UNE IMPORTANTE DÉCOUVERTE
Communication de M. Charles Henry à F Académie.
M. Charles Henry a présenté à l’Académie des Beaux- Arts, dans sa séance du 22 décembre, trois instruments nouveaux : un Cercle chromatique , un Rapporteur et un Triple décimètre esthétiques et il a résumé la théorie qui doit prochainement être publiée en môme temps que ces appareils :
M. Charles Henry fait observer que la science n’a point fourni jusqu’ici au peintre, des ressources techniques aussi complètes qu’au musicien. Les peintres ont très souvent besoin de la teinte complémentaire, c’est-à-dire de la lumière colorée qui, mélangée avec une autre, donne la sensation de blanc : ils doivent à chaque instant résoudre rapidement des problèmes de pouvoir éclairant, d’harmonies, de mélanges de lumières colorées et de pigments. Leurs solutions, parfois laborieuses, sont toujours empiriques, car elles dépendent, dans une certaine mesure, de l’individualité de l’artiste. Il était essentiel de pouvoir fixer les lois normales des compléments, des mélanges, des harmonies de lumières colorées et de pigments. C’est l’objet du Cercle Chromatique.
L’auteur pose le problème esthétique sous une forme nouvelle. Nos sensations et nos idées n’offrant aucune prise au calcul, il était urgent de les rattacher à des phénomènes susceptibles de mesure. Or, s’il est un fait bien établi par l’observation psychologique, c’est qu’il n’y a pas de sensation d’idée sans mouvement du sujet. Si on empêche les mouvements des organes des sens, on empêche la sensation qui correspond à un arrêt de ces mouvements ; si on impose au sujet une attitude, on lui
suggère l’idée corrélative. Ou peut donc considérer les fonctions psychiques comme des mouvements virtuels de l’être vivant.
Par des considérations évidentes et une esquisse schématique de notre mécanique naturelle, l’auteur prouve que l’être vivant, ne pouvant décrire que des cycles (circonférences décrites dans un sens) de rayon défini, exprime ses diverses excitations, au moyen de changements de direction, virtuels ou réels, de sa force, le sens de ces directions (en haut ou en bas, à droite ou à gauche), marquant la nature agréable ou non des excitations. La direction est donc l’élément représentatif commun à toutes les sensations.
Les directions diffèrent plus ou moins, au maximum ou au minimum, successivement ou simultanément: c’est la fonction de contraste.
Lorsque les directions diffèrent de certains angles réalisables continûment par notre mécanique naturelle, qui est celle du compas, il y a rythme.
Lorsque les directions appartiennent à des cycles de rayon trop grand pour être décrits continûment, et que les nombres d’unités de mesure de ces directions considérées comme des dénominateurs de fractions de cycle sont réalisables continûment pour notre organisation, il y a mesure.
Les procédés généraux de réaction de l’être vivant une fois établis et mathématiquement étudiés, M. Charles Henry peut aborder scientifiquement les problèmes de couleurs, fixer les trois couleurs-lumières fondamentales, les quatre pigments fondamentaux, construire son cercle chromatique d’après les principes rigoureux et non d’après des conventions, comme les dispositifs adoptés jusqu’à ce jour, exposer les principes d’une polychromie rationnelle.
déduire les phénomènes d’irradiation et les moyëns de les empêcher, déterminer le pouvoir éclairant des différentes parties du spectre, tixer l’ordre dans lequel il faut ranger les couleurs au point de vue de la fatigue. Il énonce ensuite les lois du contraste des lumières et des couleurs, les relations de ces lois avec la vision binoculaire et la théorie du relief; il déduit les oscillations de la fonction de complémentaire observées pour les couleurs-lumières par M. de Helmholtz et pour les intensités de pigments par M. Rood. Il explique les apparences colorées et la sensibilité différentielle de la lumière blanche, l’intluence réciproque des couleurs les unes sur les autres et leurs apparences rentrantes ou saillantes dans les vitraux. Il donne une règle qui permet de retrouver les différences des mélanges de pigments et de lumières : ce qu’aucun point de vue théorique n’avait permis de faire jusqu’ici; enfin, après des développements sur le problème de l’éclairage et les lois des mouvements des yeux, il énonce les formules différentes auxquelles sont soumises les harmonies de lumières-couleurs et les harmonies de pigments.
La nécessité de trouver l’entière généralité des principes de dynamique vivante que l’auteur avait appliqués à la sensation visuelle lui faisait un devoir d’étendre ces principes à la solution de quelques problèmes accessoires. M. Charles Henry a donc consacré un chapitre à la sensation auditive ; traitant de l’origine du tempérament, de l’origine des gammes (la gamme mineure n’a jamais été expliquée), déduisant les variations des valeurs des intervalles musicaux suivant la mélodie, l'harmonie, la nature de l’accord, exposant un procédé rigoureux d’analyse rythmique des phrases mélodique et harmonique, énonçant la formule générale des accords possibles, et quelques considérations nouvelles sur le timbre.
D’autre part, le problème esthétique sous sa forme nouvelle se confond avec le problème du mécanisme de ces excitations appelées par les physiologistes dynamogènes ou inhibitoires, qui, en exagérant ou en empêchant les fonctions, jouent un rôle si considérable dans la pathogénie. M. Charles Henry explique clairement ces phénomènes paradoxaux, déduit en particulier et complète en dehors des limites de l’expérience la courbe d’accroissement de vitesse de locomotion en fonction des nombres de pas à la minute, explique l’origine de la droiterie et de la gaucherie, les perturbations bien connues à la loi de Fechner. Il précise une loi d’évolution qui lui permet d’expliquer le mécanisme mystérieux de la mort et de caractériser la forme des fonctions du temps ; il rapproche les phénomènes de dynamogénie des dégagements d’électricité, positive et négative, les phénomènes d’inhibition des dégagements de chaleur, déduisant réciproquement des nouvelles fonctions subjectives ou des lois de nos représentations de chaque ordre d’actions, les mesures d’électriques absolues, l'expression des températures vraies, le théorème de Carnot qu’il démontre ne point s’appliquer à la matière vivante, enfin le principe de vitesses virtuelles.
Cette œuvre est le premier pas du calcul dans le monde de la vie. Par des déductions directes d’un fait fondamental de l’organisation, l’auteur a pu préciser le normal (ce qu’aucune méthode observationnelle ou expérimentale ne pouvait faire connaître). Par la preuve d’une corrélation profonde entre trois ordres de phénomènes jusqu’ici sans liaison: phénomènes physiques, électricité et chaleur; phénomènes mécaniques, mouvements virtuels continus et discontinus de l’être vivant ; phénomènes subjectifs, plaisir et douleur : il est parvenu à fonder sur les lois de nos
représentations une méthode qui offre aux hypothèses fondamentales de la science, toute la certitude dont elles sont susceptibles et nous permet de pénétrer dans la physique et dans les mathématiques par des déductions de points de vue supérieurs.
L’auteur publiera prochainement des échelles dynamométriques, permettant de doser rigoureusement les forces des sujets, d’après la nature de leurs illusions d’optique et leur préférence pour telle combinaison de lignes, avec une introduction sur la théorie de la pathogénie; il fait construire des haltères dynamogènes, des thermomètres et manomètres normaux, applicables au traitement des névroses.
Le nouveau rapporteur, dit Rapporteur Esthétique , au moyen de tables et d’une notice explicative, très facile à comprendre, permet de réaliser cà volonté des formes agréables pour les sujets normaux. Les spécimens produits à l’aide de cet instrument ont toujours, sous des formes diverses, été jugés d’accord avec la théorie, et ne laissent aucun doute sur la solution pratique du problème.
Ces résultats n’intéressent pas seulement l’art industriel : en précisant ce qu’il faut entendre par le normal, la nouvelle théorie imprime à la biologie et à la médecine une direction rationnelle; en dosant le caractère normal ou pathologique des réactions vivantes enregistrées par la méthode graphique, le Rapporteur Esthétique devient un instrument indispensable au clinicien. L’auteur présente plusieurs exemples de cette importante application.
D’après la théorie, le caractère agréable ou non d’une forme est lié au nombre qui la caractérise. C’est ce nombre que l’œil précise inconsciemment en parcourant un contour. Le Rapporteur Esthétique servant à convertir les
nombres en formes et les formes en nombres, habitue l’œil à une exactitude rigoureuse. Son emploi est donc en lui-même une méthode scientifique de dessin industriel; cette méthode a produit déjà d’excellents résultats. Le nouvel instrument peut également servir à améliorer l’écriture et par là le rythme des actions nerveuses ; il peut modifier rationnellement la forme des caractères typographiques et par là favoriser l’exercice normal de la vue. Indispensable dans la technique de la nouvelle polychromie et pour l’interprétation de la méthode graphique, le nouveau Rapporteur est, en un mot, l’instrument scientifique de la morphologie, considérée dans son sens subjectif le plus abstrait, qu’il s’agisse de formes inorganiques ou organisées, mortes ou vivantes, naturelles ou artificielles, historiques ou actuelles.
Le Triple-Décimètre Esthétique permet, sans recourir aux tables, de trouver dans les limites usuelles toutes les mesures convenables.
Saint-Martin a fait aussi un travail sur les nombres1, mais ce qu’on a publié de lui sous ce nom n’est qu’un ensemble de notes réunies au hasard après sa mort ; aussi n’en parlerons-nous pas davantage.
§ 3. — CONCLUSION
Arrivés en ce point, jetons un rapide coup d’œil sur le chemin parcouru, afin de nous rendre compte des aspects sous lesquels la Science antique se présente maintenant à notre esprit.