PREMIÈRE TEINTE GENERALE
On délaye l’encre de Chine dans un godet en achevant de délayer avec le doigt pendant quelque temps les grumeaux que le pain de couleur n’aurait pas suffisamment écrasés. Quelques personnes qui ont à coucher de grandes teintes, les font quelquefois dans un godet en papier fort qu’on fait soi-même en formant un creux dans un pli de papier qu’on creuse en pyramide ou entonnoir. Quand vous posez votre première teinte, il
est essentiel qu’elle soit d’un ton tel qu’il ne faille pas revenir sur les parties qui doivent être éclairées de reflets, car vous pourriez tomber dans la mollesse. Ne mettez jamais non plus une teinte plus faible sur une plus forte. Le lavis à l’encre de Chine ne veut pas être fatigué. Trois teintes graduées de force les unes sur les autres lui conservent la fraîcheur qu’il doit avoir pour être agréable à l’œil.
Les ombres produites par reflets doivent être de même bien ménagées et posées à propos, ainsi que les contre-ombres pardessus les parties saillantes, comme les corniches , architraves et autres saillies, pour les détacher des corps auxquelles elles appartiennent. Faites aussi ressortir les portes et les croisées par une teinte ferme et presque noire, adoucie par le bas ; c’est alors, quand toutes les teintes sont en harmonie, que les teintes plates sur les corps lisses, en accord avec leurs divers plans, sont de même posées par des tons plus prononcés, vous faites ressortir tous les ornements pour les détacher de leurs fonds et en dernier lieu, vous placez des touches plus vigoureuses pour en faire valoir les détails.
Les plans de concours pour l’Ecole des Beaux-Arts se lavent ou se pochent (terme spécial) en noir; les plans des projets pour les constructions soit d’édifices, soit de maisons, en rouge, et les plans projetés pour les restaurations, les constructions que Ton veut conserver, se teintent en noir ; ce qu’on démolit se peint en jaune et ce que Ton projette en rouge.
Remarque. — On peut s’exercer à coucher des teintes unies de différentes nuances ou tons claires, moyens et foncés, en se traçant sur du papier des sortes d’espaces variés de formes et de grandeurs, comme le seraient des superficies de départements ; il faut employer toujours deux pinceaux, un pour l’eau pure et l’autre pour la teinte qu’on couche. On commence, avec le pinceau légèrement mouillé et sans couleur, par suivre tout le contour sans le dépasser et allant vers l’intérieur on
humecte toute la surface qu’on veut teinter ; on prend ensuite le pinceau à la teinte d’encre de Chine et on agit, couchant la teinte que l’on veut. On observera que l’eau simple dont on a eu la précaution d’humecter son aire à remplir, ne sert qu’à noyer chaque coup de pinceau dans le coup de pinceau voisin, seul moyen d’obtenir la teinte uniforme sans reprise visible de pinceau qui ferait infailliblement des plaques et des taches, sans la précaution préalable d’humecter la place que l’on teinte.
LAVIS TOPOGRAPHIQUE De la palette .
Les palettes les plus commodes sont de la forme d’un carré long, aussi grandes que possible. Les couleurs doivent y être délayées sur les côtés dans l’ordre le plus rapproché des couleurs du prisme. Le centre de la palette resté libre est réservé pour y opérer le mélange des teintes. Sous peine de se servir de tons sales et dénaturés, il faut la nettoyer chaque jour avant de s’en servir avec une éponge consacrée à cet effet ; les tons frais surtout ont besoin de toute la dureté possible ; car s’ils se trouvaient ternis ou rompus par le mélange des tons d’ombre, là où l’on aurait voulu mettre un ton lumineux, on n’aurait qu’une demi-teinte.
On peut également avoir une palette d’ivoire comme celle des miniaturistes ; mais si l’on tient à éviter de la dépense, la première assiette venue peut suffire, et si l’on veut même délayer ses couleurs dans des coquilles de moules parfaitementpropres, il n’y a aucun inconvénient à le faire.
La palette d’ivoire des miniaturistes est très commode à cause de sa légèreté, qui la rend très portative, même dans un portefeuille à dessin.
On vend aussi actuellement des boîtes à couleurs en tôle peintes à l’huile, contenant des couleurs en pastilles., et ser-
vant en même temps de palettes ; les couleurs en pastilles sont d’un prix inférieur aux autres, mais ont l’inconvénient de se briser à la longue en se desséchant. Cependant, en les achetant shez certains fabricants consciencieux, on les trouvera aussi tonnes que les couleurs en pains ; il faut seulement en épousseter ou laver souvent la superficie, qui se charge très facilement de poussière, et, de même que dans la peinture à l’huile, les atomes poudreux font tache dans les teintes et nuisent à la limpidité ou pureté des effets.
APPLICATION DES TEINTES PLATES POUR L’ENLUMINURE DES CARTES GEOGRAPHIQUES
En topographie, le but de l’enluminure, est, comme chacun sait généralement, d’aider par certaines couleurs qu’on adopte, à reconnaître plus facilement les délimitations d’une province, d’un département ou d’un État. Jusqu’ici, ce genre de coloration a souvent dépendu du caprice de l’enlumineur, cependant il est plus rationnel d’adopter dans ce travail quelques règles utiles.
1° Les couleurs doivent être le plus pâles possible, afin que la lecture des noms soit toujours facile, sans fatiguer l’œil.
On préférera donc les couleurs que j’appellerai lumineuses : le rouge, le jaune, l’orangé, le vert-gris dans leurs tons clairs, et on n’emploiera le bleu et le violet que très pâles aussi ; ces couleurs étant par leur nature plus sombres que les autres.
2° Toutes les parties qui ont ensemble quelque rapport commun recevront une seule couleur; chaque partie se distinguant des parties contiguës par la difiérence du ton.
3° Il n’y a réellement que trois couleurs simples : le rouge, le jaune et le bleu ; toutes les autres sont composés par le? mélanges infinis de ces trois couleurs mères.
Les boîtes de couleurs en pains, telles qu’on les vendait autre
fois, et les pains de couleurs qu’on trouve partout, sont préférables aux pastilles de couleurs pour le lavis topographique ; on les délaye dans des godets séparés et semblables à ceuA qu’on emploie pour délayer l’encre de Chine.
4° Dans les tableaux graphiques, dont l’usage s’est beaucoup généralisé, pour rendre accessibles à toutes les intelligences beaucoup de connaissances qui, jadis, n’étaient du ressort que d’un très petit nombre, on tire un parti spécial des couleurs pour graver dans la mémoire certains ordres d’idées, en rappelant aux yeux des rapports qu’on veut fixer.
S’il s’agit, par exemple, de représenter dans un seul tableau, dit synoptique (c’est-à-dire qu’on voit d’une seule œillade), des objets superposés suivant un certain ordre, on conviendra de représenter chacun d’eux par une des couleurs du spectre solaire prise dans l’ordre où elle se trouve placée, en partant du rouge. 1er rouge, 2e orangé, 3e jaune, 4e vert, 5e bleu, 6e indigo, 7e violet ; dans le cas où le nombre de ces couleurs serait insuffisant, on prendrait différents tons de leur gamme, les modifiant au besoin, en ayant recours aux gammes les plus voisines de celle à laquelle ils se rapportent.
La connexion ou le mélange de ces objets peut se représenter par la juxtaposition des diverses couleurs ; de même que l’union de ces objets peut se représenter par le mélange de ces couleurs. L’application de ces idées rendra plus intelligible l’usage des cartes physiques, géologiques, minéralogiques, botaniques, ou phytographiques, zoologiques, chronologiques ou historiques, politiques, administratives, militaires, itinéraires, routières, hydrographiques, célestes, etc., etc., dont les noms s’expliquent d’eux-mêmes.
L’enluminage ou coloriage des estampes, gravures, lithographies à sujets artistiques, scientifiques ou industriels, est devenu une profession dont la perfection est aujourd’hui très voisine de l’art. On emploie, pour l’enluminage, des couleurs à
l’eau plus ou moins gommées ; la gomme est destinée à leur donner plus d’éclat et de fixité en meme temps.
Il est nécessaire, avant de colorier de cette façon, de donner ;iux estampes ou lithographies un encollage préalable.