‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 2)Chapitre 59 sur 89 · II. A ces mouvemens se rattachent · texte numérisé non relu

II. A ces mouvemens se rattachent

6° Ceux qui sont provoqués par des impressions mécaniques, sans être en même temps déterminés par les lois de la mécanique , en un mot , qui succèdent à une irritation mécanique. Généralement parlant, ils sont assez rares; cependant des observateurs dignes de foi ont eu occasion de les voir. L'artère crurale d'un Chien , que Verschuir (4) avait raclée avec un scalpel, se resserra sur cinq points à la fois , de manière que les interstices étaient distendus par du sang; dans d'autres cas d'irritation avec l'instrument tranchant , l'artère crurale se contracta dans l'endroit sur lequel agissait l'instrument (5), et le phénomène eut lieu sur plusieurs points del'é-

(1) Magendie, loc. cit., t. II, p. 259, 319.

(2) Diss. de irritalilitate arteriarum , p. 19.

(3) Loc. cit., p. 365.

(4) De venarum et arteriarum vi irritahili , p. 83.

(5) Ibid., p. 89.

tendue delà carotide (1). Thomson détermina une contraction complète par des piqûres d'épingles (2). Hastings a vu le râclement des artères avec un bistouri , chez des Chats , déterminer la crurale à se contracter dans sept cas, et l'aorte dans quinze (3). Wedemeyer (4) a donné lieu au même effet, mais plus rarement , par des piqûres et des pincemens. Reinarz (5) dit l'avoir provoqué par une simple pression ; l'aorte d'un Chien, après avoir été liée et coupée , se contracta pendant six secondes, sous la pression assez peu forte du doigt; une autre , qui avait été vidée , se resserra promptement à cinq reprises , quand on vint à la comprimer, et éprouva encore deux constrictions au bout de dix secondes ; l'aorte excisée d'un Bœuf se resserra sur le doigt introduit dans son intérieur , et revint à son diamètre antérieur après qu'on eut retiré le doigt ; une autre aplatit légèrement un cylindre de cire glissé dans sa cavité , et permit , au bout de dix minutes , de le retirer avec facilité. Je me suis convaincu , sur des Chevaux, que les artères , détachées du corps , se resserraient sur les cylindres correspondans à leur calibre qu'on introduisait dans leur intérieur ; mais je n'ai jamais vu cette constriction alterner avec la dilatation.

7° Verschuir (6) a vu les artères se contracter par le contact de l'ammoniaque, de l'acide sulfurique ou de l'acide nitrique.

8° Il n'a été témoin d'aucun effet provoqué par le galva-. nisme (7). Osiander prétendait avoir déterminé des contractions dans les vaisseaux du cordon ombilical coupé , en faisant agir sur eux l'excitation galvanique ; mais , d'après Wedemeyer (8), le'galvanisme n'exerce pas d'influence sur les grosses artères séparées du cœur, quoique, chez les animaux vi-

(1) Ibid., p. 90.

(2) Meckel , Deutsches ArcMv , t. I , p. 444.

(3) Ibid, t. VI, p. 224.

(4) Loc. cit., p. 241.

(o) Loc. cit., p. 18.

(6) Loc. cit., p. 81, 84, 88, 90.

(7) Ibid., p. 92.

(8) Untersuchunycn , p. 30,00»

vi. a3

vans (1), il détermine ces vaisseaux à se resserrer d'un quart , et même de moitié environ , ce qui s'accompagne d'un accroissement de vitesse de la circulation.

9° Moscati (2) , Hunter j Parry (3) et autres ont observé que les artères mises à nu se contractent quelquefois , probablement par l'impression de l'air. Le contact de l'air arrête une hémorrhagie artérielle ; aussi les plaies des artères profondes sont-elles plus dangereuses , et celles des artères logées dans des cavités presque toujours mortelles. Mais il arrive aussi quelquefois que , pendant le cours même de l'observation , certains points de l'étendue d'une artère se contractent avec assez de rapidité, sans cause appréciable, qu'ils persistent quelque temps dans cet état , et qu'ensuite ils se dilatent , phénomènes dont Parry (4) et Thomson (5) ont été témoins. Enfin nous concluons , dans quelques maladies , qu'il y a état spasmodique des artères lorsque nous trouvons le pouls petit, dur et tendu ; car cet état ne peut tenir ni à la pression exercée par les muscles , ni à un changement de l'activité du cœur , et quand le spasme vient à cesser, aux approches de la sueur, etc. , let pouls redevient large et mou.

§ 735. Passons maintenant à l'appréciation de ces mouvemens. .

I. Nous devons d'abord chercher à en connaître l'essence', point de vue sous lequel il faut , à la vérité , nous contenter de déterminer la classe à laquelle ils appartiennent, après nous être bien entendus sur le caractère des classes.

1° V élasticité est une manifestation de la cohésion , qui tend à se maintenir en rétablissant par constriction le rapport mutuel des parties d'un corps, lorsqu'il a été troublé par une puissance distensive. Les artères jouissent de cette propriété. Tant que leur cohésion n'a point été détruite par la putréfaction , tant qu'elles ne sont point passées à l'état de rigidité

(1) Ibid., p. 242.

(2) Giornale per servira alla storia délia medicina , t. I , p. 222.

(3) Loc. cit., p. 56.

(4) Loc. cit., p. 64.

(5) Meckel, Deutsches Archiv, t. I, p. 441.

par l'effet de la dessiccation , elles se raccourcissent quand on les pince, et se resserrent lorqu'on les distend.

2U Mais , dans l'organisme vivant , il règne , entre les solides et les liquides , une tension mécanique qui n'existe plus dans le cadavre. Les liquides en général et le sang en particulier ( § 093 ) jouissent de l'expansion à un haut degré, et distendent les parties solides au-delà de ce que permet leur degré spécial de cohésion , de manière que celles-ci ont une propension continuelle à se resserrer sur elles-mêmes, et que quand les obstacles viennent à disparaître , elles se contractent beaucoup plus qu'elles ne le font après la mort. Celte forme de l'élasticité , qui appartient en propre à la vie , et qu'on appelle tonicité, se retrouve plus ou moins dans tous les organes mous, et s'observe par conséquent aussi dans les artères. Pendant la vie, les artères sont rénitentes, à cause du liquide emprisonné par leurs parois ; elles se rétractent après avoir été coupées et se resserrent après avoir été distendues, beaucoup plus qu'il ne leur arrive de le faire sur le cadavre ; de sorte que , si l'on y pratique une piqûre, le sang s'échappe en forme de jet (§ 734, 4° ), phénomène qui n'a point heu après la mort.

3° Enfin la force musculaire dépend bien aussi de la cohésion , mais elle ne diffère pas de l'élasticité par le degré seulement , comme le fait la tonicité ; elle s'en éloigne aussi sous le point de vue de la qualité , et elle appartient également aux artères. Quant à ce qui concerne le rapport quantitatif , elle occupe le plus haut rang , et provoque un resserrement plus fort que la tonicité, qui elle-même agit plus puissamment que l'élasticité. Mais elle se dislingue aussi eu égard à la qualité.

a. Elle a son siège dans des fibres qui, d'après leur nature, laissent apercevoir des alternatives de contraction et d'expansion, tandis que l'élasticité et la tonicité agissent d'une manière permanente. Dans les observations qui ont été rapportées (§ 734, 2°), les artères se contractaient et se distendaient alternativement, tandis qu'en vertu de sa tonicité, le tissu cellulaire persiste , sans nulle oscillation , dans l'état de constriction où il a été mis.

b, La tonicité , comme élasticité vivante, dépend .unique-

ment de circonstances mécaniques , ce qui fait que ses manifestations varient suivant que la cohésion est déterminée par la proportion de l'humidité ou par la température , comme on voit, par exemple, le scrotum se contracter sous l'influence du froid. La force musculaire, au contraire, est sollicitée à déployer ses effets par des influences qui ne changent ni la situation des parties, ni l'état de cohésion, mais seulement l'état intérieur de la vie , et qu'en conséquence nous désignons sous le nom générique de stimulus , parce qu'au lieu d'agir directement et de produire des changemens matériels proportionnés à leur force mécanique, elles sollicitent seulement la force motrice vivante interne à se manifester.

c. Les artères possèdent une force motrice susceptible d'être mise en jeu par des stimulans. En effet, d'après les observations que nous avons rapportées ( § 734, 6° , 7° , 8°) , elles se contractent sous l'influence de stimulations diverses , mécaniques , chimiques et galvaniques.

d. Comme leur contraction se rattache à l'activité vivante, elle cesse à la mort. Verschuir (1) a vu des artères qu'une irritation mécanique avait déterminées à entrer en contraction , se dilater après la mort , et Parry a observé le même phénomène sur celles qui s'étaient resserrées après avoir perdu tout leur sang ; la proportion entre le diamètre qu'elles offraient alors et celui qu'elles présentaient avant l'écoulement du sang, était de 1 \ 1,78 pendant la vie, 1 \ 1,35 après la mort, et 1 ; 1,25 cinq minutes plus tard.

e. L'irritabilité s'épuise par le fait seul de l'excitement, sans qu'on aperçoive aucun changement mécanique. Verschuir (2) et Wedemeyer (3) ont reconnu que, quand les artères avaient été déterminées à se contracter par le râclement avec un scalpel ou par le galvanisme , l'emploi répété des mêmes moyens d'excitation ne provoquait plus en elles que peu ou point de réaction.

f. La force musculaire se manifeste diversement selon l'état

(1) Loc. cit., p. 90.

(2) Loc. cit., p. 84.

(3) Untersuchungen , p, 242.

intérieur de la vie. Lorsque Verscliuir (1) irritait une artère crurale avec le scalpel, il voyait une branche éloignée du point stimulé se contracter dans l'étendue d'un pouce, puis revenir à son calibre primitif. De même , diverses artères , stimulées dans un point , se resserraient sur deux à cinq (2) , de sorte que les interstices contenaient à peu près le double de sang."

g. Enfin , quelque temps après la mort , on n'observe plus aucune trace d'irritabilité dans les artères. L'acide nitrique même , quoiqu'il détermine toujours un ratatinement, ne provoque plus de mouvemens semblables à ceux qu'il occasione pendant la vie (3).

II. Si nous comparons la force motrice des artères avec celle d'autres organes, nous trouvons qu'elle présente un caractère particulier, qui semble être en harmonie avec la nature de ses fibres (§ 733, 1°).

4° La contraction des artères s'observe rarement. La plupart des expériences de Yerschuir demeurèrent sans résultat, quoique les muscles soumis à la volonté et les intestins se montrassent encore irritables. Haller (4) , Bichat et Magendie (6) ont été portés par l'inutilité de leurs tentatives à nier absolument l'irritabilité des artères.

5° La contraction n'a lieu que d'une manière lente. Hastings (6) fut obligé de racler l'artère crurale d'un Chat pendant dix minutes avant qu'elle se contractât. L'irritation causée par l'ammoniaque ou l'essence de térébenthine avait besoin également de durer plusieurs minutes. Le galvanisme , d'après Wedemeyer (7) , n'agit pas non plus tout à coup , comme il le fait sur le cœur ou les muscles soumis à l'empire de la volonté.

6° La contraction n'est point une convulsion momentanée ;

(1) Loc. cit., p. 89.

(2) Loc. cit., p. 83 , 85 , 90 , 91.

(3) Loc. cit., p. 90.

(4) Opéra minora , t. I , p. 299.

(5) Journal de physiologie , t. I , p. 106. J

(6) Meckel , Deutsches Archiv, t. VI , p. 224.) ' '

(7) Untersuchungen , p. 242.

c'est un resserrement qui persiste. Après le râclement avec un scalpel , Verschuir (1) la vit durer deux heures sur l'artère rénale , Hastings un quart d'heure sur l'artère crurale, et une demi -heure sur l'aorte. Suivant Wedemeyer (2), elle dure depuis dix minutes jusqu'à plusieurs heures après la galvanisation.

7° Elle n'est point uniforme. Au dire de Verschuir (3) , elle avait lieu , sur un même individu , dans quelques artères et non dans d'autres. Cet observateur l'a observée aussi sur les artères d'un côté et non sur les correspondantes du côté opposé (4), ou seulement sur quelques uns des rameaux d'une seule et même branche (5).

8° Enfin elle affecte des formes différentes , suivant Hastings (6). Tantôt elle consiste en une constriclion annulaire , semblable à Celle qiii résulterait de l'application d'un fil; tantôt elle a plus d'étendue; quelquefois le resserrement et l'expansion ont lieu ensemble , de manière que le vaisseau parait noueux; quelquefois ces deux phénomènes se succèdent l'un à l'autre.

III. Des forces motrices diverses sont donc réunies dans les artères ; on y trouve l'élasticité , qui appartient aussi à la matière non vivante , la forme de cette élasticité qui reçoit de la vitalité les caractères de la tonicité, et la force musculaire propre à la vie animale , mais qui n'est ici que faiblement développée, en quelque sorte analogue à celle du canal intestinal , de la vessie urinaire et de la matrice , quoique moins prononcée encore, et plus appropriée à déterminer un effet soutenu qui vienne au secours de la tonicité. La force mécanique et la force vivante sont pour ainsi dire fondues ensemble, et la première prédomine dans les artères , tandis que c'est la seconde qui l'emporte dans le cœur. Quant à la part que l'une et l'autre prennent à la marche du sang , la force mécanique

(1) Loc. cit., p. 85.

(2) Untersuchtingen , p. 242.

(3) Loc. cit., p. 90.

(6) Loc. cit., p. 227.

CAUSES DU MOUVEMENT DU SANG. 55g

doit produire un effet proportionné à la cause par laquelle elle est sollicitée. Si donc l'artère se dilate et s'allonge sous l'influence de l'ondée de sang lancée parla diastole du cœur, elle se resserre et se raccourcit ensuite par le fait de son élasticité , de sorte que le sang continue d'y cheminer pendant la diastole du cœur.

Lorsque , dans une pompe , le liquide mis en mouvement par le choc du piston , agit latéralement sur un corps élastique et le met à l'état de tension , ce corps , après avoir reçu le choc du pistou, revient à ses conditions antérieures de cohésion, et pousse encore le liquide, de manière que celui-ci coule non par saccades , mais sans interruption. Si , dans une pompe à feu , cet effet tient à ce que le jet d'eau comprime , pendant le choc du piston , l'air renfermé dans la chaudière , et qui continue de la pousser en vertu de son expansibilité , la continuité du courant dans les artères ( § 714, 1° ) peut dépendre de ce que la colonne de sang qui avait distendu le vaisseau pendant la systole du cœur , est chassée , durant la diastole de celui-ci, par la contractilité du vaisseau qui entre alors en jeu. Cette comparaison a été établie par Steinbuch (1) , Arnott (2) et Weber (3). Elle peut nous servir à expliquer comment le courant' continue bien pendant la diastole du cœur, mais devient plus faible , attendu , que l'élasticité de l'artère n'a point autant de puissance que la force musculaire du cœur. Mais si nous comparons la contraction visible de l'artère (§ 710, II) avec Je courant qui a lieu pendant la diastole ducœur, elle nous parait si peu considérable, en proportion du courant, qu'il nous est bien difficile de l'en considérer comme l'unique cause. D'ailleurs, comme il ne survient pas de contractions dans les branches réduites à un petit calibre ( § 710 , 2° ) , ni même souvent dans les grosses branches et les troncs (§ 710, 3°; 720, III), et que , d'un autre côté, la colonne de sang mise en mouvement par l'impulsion du cœur ne peut pas entrer en repos immédiatement après cette der-

(1) Hnfeland , Journal der pruUtischen Hcilkunde, 1815 , cah. 3 , p. 9.

(2) Elemente der Physih , t. I, p. 461.

(3) Anatomic des Menschen , t. III, p, 70.

36o CAUSES DU MOUVEMENT DU SÀNC.

nièrc, l'effet consécutif do l'impulsion doit être la cause principale qui fait que le courant continue , mais en s'affaiblissant, aidé toutefois par la contraction , quand il s'en opère une. Wedemeyer allègue, à l'appui de l'opinion suivant laquelle la rémission du courant sanguin dépendrait de l'élasticité des artères, que l'eau injectée par saccades dans l'artère crurale d'un cadavre coule , par les artères ouvertes de la jambe , d'une manière non pas intermittente, mais rémittente (1); cependant il n'est guère possible de comparer l'écoulement de cette eau à celui de sang qui a lieu pendant la diastole du cœur.

Mais la force musculaire de l'artère ne peut y prendre aucune part; car, d'après ce qui précède (4°-7°), elle se manifeste rarement, avec lenteur, d'une 'manière continue, et sans uniformité , par conséquent elle a un caractère totalement différent de celui des pulsations , et elle doit avoir un autre but (§ 750 ). Arnott (2) admet qu'elle agit simultanément avec la force musculaire du cœur , et que , pendant la systole de cet organe , elle donne aux artères une rigidité en vertu de laquelle elles peuvent propager l'effet de la systole tout aussi bien que si elles étaient des tubes métalliques; mais la rénitence qui distingue l'artère vivante et pleine de l'artère du cadavre n'est que la manifestation de l'élasticité modifiée par la vie, ou , en d'autres termes , de la tonicité. £

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