‹ Traite methodique et raisonne de la peinture a l'huileChapitre 1 sur 15 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

EuduUs et imprcsslous pour pcÊudrc snr toile, pa« picr, carlou, pauiieaux et sur luiir.

11 est de la ijIus haute importance pour l'art, de préparer d'une façon rationnelle le champ ou la surface do toile, bois ou autre matière qui doit recevoir un tableau.

Les couleurs de l'enduit ou impression dont on recouvre les panneaux, toiles ou cartons à peindre, peuvent varier à l'infini, mais le choix de la teinte n'est point étranger à la réussite du tableau, ni à sa conservation à venir.

En parcourant les musées tant anciens que modernes, on voit le danger de certaines impressions qui ont altéré de remarquables tableaux de maîtres, tels que, par exemple, certaines toiles du Poussin, qui affectionnait les impressions en rouge au minium.

On voit aussi, dans les somptueuses galeries du palais de Versailles, les déplorables ravages causés à une quantité de peintures récentes, par l'incurie des artistes trop pressés de vernir leurs ouvrages aussitôt achevés, et la blàmnble insouciance dos hommes mémo les plus renommés qui ont ignoré la partie matérielle technique do l'emploi do leurs couleurs, et voué pour ainsi dire de gaieté de cœur leurs ouvrages à la destruction la plus prématurée.

N'est-il pas singulier, dans le temps de progrès où nous sommes, que la pratique de la peinture soit enseignée à l'École impériale des Beaux- .\rts, sans qu'on ail jamais songé à fonder, dans celte école, uu simple cours de chimie artistique, où l'on enseignerait, en quelques leçons, la chimie des couleurs à la jeunesse, qui saurait au moins l'A B C raisonné des procédés matériels ([u'elle va pratiquer toute sa vie? C'est comme si l'on enseignait la rhétorique française a dos gens qui ignorent l'orlhographe et la grammaire!

Impression des toiles.

Choisissez la toile pas trop neuve, assez claire, et avec le moins de nœuds possible, tendez-la bien sur le châssis ; appliquez alors la colle de gant et du blanc de craie additionné d'un peu de plaire lia et broyez ensemble, ensuite raclez la colle qui passe par derrière.

La toile devient alors très-tendue, on la laisse bien sécher, on la ponce ensuite soigneusement pour la bien unir.

Quelques personnes impriment d'abord avec du brun rouge broyé à l'huile de lin et médiocrement épais, qu'on rend siccatif en y mêlant un peu de mine rouge bien broyée: on étend cette impression en procédant comme pour la colle; on laisse sécher et on ponce. Trois couches suffisent. Les deux dernières couches peuvent se faire d'un mélange de gris rougeâtre qui peut aider l'artiste à ébaucher plus agréablement en lui laissant une sorte de demi-teinte dont il profile par des frottis glacés de diverses couleurs.

Impression des panneaux.

Les planches de bois ou panneaux doivent être préalablement encollés devant et derrière avec de la colle chaude de peau, cela empêchera le bois de se tourmenter. Employez la colle demi-figée.

Imprimez-les aussi des deux côtés avec du blaac de craie (d'Espagne et de la colle, en se servant d'une brosse douce), à plusieurs couches, ayant soiu de bien laisser sécher à chaque fois, afin que les pores ùa bois soient bien bouchés ; unissez à la ponce, et passez ensuite vos deux ou trois couches de blanc de plomb à l'huile, moyennement épaisses. Si vous voulez du grain, tamponnez la couche avec la paume de la main, la couleur prendra mieux sur une surface un peu grenue. On peut, à volonté, faire ce grenu plus ou moins sensible.

laapressîou miis'ale.

Donnez d'abord une impression au plâtre, à l'huile, avec du brun rouge ou de l'ocre jaune, laqueWe s'emboit dans le plâtre sec, et donnez-en une seconde d'une teinte gris rosaire par-dessus, ou d'ocre et de blanc, si vous préférez.

On peut, si la muraille est bien sèche, y donner à plusieurs reprises deux ou trois couches d'huile bouillante, jusqu'à ce que l'on voie que l'enduit demeure gras et ne s'emboit plus. On l'imprime ensuite avec le blanc de craie et de l'ocre jaune ou rouge, ou autres terres qu'on fcroie un peu ferme et dont on fait une couche £ur le mur.

D'autres personnes font un enduit préalable avec de la chaux et de la poudre de marbre ou du ciment fait de tuiles pilées et broyées ûnement, qu'on applique à la truelle pour le bien unir; ils l'imbibent ensuite de plusieurs couclics d'huile de lin avec une grosse brosse. Ensuite, on fait une composition de poix grecque, de mastic et de gros vernis, bouillis ensemble dans un pot de terre, on l'applique à la brosse et on unit à la truelle chaude. On imprime ensuite la couleur à l'huile sur laquelle on viendra peindre son tableau.

C'est un mélange d'huile cuite avec un pou de lilharge qu'on délaio avec de la cire fondue. On chauffe la pierre, le plâtre ou la toile qu'on veut enduire, et l'on passe dessus, avec des pinceaux, la préparation liquide.

On peut remplacer la cire par certaines résines, telles que l'élemi, le copal, et l'huile par une essence telle que l'aspic; cela est mémo nécessaire quand les peintures qu'on doit y exécuter sont placées dans des rez-dc chaussée ou lieux bas et humides.

On enduit les statues de pierre tendre, les vases, les bas-reliefs ou plâtre et médaillons, d'un encaustique à la cire et à l'huile lithargirée. Les enduits à l'encaustique conviennent également à l'impression des panneaux de métal de cuivre.

Considérations générales sur les papiers, toiles, panneaux.

En Italie, les anciens ont commencé par faire leurs tableaux sur panneaux fort épais et en bois de peuplier; en Flandre, on adopta le chêne inattaquable par les vers, toujours redoutables à la peinture sur bois. On imagina de les enduire quelquefois de cire ou de résine pour les préserver de l'humidité. M. Tachet fabri(iue aujourd'hui des panneaux en bois plaqué, croisé en divers sens, qui présentent toutes les garanties possibles de solidité. On imprimait anciennement les panneaux avec de la craie délayée dans de la colle animale ou bien avec du plâtre éteint. Montaberl dit qu'aux x* et xic siècles, on collait sur les panneaux une toile qu'on imprimait d'un enduit blanc, analogue au stuc. C'est ainsi que les Chinois procèdent pour les grandes pièces de vieux laque, si romarquablcmenl unies; puis les toiles sont venues, qui les ont remplacées, et maintenant elles sont d'un usage presque général.

Il y a néanmoins quelques artistes qui, pour de petits tableaux do genre, préfèrent les panneaux, leur grain hn étant, selon eux, plus favorable que r.elui de la toile pour tcrniiiior et soigner minutieusement certaines parties délicates, entre autres les nus. Malgré cela, nouspen-

sons qu'on doit s'abstenir d'employer les toiles de lin, et surtout celles de coton; celles de chanvre, les plus fines, écrues, d'un tissu bien égal et tendues sur châssis, avec clefs aux encoignures, sont les meilleures. Celles dont le tissu serait lâche reprennent de la fermeté, si on les enduit d'une couche de colle de gants tiède qu'on étend avec un couteau à manche coudé, en en promenant le tranchant émoussé droit et comme une règle à la surface de la toile, pour en égaliser l'applicallon. L'encollage une fois sec, on ponce, et on applique deux ou trois couches de blanc de céruse, broyé avec une partie d'huile de noix et une d'essence de térébenthine, à la consistance d'une pommade. Au bout de trois ou quatre jours, l'impression sera bonne; elle adhérera suffisamment à la toile et ne sera pas cassante. Cette préparation est peu coûteuse et très-recommandable dans son emploi.

Les tableaux des Vénitiens étaient généralement imprimés avec du plaire; aujourd'hui on imprime généralement à l'huile.

Les marchands de Paris les impriment en les tamponnant ou en les ponçant après l'impression. On trouve chez eux des impressions trèsvariées pour la grosseur du grain, d'une couleur généralement jaunâtre. La pratique et l'observation démontreront les différents partis qu'on peut tirer du plus ou moins de grain de la toib, pour l'exécution pittoresque. Nous reviendrons sur ce sujet en parlant des procédés d'exécution, et nous dirons, en règle générale ; qu'un peintre qui voudra exécuter un tableau de petite dimension devra choisir de préférence une toile lisse, à moins qu'il ne veuille y jeter une esquisse ou pochade rapide et d'une touche un peu heurtée, n'indiquant que des effets brillants de lumière. L'impression lisse stimulera et forcera pour ainsi dire le peintre à un fiai précieux, qui est un des mérites des petits tableaux. (Voir les admirables peintures des Terburg, Melzu, Meyris, Ostade, etc., etc.; et, de notre temps, les Meissonnier, Paul Dclaroche, Decanaps.)

Il n'est pas non plus indifférent de faire le trait d'un tableau avec n'importe quel genre de crayon. Nos jeunes artistes des académies ont l'habitude de crayonner au fusain le trait d'une figure. Il est évident que le noir du fusain ne fait que salir les tons de chair; la craie serait à cet égard plus inoffensive; mais, après avoir tracé une figure nue avec la craie, on fera bien d'en chercher plus finement les contours avec la sanguine, qui a plus de rapport avec la couleur de la chair. Il vaudrait encore mieux esquisser avec des crayons de pastel rosés, demi-durs. La raine de plomb est en tout cas d'un emploi détestable. On fait également usage d'un papier collé sur toile et enduit de vernis gomme copal prép.ué de la même façon que les toiles : on s'en sert

surtout pour peindre des études, d'abord en raison de l'écoDomie qu'on trouve à s'en servir, ensuite à cause de la facilité qu'il offre à l'artiste voyageur dont les toiles ou panneaux augmenteraient de beaucoup le bag.ige, taudis que vingt ou trente morceaux de papier à peindre peuvent aisément tenir dans sa boite de campagne. Au reste, si ce qu'on a fait sur papier mérite d'être conservé, on peut le faire rentoiler, c'est-à-dire le faire reporter sur châssis, comme il arrive p. ur la restauration, lorsqu'on fait remettre de vieux laLkaux sur toiles neuves.

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