SYPHILIS HÉRÉDITAIRE
Maladie sans incubation appréciable; elle ne se manifeste pas ordinairement avant le quatrième mois de la vie fœtale; souvent même elle ne se révèle que plusieurs semaines après la vie intra-utérine, par un coryza, des éruptions cutanées diverses, surtout des plaques syphilitiques, et par une apparence de cachexie et de sénilité généralement liée à une altération des principaux viscères.
L'enfant qui survit à ces premières manifestations reste souvent pâle et faible, il a le front proéminent, le nez aplati, et il se fait remarquer en général par la lenteur de son développement, la chute prématurée des dents incisiyes, la malformation des incisives centrales supérieures de la seconde dentition.
Une nouvelle série de manifestations survient en général à l'époque de la seconde dentition, de la puberté, ou plus tard encore; elle consiste en des lésions conjonctives profondes et circonscrites, mais ordinairement symétriques, des systèmes cutané et muqueux ou même des différents organes. Dans ces conditions la transmission héréditaire de la maladie n’a plus lieu, et l’immunité est trèsincomplète.
Qu'elle soit acquise ou héréditaire, la syphilis se présente avec des degrés d'intensité divers. remarqués de la plupart des syphiligraphes. Ruiz Diaz de k ji . b e \ .e
Isla en indique trois; mais ce qu'il entend par là se rapporte surtout aux périodes de la syphilis. Il n’en est pas de même d'Alex. Trajan Pétrone (1) qui reconnaît une syphilis bénigne et une syphilis maligne. Cette distinction . . 7? à LA 4 7 Atn qu'il est encore possible de retrouver dans d’autres auteurs mérite d’être
(1) Aphrodisiacus, t. IF, p. 1225.
Lil LA SYPHILIS.
conservée. Nous admettons un troisième type, la syphilis commune, qui servira de point de comparaison pour la description des deux autres.
1° Syphilis commune. — La syphilis commune, que nous avons eue plus particulièrement en vue dans notre étude nosographique, est la variété que Pon observe le plus fréquemment. Passant par chacune des étapes que nous avons signalées, elle se manifeste par toute une série d'accidents dont L gravité consiste, avant tout, dans le siége de la localisation morbide, et qui sont très-susceptibles de guérison, si l’on à soin de faire intervenir assez tôt un traitement convenable, de façon à éviter l’altération secondaire des éléments fonctionnels propres à l'organe malade; quant à la guérison définitive, elle a lieu seulement après l’accomplissement de toutes les phases de la maladie.
20 Syphilis bénigne. — Cette forme, qui a la plus grande ressemblance avec la syphilis commune, en diffère seulement par une intensité moindre, et sur= tout par une durée plus courte. On ne la voit pas nécessairement passer par toutes les périodes et accomplir toujours une révolution complète; quelque= fois, plus souvent peut-être que l’on n’est tenté de le croire, le terme de son évolution survient à la fin des accidents secondaires. L'organisme, pour une raison qu'il n’est pas toujours facile de saisir, peut dès lors revenir à son intégrité normale. Jusqu'à un certain point comparable à la variole qui s’arrête avant d'arriver à la suppuration, cette variété de la syphilis pourrait à juste titre être décorée du nom de syphiloïde; elle est en effet l’analogue de la varioloïde, c’est-à-dire la forme la plus courte, la plus légère et la plus bénigne de la maladie. S'il n’est pas toujours facile de dire à quoi tient cette bénignité de la syphilis, on ne peut contester qu’on l’observe principalement dans certaines contrées remarquables par la douceur du climat. Ce fait n’avait pas échappé aux anciens, puisque Jean de Léon observe déjà que la syphilis guérit seule dans la Libye (1). Nous l'avons noté ailleurs (voyez Distribution géographique), et conséquemment nous n y reviendrons pas.
De cette forme plus que de toute autre se rapproche une manière d’être par= ticulière de la syphilis, qui a pour manifestations plus spéciales des plaques syphilitiques. Il n’est pas très-rare en effet de voir des individus présenter, à la suite d’un chancre syphilitique, des plaques muqueuses ou cutanées rebelles, qui disparaissent pour revenir un peu plus tard, et cela pendant deux, trois et même quatre ou cinq ans. Ces individus en général n'ont pas d’autres manifestations sur la peau, et il n’est pas prouvé qu'ils soient jamais atteints de lésions viscérales. Cette forme, que j'ai rencontrée plusieurs fois, est fort génante pour les malades, mais en somme peu grave ; elle mérite toute l’atten-
uon du médecin, et nous ne pouvons {rop engager à en faire une étude SUIVIe.
3° Syphilis maligne. — Tant par sa gr
, 4 avité que par les différences qui la séparent de la syphilis ordinaire, la SYP
hilis maligne mérite de fixer notre
(1) Citat. de Freind, Hist. de La méd., p. 68, 3° partie,
| NOSOGRAPHIIE. hh5
attention. Le plus souvent, dès son début, cette forme se révèle à l’observa- “teur : le chancre, au lieu de se limiter aux parties les plus superficielles du derme, creuse peu à peu, il serpente et devient phagédénique. Mis en lumière ‘par les intéressantes recherches de Bassereau, ce fait a été formulé ainsi qu’il suit: « Après les chancres indurés phagédéniques, surviennent les syphilides pustuleuses graves, les affections ulcérées de la peau plus tardives, les exos- “oses suppurées, les nécroses et les caries. » Les observations consignées dans “la thèse inaugurale de Dubuc n’infirment en aucune facon cette manière de woir, puisque, sur neuf malades atteints de syphilides graves et malignes, il y a quatre fois des chancres phagédéniques au début.
À l'accident primitif succède une première poussée éruptive, remarquable “par cette particularité qu’elle tient tout à la fois des syphilides exanthématiques ou précoces et des syphilides profondes et tardives ; des premières par “ses symptômes prodromiques, ses adénopathies ganglionnaires et sa généra- ‘lisation ; des secondes par la lésion matérielle qui la constitue et les cicatrices “qui lui succèdent. Quelle que soit la lésion élémentaire par laquelle débute éruption, pustule ou tubercule, sa tendance constante est de marcher vers ulcération ; après un temps en général assez court, les boutons se couvrent Me croûtes qui, incessamment accrues par une sécrétion plastique particulière, stratifiées et bombées au centre, présentent assez l'aspect des écailles M'huître, d’où la dénomination de pustulæ ostracosæ donnée par les premiers Syphiligraphes à ces lésions plus fréquentes au xvi* siècle qu'à notre époque. Sous ces croûtes existent des ulcérations à bords taillés à pie, à fond grisàtre pultacé, circonscrites par une auréole rosée. Après une durée plus ou moins Hongue, la sécrétion tarit, les bords s’affaissent, les ulcères se cicatrisent; mais quelquefois on les voit s’avancer en rampant et ronger peu à peu les parties adjacentes, ou bien gagner en profondeur, mettre à nu les parties souseutanées, et même faire communiquer entre elles des cavités voisines.
La première poussée éruptive ne se comporte pas toujours de cette façon : la marche serpigineuse ou perforante ne se révèle souvent qu'à la seconde “éruption, mais, en général, cette seconde éruption ne tarde pas à suivre la première. Les cicatrices qui succèdent ont la forme des ulcères, elles sont profondes et présentent une teinte rouge sombre qui s’efface lentement du centre à la circonférence. Dans quelques cas, au lieu de l’évolution particulière dont il vient d’être fait mention, apparaît, au sommet du bouton érupüf, une petite éschare noire qui s'accroît peu à peu et finit par tomber, laissant à nu un ulcère très-analogue aux précédents. Les éruptions qui, pendant ce temps, se montrent du côté des muqueuses, ont moins de tendance à creuser et à détruire les tissus : elles sont d’ailleurs assez discrètes si elles ne manquent complétement (Dubuc ). Il faut faire exception pour les fosses nasales, dont la muqueuse est fréquemment ulcérée et la cloison quelquelois perforée, Avec ces éruptions ou peu de temps après leur disparition, surviennent d’autres accidents et principalement des lésions oculaires (iritis), des exostoses, quelquefois des lésions des testicules ou des viscères abdominaux, ainsi qu'il est arrivé dans un cas rapporté par Axenfeld (1). Ces acci-
(1) Axenfeld, Bullet. de la Société anat., année 4863, p. 512.
Lh6 LA SYPHILIS.
dents se pressent parfois avec une telle rapidité ee le syphil tique peut, CGxaue l'a Vu Meice. Robert, se di er ne . RÉ En: et que l’on observe à la lois, chez le même individu, les trois séries d’acci dents primitifs, secondaires et tertiaires. pe Lea
Un état générai parfois sérieux sert de cortége à ces différentes man festations. Les malades ont une fièvre continue avec exacerbation le soir; Î maigrissent, pàlissent et perdent leurs forces, ils ont peu d’appétit, des envie de vomir, de la diarrhée. Ils sont pris de dyspnée, de palpitations, ils éprot vent une céphalalgie et une insomnie opiniâtres, ils sont tristes, inquiet ils ont même de la tendance au suicide. C’est alors que surgissent le plu souvent les complications ordinaires de la syphilis, l'érysipèle et la pneu monie, qui viennent mettre un terme aux souffrances des malades: d’autre fois au contraire les forces se rétablissent peu à peu, en même temps que le croûtes se détachent et laissent à nu des ulcères rosés qui ne tardent pas à cicatriser. Plus rarement la mort est la conséquence des lésions syphilitique elles-mêmes : les malades succombent emportés par une sorte de marasm consécutif à l'existence de désordres multiples du côté des viscères. Lorsque | guérison des premiers accidents a lieu, on peut voir apparaître de nouvelle poussées éruptives après des intervalles de temps plus ou moins éloignés comme les premières, elles manifestent de la tendance à l’ulcération ou M gangrène, et, en définitive, à la destruction des tissus.
Ce tableau abrégé montre que cette forme de syphilis n’est pas sans analogi avec la syphilis de la fin du quinzième siècle, du commencement du seizième et quelques autres épidémies syphilitiques; que, de plus, tant par la natur des lésions locales que par les caractères de ses symptômes généraux, comm aussi par la rapidité de sa marche, elle mérite à juste titre la dénomination d Syphulis maligne. Les influences sous lesquelles se développe cette forme mor bide sont quelquefois difficilement appréciables, comme le prouvent les fait rapportés par Dubuc; aussi cet observateur a-t-il cru devoir rattacher la mali: gnité de la syphilis à une inconnue, la prédisposition interne, ce qui ne veu rien dire, si on n'indique les conditions qui favorisent cet état particulier. Or. il me semble que le jeune âge, qui rend la syphilis plus aiguë, lui 1m prime quelquelois aussi un certain degré de gravité ou même de malignité. L'influence de la race n’est peut-être pas à négliger dans cette question ; mais Jusqu'ici nous manquons des éléments nécessaires pour en apprécier Va valeur, De même, l'opinion que la contamination d’une race à une autre est susceptible d’aggraver la syphilis n’est nullement prouvée (1). D'ailleurs on conçoit qu'une mauvaise hygiène puisse donner à cette maladie une impulsion plus active. Une alimentation insuffisante, des changements brusques de température, un climat humide, l'encombrement et le défaut d’acclimalation, toutes ces conditions qui a8gravent la syphilis peuvent aussi favoriser le développement de la forme maligne. Quelques auteurs sont portés à croire qe la Syphilis transmise du fœtus à la mère, comme celle qui provient d'accidents héréditaires, est généralement plus grave: mais cette opinion
(1) Voyez Gauthier, Deux années de pr
‘atique médicale à Canton (Chine). Thèse de Paris,
NOSOGRAPHIE. Ll7
manque encore de preuves certaines. La Comparaison de la syphilis avec J'autres maladies, la variole par exemple, n’est pas de nature à faire attribuer “ne grande importance à la qualité du virus. C’est donc plutôt dans les conitions du milieu extérieur qu'il faut chercher les causes de l'apparition de a syphilis maligne.
Après avoir vu la syphilis naître et se développer dans un organisme sain, il importe maintenant d'envisager cette même maladie chez l'individu malade, de chercher les modifications qu'elle est susceptible de subir dans ces conditions et celles qu’elle peut imprimer aux maladies avec lesquelles elle soexiste. Bien que peu étudié jusqu'ici, le sujet qui va nous occuper n’en est vas moins {rès-important, puisqu'en fait il se retrouve à chaque pas dans la sratique. Comme l’action bien connue du traumatisme sur la détermination les accidents syphilitiques sera traitée plus loin, il ne sera question ici que de influence exercée par les maladies soit aiguës, soit chroniques.
… Influence des maladies sur la syphilis. — Les maladies aiguës ont sur es manifestations de la syphilis une influence qui varie avec la période lu mal, et qui peut en troubler l’évolution. « L'apparition d’une maladie ügué, dit Bassereau (1), telle que fièvre grave, phlegmasie pulmonaire ou lutre, survenue quelque temps après la contagion, m'a semblé avoir pu “tarder quelquefois le développement des syphilides érythémateuses. » Ce retard nous a également paru exister dans un cas de syphilide papuleuse lont le cours fut traversé par une variole. D'un autre côté, plusieurs obserfateurs (2) ont signalé l’action bienfaisante de l’érysipèle sur certaines syphilides. Un mémoire que publie aujourd'hui le docteur Mauriac (3) est destiné dprouver l'influence curative de cette affection dans la syphilis. Ce mémoire dest pas terminé; mais je suppose que cette Influence s'exerce uniquement sur les syphilides et qu’elle reste sans action sur les manifestations profondes, à plus forte raison sur la maladie’elle-même. Mon distmgué collègue M. Lallier m'a dit avoir observé une jeune femme qui, à la suite d’une attemte de choléra, se trouva rapidement débarrassée d’une éruption syphilitique et lune paralysie vraisemblablement de même nature, et j'ai pu voir moimême la disparition rapide d’un chancre induré par suite de l'apparition d’une fièvre typhoïde. Une jeune fille de vingt-trois ans était attemte de roséole et éruption du cuir chevelu, pour lesquelles nous venions de la soumettre à ün traitement spécifique, lorsqu'elle fut prise d’un choléra qui fit cesser ces deux éruptions (4).
(4) Bassereau, Traité des affections cutanées et symptom. de la syphihs, Paris, 1852,
+ (2) Sabatier, Thèse de Paris, 4831. — Rayer, Maladies de la peau, 1835, $S 861, P. 974. — Chomel, Éléments de pathologie générale, 4° édit. 1856, p. 374. — Jourjon, Thèse de Paris, 1870. pti ve nt
(3) Ch. Mauriac, De l'influence curative de l'érysipèle dans la syphilis (Gaz. des hipitaux, 1873, n° 39, 41, 44, etc.)
(4) Ces faits ont été signalés par nous livre,
dans les notes ajoutées à la traduction anglaise de ce
hh8 LA SYPHILIS.
Ces différents faits tendent à prouver que certaines maladies, en apportant de rapides et profonds changements dans la nutrition | générale, peuvent avoir sur la syphilis une action comparable à celle des agents thérapeutiques. En tout cas, il importait d'autant plus de signaler ces faits que l attention es! à peine éveillée sur ce point de pathologie générale, et que jusqu'ici nous sommes fort peu renseignés sur les lois qui régissent les rapports des mala: dies entre elles. ,
Nous devons avouer que nos connaissances, en Ce Qui Concerne les rapports de la syphilis avec les maladies chroniques, sont. peut-être moindres que celles que nous avons relativement aux maladies aiguës. C'est qu'en effet il n’est pas toujours facile de démèêler si la syphilis qui survient chez un goutteux, un rhumatisant, un scrofuleux, ete., doit sa plus ou moins grande intensité à l’état constitutionnel de l’individu malade ou à toute autre circonstance. On sait que les individus scrofuleux ont plus que les autres une tendance à la suppuration des manifestations syphilitiques, et qué l'alcoolisme prédisposeà ces mêmes manifestations et les aggrave ; mais d’ailleurs, à part Sp. Wells (1) qui prétend que la syphilis est très-grave chez les sujets atteints de goutte et qu'elle prend volontiers le caractère scorbutique, la plupart des auteurs sont silencieux sur la matière. Ce que notre observation nous a appris à cet égard, c’est que dans le conflit entre une maladie constitutionnelle ou diathésique et la syphilis, la marche de cette dernière n’est troublée et ses manifestations ne sont modifiées qu'autant que la maladie coexistante se trouve en puis sance d'action, et alors il existe généralement une modification réciproque des deux maladies; l’une d'elles revêt une acuité plus grande, tandis que l'autre est ralentie dans sa marche. Un jeune homme atteint de la dégéné: rescence rénale de Bright, et depuis plusieurs semaines soumis à notre obsèr: vation, est porteur d'un chancre de deux mois non encore cicatrisé ; lésion des reins, d’après ce qu'il raconte, marche chez lui avec une certaie rapidité, puisque, ne remontant pas au delà de quelques mois, elle se manifeste aujourd’hui par un précipité albumineux des plus abondants et par le passage de nombreux cylindres fibrineux dans les urines. Un autre malade, que nous avons pu suivre pendant huit mois, nous présenta tout d’abord, en même temps qu'une tuberculose bien établie, un rupia et une orchité syphilitique ; mais bientôt nous vimes l’altération pulmonaire prédominer en quelque sorte aux dépens des lésions syphilitiques, qui parurent arrêtées dans leur marche. Disons, que ce malade, pendant quinze jours, prit 1 gramme d'iodure de potassium. Une jeune femme phthisique et syphilitique à la fois n'éprouva, en fait de manifestations spécifiques, pendant près de cinq mois qu'elle passa sous nos yeux, que des lésions localisées aux parties génitales et extrêmement lentes dans leur développement.
2 Influence de la syphilis sur les moladies. — L'influence que la syphilis exerce à son tour sur les maladies mérite un examen sérieux, nous l’envisagerons dans les cas de traumatisme, dans les maladies chroniques et, enfin,
{4) Spencer Wells, Practical observat. on gout, etc., London, 1854, p. 87.
dans les maladies aiguës. C’est, dit Swediaur (1), une opinion reçue par plu-
“sieurs médecins, que les os des personnes affectées de vérole deviennent plus fragiles et que les malades, par conséquent, sont plus sujets aux fractures. Ce "même auteur rapporte ensuite l’observation d’un homme qui s'était fracturé "la jambe et qui, après un séjour de neuf semaines au lit, n'avait pu obtenir de consolidation. Alors on SOUpÇonna que la vérole dont il av
»vait bien être la cause qui S’Opposait à la formation du e mercuriel fut institué, la fracture se consolida, et le mal iement guéri.
Delpech écrit d'autre part : « On voit des ulcères vénériens se déclarer à propos d'une blessure, soit dans le sein même de celle-ci , Soit dans ses environs. Cette “complication est très-rare et n’a guère lieu que dans le cas d'infection générale et quand la plaie dure depuis longtemps { 2). » Remarquons qu’il ne s’agit pas 1e d’un chancre, car cet accident ne se développe jamais au milieu d’une plaie, à moins d’un contact virulent, Suivant Verneuil (3), lorsqu'on opère chez un syphilitique une fistule pénienne, par exemple, la réunion immédiate manque, l’autoplastie échoue. Mais si l’on vient à instituer un traitement approprié, on peut recommencer l'opération cette fois avec succès. Un médecin de l’ar mée, le docteur Guillemin (4), a rapporté, à l'appui du fait établi par Verneuil, l'observation d’un malade syphilitique chez lequel deux petits ulcères, résultat d'excoriations faites au doigt, n’ont cédé qu'autant qu'un traitement iodé fut mis en usage.
Merkel (5) croit aussi à l’action de la syphilis sur les plaies, quand l'infection s'est produite peu de temps avant le traumatisme. Les manifestations syphilitiques qui surgissent dans ce cas sont ordinairement cutanées et s’observent au niveau de la cicatrice ou bien dans les parties de l'enveloppe tégumentaire qui sont habituellement atteintes. Par contre, Thoman (6) prétend que les plaies guérissent tout aussi bien chez les syphilitiques que chez tout autre individu. L'action de la syphilis sur les maladies aiguës est en général fort peu connue. Bamberger (7), Fronmüller (8), signalent la transformation de pustules varioliques en condylomes chez des individus affectés de dyscrasie syphilitique. Ce Serait, suivant ces auteurs sur la lésion locale que la syphilis concentrerait son action ; cependant, il m'a paru que, dans le cours de la dernière épidémie de variole, les cas de variole hémorrhagique étaient relativement plus fréquents che: les individus affectés de syphilis, et si ce fait venait à se vérifier, il en résul-
ait été affecté poual; un traitement ade se trouva complé-
| 5 NN cie DES Montpellier, t. I, Paris, 1823. Sn à Lai
(3) Verneuil, Gaz, hebd., février 1863, p. 134.— Le mème, Archives générales de médecine, " ER Ace hebd., 17 juillet 1863, p. AzS. Re APE Ambrosoli, De l'influence 14 PAT rm Sois je nn. von Verlelzungen, Centralblatt 1 . CR e re d, Syplilitischer, Wien. med. Wochenschrift XV, 215 Ne Bamberger, Combination der Blattern und Syphilis, OEsterr. Zeitung f. prakt, Heil- D te Complication de variole et de syphilis, Würzb. med. Zeitschrift, t I, 1860.
terait que la syphilis peut aussi influencer l’état général de cette maladie. D'ailleurs, Woakes (1) rapporte qu'ayant, dans une épidémie de scarlatine assez bénigne, soigné quelques cas terminés par la mort et cela seulement dans trois familles, il fut frappé de la rencontre de ces Cas funestes chez des enfants qui avaient été atteints d’une syphilis constitutionnelle héré= ditaire.
Parmi les maladies chroniques, la scrofulose et la tuberculose sont celles sur lesquelles la syphilis paraît avoir le plus d'influence. La goutte et le rhumatisme sont en général fort peu modifiés par cette maladie. La syphilis, sui vant Lugol (2), influe sur la marche de la scrofulose ; mais les faits que donne cet observateur à l'appui de cette assertion ne sont pas significatifs, ils ont trait à des individus simplement atteints de blennorrhagie. Bazin (3) insiste: avec raison sur la propriété qu'a la syphilis d'éveiller les manifestations de la diathèse scrofuleuse et de leur imprimer une tendance à la suppuration ; c’est un fait que du reste j'ai nettement observé dans un cas où une poussée syphilitique détermina lapparition d’adénopathies suppurées multiples. En somme, la syphilis peut réveiller les manifestations de la scrofulose, mais elle ne les produit pas ; on peut en dire autant à l'égard du rachitisme. L'influence de la syphilis sur la tuberculisation pulmonaire à plus particulièrement préoccupé les auteurs. Morton, Morgagni, J. Frank, Graves (4), s'accordent à reconnaître que la syphilis est une cause débilitante qui, chez les individus prédisposés, favorise, accélère, aggrave le développement de la phthisie pulmonaire. Cette:
opinion, qui à pour principaux défenseurs Laennec, Andral et Pidoux (5), ne“
repose toutefois que sur un petit nombre de faits, et, sous ce rapport, elle n’est peut-être pas tout à fait irréprochable. Quant à moi, j'ai observé seulement quelques cas où la syphilis ait paru jouer un rôle de cause provocatrice par rapport au développement d’une tuberculisation à marche rapide qui finit par emporter les malades. Quelques auteurs n'hésitent pas à croire que la syphilis est capable de produire elle-même la tuberculose; mais e’est.là une manière de voir qui ne parait nullement justifiée. Pour prouver que la syphilis peut engendrer la tuberculose, il faudrait, dit Gamberini (6), établir, à l’aide
des faits cliniques, que des individus placés hors de toutes les conditions | qui disposent à la phthisie en ont été atteints à la suite d’une infection véné=
rienne. Or, la clinique ne peut encore donner une réponse aussi explicite, etsi, parmi les défenseurs de l'opinion qui rattache les tubercules à la syphilis, il en est quelques-uns qui prétendent avoir guéri des phthisiques en employant des remèdes mercuriels, il y a lieu de croire qu'ils ont pu s’en laisser imposer par une laryngo-trachéite syphilitique, ce qu’indique tout au moins le court espace de temps qui a servi à la guérison. C’est de cette façon,
(4) E. Woakes, Scarlet fever and Syphilis, British med. Journal, 5 oct, 1872.
(2) Recherches et observations sur les causes des maladies scrofuleuses, p. 285. Paris,
(3) Leçons sur les syphilides, 1859.
(4) La syphilis et l'abus du mercure sont les deux causes, dit Graves, qui favorisent le plus
le développement de la phthisie pulmonaire. Leçons de clinique médicale, trad. fr. de Jaccoud, p. 162. Paris, 1863.
(5) Etudes générales et pratiques sur la phthisie, Paris, 1873. (6) Gazetta medica Italiana Toscana, 1852, et Gaz. méd. de Paris, p, 374, 1853,
en effet, que nous avons cru devoir interpréter ailleurs la plupart des observations connues de phthisie vénérienne, L'existence simultanée d'altérations syphilitiques et de lésions tuberculeuses est chose assez rare, .et il est pr qu'il yaentre le produit syphilitique et le tubercule vrai un antagonisme analogue à celui qui existe entre celui-ci et le cancer. Or, la loi générale de l’organisme, en vertu de laquelle le développement d’une lésion pathologique arrêterait ou retarderait l’évolution de tout processus d’une origine différente, étant vraie, c'est uniquement par la débilitation qu'elle apporte au sein de l’économie que la syphilis peut donner le coup de fouet à la phthisie pulmonaire (1).
Nous résumerons de la facon suivante ce qui à trait aux rapports existant entre la syphilis et les maladies aiguës ou chroniques : La syphilis peut être influencée dans sa marche par l’apparition d’une autre maladie; elle n’est généralement pas aggravée, si ce n’est par l'alcoolisme. Les manifestations de plusieurs maladies, celles de la scrofulose et de la phthisie pulmonaire particulièrement, sont quelquefois éveillées par la syphilis ; mais, il n’est nullement prouvé que celle-ci puisse les engendrer, elle est tout au plus à leur égard une cause occasionnelle,
À cela ne se bornerait pas l'influence de la syphilis. Suivant certains auteurs, cette maladie pourrait être regardée dans quelques circonstances comme un préservatif contre d’autres maladies. Lancisi dit avoir appris de plusieurs médecins qui avaient soigné les pestiférés à Rome, qu'aucun de ceux qui portaient des cautères ou des bubons vénériens en suppuration n'avait été atteint de la peste (2). Je me souviens d’avoir entendu raconter que les épidémies de choléra qui ont sévi à Paris n’ont jamais visité l’hôpital du Midi (Hôpital des vénériens hommes). Il est vrai que ce fléau a fait une légère apparition à l’hôpital de Lourcine; mais il importe de savoir que les malades qui séjournent dans cet hôpital ne sont pas toutes syphilitiques. Cette remarque me paraît d'autant plus importante que le docteur Espagne a publié dans la Gazette hebdomadaire, 15 septembre 1865, un article intéressant dans le but de montrer l’immunité cholérique, en 1849 et en 1854, dans les services des maladies vénériennes et cutanées des hôpitaux de Montpellier. Pour ne parler que de l'hôpital Saint-Eloi, il y eut, en 1849, 12 décès cholériques, et en 1854, 118, tant dans les services de médecine que dans ceux de chirurgie, et, dans aucune de ces deux années il n’y eut de décès dans les services du même hôpital affectés aux individus atteints de maladies de peau ou de syphilis. N à a-t-il dans ces faits qu'un pur effet du hasard ? Je le pense, mais je n'oserais l'affirmer. Est-ce à la syphilis ou au mercure que l’on emploie pour la traiter qu'il convient d'attribuer ces effets? Le docteur Espagne ne se prononce pas sur ce point; mais, s’il me fallait décider entre ces deux alternatives, j’inclinerais à regarder la syphilis plutôt que le mercure comme une sorte de préservatif contre le choléra. Enfin Chassaignac a rapporté à la Société de chi-
obable
S ili e : Hutchinson, Med. Times 1) Consultez, sur les rapports entre la syphilis et la tuberculose : ue Tir 14 déc. 1867, p. 658. — H. Lebert, Zbed., 20 nov. 1869. — Metcalfe Johnson, Ibid., Aug. 31, 1872. : ENS
(2) De ovilla peste, etc., Romæ, 4715. — Voyez Carrère, Histoire de la Soc. roy, de méd., t. IV, p. 219 des mémoires, Paris, 4785.
h52 LA SYPHILIS.
rurgie (1) que, sur vingt-cinq ou trente opérations qu’il avait faites sur des syphilitiques, il n’en avait jamais vu une seule qui eût été suivie d'infection purulente, et ce savant chirurgien s'appuie sur ces faits pour supposer qu'il y a une sorte d’antagonisme entre la syphilis constitutionnelle et l'infection purulente.
Que penser de ces différentes observations ? Qu'il existe un antagonisme réel entre la syphilis et quelques autres maladies ? Les données actuelles n’autorisent pas à affirmer un fait aussi important. Des recherches nouvelles méritent d’être entreprises sur ce sujet; mais en tout cas un organisme en puissance de syphilis paraît peu disposé à subir les atteintes des causes morbides.
(1) Voy. Gaz. hebd., 1862, p. 604.
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