ANALYSE DE LA PALETTE
iJUALITÉS ET OBSERVATIONS SUR LES COUI-EURS d'aQUARELLE ET LEUR EMPLOI DANS CERTAINS MÉLANGES
L'ocre jaune est très-cmployôo, bien qu'elle ait une propension à noircir, l'emploi en est trés-utilc dans les terrains et les fabriques; employée trés-pAle, c'est-à-dire très-étendue d'eau, elle est propre aux (ointes lumineuses du ciel, ou A rôchauiïer les clairs des linges blancs qui en ont l)OSoin.
Le jaune indien, aussi solide que l'ocre jaune, et d'une belle couleur moins citron que la gomme-gutte (Camboge), est utile pour les ciels très-cliauds et colorés. On le mélo au vermillon ou minium pour produire l'orangé du soleil levant ou couchant. Mêle au bleu de Prusse et A l'indigo, il donne des verts trés-beaux et éclatants.
La f/om?)iP-f7u<<e (Camboge), trés-étendue d'eau, fournit un trèsjoli jaune clair qu'on emploie beaucoup dans les tons do chair éclairés par le soleil; mêlé aux bleus de cobalt et de I^russe il donne des verts delà plus grande fraîcheur. Si on y ajoute un peu de laque carmiiu';e, elle donne l'aimable teinte des saules. Sa transparence la met on première ligne pour être employée en glacis, propres à ranimer des demi-teintes et des lumières, quand ou la délaie avec
beaucoup d'eau. En glacis plus épais, elle remonte les ombres et les réchauffe en leur donnant vigueur et transparence.
Le stil de grain ou pierre de fiel dont on a de deux sortes, l'une brune, l'autre plus claire, est fort utile pour repiquer des ornements d'or ou en glacis par- dessus des touches de gouache qu'on veut réchauffer.
Mêlé à la laque calcinée (brown-tader) et en glacis par-dessus des ombres, il donne une très-grande chaleur et vigueur en même temps pour des premiers plans ; mais cette couleur est peu solide.
Ocre de Rue (roman ochre), excellente, très-utile dans les ruines et terrains de premiers plans, mais elle est lourde et sans transparence.
Sienne brûlée (brut sienna), très-utile en glacis pour reflets chauds ou dorés; employée épaisse est d'un emploi excellent dans les premiers plans, mais noircit en vieillissant.
Laque carminée (crimson lake), très- employée dans les chairs mélangée avec les jaunes, étendue en glacis donne beaucoup d'harmonie; mêlée à la gomme-gutte, à la pierre de fiel et à la sépia, elle donne des bruns variés plus ou moins chauds, utilisables en repiqués de vigueur. Elle est, parmi les couleurs de l'aquarelle, une des moins résistantes aux influences de la lumière qui la décolore et finit à la longne par l'absorber entièrement.
Laque brûlée, sorte de rouge-brua très-transparent, solide et s'amalgamant très-bien avec les autres, produit un excellent ton d ombre pour les rouges indiens, la laque carminée et la terre de Sienne brûlée. C'est une précieuse ressource pour les peintres de fleurs et de papillons.
Rouge indien. (Couleur très-solide et précieuse dans une foule d'emplois, donne des gris très-fins par son mélange avec le cobalt et la gomme gutte. Elle donne un noir très-puissant, en la combinant avec de l'indigo et du stil de grain. Les tons de briques et de tuiles dans les fabriques se font avec le l'ouge indien.
Vermillon chinois. Conserve sa fraîcheur quand on l'emploie pure. Elle est utile dans les tons de chair mêlée au rouge indieu et à la laque carminée ; en glacis elle sert à réchauffer certaines parties des
ciels et particulièrement les endroits où dominent les bleus ; on la recommande pour les lointains qu'on veut réchalfer par glacis. Pure et épaisse, elle est plutôt une couleur de premier plan.
Honington avait pour artifice de placer toujours un grand tas de vermillon sur sa palette et de lui comparer toutes les valeurs de ses teintes; il prétendait que cette couleur par son éclat le forçait à ne jamais être trop faible dans l'ensemble de sa coloration générale.
Une tache rouge d'une étoile de ligure placée dans un paysage quelconque, anime toujours singulièrement un site. Los coquelicots et les bleuets dans un champ da blé jouent le même rôle de gaieté qui plait à l'Ame du promeneur.
Minium, plus orangé ([ue la précédente couleur, fournit une bonne teinte de transition pour faire passer le bleu naturel d'un ciel aux teintes chaudes et dorées de l'horizon sans verdir sa nuance qui, vers le contour des montagnes ou des autres objets qui bornent la vue, doit toujours se dégrader et tendre au jaune clair ou lumineux. Mais elle noircit.
Cobalt ou bleu céleste, très-utile et indispensable dans les ciels, s'étend parfois difficilement si on l'emploie pur, et a l'inconvénient de laisser paraître des grains par groupe ou isolés dans les teintes ; en le mêlant avec un peu de bleu de Prusse ou d'indigo, il devient d'un maniement facile, mais il perd en môme temps un peu de son éclat.
Le cobalt est précieux dans les lointains, auxquels il donne du fuyant ; mêlé à l'ocre de rue, il produit de belles demi-teintes verdàtres si recherchées et remarquables dans les chairs à la Rubens.
Bleu de Prusse. Couleur puissante, très-tingcante et meurtrière pour la plupart des couleurs auxquelles on l'associe, à l'exception des terres colorées, des ocres et des rougos; soyez donc très-discrets dans son emploi.
Le bleu de Prusse, mêlé de sépia et de laque, fournit un mélange brun souvent très-utile pour donner de la fermeté d'ombre dans les premiers plans. Le même mélange, avec un peu de terre de Sienne bri\lée, est encore plus chaud.
l.'indiijo ou bleu noir entre dans la composition de toutes les
ombres fortes ; n'en abusez pas, bien qu'il soit fort utile, slirlout aux paysagistes pour les verts sombres et obscurs.
Noir (l'ivoire, de bougie, de pêche on de vigne, utile particulièrement en paysage. Il donne, mélangé aux ocres, à la gomme-gutte et au jaune indien, des verts sombres très utilisables. Le peintre de ligures en trouve aussi l'application dans des draperies pour les cheveux et la fourrure de certains animaux.
Le brun Vandyck mérite l'estime des artistes comme brun trèssolide et utile en de nombreuses occasions. On peut également, dans les teintes sombres, lui substituer la
Terre d'ombre brûlée. Couleur riche, chaude et puissante, d'un mélange très-docile avec toutes les autres.
La sépia est un des meilleurs bruns dont on puisse faire usage, il a de plus une grande transparence, peut s'employer en glacis aussi facilement qu'en touches fermes. Les trois sortes de sépia en varient encore les avantages.
Le carmin est peu solide, mais est indispensable à cause de sa beauté, d'un éclat très-intense, qui le fait rechercher des peintres de tleiu's et des peintres de figures pour des draperies et ajustements de couleurs gaies. Elle doit être préparée à l'alcali pour être plus fixe.
Le jaune de cadmium (celui surtout préparé par M. Pinard) est admirable, il s'emploie comme les carmins avec lesquels il se mêle très-avantageusemnt pour les fleurs et les étoffes.
Blanc de gouache. Le blanc de zinc, quoiqu.e moins couvrant que le blanc dit d'argent, a l'avantage de ne jamais noircir, sert pour les rehauts de lumière, il doit être suffisamment gommé. (Voyez Gouaches, dans le cours de l'ouvrage; lisez la table des matières.)
Les peintres de fleurs et de papillons, et les peintres de genre qui seront à la recherche de l'éclat et de la gaieté des couleurs, auront recours à quelques couleurs exceptionnelles recommandables, telles que le jaune safran, le carmin à l'alcali, l'outremer, le smalt, le pourpre, le violet d'or, l'écarlate, l'encre de Chine pour ombrer, la teinte neutre, neutral tint Anglaise, le vert olive, le vert de vessie, le vert émeraude.
Dans l'emploi de toutes les couleurs de la palette il ne faut jamais ouljliei' qu'on devra toujours se préoccuper de trouver les moyens les plus simples d'obtenir une belle coloration, et que la qualité essentielle de toute bonne aquarelle sera toujours la pureté et la franchise dans l'exécution.
Évitez de mêler trois couleurs ensemble, à moins d'avoir à lairo ce qu'on appelle des tons rompus ou gris-chauds ou froids.
En comnien(;ant à étudier, simplifiez votre palette. Les couleurs analogues trop variées embrouillent l'élève, qui devra se contenter des couleurs bases de toutes les autres.
Règle de (joùt, comme coloration. Ayez toujours soin d'introduire dans le mélange qui servira à composer vos ombres une couleur où dominera toujours la complémentaire de votre lumière. (Voir le chapitre des Contrastes, étude expérimentale du coloris, système Chevreul.)
DU COLORIS DES LITHOGRAPHIES A L'USAGE DES PERSONNES QUI NE SAVENT PAS DESSINER
OBJETS NÉCESSAIRliS. — liXliliCiCEb INDISPEN.îABLES
\ la ville comme à la campagne, l'hiver comme l'été, il est un amuscnicnl ([ii'on peut prendre, un pi-til talent qu'on peut acquérir. Ce petit talent est celui à l'aide duquel on en arrive i colorier des lithographies, telles que Heurs, figures, animaux, paysages, marines, etc.
Les personnes qui désirent apprendre le coloris doivent d'abord se munir do tous les objets indiqués pour l'aquarelle; seulement, il suffit de prendre un assortiment de couleurs françaises, qui seront excellentes si vous les achetez chez Berville ou Cabasson, Susse ou (riroux, Lalouche, Saint-Martin et Chalmel, car toutes ces
maisons, si bien connues des amateui's et des artistes, ne tiennent que les couleurs de première qualité.
Les premières leçons doivent se prendre sur du papier rayé ou corroyé largement ; on y étend différentes teintes en faisant attention de ne pas dépasser et de ne pas tacher. Pour remplir une raie, par exemple, vous devez commencer à poser votre pinceau en haut de la feuille en l'appuyant sur la gauche ; puis, lorsque vous avez bordé un petit bout de ce côté, avec un pinceau assez plein pour que la couleur reste quelques instants mouillée, vous remplissez prestement l'espace vide entre vos deux raies ; en arrivant à votre droite, vous tenez le pinceau perpendiculairement, car, s'il était couché, son ventre, rempli de couleur, vous ferait dépasser malgré vous la ligne qui doit vous servir de limite; ensuite vous revenez vers la gauche et vous reprenez dans la teinte humide encore, car si vous lui aviez donné le temps de sécher, ou qu'elle n'eût pas été étendue avec un pinceau assez plein, la couleur fraîche que vous posez, ne pouvant se mêler à celle qui serait séchée, produirait d'ignobles taches que rien ne pourrait faire disparaître.
Lorsque vous en serez ai'rivé à conduire, dans vos raies et dans vos carreaux, les teintes qui doivent les remplir, même les plus sombres et les plus épaisses, sans faire de taches ni sans altérer les contours, vous pourrez prendre des costumes ; plusieurs feuilles en noir et une semblable en couleur qui vous servira de modèle, et vous vous exercerez à en reproduire fidèlement l'aspect.