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INFLUE>'CES PHYSIQUES ET DYGIÉNIQCES

Sans action sur la génèse de la syphilis, les agents physiques jouent un certain rôle dans le développement de ses manifestations. Cette influence n'a pas échappé à Hunter, qui avait une certaine tendance à l'exagérer. « Il est certain, écrit-il, que le froid a une action très-puissante -sur l'économie animale. Au moins paraît-il avoir une grande influence pour disposer le corps de l'homme à recevoir l'irritation vénérienne et à en manifester promptement les phénomènes morbides (I).»

Le fait est exact ; mais il ne peut donner, comme le voulait Hunter, l'explication de la marche de la syphilis des parties superficielles vers les parties profondes.

Le traumatisme est l'une des causes qui servent le plus à fixer le siège de la détermination anatomique de la syphilis. Duverney (2) attribue la plus grande fréquence des exostoses sur les os superficiellement placés à cette circonstance que ces os sont plus que les autres exposés à l'action de l'air, aux contusions et à des traumatismes divers. Virchow signale cette cause déterminante dans la production des affections du foie. Le fait est qu'on ne peut guère contester cette influence, qui est notée dans plusieurs de nos observations à propos des lésions du foie et d'autres viscères.

A côté de l'action exercée par les agents traumatiques se place l'influence du froid et de la chaleur. « La chaleur, dit Martins (3), favorise l'apparition des syphilides plus que le froid; l'influence d'une température basse pour nos climats, telle que 3° au-dessus de 0, en

(1) Hunter, Traité de la maladie vénérienne, trad. franç. par Richelet. I3«édit., Paris, 1869, p. 585.

(2) Duverney, Maladies des os, Paris, 1751, t. II, p. 477-479.

(3) Martins, Mémoire sur les causes générales des syphilides. Thèse de Paris, 1838, p. 73.

moyenne , est presque aussi énergique que celle d'une chaleur moyenne de + 16° , puisque les nombres de syphilides produites par ces deux causes sont entre eux comme 3 à 4. Une température moyenne de + 6'',4 paraît plus propre à empêcher leur apparition. L'influence de la température se fait sentir au bout d'un espace de temps très-court, le froid et la chaleur artificiels ont la même influence que la température atmosphérique. »

Ainsi les saisons les plus chaudes comme les plus froides prédisposent également aux syphilides. C'est par leur degré de température évidemment que les bains de vapeur ou les bains simples exercent une action provocatrice sur ces mêmes manifestations ; un exercice violent n'agit pas différemment sans doute. Les climats trop chauds et les climats froids, et tous ceux qui exposent à de brusques transitions de température, sont des conditions peu favorables à la syphilis. Ainsi Daniell accuse la syphilis d'être maligne et grave sur la côte orientale de l'Afrique. Veit, Brocchi, lui ont trouvé les mêmes caractères au Sennaar et Petit dans l'intérieur de l'Abyssinie. Furnari, Deleau, Armand, Daga, ont fait connaître son degré d'intensité en Afrique. Porter dans Sierra-Madre de Saltillo au Mexique, Hunter dans les Antilles, et Bernhard dans l'Amérique centrale. Sigaud et Bibra ont vu cette maladie exercer des ravages considérables au Brésil et au Chili. Lesson] a fait connaître son intensité aux Moluques et dans plusieurs des îles de la mer du Sud. Schancks, Mac-Gregor, Leslie, Heymann, se plaignent également de sa malignité dans l'Inde et l'archipel Indien. Monat déclare que dans la présidence du Bengale elle a les mêmes apparences qu'en Europe.

Nous savons, d'un autre côté, la gravité de la syphihs dans le nord de l'Europe, et principalement sur les côtes de la Suède et de la Norwége, dans le nord de l'Allemagne et de la Russie» Rappelons que cette maladie n'est pas moins grave dans le nord de l'Amérique. Par conséquent, les climats froids pas plus que les climats chauds et brûlants ne lui conviennent. Les régions tempérées, celles-là surtout qui offrent un climat peu variable, lui sont beaucoup plus favorables, ainsi qu'il résulte de données fournies par différents auteurs et en particulier par Thiéry pour la province espagnole d'Estramadure, par Ménis pour Brescia, par Quitzman, Rœser, Olympias pour la Grèce; parHennenpour les îles Ioniennes; par Barasch, Oppenheim pour la Turquie, Robertson pour la Syrie, Polak pour la Perse,

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Aubert-Roche pour les côtes d'Abyssinie, Pruner pour l'intérieur de l'Égypte.

Toutefois, on aurait tort, de croire que toujours dans ces dernières régions la syphilis se présentera sous une forme bénigne ou peu grave ; des conditions autres que le climat peuvent lui imprimer un cachet différent. On la voit prendre une allure sérieuse et revêtir des formes plus graves dans certains ports de mer en apparence des mieux situés au point de vue du climat, tels que Barcelone (Cuynat), Marseille, Naples, etc., et cela sans doute à cause des excès, de l'encombrement, de la malpropreté et de la misère plus grande dans ces localités que dans les villes voisines. En résumé, un climat qui varie peu, dont la température est modérée et à peine différente de celle du lieu où la maladie a été contractée, est celui qu'à l'exemple de Sydenham on doit rechercher de préférence pour les syphilitiques. «La syphilis qui se montre pour la première fois dans un climat quelconque, dit Swediaur (i), est très-violente dans ses effets; mais elle' l'est beaucoup plus lorsqu'elle est importée d'un pays chaud dans un climat froid. » La gravité de l'épidémie du quinzième siècle semble appuyer cette manière de voir.

En ce qui concerne la nature des modiflcations imprimées à la syphilis par tel ou tel climat, l'observation nous apprend que les lésions primitives et secondaires prédominent dans les climats chauds, l'Italie, la Sicile, la Grèce, laTurquie, la Perse, les Indes, etc., tandis que les affections profondes, tuberculeuses ou osseuses, sont relativement plus fréquentes dans les contrées froides, la Russie, la Suède. Ce fait donne, jusqu'à un certain point, la raison de la fréquence des épidémies syphilitiques dans certaines contrées comme l'Italie, ou de la facilité de contagion de la syphihs dans certains pays comme l'Orient (Poyet) et l'Afrique (Daga).

De toutes les influences hygiéniques, la misère et la malpropreté sont peut-être celles qui contribuent le plus puissamment à l'aggravation de la syphilis. C'est en effet à la réunion de ces deux causes que l'on peut rattacher la malignité et l'extension du scherlievo sur les bords de l'Adriatique et dans le Tyrol, et de la radezyge en Suède. L'agglomération d'un grand nombre d'individus, ce qui ne manque pas, en général, de produire l'immoralité, est une autre

(1) Traité des maladies syphilitiques, t. II, p. 67.

condition non moins fâcheuse, et il y a tout lieu de penser que Tenconibrement des travailleurs parmi lesquels s'est développée la maladie dite de Ditmarsch n'a pas été sans influence sur sa forme grave. Partant de ces données, on s'explique facilement l'apparition des grandes épidémies de syphilis à la suite des guerres, oia la plupart de ces conditions fâcheuses se trouvent réunies. Une alimentation insuffisante ou de mauvaise qualité est aussi, comme le fait remarquer Bassereau, une cause puissante d'aggravation des symptômes syphilitiques. En résumé, l'agglomération d'un grand nombre d'individus, l'immoralité qui en résulte et une alimentation trop souvent disproportionnée aux fatigues, sont autant de causes qui peuvent nous donner la raison de l'extension et de la gravité que prend la syphilis.

Les excès de boissons alcooliques constituent un autre genre de cause occasionnelle remarqué par quelques auteurs. Les excès de vin et de liqueurs, dit Boerhaave, sont contraires aux vérolés. L'observation, écrit Ricord, démontre ce que produit l'abus des boissons alcooliques, dans les temps chauds surtout. Les chancres les plus simples, sous leur influence, deviennent rapidement inflammatoires, et l'inflammation dans certaines régions, aux organes génitaux surtout, dont le tissu cellulaire s'œdématie facilement, amène vite la gangrène (1). Bassereau (2)- signale également l'influence fâcheuse des liqueurs spiritueuses auxquelles il attribue, dans certains cas, la précocité des syphilides. Cette influence, nous avons été à même de l'observer dans plusieurs circonstances ; le cas suivant en est un bel exemple.

Un malade que nous traitons depuis plus d'un an, pour une syphilis viscérale (foie, rate et ganglions), se trouvant mieux et se croyant définitivement guéri, pensa qu'il pouvait sans inconvénient se départir de la sévérité de régime que nous lui avions prescrite. Mais voilà qu'à la suite d'une libation un peu prolongée survient une exostose à la partie antérieure du front. Un traitement approprié (iodure de potassium) ne tarda pas à la faire disparaître. Quelque temps après, le malade ne doute plus de sa guérison définitive : nouvelle libation, mais aussi nouvelle exostose vers le même point.

(1) Ricord, Lettres sur la syphilis, S" édit. Pari?, t8C3, p 25S.

(2) Bassereau, loc. cit., p. 3i)G.

ÉTIOLOGIE.

INFLUENCES PnYSIOLOGIQOES.

Ces influences, qui sont multiples, dépendent de l'âge, du sexe et des grands changements physiologiques qui s'opèrentdansl'organisme pendant le cours de l'existence.

Age. — Aucun âge n'est exempt de la syphilis ; depuis la naissance jusque dans la vieillesse la plus avancée, l'homme montre une fâcheuse aptitude à contracter celte maladie. Toutefois, il est des âges où la syphilis est plus commune. C'est dans les premiers jours après la naissance qu'apparaît la syphilis héréditaire, et la jeunesse est l'âge où la syphilis accidentelle est le plus fréquente, parce que c'est l'époque où l'homme s'expose le plus à la contagion.

Sur 158 malades examinés à ce point de vue, Cazenave (1) a trouvé :

De la naissance à tO ans, 1 cas (syphilis héréditaire).

De 10 à

De 20 à

De 30 à

De 40 à

De 50 à

GO

De GO à

L'influence des sexes est nulle aussi. Quoi qu'aient pu en dire certains observateurs, l'homme et la femme sont également exposés à contracter la syphilis, et s'il y a moins de femmes que d'hommes qui en soient atteints, c'est, comme le démontre Bassereau, parce que le nombre de femmes qui se livrent à la débauche est incomparablement moins grand que celui des hommes.

La constitution et les tempéraments ne prédisposent pas davantage à la syphilis, pas plus qu'ils ne modifient d'une façon notable ses effets ; tel est du moins le résultat des observations de Martins et de Bassereau. On ne peut, dit ce dernier auteur, considérer aucun tempérament, aucune constitution , comme disposant particulièrement à la généralisation des symptômes syphilitiques. L'influence des tempéraments ne se fait véritablement ressentir que sur la forme des symptômes, sur leur marche, leur durée et leur disposition plus ou moins grande à céder ou à résister au traitement.

(1) A. Cazenave, Traité des syphilides, p. 521.

Quelle est l'influence des races sur le développement de la syphilis? Un premier point à éta:blir, c'est qu'il n'en est aucune qui soit à l'abri de cette maladie. En effet si, comme le fait remarquer Schleissner, la syphilis n'a jamais pu s'implanter en Irlande, cette immunité ne tient nullement à la race des habitants de ce pays. Il en est de même de l'immunité observée dans certaines tribus de la partie centrale de l'Afrique, dont la race, suivant Livingstone, n'a pas été croisée, puisque cette immunité ne s'étend pas sur toute la race nègre, et qu'au contraire la syphilis exerce d'affreux ravages parmi les noirs de la côte occidentale de l'Afrique et dans les pays situés à l'est du Soudan. Cela n'a du reste rien d'étrange quand on sait que des individus privilégiés peuvent impunément s'exposer à la contagion. Ce fait est depuis longtemps connu, puisqu'il était déjà noté à une époque où la syphilis sévissait avec intensité. J. Catanée écrit en effet : « Vidi tamen complures concubitus immundarum non récusantes, et in sordes venereas sese prsecipitantes qui tamen nullam inde infeclionem hauserunt (1). » Relativement à l'influence de la race sur la forme ou la gravité du mal, l'observation nous apprend que dans les pays 011 les races vivent entremêlées, et notamment dans les régions tropicales de l'Asie et de l'Amérique, il n'y a pas à cet égard de différence notable; mais néanmoins il ressort des faits observés en Turquie par Rigler, que la destruction du pharynx est plus fréquente dans les races de couleur. Pruner fait remarquer que dans les pays orientaux, et principalement en Égypte et en Arabie, la tendance aux éruptions érythémaieuses, vésiculeuses et squameuses, est proportionnelle à la finesse et à la blancheur de la peau. Par contre, les éruptions serpigineuses, verruqueuses, les nodus, sont plutôt des formes spéciales aux individus dont la peau est épaisse, comme les Égyptiens et les Abyssiniens. Chez ces derniers , les syphilides ont une grande ressemblance avec le pian. Les taches et les cicatrices sont d'ailleurs d'autant plus foncées ou d'autant plus noires chez les individus, que leur peau est plus fortement colorée.

Je n'aurais plus rien à ajouter touchant l'influence des races, si dans ces derniers temps on n'avait émis l'idée que la syphihs peut être aggravée par la transmission d'une race à une autre : « Que l'on

(1) Demorbo gallico tractatus, 1504.

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vienne à renouveler le virus, dit G. Gauthier (1), en allant le puiser à des sources éloignées chez des sujets d'une autre race, habitant un autre climat, soumis à une hygiène différente, on verra de suite la maladie reprendre une intensité surprenante, et les accidents les plus insignifiants redevenir très-sérieux. » Cette proposition repose sur ce que dans les ports de mer de la Chine, et peut-être aussi dans quelques autres, la syphilis est plus fréquente et plus intense chez les matelots et les soldais qui viennent y relâcher. Mon intention n'est pas de contester cette opinion, après ce qui a été dit plus haut touchant la gravité de la syphilis dans les ports de mer. Mais n'est-ce pas là un problème complexe ? N'y a-t-il pas, à part la race, des conditions particulières susceptibles de contribuer à l'aggravation du mal? Le passage d'une localité dans une autre dont la température n'est pas la même, le défaut d'acclimatation et souvent aussi l'intempérance, voilà, ce nous semble, autant de circonstances qui ont leur influence et qui nous paraissent avoir dans l'espèce une importance beaucoup plus grande que le fait de la transmission du virus entre des individus de race différente.

La puberté chez l'homme et chez la femme, la grossesse et la ménopause chez cette dernière, sont des circonstances qui ici, comme dans la plupart des maladies, jouent fréquemment le rôle de causes occasionnelles. La puberté est une époque où ne manquent guère de se manifester les cas de syphilis héréditaire tardive. La grossesse est d'autre part un moment oti manquent rarement d'apparaître les accidents secondaires chez les femmes récemment infectées. Une malade par nous observée, et qui s'était trouvée infectée peu de temps avant de devenir enceinte pour la première fois, eut six grossesses, et à chacune des quatre premières elle vit apparaître des plaques muqueuses ou des syphilides, et parfois ces deux variétés d'accidents. Les faits de ce genre sont nombreux, et pour s'en convaincre il suffit de lire les observations rapportées par les auteurs ; on y voit que la plupart des femmes infectées avant la grossesse ne manquent guère de manifester à ce moment les atteintes de la syphilis. De même que la phthisie, la syphilis se réveille sous cette influence. Toutefois, si la grossesse n'est en général qu'une cause déterminante,

(1) G. Gauthier, Deva années de pratique médicale à Canton [Chine). Thèse de Paris, 1803.

l'accouchement peut être une cause aggravante, et il est possible que la syphilis prenne à sa suite des allures plus accentuées et plus sérieuses. Suivant Gullerier neveu (d), les accidents syphilitiques sont généralement moins graves pendant le cours de la gestation, l'infection qui peut avoir lieu en môme temps que la conception reste quelquefois cachée pendant toute la grossesse, et ne se montre à découvert qu'après l'accouchement. Quoi qu'il en soit, Hunter, Nisbetf, Fréteau, Swediaur, Biett, Gazenave, Gibert, Rayer, Aliberl, Martins, assurent qu'une syphilis, qui a été latente pendant un temps plus ou moins long, se traduit tout à coup par une éruption à l'occasion d'une grossesse, de l'accouchement, de l'époque menstruelle, ou de la cessation des règles. Ainsi, la menstruation et surtout la ménopause agiraient dans le même sens que la grossesse et l'accouchement, et, comme ces deux états, elles tendraient à favoriser l'apparition des lésions syphilitiques. « La maladie vénérienne, dit Gullerier (2) , se montre souvent au retour d'âge, après avoir été assoupie pendant de longues années, quelquefois même pour la première fois. On a remar- qué qu'elle était alors très-opiniâtre, et c'est le plus ordinairement sous forme d'ulcères à la gorge et aux fosses nasales qu'elle se manifeste ; on voit aussi paraître les afleclions de la peau et des os.

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