnance qui y fera suite ne peut être que l'ouvrage d'un homme exclusivement occupé de cette partie de nos lois.
- Sous ce rapport, le commentaire que nous annonçons présente toutes les garanties d'une bonne exécution.
Les ouvrages publiés par l'auteur, sa coopération à la rédaction du premier projet de Code et de l'ordonnance, et l'analyse qu'il a été chargé de faire des observations fournies par les magistrats du royaume sur ce Code, L'ont mis à portée d'en . apprécier toutes les dispositions et d'en connaître tous les motifs*
C'est en considération de* ces titres à la confiance publique que son ouvrage a été l'objet de la recommandation la plus honorable et du témoignage le plus imposant. M. le
(t) Quatre ttrraison* sautes tente. Le prospectus se distribue.
conseiller (Tétât, directeur généra] c|*s forêts , a loi-même confié à l'auteur la rédaction de cet ouvrage 9 Et appelé l'attentiça d$s agens de sop Administraiiou sur soi} utilité. La lettre suivante contient les motifs de la détermination de ce magistrat.
fciV » Je # ayril 1 8»7 .
Un nouveau Code, Monsieur, Ta remplacer toute la législation forestière.
Il est important que cette loi reçoive, dès son début, une juste application dans ses différentes dispositions. Les fausses interprétations qui en seraient faites formeraient pour l'avenir des préjugés d'autant plus difficiles à effacer , qu'ils auraient, pour ainsi dire , pris naissance avec la loi.
L'obscurité de quelques dispositions de l'Ordonnance de 1669 et la contrariété d'arrêts dont cette loi a été l'objet , ont eu une influence dont les effets se sont fait remarquer dans tout le cours de son exécution.
Quoique la loi nouvelle soit rédigée avec plus de clarté , et que la discussion publique qui en est faite en facilitera l'intelligence, on ne peut néanmoins se flatter qu'elle sera comprise et interprétée par tous et dans toutes ses dispositions , suivant son véritable sens.
Semblable à toutes les lois , qui ne posent que des principes renfermés dans des termes concis, le Code forestier exigera de$ explications propres à en faire ressortir l'esprit et les motifs.
Une ordonnance du Roi contiendra l'organisation de l'Administration forestière, établira les rapports de cette administration avec les autorités » et. réglera le mode d'exécution de ce Code.
Mais il y a des explications de détail, des rapprocbemens entre l'ancienne et la nouvelle législation , des remarques spéciales ,*des citations de lois et de principes de droit \ en un mot , des observations particulières et même des opinions qui peuvent être d*un grand secours dans l'étude d'un Code, et dont cependant le législateur ni le gouvernement ne peuvent surcharger le texte.
Ce genre de travail est ordinairement exécuté par ceux qui oot fait une étude spéciale de la législation et qui peuvent s'aider des renseignemens et des matériaux qui ont servi à la confection des lois.
J'ai, pour faciliter l'étude da Code forestier aux agens de mon Administration, et dans l'intérêt de la jusfeapplicatioR de oe Code , jugé convenable d'ei* faire faire un commentaire , ainsi que de l'ordonnance qui y fera suite.
Ce commentaire fera connaître fes sources où leurs dispositions ont été puisées , l'uniformité ou la différence de ces dispositions avec celles qui leur ont servi de type ; les motifs qui ont déterminé le législateur à maintenir , modifier ou reformer ce qui existait ; le sens dans lequel chaque disposition doit être entendue et exécutée , et enfin le. système général de la nouvelle législation , et les rapports de ses différentes parties entre elles.
Comme ce travail n'est point de nature à paraître sous la forme d'une Instruction administrative,
Suisqu'il ne contiendra rien d'obligatoire et qu'il rentrera absolument dans la classe des ouvrages e jurisprudence , j'ai laissé à son auteur le sein de le publier par la voieordinaire du commerce. J'ai pensé que l'exécution de cet ouvrage ne pouvait être oonnéeà un homme plus exercé dans la connaissance des lois forestières que Mi Baumullux, dont vous, connaisses leaécntt, eMjui d'ailleurs a coopéré très-activement à tous les travaux qui ont servi à la confection du Code.
Recevez , Monsieur, rassurante de ma eoftsâdérttioA très-distinguée.
te Conseillera! État, , directeur général des forêts, Sfgné MAirçtns dît BOUT HILL 1ER.
Toutes le» dispositions sont prises pour que l'ouvrage puisse paraître dans le mois qui suivra la publication de la loi et de ^ordonnance d'exécution.
H formera deux tvfo-ibrts. volumes int», danttopiix-senv pour 'Pariai die: ia f. ; iparlaj <paatr9 de 1* f. 5o»c.
OïLpnit se Mra ÎMcrta d'«4ra*oe , ayant soû* d'atirtnofcivisa lettre».
Le premier volume contiendra l'Exposé des motifs du Code forestier , par M. le viçemte de Martignac , commissaire du Roi ; le Rapport fait au nom de la Commission , par Jf : le baron Favart de Lamriade ; la Discussion à la Chambre. Le deuxième volum* contiendra l'Exposé des -motifs, patf M.» te vfa ai» te de Jflartjguac, le Rapport fait au nom d'une Commijsion, spéciale» p^r .If» le jeoBitarBoj^etiax J5>ifçus*io»-aJa .Chambre des Pairs,
ffor*. IflaVlo» Sonseriatoon qui, à niaon âe.lquhitoù&u^mnàmttemim. énQeéa fltd* l'Ordouttiu», àrnuta*tJ»*Md«Jfmr publication , pourront s'en procurer , le texte seul, moyennant le prix de a fr. , et' a fr. 5o c. par U poste.
0Pf SOUSCRIT A PARIS ,
Wota. Oà trouve, à rtdMMecMeMUS, tou»le» oturageWeUt. Baudrillart, dont les prâtJ0att*v«*it :
DICTIONNAIRE des Eaux et Forêts, 5 livraisons in-4* fig. 60 fr.
RECUEIL, chronologique de9 réciamens forestière , depuis i?i5 jooqu'eo iStfr S livraison* in*4°. . . 67 fr-
DICTIONNAIRE DES PÊCHES, in-4% 44 planches (en vente) , 34 fr.
DICTIONNAIRE des Chasses, in-4°, 5o planches (paraîtra en novembre 1SS7 )•
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Taris, ïjnprjmerie.de M»« HUZARD (née VALLAT LA CHAPELLE) . rue de l'É; eron, n*. 7,
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iNous n'avions, en commençant cette quatrième partie de notre Traité général des Forêts, Chasses et Pêches, l'intention de n'y parler que de la pêche fluviale, qui est dans les attributions de F Administration des forêts ; mais nous nous sommes bientôt aperçu que cette pêche et celle qui se fait à la mer avaient entre elles des rapports si nombreux et si étroits , qu'il était presque impossible de traiter de Tune sans s'occuper de l'autre.
En eflet , beaucoup de poissons de mer s'approchent de l' embouchure des rivières et en remontent le cours dans certaines saisons de l'année, pendant lesquelles on les pêche dans les eaux douces. Les instrumens et les procédés employés dans la pêche fluviale se retrouvent en grand mombre dans la pêche maritime , et les réglemens relatifs à Tune et à l'autre sont basés sur les mêmes principes, et ont le même objet de police et de conservation.
Nous avons considéré en outre que les points de contact de l'Administration des forêts avec le département de la marine , au sujet des deux sortes de pêches, pouvaient faire désirer un ouvrage qui pût être consulté dans l'intérêt commun des deux services , et qui présentât un corps complet d instructions sous les rapports de l'art et de la législation.
Enfin , il nous a paru que la pêche en mer réclamait un ouvrage nouveau. Le grand Traité des Pèches de Duhamel , publié en 1770 , n'a conservé son mérite que sous le rapport de l'art de la pêche-, mais la description des poissons s'y présente avec la confusion qui régnait alors dans l'histoire naturelle de ces animaux. Cette partie de l'ouvrage de Duhamel ne pouvait plus être consultée ; elle appelait la réforme que Lacépède et quelques autres naturalistes ont introduite dans l'ichthyologie.
Le Dictionnaire des Pèches, faisant partie de Y Encyclopédie, présente les mêmes débuts que le Traité de Duhamel, dont il n'est que l'extrait.
Un savant distingué , M. Noël de la Morinière , avait senti la nécessité d'un nouvel ouvrage sur les pêches, et il avait tous les moyens de le faire. Il aurait traité ce sujet à-la-fois comme naturaliste, comme navigateur , comme expert dans tous les procédés de pêche , et comme littérateur ; mais malheureusement il a péri victime de son zèle dans un voyage qu'il avait entrepris avec l'autorisation du gouvernement, pour explorer des parages lointains. Il n'a laissé qu'un premier volume , consacré uniquement à l'histoire des pêches anciennes et du moyen âge.
Notre travail, beaucoup plus abrégé et sans doute bien moins parfait que ne l'aurait été celui de ce savant, aura du moins l'avantage de se présenter enrichi des connaissances acquises depuis la publication des autres Traités de Pèche.
Nous avons consulté , pour la description des poissons , des cétacés , des crustacés et des tes lacés, les ouvrages les plus estimés , tels que V Histoire des Poissons par Lacépède , Y Histoire naturelle de Buffon , édition de Sonnini , et le Dictionnaire d Histoire naturelle , édition de Déterville , dans lequel le savant M. Bosc a rédigé tous les articles sur les poissons,
Nous nous sommes attaché , de même que nous l'avons fait dans notre Dictionnaire des Forêts, à mettre un ordre rigoureux dans la rédaction de nos articles , parce que nous sommes persuadé que les sciences exactes ne peuvent se passer de cet ordre , qui malheureusement ne se trouve pas toujours dans les ouvrages de nos savans. Il est possible que la pompe du style ne s'accommode pas d'une étroite méthode •, mais l'instruction y gagne , et les faits présentés dans un ordre naturel se gravent mieux dans la mémoire : ils se retrouvent bien plus facilement aussi dans les recherches.
Ainsi , dans la description de chaque poisson de quelque importance , nous faisons connaître , toujours dans le même ordre, son nom spécifique en français et en latin , le genre et la division auxquels il appartient dans la méthode de Lacépède, ses noms vulgaires et ceux qu'il porte dans ' plusieurs langues étrangères , ses caractères spécifiques, ses lieux d'habitation, sa nourriture, sa propagation , ses ennemis et maladies , ses qualités , les différentes manières de le pêcher , les moyens de préparation à l'aide desquels on le conserve pour le commerce et la consommation , enfin l'art de le préparer pour les tables.
Nous avons recherché dans l'ouvrage de Duhamel en premier lieu, et ensuite dans tous ceux qui ont traité de la pèche , les procédés employés dans cet art , et nous y avons puisé la plupart des méthodes que nous rapportons. Il nous a paru également nécessaire de vérifier les changemens que les procédés les plus importans avaient pu éprouver , et cela a été l'objet de notre correspondance dans quelques ports de mer ; mais nous avons remarqué que les pêches décrites par Duhamel étaient, toujours pratiquées , à fort peu de différence près , de la même manière qu'elles ont été indiquées dans l'Ouvrage de cet auteur. Enfin , nous avons voulu voir nous-même ce qui se pratiquait sur les cotes de la Normandie, et nous y avons pris des notes qui ont servi à améliorer nos articles.
La partie technique de notre travail eut été incomplète sans le secours du dessin ; un grand nombre de figures font connaître les ressources de l'admirable industrie de l'homme dans la guerre qu'il fait aux habitans des eaux : ces figures représentent l'image de tous les instrumens de pêche , les usages si variés et si ingénieux auxquels ils sont employés, le mouvement et l'action de toutes ces machines ; elles nous font, pour ainsi dire , assister aux pêches qui y sont décrites.
Nous n'avons point eu à nous livrer à de longues recherches sur l'histoire de la pêche, l'ouvrage de Noël de la Morinière contient à cet égard tout ce qu'on peut désirer , et nous en avons profité pour donner , dans le cours de ce Dictionnaire , l'histoire de la pêche des poissons, les plus importans.
Toutefois , nous ne pouvons nous dispenser de présenter ici des notions sommaires sur cet objet et un aperçu de la législation relative à la pêche en général.
L'éloquent auteur de Y Histoire des Poissons, M. de Lacépède r dont les> sciences regrettent la perte récente , a décrit en peu de mots les avantages , les agrémens ^t les ressources de la pêche ; qu'il nous soit permis d'emprunter ses paroles : « La pêche , dit ce célèbre naturaliste , a précédé la culture deschamps, elle est contemporaine, delà chasse -, mais il y a cette différence entre la chasse et la pêche , que cette dernière convient aux peuples civilisés, et que , bien loin de s'opposer aux progrès de l'agriculture, du commerce et de l'industrie , elle en multiplie les heureux résultats.
» Si , dans l'enfance des sociétés , la pêche procure à des hommes encore à demi sauvages une nourriture suffisante et salubre -, si elle les accoutume à ne pas redouter l'inconstance de l'onde ; si elle les rend navigateurs , elle donne aux peuples policés d'abondantes moissons pour les besoins du pauvre , dçs tributs variés pour le luxe du riche , des préparations recherchées pour le commerce lointain, des engrais fécondans pour les champs peu fertiles : elle force à traverser les mers, à braver les glaces du pôle , à supporter les feux de l'équateur, à lutter contre la tempête \ elle lancç
sur l'Océan des forets de mats ; elle crée les marins expérimentés , les commerçant audacieux , les guerriers intrépides. .
» Mère de la navigation , die s'accroît avec ce chef-d'œuvre de l'intelligence humaine. A mesure que les sciences perfectionnent l'art admirable de construire et de diriger les vaisseaux, elle multiplie ses instrumens , elle étend Be» filets , elle invente de nouveaux moyens de succès , elle s'attache un plus grand nombre d'hommes , elle pénètre dans les profondeurs des abîmes ; elle arrache aux asiles les plus secrets , elle poursuit jusqu'aux extrémités du globe les objets de sa constante recherche , et voilà pourquoi ce n'est que depuis un petit nombre de siècles que l'homme a développé sur tous les fleuves et sur toutes les mers ce grand art de concerter ses plans , de réunir ses efforts , de diversifier ses attaques , de diviser ses travaux , de combiner ses opérations , de disposer du temps, de franchir les distances , et d'atteindre sa proie en maîtrisant pour ainsi dire les saisons, les climats , les vents déchaînés et les ondes bouleversées.
» Mais si , au lieu de suivre Tordre chronologique de l'art de la pèche , nous voulons nous représenter ce qu'il est , nous examinerons sous des points de vue généraux ses instrumens , son théâtre , ses principaux objets.
» Nous pouvons diviser en quatre classes les instrumens ou les moyens qu'il emploie : premièrement, ceux qui attirent les poissons par des appâts trompeurs, et les retiennent par des crochets Pèche aux funestes ; deuxièmement , ceux avec lesquels on va au devant de leurs légions , on les cerne , on les hameçons. resserre , on les presse, on les renferme dans une enceinte d'où il leur est impossible de s'échapper; ?"<"> ra~ ou ceux avec lesquels on attend que les courans, les marées, leurs besoins , leur natation, dirigés yoir*'p c c" par une sorte de rivage artificiel, les entraînent dans un espace étroit dont l'entrée est facile, et toute espèce. sortie interdite ; troisièmement, les couleurs qui les blessent, les lueurs qui les trompent , les feux Pèche qui les éblouissent, les préparations qui les énervent, les odeurs qui les enivrent, les bruits qui les aux feux> au effraient , les traits qui les percent , les animaux exercés et dociles qui se précipitent sur eux , et ne préparation* leur laissent la ressource ni de la résistance ni de la fuite -, quatrièmement enfin, les instrumens qui enl^ranlcs * se composent de deux ou de plusieurs de ceux que l'on vient de voir distribués dans les classes harpons. précédentes. P^che aux
» Parmi les instrumens de la première classe , le plus simple est cette ligne flexible , au bout de Lignes laquelle un fil léger soutient un frêle hameçon caché sous un ver, sous une boulette artificielle , filets, etc. tous un petit fragment de substance organisée, ou sous toute autre amorce dont la forme ou l'odeur frappe l'œil ou l'odorat du poisson trop jeune, ou trop inexpérimenté, ou trop dénué d'instinct, ou trop entraîné par un appétit vorace , pour n'être pas facilement séduit. Quels souvenirs touchant cette ligne peut rappeler! Elle retrace à l'enfance ses jeux-, à l'âge mur, ses loisirs; à la vieillesse , ses distractions ; au cœur sensible , le ruisseau voisin du toit paternel ; au voyageur , le repos occupé des peuplades dont il a enlevé la douce quiétude ; au philosophe , l'origine de l'art.
» Et bientôt l'imagination franchit les espaces et les temps *, elle se transporte au moment et sur les rives où ce roseau léger fait place à ces lignes flottantes , ou à ces lignes de fond si longues , si ramifiées , soutenues eu enfoncées avec tant de précaution , ramenées ou relevées avec tant de soin , hérissées de tous ces haims ou crochets , et répandant sur un si grand espace un danger Hameçons. inévitable.
» Dans la seconde classe paraissent les filets, soit ceux que la main d'un seul homme peut placer, Filets. soutenir, manier, avancer , déployer, jeter, replier , retirer , ou qu'on traîne , comme les dragues et ganguis, après en avoir fait des manches , des poches et des sacs ; soit ceux qui , présentant une grande étendue , élevés à la surface de l'eau par des corps légers et flottans , maintenus dans la
4 DISCOURS ÊRÉL1MINAÎRË.
position la plu», convenable par des poids attachés aux rangées les plus basse* de leurs mailles , simples ou composés , formés d'une seule nappe ou de plusieurs réseaux 'parallèles, assez prolongés pour atteindre jusqu'au fond des rivières profondes , et assez longs pour barrer la largeur d'un grand fleuve , ou déployant leurs extrémités de manière à renfermer un grand espace maritime , composant une seule enceinte , ou repliés en plusieurs parcs , développés comme une immense digue, ou contournés en prisons sinueuses, sont conduits, attachés, surveillés et ramenés par une entente remarquable, par un concert soutenu, par des combinaisons habilement conçues d'un grand nombre d'hommes réunis.
Nasses. » A la seconde classe appartiennent encore ces asiles trompeurs faits de jonc ou d'osier, ces nasses perfides dans lesquelles le poisson , égaré par la crainte ou entraîné par le besoin , .ou conduit sans précaution par le courant auquel il s'est livré , et croyant trouver une retraite semblable à celle que lui ont donnée plus d'une fois les.grottes de ses rivages hospitaliers , pénètre facilement, en écartant des branches rapprochées , qui ne lui présentent , lorsqu'il veut entrer, que des tiges dociles, mais qui , lui offrant , lorsqu'il veut sortir, des pointes enlacées, le retiennent dans une captivité que la mort seule termine.
Pèche aux » Parmi les moyens de la troisième classe doivent être compris ces feux que l'on allumait, dès le fcux- temps de Bélon (i) , sur les rivages de la Propontide, pour favoriser le succès des pèches de nuit* Lueurs Ces planches blanchâtres , vernies et luisantes , placées sur les bords de bateaux pécheurs de la trompeuses. Qjjne ^ et qUj ^ réfléchissant les rayons argentins de la lune , et imitant la surface tranquille et lu-N mineuse d'un lac , et trompant facilement par cette image les poissons , qui se plaisent à s'élancer hors de l'eau , les séduisent au point qu'ils sautent d'eux-mêmes dans la barque , et pour ainsi dire Fouanes. dans la main du pêcheur, en embuscade et caché ; ce&fouanes, dont on perce les coryphènes chrysurus , et tant d'autres osseux ; ces tridents , avec lesquels on harponne les redoutables habitans de Cormoran, la mer; ces cormorans apprivoisés, dont les Chinois se servent depuis si long-temps dans leurs pèches , qui saisissent avec tant d'adresse le poisson , et qu'un anneau placé autour de leur cou contraint de céder à leurs maîtres une proie presque intacte.
» Les grandes pêches, si remarquables par le temps qu'elles demandent , les préparatifs quelles exigent , les arts qu'elles emploient , les précautions qu'elles commandent, le grand nombre de bras qu'elles mettent en mouvement, et qui donnent au commerce la morue des grands bancs , le hareng des mers boréales, le thon de la Méditerranée et les acipensères de la Caspienne, nous offrent de grands exemples de ces moyens composés , que l'on peut regarder comme formant une quatrième classe.
» Et tous ces moyens si variés, sur quel immense théâtre ne sont-ils pas employés par l'art perfectionné de la pêche ?
» Si du sommet des Cordillères , des Pyrénées , des Alpes, de l'Atlas , des hautes montagnes de l'Asie, de toutes les énormes chaînes de monts qui dominent la partie sèche du globe, nous descendons par la pensée vers les rivages des mers , en nous abandonnant pour ainsi dire au cours des eaux qui se précipitent de ces hauteurs dans les bassins qu'entourent ces antiques montagnes, sur quel ruisseau , sur quelle rivière , sur quel lac , sur quel fleuve ne verrons-nous pas la ligne ou le filet assurer au pêcheur attentif la récompense de ses soins et de sa peine?
» Et lorsque, parvenus à l'Océan, nous nous élèverons encore par la pensée au-dessus de la surface pour en embrasser un hémisphère d'un seul coup-d'œil , nous verrons depuis un pôle jusqu'à
(i) Vers le milieu du seizième siècle.
Vautre de nombreuses escadres voguer pour les progrès de l'industrie , l'accroissement de la population , la force de la marine, protectrice des grands États , la prospérité générale et la renommée des grands Empires. Ah ! dans cette moisson de bonheur et de gloire puisse ma nation recueillir une part digne d'elle! Puisse-t-elle ne jamais oublier que la nature, en l'entourant de mers, en faisant couler sur son territoire tant de fleuves fçcondans , en la plaçant au centre des climats les plus favorisés par ses douces et vives influences , lui a commandé dans tous les genres les plus nobles succès.
* Quels prix attendent en effet au bout de la carrière te pécheur intrépide ! Combien d'objets peuvent être ceux de sa recherche, depuis les énormes poissons de dix mètres ( 3o pieds) de longueur jusqu'à «ceux qui , par leur petitesse , échappent aux mailles les plus serrées ; depuis le féroce squale, dont on redoute encore la queue gigantesque ou la dent meurtrière, lors même qu'on est parvenu à l'entourer de chaînes pesantes, jusqu'à ces abdominaux transparens et mous qu'aucun aiguillon ne défend -, depuis ces poissons rares et délicats que le luxe paie au poids de l'or , jusqu'à ces gades , ces clupés et ces cyprins , si abondans en nourriture , si nécessaires à la multitude peu fortunée -, depuis les argentines et les ables , dont les admirables écailles donnent à la beauté opulente les perles artificielles , rivales de celles que la nature a fait croître dans l'Orient , jusqu'aux espèces dont le grand volume , profondément pénétré d'un fluide abondant et visqueux , fournit cette huile qui accélère le mouvement de tant de machines , assouplit tant de substances , et en* tretient dans Thumble cabane du pauvre cette lampe sans laquelle le travail , suspendu par de trop longues nuits, ne pourrait {Jus alimenter sa nombreuse famille; depuis les poissons que l'on ne peut consommer que très-près des parages où ils ont été pris , jusqu'à ceux que des précautions bien entendues et des préparations soignées conservent pendant plusieurs années, et permettent de transporter au centre des plus grands continens; depuis les salmones, dont les arêtes sont abandonnées, dan» des pays disgraciés, au chien fidèle ou à la vache nourricière , jusqu'à ces gastérestées, qui-, répandus par myriades dans les sillons, s'y décomposent en engrais fertile ; et enfin , depuis la raie , dont la peau préparée donne cette garniture agréable et utile , connue sous le nom de beau gaïucliat , jusqu'aux acipensères, et à tant d'autres poissons, dont les membres, séparés avec attention de toute matière étrangère , se convertissent en cette colle qui , dans certaines circonstances, peut remplacer les lames de verre, et que les arts réclament du commerce dans tous les temps et dans tous les lieux.
v Quelque prodigieux que doive paraître le nombre des poissons que l'homme enlève aux fleuves et aux mers , des millions de millions de ces animaux échappent à sa vue , à ses instrumens , à sa constance. Plusieurs 4e ces derniers périssent victimes des habitans des eaux, dont la force remporte sur la leur; ils sont dévorés, engloutis, anéantis pour ainsi dire, ou plutôt décomposés, de manière qu'il ne reste plus aucune trace de leur existence. Plusieurs autres cependant succombent isolément à la maladie, à la vieillesse, à -des accidens particuliers , ou meurent par troupes, empoisonnés, étouffés ou écrasés par les suites d'un grand bouleversement. H arrive quelquefois, dans ces dernières circonstances , qu'avant de subir une altération très-marquée , leurs cadavres sont saisis par des dépôts terreux qui les enveloppent , les recouvrent , les durcissent , et préservant leur corps de tout contact avec les élémens destructeurs, en font en quelque sorte des momies naturelles, et les conservent pendant des siècles. »
Après ce brillant tableau de la pêche, que nous devons au célèbre auteur de Y Histoire des Poissons, il ne nous reste plus qu'à rassembler quelques notes historiques sur cet objet important. Les anciens Grecs avaient observé les poissons beaucoup plus qu'ils n'avaient étudié les autres
io DISCOURS PRÉLIMINAIRE.
• La pèche maritime est régie par des lois spéciales, dont l'ordonnance de 1681 forme la base principale. Cette ordonnance a été confirmée ou modifiée dans plusieurs de ses dispositions par des déclarations de nos Souverains , des arrêts du Conseil , des lois , et un grand nombre d'arrêtés et d'ordonnances royales. Nous n'avons point dû nous en occuper dans notre Recueil des Règlement forestiers; mais il nous a paru d'autant plus utile de les réunir et d'en présenter le recueil à la suite de ce Dictionnaire, qu'il est difficile de se les procurer, étant épars dans les volumineuses collections de nos lois. . .. .
Indépendamment de ce Recueil, nous donnerons, comme pour la pêche fluviale, une analyse raisonnée des lois sur la pêche maritime, dans l'article Pèche de ce Dictionnaire et dans les différera articles spéciaux suivant Tordre alphabétique, de sorte que le lecteur aura sous les yeux , d'une part, le texte entier des règlement, et de l'autre l'explication des dispositions actuellement en vigueur.
En réunissant ainsi dans le même ouvrage les dispositions réglementaires, tant sur la pêche fluviale que sur la pêche maritime , avec les principes sur la manière d'exercer ces deux sortes de pêche, nous avons voulu, comme dans nos ouvrages sur les forêts, que le précepte de la loi fut toujours à côté des régies de l'art. Si, comme nous sommes autorisé à le croire, le Gouvernement fait refondre la législation sur la pêche en général, il nous suffira d'ajouter à nos recueils les lois qui auront été promulguées.
Par cette réunion d'objets, le pêcheur de profession, l'amateur qui ne cherche dans, l'exercice de la pêche qu'un paisible amusement, les propriétaires d'étangs ou de pêcherie*, lesagen*do Gouvernement' préposés à la police des, pêches, et les juges chargés de l'application des lois, trouveront dans cet ouvrage tout ce qui peut intéresser leur amusement, leurs droits, leur industrie, leurs devoirs et leurs obligations.