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Claude Bernard, la Science expérimentale

La volonté se manifeste de même à la conscience parla liberté de faire ou de ne pas faire, appelée par Fabre d’Olivet : Assentiment.

La sensation caractéristique du corps se manifeste par

le besoin.

Le sentiment se peint par la passion. L’assentiment par F inspiration.

L’homme est donc nécessité, passionné ou inspiré suivant le centre qui se réfléchit à sa conscience. Mais là ne doit pas s’arrêter notre analyse.

La sensation nous cause du Plaisir ou cle la Douleur , suivant la façon dont notre corps est impressionné.

Eh bien, le sentiment nous cause aussi de l'Amour ou de la Haine, suivant la façon dont la vie est impressionnée.

L’assentiment nous révèle aussi la V èritè ou l'Erreur , suivant la façon dont la Volonté est impressionnée.

La Sensation, le Sentiment et l'Assentiment, n’est-ce pas une même chose diversement « colorée » suivant les milieux d’où elle émane?

De même le Plaisir, l’Amour et la Vérité sont?^ze même chose considérée positivement à divers points de vue, comme la Douleur, la Haine et l’Erreur sont cette même chose considérée négativement à ces points de vue.

Arrêtons là ces digressions sur le Corps, la Vie et la Volonté, digressions que nous pourrions pousser fort loin avec Fabre d’Olivet. Il nous suffit, pour l’instant, d’avoir déterminé l’unité de ces principes triplement différents.

Nous allons pouvoir en tirer d’importantes conclusions.

Avant de passer à d’autres considérations, il nous faut résumer ce que nous avons dit en trois figures. C'est la même figure originelle : le triangle qui sert de base à nos trois schémas pour bien montrer qu’ils expriment la même

chose considérée en trois aspects différents, corps, vie ou volonté suivant le cas.

Figure schématique résumant la constitution de V Homme, d'après Fabre d’Olivet.

(Manque la ie sphère, sphère du libre arbitre; voy. plus loin.)

Les Êtres, quels qu’ils soient, sont formés en dernière analyse de trois parties constituantes : le corps, la vie ou l’esprit, et l’âme.

L’évolution d’un corps produit une vie, l’évolution d’une vie produit une âme.

Vérifions ces données en les appliquant à l’homme.

Chaque continent se couronne, je le répète, d’une race différente d’hommes représentant le terme supérieur de l’évolution matérielle sur la planète.

Dans chaque homme trois parties se montrent : le ventre, la poitrine, la tête. A chacune de ces parties sont attachés des membres. Le ventre sert à fabriquer le corps, la poitrine sert à fabriquer la vie, la tête sert à fabriquer l’âme.

Le but de chaque être que la nature crée est de donner naissance à une force d’ordre supérieur à celle qu’il reçoit. Le minéral reçoit la vie terrestre et doit la transformer en vie végétale par son évolution ; le végétal donner naissance à la vie animale et celle-ci à la vie humaine.

La vie est donnée à l’homme pour qu’il la transforme en une force plus élevée : l’âme. — L'âme est une résultante 1 d’après certains occultistes.

Le but de l’homme est donc avant tout de développer en lui cette âme qui ne s’y trouve qu’en germe et, si une existence ne suffît pas, plusieurs seront nécessaires2.

Cette idée, cachée par les initiations aux profanes, se retrouve dans tous les auteurs qui ont pénétré profondément dans la connaissance des lois de la nature. C’est une des principales divulguées par l’étude du Bouddhisme ésotérique dans les temps modernes ; mais l’antiquité ainsi que quelques écrivains occidentaux ne l’ont jamais ignorée.

1. L’âme esl une création originale nous appartenant en propre et présentant à l’éternité le flanc de sa responsabilité (Louis Lucas, Médecine nouvelle, p. 33).

Le son représentant la force vitale produit autre chose dans sa diversité extrême : il produit la TONALITÉ, d’où naît l’elfet général ou l’âme ; avec sa valeur spéciale et relative. Un orchestre est un organisme matériel, avec tous ses appareils composés; les sons, leurs HARMONIES, leurs combinaisons immenses; c’est le jeu des forces vitales; c’est l’étoffe du corps d'où l’âme se crée et s’élève, comme de la tonalité se crée un sentiment général, définitif et résultantiel. Ainsi la tonalité GÉNÉRALE qui est étrangère et à l’instrument inerte par lui-même, et aux harmonies croisées qui sont en jeu : voilà l’AME du concert, etc. (Id.) .

2. En lisant les divers auteurs qui traitent de l’àme, il faut bien prendre garde au sens qu’ils attribuent à ce mot. Les uns appellent âme ce que j’appelle ici vie et esprit , et esprit le troisième terme que j’appelle âme. L’idée est la même partout, l’emploi des termes seuls varie.

« C’est ainsi en effet que Dieu lui-même, par la connaissance intime de l’absolu qui est son essence, identifie perpétuellement avec son savoir l’être qui lui correspond dans son essence absolue ; et c’est ainsi manifestement que Dieu opère sans cesse sa création propre ou son immortalité. Et par conséquent, puisque l’homme est créé à l’image de Dieu, c’est par le même moyen qu’il doit conquérir son immortalité, en opérant ainsi sa création propre par la découverte de l’essence de l’absolu, c'est-à-dire des conditions elles-mêmes de l’existence de la vérité »

Fabre d’Olivet, dans l’admirable résumé qu’il a fait delà doctrine de Pythagore, nous montre en quelques pages le résumé de la psychologie antique. Il suffit de le lire et de le comparer aux doctrines du Bouddhisme ésotérique pour connaître un des plus grands secrets renfermés dans les sanctuaires.

Voici ce résumé:

« Pythagore admettait deux mobiles des actions humaines, la puissance de la Volonté, et la nécessité du Destin ; il les soumettait l’un et l’autre à une loi fondamentale appelée la Providence, de laquelle ils émanaient également.

« Le premier de ces mobiles était libre et le second contraint : en sorte que l’homme se trouvait placé entre . deux natures opposées, mais non pas contraires, indifféremment bonnes ou mauvaises, suivant l’usage qu’il savait en faire. La puissance delà Volonté s’exerçait surles choses à faire ou sur l’avenir; la nécessité du Destin, sur les choses faites ou sur le passé ; et l’une alimentait sans cesse l’autre, en travaillant sur les matériaux qu’elles se fournissaient réciproquement.

i. Wronski, Lettre au pape. — Voir la liste des œuvres de Wronski dans l’Occultisme contemporain, ckap. 22.

« Car, selon cet admirable philosophe, c’est du passé que naît l’avenir, de l’avenir que se forme le passé et de la réunion de l’un et de l’autre que s’engendre le présent toujours existant, duquel ils tirent également leur origine : idée très profonde, que les stoïciens avaient adoptée. Ainsi, d’après cette doctrine, la Liberté règne dans l’avenir, la Nécessité dans le passé et la Providence sur le présent. Rien de ce qui existe n’arrive par hasard, mais par l’union de la loi fondamentale et providentielle avec la volonté humaine qui la suit ou la transgresse, en opérant sur la Nécessité.

« L’accord de la Volonté et de la Providence constitue le bien, le mal naît de leur opposition. L’homme a reçu, pour se conduire dans la carrière qu’il doit parcourir sur la terre, trois forces appropriées à chacune des trois modifications de son être, et toutes trois enchaînées à sa volonté.

« La première, attachée au corps, est l’instinct; la seconde, dévouée à l’âme, est la vertu; la troisième, appartenant à l’intelligence, est la science ou la sagesse. Ces trois forces, indifférentes par elles-mêmes, ne prennent ce nom que par le bon usage que la volonté en fait, car, dans le mauvais usage, elles dégénèrent en abrutissement, en vice et en ignorance. L’instinct perçoit le bien ou le mal physiques résultant de la sensation ; la vertu connaît le bien et le mal moraux existant dans le sentiment ; la science juge le bien ou le mal intelligibles qui naissent de l’assentiment. Dans la sensation le bien et le mal s’appellent plaisir ou douleur ; dans le sentiment, amour ou haine ; dans l’assentiment, vérité ou erreur.

« La sensation, le sentiment et l’assentiment résidant dans le corps, dans l’âme et dans l’esprit, forment un ternaire qui, se développant à la faveur d’une unité 'relative,

constitue le quaternaire humain ou l’Homme considéré abstractivement.

« Les trois affections qui composent ce ternaire agissent et réagissent les unes sur les autres, et s’éclairent ou s’obscurcissant mutuellement ; et l’unité qui les lie, c’està-dire l’Homme, se perfectionne ou se déprave, selon qu’elle tend à se confondre avec l’Unité universelle ou à s’en distinguer.

« Le moyen qu’elle a de s’y confondre ou de s’en distinguer, de s’en rapprocher ou de s’en éloigner, réside tout entier dans sa volonté, qui, par l’usage qu’elle fait des instruments que lui fournissent le corps, l’âme et l’esprit, s’instinctifïe ou s’abrutit, se rendvertueuse ou vicieuse, sage ou ignorante et se met en état de percevoir avec plus ou moins d’énergie de connaître et de juger avec plus ou de rectitude ce qu’il y a de bon, de beau et de juste dans la sensation, le sentiment ou l’assentiment; de distinguer avec plus ou moins de force et de lumière le bien et le mal ; et de ne point se tromper enfin dans ce qui est réellement plaisir ou douleur, amour ou haine, vérité ou erreur.

« L’homme tel que je viens de le dépeindre, d’après l’idée que Pythagore en avait conçue, placé sous la domination de la Providence, entre le passé et l’avenir, doué d’une.volonté libre par son essence et se portant à la vertu ou au vice de son propre mouvement, l’Homme, dis-je, doit connaître la source des malheurs qu’il éprouve nécessairement et, loin d’en accuser cette même Providence qui dispense les biens et les maux à chacun selon son mérite et ses actions antérieures, ne s’en prendre qu’à lui-même s’il souffre par une suite inévitable de ses fautes passées ; car Pythagore admettait plusieurs existences successives et soutenait que le présent qui nous frappe et

l’avenir qui nous menace ne sont que l'expression du passé qui a été notre ouvrage dans les temps antérieurs. Il disait que la plupart des hommes perdent, en revenant à la vie, le souvenir de ces existences passées ; mais que, pour lui, il devait à une faveur particulière des Dieux d’en conserver la mémoire .

« Ainsi, suivant sa doctrine, cette nécessité fatale dont l’Homme ne cesse de se plaindre, c’est lui-même qui l’a créée par l’emploi de sa volonté; il parcourt, à mesure qu’il avance dans le temps, la route qu’il s’est déjà tracée à lui-même ; et, suivant qu’illa modifie en bien ou en mal, qu’il y sème, pour ainsi dire, ses vertus et ses vices, il la retrouvera plus douce et plus pénible lorsque le temps sera venu de la parcourir de nouveau h »

Je joins à cette importante citation un tableau qui permettra de voir le système dans son ensemble. J’ai fait mon possible pour être clair ; si quelque erreur s’est glissée dans ce travail, il sera facile d’y remédier en se reportant au texte.

La partie gauche du tableau représente les principes positifs désignés par le signe (-)-).

La partie droite, les signes négatifs désignés par le signe (— ).

Enfin la partie médiane, les signes équilibrés ou supérieurs désignés par le signe ( o=>).

En bas et à gauche du tableau est le résumé du ternaire humain : ame, — intelligence — corps, indiqué par les signes ci-dessus.

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