‹ Traité historique et pratique de la syphilisChapitre 64 sur 98 · CACHEXIE MERCURIELLE ET MORT · texte numérisé non relu

CACHEXIE MERCURIELLE ET MORT

À. V. M..., couturière, âgée de vingt-cinq ans, présente, pour la première fois, en 486 des lésions des parties génitales. Dans le courant de la même année elle s'aperçoit du éruption généralisée de la peau, pour laquelle elle séjourne trois mois à l'hôpital de Lou cine. En 1869, survient une nouvelle éruption qui est traitée dans le même hôpital penda deux mois. Malgré un traitement mercuriel continué à la sortie de l’hôpital, une iritis app rait vers la fin de 1869, et laisse à sa suite un rétrécissement de la pupille. Le 15 avril 487 cette malade demande son admission à l'Hôtel-Dieu, elle se plaint d’une faiblesse généra sans localisation morbide spéciale. Appelé à lui donner des soins dans le cours du mois Juillet, je suis frappé de son extrême pâleur d’une légère bouffissure et d’une faibles de la vue, qui me firent soupçonner tout d’abord une affection rénale. Il n’en était rier les uiines n'étaient pas rendues en plus grande abondance, elles ne renfermaient point d’albr mine. Une céphalée habituelle, des étourdissements, de l’insomnie et un tremblement dt membres supérieurs semblable au tremblement alcoolique, si ce n’est qu’il offrait la mêm intensité le soir et le matin, puis un certain degré d’obtusion des facultés intellectuelles,<m conduisirent, vu les antécédents de la malade, à soupçonner une affection syphilitique de centres nerveux. Pour un instant, je donnai ce diagnostic comme probable, et je preseriv l'iodure de potassium, Cependant la sensibilité était conservée, on ne constatait aucune trac de paralysie, excepté du côté de la vessie ou la miction était souvent involontitefh molade avait une diarrhée incoercible et rebelle, formée de matières jaunâtres. Cette diarrhé m obligea bientôt à suspendre l'emploi de l’iodure de potassium et à me contenter d’admi PR A Là An Here té 1° septembre, l'affaiblissement était extrème dé bre NT np: EP ouffissure étaient considérables (malgré l’absenc € l'albuminurie) ; enfin il lui survint des ulcères dans la bouche, de la fièvre, et le 44lk s’éteignait. d À | ; ,

AE Et UE LS é SE DOTE étaient simplement pales et décolorés, un pet mons un peu Œdsmatds Ale Fins | ee He PÉRE ES ne présentaient d’altération. Poumineux et gras, sans autre altération : rep se a légèrement décoloré ; EURE ver normalé. Le pancréas est l'organe 4 ns e RATES décolorés ou de teinte cireuse ; rate bhcel aepéct séntols se De es 4 ait le plus altéré, il est granuleux, d un jaune clair, ‘PaisSissement de son tissu interstitiel et d’un léger degré

de stéat ini à 1 Î ne ses acinis, L'estonac et l'intestin ont leur muqueuse pâle, mais nullement > * UETUS, sain, adhère au cul-de-sac péritonéal.

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"marasme. Inutile de rappeler que certains auteurs (1), même dans ces derrs temps, ont prétendu que la plupart des symptômes tertiaires de la shilis étaient la conséquence d’un traitement mercuriel. C’est là une opibn qui n'est nullement fondée pour qui connaît la syphilis et intoxication le mercure.

|L'iode et même l’iodure de potassium, administrés sans discernement et Ms réserve, peuvent être la cause d'accidents qui ne sont pas sans analogie |2c ceux de la syphilis (2). En même temps qu'ils activent la circulation, fagents sont susceptibles de produire, du côté de la peau, des éruptions bihémateuses, papulo-pustuleuses ou vésiculeuses ; du côté des muqueuses, Mecongestion intense qui se localise de préférence aux fosses nasales (co- Ma), au pharynx et à la conjonctive. Ces diverses manifestations, auxquelles Moutent an certain degré de maigreur et de décoloration des téguments, Me céphalalgie frontale parfois intense, des palpitations, des étourdissements, “ bourdonnements et une sorte d'ivresse, sont suffisantes, dans certaines Mconstances, pour prêter à l'erreur, surtout quand elles se rencontrent chez individus atteints de syphilis. Effectivement, la syphilis secondaire, à son but, se montre avec un ensemble symptomatique peu différent : céphal- Mie, courbature, insomnie, légère accélération du pouls, éruptions érythé- Mieuses ou papuleuses ; mais, l’état général de cette maladie, contrairement à Mui de l’iodisme, est passager, et les éruptions syphilitiques, fixes et tenaces, “lent des caractères parfaitement tranchés. Il suffit donc de connaître la sibilité de l'erreur pour savoir l'éviter.

H'alcoolisme chronique, sous certains rapports, se rapproche de la syphilis ; “ime celle-ci, il est caractérisé anatomiquement par des lésions non suppudives intéressant la trame conjonctive des organes, symptomatiquement par < troubles variés et une cachexie spéciale (3). L’alcoolisme, toutefois, ne “nine jamais lieu comme la syphilis à des lésions circonscrites et destruc- “es, il produit toujours des lésions diffuses avec tendance à une organisation Minitive. Dans ces deux maladies dont le point de départ est si différent, “olution symptomatique est aussi fort dissemblable, et le mode des sym- ‘ômes très-distinct. IL n’arrivera jamais de confondre l’anesthésie alcoolique ec celle qui peut résulter d’une lésion syphilitique.

À une certaine période de son existence, la syphilis offre une grande res- “mblance avec les maladies constitutionnelles : comme ces maladies, elle se “it remarquer par la dissémination et l'uniformité des lésions, par la multi- “icité et la variété des symptômes, elle a une durée indéterminée, une marche

rogressive.

“La scrofulose, de même que la syphilis, procède par périodes distinctes : au

(4) Hermann, Die Behandlung der Syphilis ohne Mercur, Wien, 1857, et d’autres auteurs ue nous citerons plus loin. | ss

(2) Consultez : Trousseau et Pidoux, Traité de thérapeutique, t. I, 1855. mi Res ee iodisme constitutionnel, dans Gaz. hebd. de médec. et de chirurgie, 1860. à Rs ui ussion académique élevée au sujet de ce mémoire, Bulletins de l'Académie de médecine

nèême année). | LA (3) Voyez, dans Dictionn. encyclopéd. des sciences médicales,

-LCOOLISME,

Paris, 4865, t. Il, notre art.

début, affections superficielles du système tégumentaire j plus tard, affectio profondes laissant à leur suite des traces indélébiles, adénopathies particu lières, puis lésions des os, des articulations, des muscles et des viscères. Dan les deux maladies, le tissu connectif et les glandes lymphatiques sont le parties spécialement affectées ; mais, tandis que les lésions suppuratives Son à peu près nulles dans la syphilis, elles sont fréquentes, au contraire, dans | scrofulose. Ge caractère, déja marqué dès les premières manifestations, con tinue quelquefois de se montrer pendant tout le cours de la maladie. L'impé tigo, l’ecthyma, l’abcès froid, l’ostéite suppurative, les masses fongueuses de synoviales articulaires des scrofuleux diffèrent notablement, à ce point de vue des papules, des tubercules et des gommes syphilitiques de la peau et du tisst cellulaire sous-cutané, comme aussi des modifications spécifiques des oe des articulations (1). Il n°y à pas jusqu'aux lésions viscérales qui n’aient dé: caractères distincts dans les deux maladies ; la dégénérescence amyloïde €s d'un autre côté beaucoup plus fréquente dans la scrofulose que dans k syphilis. Le siége des localisations morbides est d’ailleurs fort différent, car à ne prendre que les lésions osseuses, tandis que celles qui reconnaissèn une origine syphilitique siégent dans la continuité des os, les autres occuper de préférence leurs extrémités. Les cicatrices mêmes sont reconnaissables dans ces deux espèces pathologiques : inégales, bridées, profondes, en cul poule et colorées dans la scrofulose, elles sont en général blanches, lisses plus régulières et plus superficielles dans la syphilis, où elles affectent quel quefois une disposition en demi-cercle. La tuberculose diffère de ln syphili par le siége de ses manifestations. Le foie est pour cette dernière ce qu'est poumon pour la première, La lésion syphilitique d’un viscère quelconqt indique presque nécessairement une lésion hépatique analogue.

Plusieurs manifestations rapprochent le rhumatisme de la syphilis : éru tions cutanées, lésions tendineuses, périostiques, cardiaques, ete., ne dif fèrent souvent des affections syphilitiques ayant même siége que par Î douleur plus vive qui les accompagne el par une plus grande mobilité. Quel ques-unes des lésions du rhumatisme ont même une grande analogie de structure avec les altérations de la syphilis. Rien ne ressemble plus à une tumeur gommeuse que ces artérites partielles dont le produit est connu sous le nom d’athérome. La différence Capitale est dans le siége de la localisation anatomique ; ainsi les valvules cardiaques et les vaisseaux artériels, fréquemment affectés dans le rhumatisme, le sont au contraire d’une façon exceptionnelle dans la syphilis. L'état de cachexie propre à chacune de ces maladies est d’ailleurs tout à fait distinct, ce qu'expliquent suffisamment les causes qui le produisent. Dans le rhumatisme, la cachexie, d'ordinaire sous la dépendance d’une lésion cardiaque, est principalement caractérisée par des congestions passives, des infiltrations séreuses du tissu cellulaire sous-cutané et des cavités Splanchniques ; dans la Syphilis, ce même état, lié en général aux

modifications subies par les glandes hémopoiétiques, se révèle par un amaisrissement progressif et le marasme.

To : U A = be ; F2 A Moins que les maladies dont nous venons de parler, la goutte mérite d’être

(1) Voyez, Bazin, Leçons sur la scrofule. Paris, 1863.

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somparée à la syphilis ; cependant il n’est pas sans à propos de rappeler les signes distinctifs qu’a donnés des douleurs de la svphilis et de la goutte un au- “eur très-recommandable : « Et quant aux douleurs syphilitiques, dites gouttes, crit À. Paré (1), elles diffèrent de celles qui sont vulgaires (la goutte proprement lite), car les vulgaires ont certaines périodes et paroxysmes, et celles de la rérole sont presque continuelles. En outre, les gouttes vulgaires demeurent quelquefois non-seulement cinq ou six ans au plus cachées en un COTPS, mais hussi toute la vie d’un homme, vivant de bon régime, sans qu'il s’en ressente, sbtoutefois les enfants issus de lui en seront affligés ; ce qui n’est pas ainsi de selles de la vérole. Car on les voit ordinairement guérir avec toutes leurs racines, sans jamais récidiver de père en fils. Davantage les gouttes qu’on appelle naturelles occupent les jointures, et y causent des nodus, dedans lesquels on trouve une matière pierreuse et gypseuse, et celles de la vérole oceupent le milieu des os, les rendant carieux et pourris. »

. La diathèse cancéreuse ne procède pas, comme la syphilis, par périodes successives ; aussi celles de ses manifestations qui pourraient faire croire à des lésions syphilitiques tertiaires ne sont jamais précédées des affections que nous ayons rapportées aux phases initiales de la syphilis. Elles surprennent habituellement des organismes sains, au moins en apparence. En outre, les affections cancéreuses diffèrent des localisations de la syphilis par leurs caractères histologiques.

$S 2. — Pronostic.

Nous avons, dans la partie nosographique de ce travail, fait connaître le degré de gravité de chacune des nombreuses manifestations morbides de la Syphilis ; seul, le pronostic local nous a occupé, il reste maintenant à parler du pronostic, non plus de telle ou telle modification isolée, mais de la maladie considérée dans son ensemble. Que la syphilis soit une maladie sérieuse, c'est un fait qui n'est pas contestable; mais pourquoi et dans quelles conditions? enfin, est-il possible de prévoir sa gravité? telles sont les questions qui se présentent à notre examen.

L'accident primitif et ses manifestations ne mettent qu'exceptionnellement l'existence en danger ; mais les affections viscérales, les cicatrices ou les difformités qui peuvent résulter d'une lésion toute locale, la possibilité d'une transmission par contagion ou par hérédité, sont des circonstances qui, pour l'individu comme pour la famille ou même pour la société, font de la SYphilis une maladie redoutable. Plus les lésions viscérales sont profondes, étendues et anciennes, plus aussi la syphilis doit inspirer de craintes, el ces craintes doivent être d'autant plus grandes que l'organe intéressé est plus essentiel à la Vie. Cest dire que les affections syphilitiques des canaux aériens, du cœur et du cerveau, sont celles qui compromettent le plus l'existence, pouvant, dans certains cas, amener une mort rapide, sinon subite. Les lésions hépatiques, quoique moins à redouter, sont loin d'être sans danger, tant par l'ascite qu'elles produisent que par les hémorrhagies et la cachexie qui les

(1) A. Paré, Œuvres, liv. XIX, ch. v, p. 446, Lyon, 1652, et édit, Malgaigne.

uGh LA SYPHILIS,

accompagnent. On peut en dire autant des affections des se as sanguines, qui mènent également à la cachexie, au marasme, et placent organisme dans les conditions les plus favorables au développement des complica= tions ultimes, la pneumonie et l’érysipèle. .

Dans la plupart des cas, en l'absence même de toute manifestation, la syphilis peut être regardée comme l'épée de Damoclès, quin Hi, que l 0CCasion de frapper de nouveau l'individu qu'elle à déjà blessé. Après sa guérison, elle laisse souvent des adhérences anormales, des cicatrices plus ou moins génantes, l’accolement du voile du palais au pharynx, des rétrécissements plus ou moins considérables du larynx, de la - trachée ou des bronches: la face, d'un autre côté, peut être le siége de difformités repoussantes, De plus, la syphilis est communicable par contact, et maintes lois on à vu un seul individu devenir une sorte de foyer épidémique et faire ainsi courir un véritable danger à tout son entourage. C’est dans de semblables condis tions surtout que cette maladie est un fléau social. Enfin, la syphilis rend l'en fant solidaire de l'infection contractée par l’auteur de ses Jours, et sous cé rapport elle doit être considérée comme l’un des plus tristes priviléges atta= chés à l'espèce humaine. Que d'enfants malingres, chétifs, dégénérés ou vouts à une mort certaine pour avoir hérité de ce mal! Que de familles éteintes pour n'avoir pas échappé à ce fléau de la reproduction !

Semblable aux mauvais génies, la syphilis héréditaire n'attend pas toujours que sa victime ait vu le jour ; trop souvent elle tue l'enfant dans le sein de sa mere, où peu de temps après sa naissance, et dans tous les cas elle le laisse exposé tôt où tard à des affections sérieuses. L'observation nous apprend, à cet égard, que le danger est d'autant plus grand que l'infection est plus rap= prochée du moment de la conception, comme si l’action funeste du virus allaït en s'aflaiblissant peu à peu. Après un accouchement à terme, les enfants nés vivants ont chance de continuer de vivre (Bertin). Cette règle cependant est loin d'être absolue; mais en général, plus tôt la syphilis se développe après le moment de la conception, plus elle est à redouter. Presque jamais elle ne pardonne au fœtus ; l'enfant nouveau-né peut lui échapper, et plus tard elle n'est pas incompatible avec une longue existence, l'adulte parvient quelquefois à surmonter le mal dont ses parents n'avaient pu se débarrasser. De cette façon on voit finir certaines maladies héréditaires lorsque la stérilité ou la mort de tous les produits n'a pas conduit à une extinction complète de la famille. Les statistiques suivantes, qu'il y à lieu de considérer comme un peu exagérées, peuvent néanmoins donner une idée de la gravité de la syphilis héréditaire. La mortalité par la syphilis étant, en 1847, de 565 pour toute la Grande-Bretagne, il y eut sur ce nombre 265 enfants au-dessous d'un an (1). À Lyon, le docteur Gay a trouvé, pour l’année 1851, que Sur un total de 5327 décès, 19 avaient eu lieu par la svphilis, dont 45 se lapportaient à des individus au-dessous de dix ans (2). La syphilis du père et celle de la mère retentissent avec une intensité à peu près égale sur le produit de la conception (3). Quelques auteurs toute=

(1) Hunt, On syplititic eruplions. London, 1854.

Sopra Diday, Exposit, théor. et prat. des nouv, doctr. p. 381, in-12,

Sur la syphilis, Paris, 1858, | (3) Voy. Baerensprung

» Hereditäre Syphitis. Berlin, 1864,

SÉMÉIOTIQUE. 165 fois attribuent une influence plus fâcheuse à la syphilis maternelle. Cette influence, suivant Pick (1), est très-défavorable : dans 108 cas de syphilis transmise par la mère, 17 enfants naquirent avant terme, 44 à terme ; 11 parmi les 17 premiers et 3 parmi les derniers étaient mort-nés. Des 47 enfants vivants, l seulement vécurent plus de trois mois, le sort de 2 fut inconnu; pour les autres, au nombre de 41, la durée moyenne de la vie fut de vingt-six jours, la durée la plus courte de une heure, la durée la plus longue de quatre-vingt-dix jours. Ainsi la syphilis diminue le nombre des naissances ; elle fait périr l'enfant en bas âge ; sinon, elle ne lui pardonne pas encore; plus tard, elle peut l'attemndre, et dans tous les cas elle modifie plus ou moins sa manière d'être. Bflectivement, il y a des raisons sérieuses pour regarder la syphilis comme l'une des causes de l'amoindrissement des forces, de la diminution de la taille et de la dégénérescence de certaines familles.

L'âge, le sexe, les influences hygiéniques et météorologiques, telles sont les conditions qui, si elles ne changent complétement le pronostic de la svphilis, le modifient au moins quelque peu. Dans le jeune âge, la syphilis, comme l'a observé le docteur Roger, est toujours plus aiguë et plus grave, elle offre quelquefois le cachet de la malignité; le sexe la modifie peu, mais une mauvaise hygiène, une alimentation insuffisante, la malpropreté, l’oisiveté et la débauche ont une action évidente sur son degré de gravité. L'encombrement, la fatigue, la tristesse, toutes les causes débilitantes en un mot, ont une influence nuisible manifeste sur cette maladie. Des faits nombreux établissent que les changements brusques de température et l'humidité peuvent exercer aussi une influence facheuse sur la syphilis, et lorsqu'elle est compliquée d'une autre affection, cette maladie est souvent plus difficile à guérir. Il en est de même lorsqu'elle a subi sans succès un traitement approprié.

Le pronostic de la syphilis varie en outre suivant la forme qu'elle revêt ; peu sérieuse dans la forme bénigne, cette maladie est déjà grave dans la forme commune, plus grave encore dans la forme maligne. Relativement aux périodes, la dernière seulement est de nature à donner de grandes inquiétudes, les autres en général compromettent peu l'existence.

Des indications pronostiques moins importantes et pourtant intéressantes à connaitre se tirent de la modalité symptomatique. En traitant du chancre, nous avons fait remarquer que les caractères de cette manifestation peuvent servir au pronostic général de la maladie. Effectivement, selon qu'il est plus ou moins fortement induré, qu'il est ou qu'il n'est pas phagédénique ou gangréneux, cet accident présente une signification pronostique différente, et, sans vouloir partager les opinions par trop absolues de Carmichael et de quelques autres Syphiligraphes, il fant néanmoins reconnaître que la modalité particulière du chancre révèle la susceptibilité de l'organisme à l'action du virus. Avec ut chancre très-induré, et à plus forte raison avec un chancre phagédénique Où gangréneux, il ÿ à à craindre des syphilides pustuleuses ou ulcéreuses graves, des accidents sérieux du côté des muqueuses. Telle est du moins, semble-t-il, la conséquence légitime déduite de la statistique dressée par Basse-

(4) Voy. Schmidt's Jahrb.,t. CXX, p. 194.

LANCEREAUX. = Syphilis, 2e édit. 30

reau (1).Sur 68 Cas de syphilide pustuleuse, cet auteur à trouve : érosions Chan= creuses, 3; ulcérations attaquant au moIms toute l'épaisseur de la membrane

tégumentaire et variant de la grandeur d'une lentille à celle d une pièce de un france, 4t; chancres phagédéniques, 20; chancres phagédéniques Serpi= gineux, 4. | È

Les syphilides, suivant quelques observateurs, peuvent avoir une valeur, pronostique au moins égale à celle du chancre. « Quand on veut juger d avance la gravité d'une vérole et prévoir les désordres qu'elle est capable de produire ultérieurement, la première syphilide, écrit Diday (2). est le signe le plus prés cieux auquel on puisse s'attacher. En effet, le plus ou moins d'intensité des prodromes n'accuse ouère que le plus ou mois de force de résistance dont H4 constitution du sujet est douée. Seule la syphilide, grâce à la forme très= variable et très-accusée sous laquelle elle se manifeste, arrive à donner un@ juste idée de ce que sera la syphilis dont elle marque le début. Avec une roséole pure et simple, restant telle pendant toute sa durée, n'allectant en aucun point la tendance à papuler, s’effaçant en dix ou quinze jours; vous avez beaucoup à espérer ; la cure spontanée est presque certaine, Mais le cons traire n'est pas moins vrai, el, au temps de mes premiers essais, je me rap= pelle avoir été deux fois sur le point de regretter d'avoir voulu ne lutter que par des médications non spécifiques contre une vérole dont la première poussée à la peau avait été papuleuse et squameuse. Les syphilides vésiculeuse et pus tuleuse comportent, elles aussi, bien entendu, un pronostic grave. » Kvidem“ ment nous ne pouvions passer sous silence ces intéressantes remarques dé l'un des syphiligraphes les plus estimés de notre époque, et si nous ne leu“ donnons pas tout notre assentiment, dans l'idée que de nouvelles recherches sont encore nécessaires sur un point si délicat, nous n’en félicitons pas moins: notre confrère [Yonnais d'être entré l’un des premiers dans une voie tout à fait. pratique et qui, certes, promet d'être utile.

Il se présente ici une question plusieurs fois agitée, celle de savoir si, depuiss la fin du xvr° siècle Jusqu'à nos jours, la syphilis est en décroissance et tend & disparaitre. Pour la résoudre, établissons d’abord la gravité primitive de cette maladie. Or, voici la description qu'en donnait Catanée en 1505: « Monstruo= sus morbus fœtiditate magna, innumeris pustulis, ulceribus per totam facieni universumque Corpus, Magna eliam sævitia dolorum noctu præsertim huma= num genus affligens laceransque nodositatibus, instar lapidum, plerosque, debiles et mancos effecit, et taliter in humanum genus grassatus est ut quod=. cumque genus morts potius eligendum sit. » Vigo, parlant des douleurs qui survenaient aux syphilitiques, écrivait : « Doloribus elamosis laborant. » Nous connaissons la relation de Fracastor, nous savons qu'avec la plupart des au. teurs du xvr siècle, il admet déjà de son temps une diminution dans l'intensité. du mal (3). À. Paré se range à cette opinion. « La vérole du temps présent, ditl, est beaucoup moins cruelle et plus aisée à guérir qu'elle n'était du temps. passé de son premier commencement ; car elle s’adoucit de jour en jour évi=.

(4) Bassereau, Traité des affect, de La peau s > la syphili l

. de la ympt. de la syphilis, p. 442. Paris, 1852. (2) Diday, Histowre natur. de la syphilis, p. 119. Paris, 1 rt ne ne (3) Voyez l’'Historique, p. 48 de ce livre.

SÉMÉIOTIQUE. h67 deminent (1). » Astruc n'hésite pas à partager ce sentiment ; et alors, pourquoi he pas nous en rapporter à ces auteurs dignes, à tous égards, de notre conlance, et comment ne pas reconnaître avec eux qu'il y a eu décroissance dans l'intensité de la syphilis, quand surtout certains Syphiligraphes, au nombre desquels se trouve Diday, admettent la diminution de force du virus, qu'ils attribuent au fait de sa migration succcessive d'individu à individu? C'est Ià, à notre sens, un point difficile à juger, car si la syphilis de nos jours n’est pas comparable à celle de l'épidémie de Naples, la raison en tient peut-être simplement aux différences des conditions hygiéniques. La gravité des endémoépidémies syphilitiques qui ont sévi depuis la fin du xv° siècle est au moins un fait qu'il est possible d'invoquer à l'appui de cette manière de voir. Si dans ces épidémies la syphilis est plus- intense et plus maligne, c'est en vertu de certaines causes accessoires qui ont présidé à son extension, et ainsi il n'est pas prouvé et il ne peut être admis sûrement que la syphilis soit moins grave aujourd'hui qu'elle ne l'était au plus triste moment de son existence. L'induction tirée de l’affaiblissement du vaccin manque de base solide, et d’ailleurs elle est sans valeur, puisque cet affaiblissement peut tenir, non pas à la répéütion des transmissions, mais au transport du virus d’une espèce à une autre espèce. Au demeurant, sans vouloir soutenir avee la même rigueur que Rollet la proposition que la syphilis ne s’est nullement affaiblie depuis son origine, nous pensons que si elle a diminué dans son intensité, ce n’est pas de facon à faire concevoir, ainsi qu'il est arrivé à quelques auteurs, le doux espoir de voir un jour cette maladie s'éteindre d'elle-même. Aussi, à ce sujet, sommesnous de l'avis de Fernel, qui écrivait : « Nisi Deus opt. max. sua clementia ipse exstinguat, aut effrenem hominum libidinem temperet, nunquam extinetum iri, sed fore humano generi comitem et immortalem crediderim (2). »

(1) Ambr, Paré, Œuvres, t, IE, p. 533, édition Malgaigne, Paris, 1840, et éd. Lyon, 1652, (2) Fernel, De luis venereæ curatione perfectissima liber, cap. 1. — Voyez Aphrodisiacus de Gruner, p, 143.

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