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MICROCOSME ET MACROCOSME

La conception de l’homme est différente pour chaque école, nous l’avons déjà vu. 11 en est de même de la conception de la Nature.

Les matérialistes ne voient dans la Nature que l’action plus ou moins vive des divers corps agissant les uns sur les autres d’après les lois « scientifiques » de l’attraction universelle ou moléculaire avec le hasard pour tout diriger. C’est l’histoire d’une voiture sans cheval ni cocher qui marcherait toute seule.

Les panthéistes admettent dans le Monde une résultante générale origine et fin de toutes les forces sans conscience personnelle et agissant d’après des lois fatales.

C’est l’histoire d’une voiture marchant sous la traction du cheval sans cocher pour tout guider. Cela marchera bien à condition que le cheval soit très, très intelligent; mais gare aux emballements.

Enfin les occultistes admettent trois plans dans la Nature correspondant exactement et point pour point aux trois plans de l’homme :

Le plan matériel correspondant au corps physique ;

Le plan astral correspondant au corps astral;

Le plan psychique correspondant à l’âme.

Nous avons vu qu’en l’homme chaque point du corps physique représentait un cadran enregistreur transmettant rigoureusement les incitations psychiques par l’intermédiaire du corps astral ; de même dans la Nature chaque objet matériel, chaque être physique représente la signature d’une idée.

De même qu’il ne peut y avoir de parole proférée par

l’homme sans une idée que cette parole matérialise, de même il ne peut y avoir dans le monde aucun objet matériel sans une idée signifiée par cet objet.

C'est grâce à cet argument que le théosophe Louis- Claude de Saint-Martin confondit, en dispute publique à l’École normale, le professeur de philosophie Carat.

Celui-ci prétendait que rien ne peut venir dans l’esprit de l’homme d’une autre source que les sensations physiques. Garat pensait empêcher par cet argument le théosophe d’introduire ses doctrines « mystiques ».

Vous avez raison, répondit Saint-Martin, rien ne vient dans l’esprit de l’homme par une autre voie que la sensation ; mais la sensation dérive d’un objet physique et tout objet physique est la matérialisation d’une idée. Si bien que l’idée invisible est l’origine réelle de tout ce qui naît en l’esprit de l’homme l.

Garat ne put réfuter cet argument. La Nature de même que l’homme comprend donc trois divisions subdivisibles elles-mêmes à l’infini d’après la loi trinitaire.

Trois règnes renferment le domaine des actions de la Nature : le Régne Minéral correspondant analogiquement au plan physique, le Règne Végétal correspondant au plan astral et le Règne Animal correspondant au plan psychique de la Nature.

Chacun de ces règnes renferme aussi trois plans : un plan matériel (plus ou moins élevé suivant le règne, matière cristallisée, matière organique ou matière nerveuse suivant le cas) ; un plan astral (plus ou moins élevé suivant le règne, forces physiques, forces vitales, forces psychiques suivant le cas) ; un plan intellectuel (intelligence des éléments, intelligences organiques, intelligences psychiques). On

1 . Yoy. le Crocodile, poème épico-magique, par Saint-Martin.

peut aller loin dans ces divisions et l’on reconstituera ainsi la Philosophie hermétique professée par tous les alchimistes instruits et par Robert Fludd, Yan Helmont, Jacob Boehm, Saint-Martin, etc., etc.

Qu’on ne pense pas cependant que ces idées n’aient pu être défendues depuis la science actuelle ; un homme de génie trop peu connu, Oken, a établi un système de classification complet s’appliquant aussi bien aux minéraux, aux végétaux et aux animaux et bien supérieur à nos systèmes actuels, en partant des données de l’Occultisme.

Voici quelques extraits très curieux de cet auteur du xixe siècle à ce sujet :

« La Nature dans son ensemble doit être considérée comme un corps organique dont les parties seraient le développement ou plutôt la répétition d'un seul principe. Nous essaierons de le prouver par l’exposition de notre système.

«Les animaux étant postérieurs aux plantes, les 'plantes postérieures aux minéraux, les minéraux postérieurs aux éléments, il s’ensuit que les éléments sont, au moins poulies minéraux, les plantes et les animaux, le principe dont ces corps émanent, dont ils sont le développement dans des degrés divers de modification, ou mieux, dont ils sont la répétition dans l’acception que nous donnons à ce mot et dont ce qui suit fera saisir la force et la justesse. »

Ainsi les éléments des anciens sont repris par Oken comme base de son étude sur la Nature ; les éléments ne sont pas compris de nos jours à leur valeur réelle, ainsi que l’a fort bien vu, du reste, Hegel.

« L’ancienne doctrine de la formation de toutes choses par quatre éléments selon Pythagore, Empédocle, Platon et Aristote ou par trois principes selon Paracelse, dit Hegel, n’a pas prétendu par là désigner empiriquement

la pure matière primitive ; mais bien plus essentiellement la détermination idéale de la force qui individualise la ligure du corps ; et nous devons par là admirer avant tout l’elfort par lequel ces hommes, dans les choses sensibles qu’ils choisissaient pour signes, ne connurent et ne retinrent que la détermination générale de l’idée. Au contraire les physiciens empiriques modernes ont, de préférence, fondé leur gloire sur une tout autre manière d’envisager la question, procédant toujours à la recherche du particulier, au lieu de s’efforcer d’élever le particulier au général et de reconnaître celui-ci dans celui-là1. »

Mais comment rattacher cette idée ancienne des éléments aux travaux de la Chimie contemporaine?

Ainsi nous savons que l’eau est composée d’hydrogène et d’oxygène, deux corps simples, l’air de trois de ces corps simples, l’oxygène, l’azote et l’acide carbonique, la terre des quatre corps simples originaux, Hydrogène, Oxygène, Azote et Carbone. Quant au feu, l’oxygène pur semble être son élément primordial allié à un principe encore inconnu.

Un fait curieux c’est que la progression atomique range tous les corps chimiques en quatre séries gouvernées chacune par un des corps simples principaux.

La série monoatomique est représentée par l’Hydrogène.

La série diatomique est représentée par l’Oxygène.

La série triatomique est représentée par l’Azote.

La série tétratomique est représentée par le Carbone.

C’est encore Oken qui va nous donner la clef de ce problème :

« Les corps simples tels que V hydrogène (et l’azote ou l’hydrogène oxydé), l'oxygène et le carbone sont pour les

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