LES PHÉNOMÈNES. — UNE SÉANCE OBSCURE
Je pense inutile d’insister sur les phénomènes ordinaires que vous connaissez tous. Gabriel Delanne a fort bien dit au Congrès que le temps des tables tournantes était passé. Ceci doit s’entendre, bien entendu, pour ceux qui cherchent à définir les bases de la théorie des phénomènes et non pour les expérimentateurs qui doivent tous, bon gré mal gré, commencer par là.
J’aborderai de suite la description d’une séance obscure.
Tout d’abord, pourquoi l’obscurité est-elle nécessaire pour ces phénomènes? Pour une cause toute simple.
11 s’agit d’impressionner nos yeux matériels par cette force invincible à l’état normal que nous appelons, en occultisme, lumière astrale et que le mot de périsprit traduit assez bien en spiritisme.
Cette force vitale ne peut se dégager convenablement qu’à l’abri des rayons jaunes et surtout des rayons rouges du spectre solaire qui agissent sur elle comme l’eau agit sur le sucre. Voilà pourquoi il faudra toujours que le médium soit dans l’ombre ou, après une grande habitude, qu’il soit seulement éclairé par une lumière où les rayons violets dominent. Les phénomènes pourront bien se produire dans une salle légèrement éclairée au gaz, mais à la condition, je le répète, que le médium lui-même soit séparé de cette lumière. Des ignorants se figurent qu’on éteint les lumières pour mieux tromper; c’est tout comme s’ils disaient que le photographe s’enferme dans son laboratoire éclairé faiblement en jaune ou en rouge pour se moquer du client à son aise. L’ombre est nécessaire au spiritisme comme elle l’est à certaines opérations de la photographie. Nous devons toujours nous souvenir que, d’après les enseignements élémentaires de la magie, la lumière, l’électricité et cette force mystérieuse qui se manifeste dans les séances spirites, ont les mêmes lois primordiales.
C’est donc pour une raison toute physique que l’obscu- ' rité est nécessaire dans ce cas.
Les assistants forment la chaîne, la séance commence. Le médium prononce quelques paroles, souvent une prière, pour établir une communion de volontés entre tous les membres présents.
Souvent il demande de chanter, ce qui augmente encore les liens fluidiques entre tous les périsprits \
A ce moment, le médium, placé au centre des assistants et complètement entouré par eux, tombe en catalepsie.
Toutes les personnes présentes sentent fort bien alors une sorte de souftle frais qui parcourt toute la chaîne dans un certain sens. C’est le courant fluidique, formé par les périsprits, qui s’établit.
Ce courant fluidique, invisible pour les esprits matériels et visible pour les voyants (sujets somnambuliques), circule au-dessus du cercle et dans son intérieur. Les influences volontaires s’emparent alors de la vie du médium qui vient de s’échapper hors de son corps et les phénomènes commencent.
Le périsprit devient visible. De petites lumières bleuâtres apparaissent dans le cercle, des mains lumineuses se montrent, les objets matériels situés sur la table s’inclinent.
Des instruments de musique circulent au-dessus des têtes des assistants en jouant des airs variés. Ces instruments peuvent se poser en moins de trois secondes successivement sur la tête de douze personnes formant la chaîne, phénomène impossible à obtenir par tricherie.
Que se passe-t-il à ce moment?
Le courant fluidique qui circule au-dessus des assistants et qui est renforcé par leur union en chaîne, ce courant porte les objets comme un véritable fleuve pen-
1. Je vais décrire. les principaux phénomènes obtenus avec un médium en tous points remarquable, Mme B. Hannecart. J’ai pu constater, dans des conditions rigoureuses de contrôle, les phénomènes d’apports, de matérialisation, d’enlèvement sans contact d’objets matériels, etc. J'ai vu beaucoup de médiums, celui-là est un des meilleurs que j'aie rencontrés pour les phénomènes physiques. — P.
dant que ces influences agissent de leur côté par l’intermédiaire du périsprit du médium.
Cette idée de l’existence d’un véritable circulus fini clique est assez importante pour mériter quelque attention. Quelques faits peuvent-ils venir l’appuyer en dehors de la vision des sujets lucides?
Eh bien! oui, et je vais vous citer à ce propos deux phénomènes cités sans explication dans le dernier livre de notre ami, le défenseur de nos doctrines dans le monde scientifique français : le Dr Paul Gibier.
Dans une séance à Auteuil, le médium Sch... étant en transes, on entend des instruments de musique divers se promener au-dessus des assistants. L’un d’eux ayant voulu saisir une guitare qui passait au-dessus de lui, rompit la chaîne. A l’instant, l'instrument tomba sur la tête de l’imprudent et lui fendit le front.
Remarquez que l’absence de chaîne expose aux mêmes dangers ; ainsi trois jeunes gens ayant voulu faire une séance obscure, alors qu’ils ignoraient tous les principes du spiritisme, se placèrent seuls dans une chambre absolument nue, où il n’y avait qu’une petite table et trois chaises pour eux. Pendant la première demi-heure, rien ne se produisit ; mais, tout à coup, un grand bruit se fait entendre; l’un des jeunes gens pousse un cri terrible, les autres effrayés s’empressent d’allumer et trouvent leur camarade évanoui sous la table, la tête brisée par le marbre de la cheminée qui s’était détaché, on ne sait sous quelle influence.
Dans ce dernier 'cas, les connaissances même élémentaires de la magie montrent que si ces jeunes gens avaient fait la chaîne, le danger eût certes été moins grand. Le circulus fluidique, absent en ce moment, l’eût en effet écarté.
C’est aussi pour cela que dans l’expérience précédente, la rupture de la chaîne a provoqué la rupture du circulus et la chute subite de l’objet, phénomène tout physique.
De tout ceci, il ressort qu’avant de faire des séances obscures, il faut connaître le spiritisme , comme avant de combiner du chlorate de potasse et de l’acide sulfurique, il faut savoir ce qui va se produire, c’est-à-dire connaître la chimie.
Du reste, les médiums savent à quel danger les expose la brusque rupture delà chaîne, et vous savez tous combien ils exigent que les mains soient toujours toutes enlacées, quoi qu’il arrive, dans les séances.
Supposez maintenant, qu’alors que les émanations lluidiques des assistants sont bien harmonisées par cinq ou six séances successives, vous introduisiez une personne étrangère au groupe, que se passe-t-il?
Il faut un certain temps pour que l’harmonie s’établisse entre cette personne et le groupe. Pendant ce temps-là, tout reste dans le statu quo , le médium, loin de progresser, a plus de mal à se mettre en état de phénoménalité, et, pour peu que les étrangers deviennent plus nombreux, les phénomènes, loin de progresser, diminuent d’intensité et finalement cessent tout à fait.
Remarques. — Il ne faudrait pas croire cependant que la remarque précédente s’appliquât dogmatiquement à tous les cas. C’est principalement dans la formation des médiums qu’elle a toute sa portée et dans les phénomènes d’apports et de matérialisation.
Quand le médium est totalement formé, il peut sans crainte aborder tous les milieux ; il en résultera seulement plus ou moins de fatigue pour lui. Tel est le cas d’Eglinton, de Slade, de Home, de MmoBablin, etc., etc.
Une autre remarque fort importante porte sur l’état spécial des médiums pendant la séance. Le médium est inconscient , ne l’oublions jamais, et s’il vient à tromper, c’est qu’il subit une influence de la part des assistants ou d’autre part qui le force à le faire. Si le médium vous trompe, ne vous découragez pas, redoublez de prudence, prenez des précautions infinies contre l’erreur, et bientôt vous vous apercevrez qu’à côté de ces phénomènes qui vous paraissent simulés, il en existe d’autres dont vous ne pouvez nier l’authenticité. C’est là où vous désiriez en arriver. Il est bien entendu que je parle des vrais médiums qui ont donné leurs preuves et non des charlatans qui se rencontrent dans le spiritisme comme partout ailleurs.