VII. Direction de la force publique
L'organisation d'une armée coloniale doit, comme l'organisation de toute armée d'ailleurs, être en rapport avec les populations qu'elle est appelée à combattre et avec la nature du sol et le climat du pays qu'elles occupent*
Destiné sans doute à rester un état ou une colonie militairement faible, n'étant habité que par des peuples, très courageux parfois, mais que n'unit aucun lien religieux ni politique, TEtat du Congo n'a pas dû comme les Hollandais et les Anglais aux Indes, comme les Français en Algérie, se créer une puissante et coûteuse armée.
Pa^'s essentiellement forestier ou broussailleux, aux communications terrestres des plus rudimentaires, une seul arme y est possible : c'est une bonne infanterie avec quelques canons destinés surtout, à produire un effet moral puissant.
D'autre part, le Congo étant situé dans la région des pluies équatorales, les hommes doivent, pour résister facilement au climat, être recrutés dans les régions tropicales IiumiJcs,
Donc, pas de troupes européennes, pas de rassemblements importants de forces, à moins qu'il ne faille, d'un vigoureux effort briser une lorte résistance ; mais de petits groupes de soldats noirs, aj-ant reçu une solide instruction militaire dans des camps disséminés sur toute l'étendue de la colonie, sous les ordres de chefs européens ; des recrues s'instruisant dans des camps permanents et formant une réserve prête à fournir des renforts : tels sont les principes d'organisation de la force publique congolaise.
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But et division. — La force publique est chargée d'assurer Texécution des lois et la sécurité, là où TEtat a déjà fait reconnaître son autorité et d'occuper effectivement les territoires qui ne sont pas encore sous son action immédiate. C'est donc avant tout une force de police intérieure.
L'armée se divise en force publique régulière et
force publique irrégulière.
Force publique régulière. — Recrutemeut. — Elle se recrute par engagements volontaires et par levées annuelles. Les engagemevts volontaires se font dans l'Etat et comme cette ressource est encore insuffisante parmi les indigènes de l'Afrique équatoriale humide^ (Zanzibar, Libéria, Dahomey, Haoussa, Sierra-Leone, etc. (2000) pour les expéditions importantes on a dû parfois s'écarter de cette règle et recourir aux Soudanais.
L'effectif est complété par des levées annuelles faites dans les districts désignés par le gouverneur général, de commun accord avec les chefs indigènes et autant que possible par voie de tirage au sort entre les hommes de 14 à 3o ans. Les principales tribus de TEtat qui contribuent à ces levées ou s'enrôlent volontairement sont les Bangalas, les Bacongos, les LukunguSy les Manyangas, etc. qui donnent 4000 volontaires et 8000 miliciens.
L'engagement est de 5 ans plus deux ans dans la réserve.
Effectif. — Ces hommes formaient en 1896, un effectif de 14.000 soldats, non compris les recrues des camps d'instruction, ni les cadres européens qui sont recrutés presqu'exclusivement dans Tarmée belge.
Forces militaires comparées. - Afrique orientale allemande : 1969 hommes
Afrique centrale anglaise : 800 hommes
Indes hollandaises : 29.000 hommes
Organisation. — Le gouverneur général est le commandant supérieur de la force publique.
Celle-ci se compose d'un état-major, de seize compagnies dont une de dépôt et d'instruction et d'une compagnie spéciale.
L'état-major réside à Borna. Il est placé sous les ordres d'un commandant de la force publique qui est chargé d'administrer l'armée.
Chaque compagnie est commandée par un capitaine-commandant et composée de plusieurs pelotons sous les ordres de lieutenants et souslieutenants. Des sous-officiers et caporaux européens complètent le cadre proportionnellement à l'effectif.
Les compagnies sont réparties comme suit :
i""* compagnie de dépôt et d'instruction, quartier principal Borna, assure
le service dans les districts de Banana, Boma et Matadi ;
2* id. quartier principal Tumba, district des cataractes;
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i5e et
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quartier principal Léopoldville, district du Stanley-Pool ; assure le service du district de V Equateur; district des Bangala ;
id. de VAruwimi ;
id. du Kwatigo oriental;
id. du Kassat'Lualaba;
id. des Stanley-Falls ;
id. de VUbangi'Botnu ;
id. de VU elle.
Une compagnie spéciale est chargée d'assurer la sécurité du chemin de fer.
Camps d'instruction à Zambi (Bas-Congo), Bolobo, Irebu, Umangi et Kassongo. Ils ont en moyenne 5oo hommes d'effectif. Il existe aussi des camps provisoires en divers points du territoire.
Armement. — L'infanterie est armée du fusil Albini. L'artillerie desservie par des troupes d'infanterie, se compose de canons de campagne et de mitrailleuses (88 pièces), armant les principales stations de TEtat,
Fortifications. — Les stations importantes des districts du Haut- Uellé et des Stanley-Falls, où une forte occupation militaire est encore nécessaire, sont solidement retranchées. Citons parmi les plus remarquables Djabbir, Nyatigara, Uerré, Dongii, Kabassidu défendant l'Uellé et la frontière nord, Kassongo et Kabambaré dans le Manyéma, destinés à réprimer tout soulèvement dans la région arabe. Basoko au confluent de TAruwimi et Lusainbo sur le Sankuru, qui ont perdu leur importance depuis que le péril arabe a disparu.
Force publique irrégulière. — Elle est constituée par des troupes auxiliaires levées lorsque la sécurité de l'Etat l'exige et se compose dans ce cas de tous les fonctionnaires et ouvriers du gouvernement, placés sous les ordres d'agents désignés par l'autorité .
Corps de police. — Des corps de police existent à Borna, Matadi et sur les chantiers du chemin de fer.