RÉSUMÉ GÉNÉRAL
Le siècle des siècles est près de finir. Le progrès est près d’atteindre son apogée, si l’on en croit du moins ses partisans, et cependant il se trouve des hommes pour parler de grandes lois inconnues et de grands principes vivants étouffés.
L’Europe en armes attend le signal de l’égorgement. Les trains circulent rapides à travers le centre de toutes les civilisations, mais ces trains ne porteront-ils pas demain des soldats et des munitions de guerre ? Les fds télégraphiques s’entre-croisent dans les airs annonçant les mille nouvelles courantes aux peuples affairés ; mais le penseur qui les contemple sait-il si les ordres de mobilisation ne passent pas en ce moment invisibles devant lui? Chemins de fer, télégraphes, belles conquêtes, en vérité, du xixe siècle, qui sait si les mères et les épouses de l’an 1900 ne vous maudiront pas à jamais?
Toute conquête du cerveau humain tourne à la destruction rapide de l’espèce, et dans l’éclosion magnifique de notre renaissance intellectuelle la haine internationale est notre seule directrice. La Vapeur c’est le transport rapide de la destruction en masse dans une contrée ; Y Electricité c’est le moyen de faire sauter à distance les villes entières; la Chimie c’est la dynamite, la roburite, les obus asphyxiants et la poudre sans fumée ; la Physique c’est le massacre mécanique de corps d’armée remplaçant le massacre individuel d’autrefois. Le Progrès, le Progrès partout ! Le Téléphone transmet les ordres du chef, le Phonographe perfectionné conserve le bruit d’une bataille dans tous ses détails ; on entend tous les instruments du concert majestueux : mugissements des canons, crépitement
rapide de la fusillade, sifflement des balles, rien ne manque, pas môme les cris rauques des blessés, et le progrès va si vite que grâce au Téléphote une mère pourra désormais voir de loin son fils éventré par une baïonnette et l’entendre prononcer son nom pour la dernière fois.
C’est la civilisation !
Que viennent donc faire tous ces rêveurs, tous ces philosophes, tous ces utopistes parlant d’altruisme dans une telle époque et s’autorisant de la Science occulte pour rappeler l’existence d’un vieux mot dès longtemps oublié, la Charité?
La Science occulte! est-elle donc autre chose qu’une source de rêveries pour cerveaux faibles ou de consolations pour âmes brisées? C’est ce qu’il nous faut voir.
Si nous jetons un coup d’œil d’ensemble sur cette Science occulte telle que nous l’avons exposée, que verrons-nous?
Les prolégomènes de notre ouvrage nous montrent l’existence effective d’un corps de doctrine scientifique dans l’antiquité, et nous pouvons rendre justice à ces anciens si calomniés encore.
Dans la première partie la doctrine ésotérique nous apparaît avec son cortège d’hypothèses hardies qui peuvent trouver dans nos Sciences expérimentales un précieux secours, loin d’être en opposition avec les données de ces sciences.
Nous suivons la transmission de ce corps de doctrine dans la seconde partie ; partant de l’Egypte avec Moïse nous voyons la Kabbale passer intacte à travers les peuples et les révolutions, nous retrouvons l’enseignement hermétique chez les Gnostiques, à l’école d’Alexandrie, chez les alchimistes, dans l’ordre du Temple, dans la Rose-Croix et enfin, combien déformé! dans la franc-maçonnerie ac-
tuelle. Des sociétés vraiment occultes existent pourtant qui possèdent encore la tradition intégrale, j’en appelle à l’un des plus savants parmi les adeptes occidentaux, à mon maître en pratique, Peter Davidson.
Le but de cette Science occulte c’est l’alliance de la Science et de la Foi vers une aspiration unique : la Vérité synthétique. La troisième partie aborde le domaine de Y Invisible , où les données scientifiques viennent appuyer les affirmations étranges de la Magie sur l’évocation des morts, sur les mystères de la naissance, sur les causes des inégalités sociales que la volonté humaine peut toujours détruire. — Enfin une série de faits et de chiffres vient montrer combien l’esprit humain s’intéresse de nos jours à cette Science occulte et aux Sociétés qui en poursuivent l’étude et l’application.
On nous a accusé de désocculter l’occulte. L’expérience nous a montré que ceux qui 11e doivent pas comprendre ne comprennent pas. — En 1853, la désoccultation de l’occulte fut entreprise bien mieux que nous ne pouvons le faire aujourd’hui ; l’entreprise échoua parce que les esprits n’étaient pas prêts à la comprendre. Aujourd’hui les temps sont changés et nous ne sommes encore que les libres instruments d’une force invisible et puissante autant que bienfaisante qui pousse toutes les écoles à révéler les principes de leur savoir et à lutter d’émulation pour L’avènement du règne de Dieu sur la terre comme au ciel.
Des courants d’idées nombreux, opposés en apparence, poursuivent parallèlement un but identique. Ces oppositions même sont un gage de succès, une garantie contre la somnolence. Aucune école restant enfermée dans son sectarisme ne peut aider efficacement le mouvement gé-
néral. Le groupement partiel s’impose, cet effort a été tenté.
Quel que soit l’avenir de notre œuvre, nous avons la conscience d’avoir fait notre devoir jusqu’au bout. La Science infusée partout saura faire justice de tous les sectarismes, et la Morale, assise enfin sur des bases positives, conduira peut-être les peuples à d'autres buts que l’extermination raffinée des pauvres par les riches, des intellectuels par les armées et des armées par les engins perfectionnés.
Groupons nos efforts, cherchons hardiment d’autres méthodes que celles qui conduisent à faire des perroquets diplômés inutiles ou nuisibles à la collectivité, et sans doute nous pourrons un jour inscrire au fronton du nouvel édifice :
A CEUX QUI, FATIGUÉS d’aPPRENDRE, DÉSIRENT ENFIN SAVOIR.