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CONDITIONS ET BÉSDLTAT IMMÉDIAT DE LA CONTAGION

Quels que soient le produit de sécrétion qui renferme le virus et le mode suivant lequel cet agent morbide se trouve transporté, il faut, pour que la contagion ait lieu, que cette semence tombe sur un terrain, et pour qu'elle puisse y germer, il est encore nécessaire qu'elle le pénèire, sans quoi elle se dessèche et reste stérile. Nous savons que tout individu en puissance de syphilis est incapable de contracter de nouveau cette maladie, et que des nourrices contaminées n'é-

(1) Fabrice de Hilden, Obs. chirurg. etméd., 1716, centur. i.obs. 100.

(2) Cité parAslruc, t. Il, p. 10.

(3) Voyez A. Martin, thèse citée, p. 44.

(4) G. Fallope, De morbo gallico iractatus, cap. xxii.

prouvent aucun accident de la part d'un nourrisson syphilitique. Mais, à part ces cas, il est de fait que certains individus sont réfractaires à la syphilis sans qu'il soit possible d'en connaître le motif. On ne sait si c'est là l'effet d'une disposition générale ou d'un état purement local. Ces deux conditions peuvent exister. Nous connaissons peu les dispositions générales relatives à cette immunité. Pour ce qui est de Tétat local, il est très-probable que l'introduction du virus est difficile, sinon impossible, sans une érosion cutanée ou épidermique. Fabre croit l'absorption possible en dehors de toute espèce de plaie, mais il admet qu'elle est plus facile lorsque le virus est déposé sur une muqueuse recouverte d'un léger épithélium. Ricord (1) pense au contraire, avec le plus grand nombre des syphilographes modernes, que la présence d'une écorchure est de rigueur. Après avoir donné quelques faits à l'appui de cette opinion, il ajoute : « Ces faits, que je pourrais multiplier, prouvent que les conditions physiologiques de l'acte génital ne sont pour rien dans la contagion de la syphilis. » Les nombreux faits de contagion que nous avons rappelés plus haut ne laissent pas le moindre doute à cet égard. Les régions ordinairement contaminées, comme les lèvres et le sein, ne se fontelles pas remarquer par leur tendance aux déchirures? Les cas déjà cités de femmes infectant des individus après un coït impur tout en restant saines, ne sont-ils pas un argument sérieux relativement à la nécessité d'une excoriation dans l'absorption du virus syphilitique ?

Le chancre, a dit Ricord, est l'cxorde obligé de la syphilis acquise. Cette loi a été confirmée depuis par des recherches nombreuses, et en particulier par cellesd'Alf. Fournier,qui,surun relevé del046 malades hommes, a trouvé que le chancre avait pu être constaté 1033 fois, et cela soit d'après les rapports des malades, soit d'après le résultat d'une investigation personnelle. Treize fois seulement sur ce chifi're le chancre ne put être retrouvé comme origine d'une façon certaine, ce qui ne prouve pas évidemment qu'il ait fait défaut. Lorsque la contagion de l'accident primitif était seule admise, la loi posée par Ricord ne pouvait pas paraître extraordinaire ; mais le jour où la contagiosité des accidents secondaires fut prouvée, il y avait à se demander si cette môme loi était toujours vraie. Les observations ne se firent point

(1) Ricord, Lettres sur la syphilis, Seédit. Paris, I8G3, p. 183.

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attendre, et bientôt aussi une discussion de priorité s'engagea ; mais sur ce point comme sur tant d'autres, il existait déjà des données importantes, qu'il eût été bon de rappeler tout d'abord.

Brassavole en 1550 (1), Rondelet (2) en 1574, écrivaient que chez les nourrices infectées la vérole commence par des ulcères du sein. A. Trajan Pétrone tenait un langage assez semblable (3). « La première partie qui est affectée (chez les nourrices) , ditFabre(4), est le mamelon, parce que la bouche de l'enfant l'imprègne d'une salive infectée. Il survient donc à cette partie, d'abord une phlogose douloureuse et ensuite des petits boutons qui se changent en ulcères ou chancres ; très-souvent les glandes des aisselles ou celles du col se gonflent en même temps, de même que celles des aisnes, où il survient des bubons, lorsque les chancres occupent les parties de la génération. Après ces symptômes primitifs, la nourrice en éprouve d'autres qui caractérisent la vérole confirmée, etc »

Bosquillon n'est pas moins explicite dans sa traduction de Bell (5), -lorsqu'il dit : « La syphilis héréditaire se communique avec une facilité extrême. Si l'on donne un enfant ainsi infecté à une nourrice saine, on voit bientôt le mamelon de cette malheureuse se gonfler et rougir, l'inflammation gagne l'auréole qui environne ce mamelon ; peu de jours après, il s'élève de petites vésicules qui s'ouvrent et se transforment en ulcères qui ont tous les caractères d'un ulcère vénérien ; les glandes des aisselles s'engorgent, la maladie résiste longtemps au spécifique. «Suivant Petit-Radel (6), le chancre du sein, assez fréquent chez les nourrices qui reçoivent des nourrissons infectés de quelques ulcérations à la bouche, se manifeste toujours à son origine sous la forme d'un petit bouton rouge qui démange beaucoup ; ce bouton fait bientôt pointe, s'enflamme, s'excorie, s'étend, et, occupant tout le mamelon, il rend une matière visqueuse et un peu blanche. On lit

(1) De morbo gallico tract. , cap. xxii. Voir plus loin, dans la partie médicolégale, la citation précise de Brassavole.

(2) Aphrod., p. 935.

(3) Videmus infantes ulcère in labiis primum orto in luem gallicam incidere, nu-

trices in papillls, viros in pene, meretrices in vulva Primi aCfeclus sunt velut

ulcéra in pene, in vulva, in ano, quaecoitu contrahuntur, in labiisque tum suctu, tum osculo, in maxillisque nutricibus inquinalos infantes lactantibus evenite soient. Ai'hroff. , p. 11G7.

(4j Fabre, Traité des malad.vénér. Paris, p. 15, 1773.

(5) Bell, Traité des malad. vé/iér., etc., t. II, p. 620.

(6) Cours des maladies syphil., t. I, I8i2, p. 361.

d'autre part dans la Chirurgie clinique de Delpech de Montpellier (1) : «II n'est pas rare que des baisers sur la bouche, donnés par des personnes infectées et portant quelques symptômes syphilitiques au gosier ou dans la bouche, donnent lieu à une infection qui se fait par le bord libre des lèvres. On observe communément alors une ou plusieurs ulcérations suivies ordinairement de l'engorgement inflammatoire des ganglions lymphatiques correspondants, ceux des régions jugulaires ou sous-maxillaires. Cette conséquence est tellement commune, que l'engorgement concomitant des glandes ou succédant de fort près aux ulcérations syphilitiques peut servir à distinguer les ulcérations primitives ou chancreuses des ulcérations consécutives, provenant d'une vérole ancienne, et qui n'entraînent jamais un pareil accident. Le chancre et le bubon sont donc les symptômes exclusifs de l'infection syphilitique exercée par la bouche.» Après ces citations, il n'est pas besoin de longs commentaires pour montrer qu'un certain nombre de médecins des siècles passés et du commencement de celui-ci ont été conduits par l'observation clinique à regarder comme l'analogue du chancre infectant la lésion qui résulte de la contagion des accidents secondaires. Mais ces faits étaient oubliés, lorsque, le 14 novembre 1835, Auzias Turenne avança, devant la Société médicale du Panthéon (2), qu'il n'y a pas d'induration plus nettement accusée que celle qui occupe l'endroit contaminé par la communication de la syphilis par les accidents secondaires.

Dans la séance du 13 février suivant, Langlebert émit pour la première fois celte idée qu'il a développée plus tard (3), à savoir que la syphilis secondaire, en se transmettant, reproduit la syphilis primitive, c'est-à-dire le chancre. Cette proposition, qui ne reposait encore que sur un petit nombre de faits, fut bientôt acceptée, développée et propagée par Rollet de Lyon (4) et ses deux principaux élèves, Guyenot (5) et Viennois (6). Faisant appel aux faits expérimentaux et réunissant un grand nombre d'observations cliniques, Rollet sut

(1) Chirurg. cliniq. de Montpellier y t. I, 1823, p. 326.

(2) Extrait des procès-verbaux de la Soc. méd. du Panthéon, p. 6. Paris, 1865.

(3) Moniteur des hôpitaux, décembre 1868. — Du chancre produit par la contagion des accidents second ai7'es de la syphilis, 1862.

(4) Gaz. méd. de Lj/on, janvier 1R69, QtArch. gén. de médecine, iShd.

(5) Guyenot, Thèse de Paris, 1859.

(6) Viennois, Thèse de Paris, 18G0.

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élever à la hauteur d'un principe, d'une loi pathologique, d'un dogme, ce fait que la syphilis, quelle que soit sa provenance, débute toujours par un chancre primitif. Mais ce dogme est-il aussi absolu que tendrait à le croire le syphilographe lyonnais (1)? Telle n'est pas l'opinion du Ricordi de Milan, qui lui oppose des faits, dans lesquels ce n'est plus un chancre qui est le premier effet d'une contamination par des accidents secondaires, mais une simple papule. Ces faits, qui n'étaient pas encore publiés à l'époque où noas faisions imprimer les premières feuilles de ce livre, sont trop importants et s'accordent trop bien avec la division que nous avons établie louchant les formes de l'accident primitif (voyez p. 73) pour que nous n'ayons pas à les rapporter. Nous les donnons aussi abrégés que possible.

Une femme co.ntracta au sein un chancre ulcéré pour avoir allaité l'enfant de sa voisine, atteint d'accidents sy phihtiques à la bouche. Cette femme voulut continuer de faire téter son enfant dans ces conditions. Ricordi vit se développer chez ce dernier, à la pointe de la langue et un peu à droite, une papule opaline à peine élevée qui grandit rapidement et constitua, au bout de quatre jours, une petite plaque de la grandeur d'une lentille, plus dure que le tissu de la langue, indolore, avec engorgement correspondant de deux ganglions sous-maxillaires. A la suite resta une petite tache livide ; mais pendant son existence, la papule ne s'ulcéra jamais. (Observ. xli de Ricordi.)

Dans une observation de Pellizzari, il s'agit encore d'une papule primitive de la mamelle qui a été produite par une plaque muqueuse de la bouche. (Observ. xui de Ricordi.)

La nommée Angèle contracte la maladie de son enfant, qui téta quatre ou cinq fois une voisine affectée d'ulcérations au mamelon, pour avoir nourri un enfant trouvé de l'hospice Sainte-Catherine. Trois semaines plus tard, elle présente deux ulcérations à l'angle des lèvres et un écoulement puro-sanguinolent du nez ; papules muqueuses ulcérées au pli cutané du cou et aux fesses. Ces accidents existent encore aujourd'hui, jour où l'enfant est entré à l'hôpital avec sa mère. Celle-ci n'est pas infectée; les mamelles, les aisselles, la vulve, tout est sain. Elle veut continuer d'allaiter. Quatre jours après son entrée, elle présente à la partie externe de l'auréole de la mamelle gauche, une tache rougeâtre à peine élevée, de la grandeur d'une petite lentille, sèche, indolore, sans induration. Les jours suivants, cette tache alla peu à peu en s'élevant et en s'accompagnant de l'induration de quatre ganglions axillair es correspondants. Seize jours après la première manifestation de la papule mammaire, l'enfant était guéri des ac-

(1) Rollct, Recherches sur la syphilis, 18C1, p. 237 et suivantes.— CuUerier, Rapport à la Société de chirurg., 1802.

cidents de la bouche, et la papule elle-même commença à se débarrasser de sa croûte. Sous les écailles d'épiderme détachées, on \oyait une saillie du volume d'un petit pois, molle, rouge, non ulcérée. Celte petite tumeur disparut au moyen des cautérisations avec la pierre infernale.

Une jeune femme, âgée de 22 ans, vit apparaître dans des conditions très-analogues à celles où se trouvait la précédente, à la partie externe de l'auréole une petite tache rouge comme celle que l'on observe dans la rougeole. En cinq jours, cette tache s'étendit du double et commença à s'élever ; alors se montrèrent quelques ganglions à Taisselle correspondante, lesquels devinrent en peu de temps des types de bubon spécifique. Bientôt la papule mammaire atteignit la grosseur d'une lentille et prit une teinte rouge foncé; mais elle resta toujours sèche et parfaitement intacte. Plus tard, survinrent des accidents consécutifs , et en particulier une syphilide papuleuse. (Observ. xxxix de Ricordi.)

Voilà donc quatre faits dans lesquels la forme initiale de la syphilis a été une papule qui ne s'est pas ulcérée, et ainsi, dit le docteur Ricordi, la loi posée par Rollet n'est pas exacte, puisque, suivant cet observateur ou du moins suivant l'école qu'il représente, il reste à démontrer que le chancre induré puisse exister même exceptionnellement sans ulcération (1). A notre sens, ces faits n'infirment pas le principe établi par Rollet, ils prouvent simplement que ce médecin distingué n'a pas reconnu toutes les formes initiales de l'accident primitif; en même temps ils justifient la description que nous avons donnée plus haut (p. 75.) En effet, c'est bien un accident primitif et non une manifestation secondaire qui est la lésion initiale de la syphilis dans les faits rapportés par Ricordi, et la preuve c'est, comme le remarque Ricordi lui-même , l'incubation de la lésion et l'existence d'adénopathies concomitantes, circonstances qui n'appartiennent pas aux accidents secondaires.

Savoir quelle relation existe entre l'accident contaminant et la lésion initiale de la syphilis est un point sur lequel nous nous sommes déjà expliqué, et que les observations de Ricordi viennent encore mettre en lumière, puisqu'elles montrent que la papule sèche et l'érosion chancreuse (fissures ou rhagades) sont une conséquence fréquente de la contagion des accidents secondaires. Mais est-ce à dire que ces accidents ne donnent jamais lieu au chancre induré? En aucune façon. Le point saillant initial, rouge, papuleux ou tuberculeux, se recouvre sou-

(1) L. Nodet, Études cliniques et expérimentales sur les diverses espèces de chancre, etc. l'aiii, 1864, p. 17.

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vent d'une croûte, et plus tard, quand celle-ci vient à disparaître, reste une ulcération à base indurde etplus ou moins taillée à l'ëvidoir, un chancre induré type. D'un autre côté, il est plus que probable que le chancre induré n'engendre pas toujours un accident semblable ; il peut donner lieu à l'une des deux autres variétés, à l'érosion chancreuse en particulier. Ainsi la forme initiale de la syphilis se trouverait en partie réglée sur la constitution de l'individu malade.

Tels sont, en somme, les différents points que comprend l'étude de la contagion syphilitique. Le grand intérêt pratique de celte question, les difficultés qui s'y rattachent, les luttes nombreuses qu'elle a soulevées, sont autant de circonstances qui nous ont engagé à entrer dans des développements peut-être un peu longs, mais qu'il est possible de résumer en quelques propositions :

1" La syphilis n'est pas contagieuse pour l'individu qui est encore sous le coup de l'infection ; autrement dit, elle ne se double pas.

2° Cette maladie est transmise sûrement par l'accident primitif et par les accidents secondaires à forme sécrétante. Il n'est pas prouvé qu'elle le soit par les accidents tertiaires ; mais on ne peut nier les propriétés contagieuses du sang dans la période primitive, ou tout au moins dans le cours des accidents secondaires.

3° Quelle que soit la source d'oîi elle provienne, la syphilis commence toujours par l'une des variétés de l'accident primitif. Bien qu'il n'existe aucun rapport absolu entre la lésion contagieuse et l'accident initial, cependant, on peut avancer que la papule sèche et l'érosion chancreuse sont, plus souvent que le chancre induré, la triste conséquence du contact d'un produit de sécrétion provenant d'accidents secondaires.

§ 2. — Hérédité.

C'est en 1536 que Paracelse, le grand novateur de l'époque, nota clairement pour la première fois la transmission de la syphilis par hérédité : «Tandem fitmorbushereditarius et transit a pâtre ad filium, ab infecto ad alium...Estmorbus fœdus.magishereditariusquam lepra. »

Brassavole, en 1550, observe un cas d'hérédité de syphilis chez un enfant qui infecte sa nourrice. Amalus Lusilanus, en 1354, rapporta l'une des premières observations de syphilis héréditaire. Fallope écrivait, en 1535 : « Prœterea videbitis puerulos nascentes ex femina infecta, ut feranl peccata parentum, qui videntur seraicocti. »

Depuis cette époque, l'hérédité de la syphilis est admise par la plupart des syphilographes : A. Ferrier, P. Haschard, V. Rondelet, B. Tomitanus, A. Paré, A. de Blégny, Astruc Fabre, etc. (1). Hunter, comme nous le savons, niait l'hérédité syphihtique,ce qui ne l'empêcha pas de rapporter deux cas des plus concluants de syphilis congénitale.

Les successeurs de Hunter ne partagent pas tous son opinion, et quelques-uns cherchent à prouver par des mémoires spéciaux la transmission de la syphilis par hérédité ; tels sont surtout Doublet, Mahon et Bertin. Ricord, qui accepta la plupart des idées huntériennes, ne put se refuser à admettre l'hérédité ; il en fut de même de Diday, son élève. Aussi ce mode de transmission est-il aujourd'hui des mieux établis. Le père et la mère, tels sont les facteurs dont l'influence isolée ou solidaire demande à être examinée.

Infection par le père. — Astruc reconnaissait l'influence exclusive du père dans l'acte de la transmission héréditaire, mais il la regardait comme beaucoup moins fréquente et moins certaine que celle de la mère. Swediaur (2) raconte qu'un dragon atteint d'ulcère syphilitique à la gorge eut un enfant qui fut atteint du même symptôme sans que la mère eût jamais éprouvé aucun mal syphihtique. Bertin cite un cas assez semblable (3). Haase (4), V. Gerhardt (S), Bœhr (6) , Derschjold (7), Campbell (8), Bertherand, Cazenave, Diday (9), Martinez y Sanchez, Trousseau, Beyran(lO), ont rapporté des faits peu douteux de syphilis transmise par le père. Trois de ces faits, consignés dans la thèse d'agrégation du docteur E. Vidal, paraissent établir d'une façon péremptoire l'influence héréditaire du père. Ils sont relatifs à trois médecins qui, malgré des accidents antérieurs de syphiHs, avaient cru pouvoir se marier et dont les enfants

(1) Voyez p. 536 et 537 de ce livre.

(2) Traité des malad. vênér., t. II, p. 177.

(3) Traité de la malad. vénér. chez les enfants nouveau-nés^ p. 163, obs. XIII.

(4) Allgern. medizin. Annal., février 1829, p. 194.

(5) Journ. de Siebold, t. X, % 553.

(6) Journ. dcr pracl. Heilkunde, 1836.

(7) Cité par Tronchin, De l'extinction de la malad. vénér,., p. 50.

(8) The Londonand Edinb. monihly journal, 1844, p. 514.

(9) Traité de la syphilis des nouveau-nés et f'es enfants à la mamelle. Paris, 1854, On trouve dans cet excellent ouvrage la plupart des faits ci-dessus signalés.

(10) Transmission de la syphilis du père au fœtus et du fœtus à la mère {Union médic, t. II, p. 457, 18G2).

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présentèrent, peu de jours après leur naissance, des traces évidentes d'infection syphilitiques, les mères n'ayant jamais manifesté aucune lésion suspecte.

Cet ensemble de faits rapportés par des hommes instruits et placés dans des conditions d'observation souvent très-différentes ne peut laisser en doute, ce nous semble, l'action exclusive du père dans l'hérédité syphilitique. Cependant des observateurs distingués ne partagent pas ce sentiment. Bouchut hésite à se prononcer sur ce sujet délicat, il a fini par avouer néanmoins, dans la dernière édition de son livre (1862), qu'il considère cette transmission comme possible.

Vassal (l),Cullerier (2), Notta (3) et Charrier (4) nient Tinfection syphilitique par le père. Ils fondent leur opinion sur des faits au nombre de 26, oi^i des pères syphilitiques ont pu procréer un ou plusieurs enfants sains. J& ne chercherai pas ce qu'il peut y avoir de contestable dans quelques-unes des observations rapportées par ces auteurs : la plupart laissent peu à désirer ; mais que prouvent en pareil cas des faits négatifs contre des faits positifs? Rien, si ce n'est qu'un père infecté ne transmet pas nécessairement le mal dont il est atteint. Il y a plus : on voit naître et grandir des enfants sains, dont les deux parents sont ou ont été syphilitiques.

Dans un travail récent où Baerensprung fait connaître le résultat dè sa longue expérience relativement au sujet qui nous occupe, nous trouvons 40 cas de transmission héréditaire par le père infecté au moment de la procréation ; les mères ne manifestèrent d'accident que dans le cours de la grossesse. Si la plupart de ces faits ne laissent rien à désirer, il en est pourtant quelques-uns qui ne sont pas absolument démonstratifs, à cause du doute qui règne sur le moment exact de l'infection syphilitique chez la femme. J'ai moi-même observé deux fois la syphilis congéniale chez des enfants dont les mères n'avaient jamais rien présenté, et un médecin de mes amis, pratiquant à la campagne, m'a souvent raconté qu'ayant à soigner une

(1) Vassal, Mémoire sur la transmission du virus vénérien ae la mère à l'enfant. Paris, 1807.

(2) CuUerier, De l'hérédité de la syphilis (Mémoires de la Société de chirurg., 1857, t. IV, p. 230).

(3) NoUa, Mém. sur l'hérédité de la syphilis {Archiv. de méd., V* série, t. XV, p. 272, 18G0).

(4) Charrier,JDe l'hérédité syphil. [Archiv. de méd., V» série, t. XX, p. 334,1865).

femme tout à fait bien portante, dont tous les enfants succombaient peu de temps après leur naissance , il apprit du mari qu'il avait autrefois contracté la syphilis; quant à la femme, elle n'avait jamais présenté aucun accident. Ainsi, le fait de la transmission syphilitique par le père ne peut être rais en doute, il faut l'accepter.

Mais dans quelles conditions et pendant combien de temps celte transmission peut-elle s'effectuer? Plusieurs des faits ci-dessus mentionnés nous apprennent que ce mode de transmission existe tant que le père est porteur de symptômes primitifs et secondaires. Mais qu'arrive- t-il lorsqu'il est exempt de tout accident? Diday cite plusieurs observations de transmission syphilitique dans ces conditions; Baerensprung a rapporté de son côté 14 faits où malgré l'état latent de la syphilis du père au moment de la procréation, l'enfant et la mère furent infectés. Par conséquent , le père sain ou du moins exempt de toute manifestation syphilitique est encore susceptible d'infecter l'enfant qu'il procrée.

Le professeur de Berlin a voulu pousser plus loin l'analyse, et il s'est demandé si, dans ces cas, le degré de gravité était le même pour le fœtus; puis, comparant 16 faits d'une première série d'observations, où le père était sous le coup d'accidents syphilitiques au moment de la procréation, à 14 cas d'une seconde série, oii le père était exempt de toute manifestation, il est arrivé à reconnaître que les avortements prématurés sont relativement moins fréquents dans cette dernière série, ce qui semble indiquer"une diminution dans la puissance de transmission. Dans une troisième série de faits rassemblés par le même auteur, oti la syphilis du père est toujours à la période secondaire, mais affaiblie par le temps et par des traitements antérieurs, -le fœtus est encore infecté; la mère, qui jusque-là avait été infectée, cette fois reste saine. Enfin, dans une quatrième série d'observations où sont groupés 8 cas de syphilis tertiaire chez le père, ni la femme ni l'enfant ne sont atteints par la maladie.

De l'examen comparatif des nombreux faits rassemblés par Baerensprung et de ceux qui ont été antérieurement observés, il ressort cette conséquence, que la syphilis du père est transmissible dans le cours des périodes primitive et secondaire, mais qu'elle ne l'est plus dans la période tertiaire; si toutefois elle l'est encore, c'est à un degré beaucoup moindre.

Infection par la mère. — L'influence de la mère dans la transmission

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héréditaire de la syphilis est moins conteslérj que celle du père ; mais, à notre avis, il est douteux qu'elle soit plus puissante. Des faits nombreux, qu'il serait trop long de rapporter ici, établissent celte influence d'une façon pcreraptoire (1). Sur dix observations de mères infectées les pères restant sains, Baerensprung a observé le plus souvent des avortements multipliés ou des accouchements avant terme. Les effets se sont montrés aussi graves que dans les cas d'infection par le père. Mais si la syphilis de la mère était affaiblie par le temps ou par des traitements antérieurs, les avortements étaient rares, la plupart du temps les enfants venaient à terme et vivants, un certain nombre d'entre eux étaient susceptibles de guérison , la transmission héréditaire se montrait moins intense, comme l'indiquent onze faits relatés par l'auteur. Dans six cas où la mère était affectée d'accidents tertiaires, il n'y eut pas de transmissions héréditaires. Les effets de la syphilis venant de la mère ne diffèrent pas notablement de ceux que produit la syphilis du père.

Infection par le père et la mère. — La transmission de la syphilis est dans cette condition la conséquence logique de ce qui vient d'être dit; elle est prouvée par de nombreuses observations où on a pu la voir donner lieu à des résultats très-graves. Alors les avortements se succèdent dans la même famille et ne cessent que sous l'influence du temps et des bienfaits qui peuvent résulter de l'emploi d'un traitement spécifique. Ce serait pourtant un tort que de croire les enfants toujours voués à une mort certaine. « Deux enfants sains naissent dans les premières années d'un mariage. Après ce temps, la femme est infectée par son mari; les deux conjoints, atteints de syphilis secondaire, sont traités par la décoction de Zittmann et par lemercure. Une année plus tard survientune nouvelle grossesse; l'enfant arrive à terme, reste sain pendant cinq ans; il ne souffre que d'un eczéma. Trois enfants nés depuis sont restés sains (2).

Après ce qui précède, il est inutile d'insister plus longuement sur le

(1) Diday, Traité de la syphilis des nouveau-nés, 1854, a rassemblé plusieurs observations qui démontrent l'exactitude de cette assertion. Les nourrices qui ont été infectées par des nourrissons étrangers fournissent à ce sujet des faits irrécusables. Voyez Berthcrand, Prdcw f/w ma/arf.îJ«!«eV.1852.— Whitehead, Transmission de In syphilis des parents aux enfants. {Archiv. de méd., 1857, t. II, p. 371.) — Bardinet, De la syphilis liérédit. et de sa transmissibilité . Mémoire présenté à l'Académie de médec, le 28 déc. 1852.

(2) U&erempTmg, Die hei-editure Syphilis. Berlin, 1864, p. 149.

HÉRÉDITÉ. 6i57

mécanisme physiologique de l'hérédité syphilitique. Si le père seul est infecté, il est clair et patent que la transmission a lieu par le sperme; mais si la mère seule est malade, en est-il encore de même? La question est controversée, et tandis que certains observateurs tels que Cusco et Peter (1) prétendent que le sang est le principal agent d'infection, il en est d'autres qui attribuent uniquement à l'ovule le pouvoir de cette transmission. Nous n'avons aucune preuve directe à apporter à l'appui de l'une ou de l'autre opinion ; mais, vu la difficulté d'inoculation du sang et surtout la grande analogie de propriétés et de caractères entre la sécrétion des testicules et celle des ovaires, il y a lieu de croire à l'influence de l'ovule plutôt qu'à l'action du sang. L'hérédité de la syphilis, suivant nous, s'accomplit avant tout par le germe modifié et vicié. Qu'est-ce en définitive que le germe, sinon un élément anatomique, une cellule qui, comme toutes les cellules de l'économie infectée, a subi l'imprégnation du virus (2)? Microcosme de l'être malade, le germe ne peut reproduire qu'un organisme semblable à celui dont il provient; autrement il faudrait renoncer à l'expérience de chaque jour et aux lois les plus générales des sciences naturelles. Ce qui m'a toujours étonné, c'est de voir les médecins, d'accord en cela avec les gens du monde, invoquer l'action du sang pour expliquer le mécanisme de l'hérédité. Évidemment cette erreur ne peut se perpétuer, du moins dans la sphère médicale.

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