II. Les troncs veineux
6° Possèdent une irritabilité fort prononcée. Lancisi et Senac (2) ont ranimé , par la chaleur , par l'insulllation et par des piqûres, le mouvement ralenti et même déjà éteint de la veine cave. Suivant Verschuir (3) , les troncs veineux des Chiens conservent leur irritabilité pendant un quart d'heure après la cessation de la vie générale , et plus long-temps que le cœur. Haller a vu la veine cave battre plus rapidement lorsqu'il l'irritait avec une épingle ou avec des acides, tandis que la même irritation , portée sur la veine pulmonaire et l'aorte , demeurait sans effet (4). D'après Marx (5), l'acide sulfurique réduit le calibre de la veine cave antérieure de cinq lignes à trois , et celui de la veine cave postérieure de cinq lignes et demie à quatre et demie. Hastings(6) a observé le même phénomène en touchant la veine cave postérieure du Chat avec de. l'acide nitrique , et quand il fit agir cet acide sur la veine pulmonaire , toutes les branches entrèrent en mouvement , tandis qu'auparavant la veine entière n'avait donné aucun signe de pulsation. Du reste, Spallanzani (7) a vu, dans un Poulet mort d'hémorrhagie , la veine cave antérieure se réduire au dix-huitième , et la postérieure au neuvième de son diamètre primitif.
7° Les troncs veineux battent au voisinage du cœur (8), qui paraît renfermer la cause de ce mouvement , que ce soit parce que sa diastole vide subitement la partie la plus rapprochée des troncs veineux , et que sa systole favorise sa réplétion ,
(1) Untersuchungen , p. 242.
(2) Loc. cit., t. II , p. 38.
(3) Loc. cit., p. 83.
(4) Opéra minora , t. I , p. 147.
(5) Loc. cit., p. 74.
(6) Loc. cit., p. 232.
(7) Loc. cit., p. 346.
(8) Haller, Opéra minora, t. I,p. 145.
l'accroît même par le reflux du sang ( § 708 , 1° ) , ou parce que l'actiou des oreillettes entraîne celle des troncs veineux voisins. Si le premier cas a lieu , les troncs veineux et les oreillettes se trouvent toujours dans un état opposé , ce qui avait lieu manifestement dans les observations citées plus haut (§ 722, 9° ); si le second cas arrive, les troncs veineux et les oreillettes se remplissent et se vident alternativement (§ 722, 3°), comme le prétendent (Esterreicher (1) et Barkow (2). Beaucoup de physiologistes, par exemple Senac (3), Haller(4). Sœmmerring (5) et Wedemeyer (6) , attribuent aux troncs veineux des pulsations propres, attendu que les veines caves chassent encore le sang dans l'oreillette , quand celle-ci a déjà cessé d'agir, ce qui avait déterminé Stenson à lui donner l'épithète de ultimum moriens : de même , elles agissent encore après avoir été séparées du cœur, comme l'ont observé Senac (7), Verschuir (8) et Sarlandière (9) ; quand on les lie , elles se vident dans le cœur , et après qu'on a enlevé la ligature, elles se remplissent de nouveau, ainsi que l'a vu Verschuir (10). Cependant tous ces phénomènes s'expliquent ou par la force absorbante ou par la force compressive du cœur, avec le concours de la plaie , et la pulsation propre des troncs veineux demeure un fait d'autant moins prouvé , qu'on n'a pas remarqué qu'après la ligature de ces vaisseaux , tant du côté du cœur que du côté des capillaires , ou lorsqu'on faisait agir sur eux des irritans, ils ne se bornassent pas uniquement à se rétrécir , mais exécutassent réellement des pulsations.
B. Causes inhérentes au sang.
§738. D'après les recherches auxquelles nous nous sommes
(4) Loc. cit., p. 433.
(2) Meckel , Archiv fuer Anatomie , 4830 , p. 5.
(3) Loc. cit., t. H, p. 37.
(4) Opéra minora , t. I , p. 475 , 223. i
(5) Gefcesslehre , p. 448.
(6) Untersuchunyen , p. 20 , 488.
(7) Loc. cit., p. 438.
(8) Loc. cit., p. 83.
(9) Loc. cit., p. 47.
(40) Loc. cit., p. 85.
livrés jusqu'ici , la paroi proprement dite de la carrière parcourue par le sang , ou la membrane vasculaire commune , est une condensation ou coagulation de la substance organique, analogue aux tissus épidermoïdes , qui manque en général d'activité vitale et en particulier de force motrice propre. A la périphérie du système, le sang entre en conflit vivant avec le reste de la substance organique , et là il n'est plus entouré que de cette membrane vasculaire , qui , par sa présence , le maintient à l'état d'existence indépendante , sans néanmoins gêner en rien le conflit; les vaisseaux capillaires n'ont donc pas de force motrice propre , qui puisse déterminer le cours du sang. Au contraire , dans le centre du système , où le sang est accumulé en plus grandes masses , ses relations avec l'organisme ne se manifestent que par son courant; la vie extérieure, le mouvement, se déploie ici d'une manière plus puissante , et la carrière que le sang parcourt se développe , par un dépôt de masse musculeuse à la surface de la membrane vasculaire , en un organe doué d'une mobilité énergique , qui, lui-même, à titre d'organe spécial et susceptible de déplacement, est entouré d'une membrane séreuse. C'est ainsi que le cœur détermine le cours du sang par sa force motrice. Mais le cours du sang ne correspond pas toujours aux mouvemens du cœur, et il a lieu même alors que celui-ci manque ; par conséquent le cœur n'en est que l'organe, et non la cause essentielle ; il fait seulement qu'à un degré supérieur d'organisation le mouvement du sang, qui dépend d'une autre cause, constitue une manifestation particulière de la vie, ou s'accomplit sous la forme d'une fonction spéciale. Maintenant , les artères et les veines pourraient déterminer le cours du sang lorsqu'il ne correspond pas aux mouvemens du cœur, et le produire quand le cœur n'existe point; en effet , elles ne diffèrent de lui que sous le point de vue delà quantité, puisqu'elles sont pourvues de muscles et de nerfs, et douées d'une force motrice vivante. Mais cette force est trop faible pour pouvoir déterminer à elle seule le cours du sang, ni même y contribuer; la plénitude de la vie ne se manifeste qu'aux points opposés du système, à la périphérie comme conflit chimico-dynamique, au centre comme force motrice indépendante; les rayons,
artères et veines, sont des chaînons intermédiaires, pour ainsi dire passifs, dans lesquels les qualités des deux pôles se trouvent réduites à l'indillércnee , de sorte que la force motrice va toujours en diminuant à mesure qu'on s'éloigne du cœur, et le conflit vivant , par exemple la sécrétion et l'absorption , à mesure qu'on s'écarte des vaisseaux capillaires. Aux derniers degrés de l'échelle de l'organisation , on reconnaît d'une manière plus positive encore que la propulsion du suc vital ne dépend point d'une force motrice des parois. La circulation partielle dans l'intérieur d'une cellule végétale a lieu sans que celle-ci exécute le moindre mouvement, et sans qu'il y ait de canaux conducteurs ; la séve monte dans de simples interstices, les méats intercellulaires, et lorsqu'elle s'élève aussi dans des vaisseaux propres , non seulement on n'aperçoit aucune frace quelconque de mouvement dans ceux-ci, mais encore on ne peut considérer la capillarité comme étant la cause du phénomène , puisque la séve s'élève à peu près de vingt pieds dans un tube adapté à l'extrémité d'un sarment de vigne coupé en travers , tandis que la capillarité n'est qu'une forme de l'adhésion, et qu'elle peut bien attirer un liquide dans un vaisseau capillaire, même l'y faire monter, mais jamais le faire arriver au-delà de ses bords. De même , chez les animaux qui n'ont point de sang, le corps entier s'imbibe du suc vital, qui n'est pas encore distinct des autres humeurs : ce suc paraît donc se mouvoir en vertu d'une force qui lui appartient en propre. Or, comme la cause essentielle de ce mouvement doit être la même aux plus hauts degrés de l'organisation qu'aux plus bas , et qu'en réalité la cause fondamentale du cours du sang ne réside point dans les parois , il nous faut la chercher dans le sang lui-même , à moins qu'elle ne soit contenue d'une manière quelconque dans l'intérieur du système vasculaire. Nous allons examiner cette hypothèse sous le point de vue de sa probabilité ( § 739 ), après quoi nous pèserons les argumens empiriques qui parlent en sa faveur ( § 740 ).
§ 739. Si le sang se meut de lui-même, ce ne peut être qu'en vertu du rapport mutuel de ses molécules, ou par l'effet d'une force propre à sa masse.
1° Suivant Dœllinger, les globules du sang sont à l'état
d'antagonisme intérieur, d'un côté individuels et indépendans, de l'autre côté parties d'un tout et ne subsistant que par rapport à la masse. Ainsi ils s'attirent et se repoussent, se meuvent et sont mis en mouvement , se séparent du système du sang , et cherchent à se réunir (1). On comprendrait bien mal l'auteur, si l'on croyait voir là autre chose qu'une conception idéale du phénomène de la formation , et si l'on pensait qu'il a voulu peindre ainsi la cause déterminante du mouvement du sang. Si les globules du sang étaient dans un état continuel d'attraction et de répulsion les uns à l'égard des autres, une circulation conlinue ne pourrait avoir lieu. La simple vue du cours du sang ( §§ 088 , 2° ; 743 , 1°) nous apprend que les globules marchent dans le même sens côte à côte, et à la suite les uns des autres , et qu'ils se comportent avec une indifférence absolue à l'égard les uns des autres. A la vérité , dans certaines circonstances , ils s'attirent et se repoussent, ce qui produit une sorte de fluctuation. Ainsi Haller (2) a vu que, quand du sang s'était accumulé en plus grande quantité dans une artère , il y affluait de toutes les branches ; ce liquide se rendait à une branche anévrysmatique , mais ne tardait pas à retourner dans le courant ; si du sang était accumulé sur deux points, il se manifestait une oscillation entre ces deux masses magnétiques , entre lesquelles les globules semblaient osciller jusqu'à ce qu'ils fussent retenus par l'une d'elles; dans un cas où ils s'étaient épanchés , par la plaie d'une veine , entre les feuillets du mésentère , ils flottèrent de telle sorte que la veine alternativement les absorbait et les laissait ressortir. Spallanzani (3) aussi a remarqué souvent qu'il y avait attraction mutuelle entre les globules. D'après une observation faite par Koch , le sang s'écoulait par la plaie d'une artère de la membrane natatoire d'une Grenouille, s'infléchissait sous un angle aigu , pénétrait dans un vaisseau capillaire voisin , qui était ouvert, et passait ainsi dans la veine (4). Baumgœrt-
(1) Denkschriften der Akademie su Muennchen, t. VII, p. 225.
(2) Opéra minora, t. I, p. 127, 239.
(3) hoc. cit., p. 382.
(4) Meckel , Archiv ftter Analomic , ,1827, p. 443.
nera remarqué également (1) que, dans le nombre des globules du sang qui s'étaient amassés auprès d'une artère de la queue coupée d'un têtard de Grenouille, et au milieu desquels ceux qui venaient après eux entretenaient un certain mouvement, il s'en trouvait un qui se glissa entre les autres , décrivit un petit arc pour aller gagner l'ouverture d'un capillaire voisin, s'insinua dedans, et fut suivi alors d'autres encore, qui rentrèrent ainsi avec lui dans les veines. Lorsqu'une grande masse de sang est stagnante , le liquide se trouve attiré vers elle , et reflue des branches dans les troncs ; aussi , en pareil cas , observe-t-on ordinairement le mouvement régulier dans les veines et un mouvement rétrogade dans les artères. Mais cette action des globules les uns sur les autres n'a lieu que quand la force qui les met tous en mouvement cesse d'agir ; elle ne peut donc pas opérer le cours du sang.
( Lorsqu'on examine une goutte de sang de Grenouille au microscope , et que les globules sont très-épars , avec ou sans eau , on remarque d'abord l'entrecroisement qui a lieu dans tous les liquides contenant des globules , le lait par exemple , quand on les a mis en mouvement , et qui dépend de causes purement mécaniques. Plus tard , lorsque les globules sont devenus tranquilles , si l'on observe avec beaucoup d'attention , on en voit quelques uns se rapprocher trèslentement jusqu'au point de se toucher. Je n'ai jamais pu voir ce phénomène dans le sang humain , parce qu'il se coagule trop vite , et que l'évaporation s'opère avec trop de rapidité quand la goutte occupe une large surface.) (2)
Mais si la force motrice existe dans le sang en masse , elle peut avoir son siège ou dans une substance motrice , qui serait mêlée avec ce liquide , ou dans la substance du sang luimême.
2° La première théorie est celle de Rosa , suivant laquelle le sang produit la pulsation des artères ; mais , comme ce liquide ne bat point dans les veines , Rosa attribue le phénomène non au sang lui-même , mais à la partie éthérée et élas-
(1) Beohtichtunycn ueber die Nerven und das Blut , p. 40S.
(2) Addition de J. Millier,
vi. 24
tique de l'air, qu'il a puisée dans les poumons (1). C'est là une théorie mystique , c'est-à-dire qui ne repose point sur l'analogie de faits certains , mais sur une furce spéciale inconnue et placée en dehors de l'expérience. Nous ne connaissons point de partie éthérée dans l'air, et nous n'avons aucune idée d'alternatives régulières d'expansion et de contraction produites par de l'air mêlé avec un liquide; nous voyons que le sang coule même sans pulsation , et que l'artère pulmonaire bat avant que son sang soit arrivé dans les poumons; enfin nous pouvons bien , par la respiration artificielle , amener de l'air au sang pulmonaire, mais non entretenir le cours du sang d'une manière durable.
3° Il faut donc qu'une force motrice propre appartienne au sang lui même , et ici nos regards se portent d'abord sur les globules. Mais nous ne pouvons pas nous contenter d'admettre dans les globules un instinct spécial qui les pousse en avant et sans lequel la force du cœur produirait peu d'effet (2) ; car si l'on entendait dire par là que le sang marche parce qu'il est dans sa nature de marcher, ce serait de fait renoncer à toute explication.
4° Les globules du sang nous apparaissent comme élémens organiques. Autenrielh dit, en parlant d'eux (3) , que ce sont des parties molles , et par conséquent susceptibles d'un mouvement vital. Mais la possibilité ne donne point encore la réalité ; autrement les nerfs devraient aussi se mouvoir. Gruit- | huisen (4) croit prouver la nature animale et la force motrice de ces corpuscules par la contraclion que leur fait éprouver le stimulus de l'eau. Mais l'irritabilité animale se manifeste par la propriété dont jouit une partie de se déplacer sous p l'influence d'une cause excitante , et de revenir ensuite à ses premières conditions; or, en changeant de forme, de cohé- ( sion et d'étendue , par leur immersion dans l'eau , les globules du sang perdent leur existence. C'est donc là un effet purement chimique, semblable au changement que toute substance d
(1) Giornale per servira alla storia délia medicina, t. I , p. 149 , 189.
(2) Dœllinger, Was ist Ahsonderuny ? p. 49.
(3) Handbuch der Physiologie , t. I , p. 149.
(4) Beitrccge sur Physioynosie , p. 93,
éprouve par le fait de sa dissolution dans un menstrue quelconque.
5° Les globules du sang ont de l'analogie avec des êtres organiques. De ce qu'ils conservent leur détermination et leur iudividualilé, Dœllinger (1) conclut qu'ils jouissent d'une vie analogue à celle des Infusoires. Mais il s'agit là d'une analogie, plutôt que d'une identité. Les globules du sang ne peuvent point maintenir leur individualité à la manière des êtres organiques , et tout en eux prouve qu'ils dépendent de la vie de l'organisme. Us se confondent ensemble dès que le cœur cesse de battre et que le sang s'arrête. Ils ne se montrent que comme des masses sans vie lorsque le sang vient à être soustrait à la sphère d'action de l'organisme vivant. Us nous apparaissent comme des parties organiques qui, de même que toutes les autres , affectent une forme spéciale. Mais , ce qui fait qu'ils sont complètement délimités, c'est qu'ils ne tiennent à l'organisme que par le milieu liquide dans lequel ils nagent. Si le lien qui les attache au tout est un liquide, et non un solide , tout ce qu'on peut conclure de là c'est qu'ils sont celles des parties organiques dans lesquelles la mobilité est parvenue au plus haut degré. Puisqu'il existe aussi des organismes fixés , enracinés , nous serions également fondés , si nous voulions juger d'après les circonstances de configuration , à regarder toutes les parties organiques , le moindre poil même, comme des êtres organiques spéciaux, ce que l'on s'est effectivement permis , en sacrifiant le caractère sérieux de la science aux jeux frivoles de l'imagination.
6° Mayer (2) dit que les globules de sang sont des animaux primaires , doués d'une vie automatique , de la force motrice, des sens et de la faculté de se métamorphoser. En effet, quiconque attribue un mouvement propre au sang doit arriver à de pareilles idées , parce qu'il n'y a point , dans la nature entière , de mouvement primordial spontané , indépendant d'une impulsion , si ce n'est celui que détermine l'âme. Quand on remarque dans un corps des mouvemens dont la cause mé-
(1) Denkschriften , t. VII, p. 186.
(2) 6'upplemenle zur Lehre nom Kreislaufc , p. 70,
canique est inconnue , le vulgaire est tenté de croire ce corps vivant, c'est-à-dire animé, et c'est parce que le mercure possède la propriété de couler qu'il a été tappelé vif argent. Il était donc possible aussi qu'à un premier aperçu de la circulation on mît les globules au nombre des êtres vivans , et qu'on crût voir dans les courans du sang auxquels la putréfaction donne lieu ( § 638 , 2° ) , un réveil de la vie , même un génie accusateur du meurtrier inconnu. La doctrine mystique de la vie propre des globules signale un pas rétrograde fait vers ces croyances populaires ; car elle est mystique en ce qu'elle déclare les globules aptesàse mouvoir d eux-mêmes , et par conséquent animaux , quoiqu'on n'aperçoive en eux aucun signe de vie animale. En effet , on ne connaît point d'animal qui coure sans s'arrêter jusqu'à ce qu'il périsse , et qui , sans mouvement individuel , sans volonté à lui appartenante , fournisse incessamment la même carrière en harmonie parfaite avec ses semblables. Nous voyons le cours du sang changer de direction suivant que les besoins de la vie varient , affluer tantôt vers la matrice , pour nourrir l'embryon (§ 346, 1° ) , tantôt vers les seins pour alimenter le nouveau-né (§ 521) , se détourner du placenta, après la naissance, pour aller gagner les poumons (§ 508) , prendre la voie des organes génitaux à l'époque de la puberté, en un mot, se diriger partout vers les organes qui sont arrivés au moment de se développer : si de telsmouvemens, calculés dans le but de l'organisme , étaient opérés par des milliards d'animalcules , nous devrions concéder à ces êtres une sagesse et un désintéressement sans exemple sur la terre. Cependant ces prétendus animalcules ne sont pas non plus sans caprices ; car lorsqu'on les fait passer immédiatement des veines d'un animal bien portant dans celles d'un autre animal de la même espèce dont une hémorrhagie épuisante a dissipé tout le sang , et dont le cœur a déjà perdu son irritabilité , ils cessent absolument de marcher. Au reste , suivant Mayer (1) , les granulations du suc végétal [appartiendraient à la même classe d'animalcules élémentaires (Biosphères, Stœchiozoaires), et constitueraient
(1) Loc. cit., p. 48.
ce qu'il y a réellement de vivant dans la plante ; mais leurs eourans seraient maintenus par la force vitale , ce qu'il n'est pas facile de comprendre à moins qu'on n'entende par force vitale quelque chose qui se rapprocherait de l'esprit d'ensemble sur lequel repose la politique.
7° Mais si le témoignage des sens doit être compté pour quelque chose dans l'appréciation d'un phénomène aussi susceptible d'agir sur les sens que la circulation , nous sommes obligés de reconnaître que les globules marchent et sont entraînés par le courant (§ 688 , 2°, 713 ,1°), tout aussi bien que les bulles d'air mêlées accidentellement avec le sang ;§ 715, 2°), que le cyanure de potassium (§716, 2°) ou tout autre liquide étranger qu'on introduit dans les vaisseaux. Ainsi donc, si le sang a une force motrice propre, elle ne peut résider que dans sa sérosité. C'est ce que Schmidt (4) semble admettre ; suivant lui, le sang ne se meut , par sa force propre, que comme masse , les globules ne marchent que parce que le tout se meut , et ils ne changent pas de situation les uns à l'égard des autres. Mais il est sans exemple qu'un liquide se meuve par sa propre force, indépendamment de l'affinité adhésive de la pression et de la pesanteur. Ou ne peut admettre une telle hypothèse que dans une théorie mystique.
§ 740. S'il ne nous est pas donné de concevoir une force motrice indépendante , peut-être néanmoins avons-nous omis de prendre en considération quelque circonstance essentielle , et nos doutes sont-ils écartés par la réalité. Nous devons donc examiner si les phénomènes qu'on invoque à l'appui de cette force ne se prêtent point à un autre mode 4' explication.
I. Aristote attribuait la coagulation du sang à ses fibres qui, suivant lui, étaient susceptibles de contraction et d'expansion, à l'instar des'Jïbres musculaires (2). Parmi les modernes , Hunter a également considéré ce phénomène comme un effet musculaire et une manifestation de vitalité du sang. Tourdes et Circaud prétendaient avoir déterminé , à l'aide du galvanisme, desmouvemens dans la fibrine coagulée (3) ; mais l'expérience
(1) Ueber die Blutkœrner, p. 43.
(2) Haller, Elcm. physiolog., t. II, p. 69.
(3) Bulletiu de la Soc. philomat., w> 74, p. 17'J."
a échoué entre les mains d'autres observateurs. D'un autre côté, Heidmann, en examinant, soit au microscope, soit même à l'œil nu , le tissu réticulé qu'une goutte de sang formait en se coagulant , l'a vu pendant dix minutes exécuter des mouvemens continuels, qui avaient la plus grande analogie avec de faibles contractions et dilatations de fibres musculaires , et que l'application du galvanisme faisait reparaître , durant deux minutes encore au bord de la goutte (1). Treviranus (2) et Gruithuisen (3) ont observé aussi ces mouvemens frémissans , dont le galvanisme accroissait l'intensité ; si l'animal dont Treviranus examinait le sang , avait été affaibli par une hémorrhagie ou par la section de la moelle épinière , les mouvemens étaient faibles ou nuls. Mais ce sont là des phénomènes rares, que Schrœder (4) a même relégués parmi les illusions d'optique. En admettant toutefois qu'ils soient réels , on ne peut point les considérer comme des manifestations de la vie , puisqu'ils ne surviennent que pendant la coagulation ; or le changement de cohésion qui s'opère alors , et qui est inséparable de l'extinction de la vie du sang , ne saurait s'effectuer sans mouvemens. De plus, ces phénomènes n'appartiennent pas exclusivement au sang ; on les retrouve aussi , d'après Schrœder (5) dans le sérum étendu et bouilli , et suivant Treviranus dans le liquide même de l'ovaire , mais surtout dans la liqueur séminale des Grenouilles.
II. On a attaché plus d'importance encore au mouvement que le microscope fait apercevoir dans le sang récemment tiré des vaisseaux (§ 687 , 2°). Tantôt il se produit çà ou là un tourbillon d'où s'épanche un courant de globules , tantôt ceux-ci sont tous sans exception agités d'un mouvement tournoyant (G) , et se meuvent rapidement les uns parmi les autres , comme des Fourmis qu'on a troublées dans leur four-
(1) Reil , Archiv , t. VI , p. 425.
(2) Biologie , t. IV, p. 557, 655.
(3) Beiirœge sur Physiognosie , p. 89.
(4) Diss, sistens sanguinis coagulantis historiam , p. 59.
(5) hoc. cit., p. 70.
(6) Treviranus , Biologie, t. IV, p. 655.
milière (1). Si alors on découvre des cylindres flexueux ou une scintillation illimitée , c'est l'effet d'une illusion d'optique ; mais le grouillement est réel , car on le voit au soleil comme à la lumière diffuse , et il cesse avant qu'une minute se soit écoulée, non seulement, comme le dit Treviranus , dans le sang qui alors commence à se coaguler , mais encore dans le caillot , dont la cohésion ne change plus ensuite que par le fait de l'évaporation. Cependant nous ne pouvons pas le considérer comme une manifestation de vie propre , car :
1° On ne le voit jamais dans l'intérieur du corps ; il ne s'observe qu'au dehors du corps , lorsque les globules sont exposés à l'air , et en train de se décomposer. Il ne dure jamais au-delà d'une minute ; mais on le voit se manifester à toute époque où l'on détache une goutte de cruor du reste de la masse, pour l'examiner au microscope : c'est ainsi que Schrœder (2) le remarqua dans une goutte de sang qu'il avait extraite de la veine cave une demi-heure après la mort ; dans du cruor obtenu en exprimant le caillot formé depuis neuf heures, j'ai vu les globules du bord de la goutte immobiles, tandis que ceux du milieu montaient et descendaient avec la même vivacité qu'à l'ordinaire , et se croisaient en tous sens, ce qui continua jusqu'au moment où la goutte commença à s'épaissir.
2° Le grouillement n'a point le caractère de mouvement volontaire. Des Infusoires se reposent, puis tout à coup se remuent , nagent rapidement , puis se ralentissent , vont tantôt d'un côté et tantôt d'un autre , en un mot se comportent diversement au milieu de circonstances identiques ; chaque individu diffère des autres à une époque donnée, et de lui-même à des époques diverses. Au contraire, le mouvement des globules du sang est entièrement uniforme ; on pourrait le comparer au bouillonnement d'un liquide, dans lequel les parties échauffées montent , descendent , et forment des courans entremêlés. Il a beaucoup moins d'analogie avec le mouvement volontaire d'un animal que le mouvement péristaltique du
(1) Gruithuisen, loc. cit., p. 88.
(2) Loc. cit., p. 59.
canal intestinal, qu'un fou seul pourrait considérer comme un animal à part.
3° On aperçoit des mouvemens analogues dans d'autres liquides organiques auxquels nous ne pouvons attribuer ni vie propre ni mouvement spontané. Bauer et Faraday ont vu les grumeaux d'albumine qui s'étaient produits au milieu du sérum conservé dans un tube de verre , depuis quarante-huit heures jusqu'à huit jours, monter en ligne droite dans le milieu du tube , se répandre de tous côtés à une demi-ligne de la surface, puis descendre immédiatement le long des parois, et, parvenus près du fond, se relever avec un renouvellement de rapidité (1). Gruithuisen (2) a découvert, dans le jaune d'un œuf de Poule couvé , des globules de grandeur très-diverse , en partie aussi de forme mal délimitée , qui exécutaient des mouvemens lents , mais continus. Schultze (3) a observé ce même mouvement tournoyant dans les globules du lait et des nerfs , ainsi que dans les grumeaux du mucus et du pigment.
4° Enfin on les rencontre aussi dans des substances inorganiques et privées de vie. Robert Brown a prouvé que les particules de tout corps solide quelconque , dont les plus petites paraissaient être sphériques et avoir un vingt-millième de pouce de diamètre, exécutaient, lorsqu'elles nageaient dans un liquide, des mouvemens qui, par leur irrégularité, avaient de l'analogie avec ceux des animalcules infusoires, et il a prétendu que ces molécules, sans être animées, sout cependant actives , que leurs mouvemens ne dépendent ni de l'impulsion, ni de l'évaporation, d'un dégagement de gaz , de la pesanteur , de l'attraction ou de la répulsion. Ces mouvemens sont incontestables ; mais , quant à ce qui concerne leur cause , l'explication qu'en donne Robert Brown paraît être insoutenable , par les motifs suivans ( 5°-7° ) :
5° La cause déterminante d'un mouvement quelconque se trouve ou dans l'intérieur ou au dehors du corps qui se meut. La matière est une existence extérieure ; elle a des forces motrices , mais elle ne les met en jeu que dans certaines
(1) Meckel , Dentsches Archiv , t. V, p. 380.
(2) hoc. cit., p. 468.
(3) Loc. cit., p. 27.
conditions, qui se rapportent aux relations d'espace et aux antagonismes extérieurs ; l'âme seule est un intérieur constamment actif, et il n'y a que le corps animé qui trouve des causes de mouvement en lui-même , indépendamment de toute circonstance mécanique du dehors, c'est-à-dire qui se meuve d'une manière spontanée.
Ainsi les molécules en question doivent être animées , ou bien elles ne se meuvent qu'en vertu de lois mécaniques , et non par une force qui leur appartienne en propre.
6° Si elles sont animées , nous trouvons âme et vie dans les parties élémentaires des corps inorganiques dépourvus de vie et inanimés , et nous pouvons nous figurer que , dans un autre mode d'association , elles forment des corps animés et vivans. Mais nous avons déjà reconnu qu'un assemblage de pareilles molécules ne saurait produire aucun organisme vivant ( § 312), que ce qui rend vivant ne consiste pas dans une pluralité de parcelles , mais repose sur le principe de l'unité du multiple (§ 262, 365, 7°; 358, 5°) et sur l'infini (§ 367, 4°; 476, 643 ). Il y a sans doute une vie générale ; mais celui qui la cherche dans une réunion de molécules, et non dans l'intuition idéale , ne la trouvera jamais et n'arrivera point à se former une idée conforme à la nature de la vie individuelle considérée comme forme spéciale de l'existence.
7° Mais, en supposant que nous veuillons bien croire qu'un rocher résulte de molécules vivantes , dont l'agrégation produit une masse privée de vie, et qui, après des milliers d'années se séparent les unes des autres, pour déployer enfin des mouvemens de vitalité , il nous est pourtant impossible d'accorder la vie aux particules visibles , et nous ne pourrions l'attribuer qu'à leurs élémens chimiques ; car les mouvemens dont il s'agit se montrent, d'après Robert Brown, non seulement dans la silice en poudre, mais encore dans le verre de vitre , non seulement dans la plus petite fibrille organique , mais encore dans le charbon obtenu des corps organisés par la combustion. Or, ce ne sont là que des produits de l'art , c'est-à-dire des corps qui doivent leur existence au hasard et à notre volonté , comme l'a fort bien dit Schultze (1). (1) Loc. cit., p. 24.
En effet , nous réduisons un corps , par la pulvérisation , en molécules arrondies , que nous pouvons rendre plus ou moins tenues, suivant que nous les pilons ou broyons plus ou moins, mais qui constamment se meuvent de la même manière; si elles existaient déjà réellement dans le corps non divisé, il faudrait ou qu'elles adhérassent immédiatement les unes aux autres, ou qu'elles fussent unies ensemble par une autre substance ; dans le premier cas , elles devraient , à grosseur égale , laisser aussi entre elles des interstices égaux , et donner la même porosité à tous les corps, ce qui n'est point; dans le second cas , la substance qui les unirait devrait être visible , et on ne la découvre pas. Toute doctrine atomistique n'est qu'un produit de l'imagination tendant à représenter sous une forme sensible les rapports de quantité qui existent entre les forces; dès que l'on prétend transformer cette béquille en une baguette magique qui dévoile les secrets de la nature , on ne peut que se faire illusion à soi-même et tromper les autres par des tours de force comparables à ceux d'un jongleur.
Schultze (1) a prouvé que les courans dont il s'agit doivent naissance à l'évaporation , à l'inégalité du mouillage , de l'absorption et de la dissolution , à l'attraction du solide et du liquide. Mais, en supposant que nous n'en puissions pas, dans certains cas , découvrir la véritable cause , nous n'en devons pas moins admettre qu'ils ne dépendent point d'une force vivante intérieure , et qu'ils se rattachent à quelque disposition mécanique extérieure.
8° Pour appliquer maintenant ces principes au grouillement des globules du sang, la pesanteur, que L.-C. Treviranus (2) dit en être la cause , ou le mouvement provenant de la force impulsive du cœur, auquel Muller (3) veut qu'on attribue un rôle dans sa production, peut y contribuer quelquefois, quoique le mouvement se remarque aussi dans le cruor reposant sur un plan parfaitement horizontal et soustrait déjà
(1) Loc. cit., p. 15-29, 27.
(2) Zeitsclirift fuer Physiologie , 1. 1, p. 462. 7 (3) his, 1824, p. 277.
CAUSES DU MOUVEMENT DU SANG. Ù'jg
depuis long-temps à l'influence du cœur. Mais ce qui y prend plus constamment part , c'est le changement de cohésion qui a lieu pendant la coagulation et l'évaporation, et auquel s'associent probablement aussi des phénomènes d'électricité. La chaleur exerce également de l'influence ; dans certains cas où l'on n'aperçoit aucun mouvement , il s'en manifeste un dès qu'on fait tomber un rayon du soleil sur le sang. Haller (1) avait déjà observé quelque chose de semblable , puisqu'il a vu que les globules du sang, agglomérés sur un point , se séparaient les uns des autres à l'approche de la flamme d'une bougie , s'éparpillaient et s'éloignaient du point échauflë. Dans les expériences précitées de Bauer et Faraday (3°), la chaleur de la main servant à tenir l'extrémité inférieure du cylindre de verre, était la cause du mouvement; les grumeaux échauffés d'albumine montaient dans le sérum, se refroidissaient et retombaient. Mais il suffit déjà de l'inégalité de la chaleur dans un tube de verre placé perpendiculairement , à la température ordinaire, pour produire un mouvement circulatoire; Lebaillif et Dulrochet(*) s'en sont convaincus en ajoutant une poudre légère ou quelques gouttes de lait à l'eau du tube , puisque ces substances montaient du côté le plus échauffé , et descendaient du côté opposé, circulant ainsi, pendant la journée, avec une force correspondante au degré de la lumière et de la chaleur , tandis qu'elles cessaient de se mouvoir la nuit, et quand on couvrait le tube d'un corps opaque. Peutêtre la marche des sucs, dans les plantes, dépend-elle d'une cause analogue.
C'est aussi à l'inégalité de la chaleur qu'il faut s'en prendre, d'après Treviranus (2), si les particules de cendre ou de résine , répandues à la surface de l'eau , commencent à se mouvoir en cercle quelques secondes après qu'on a tenu le bout du doigt au dessus d'elles. La lumière solaire déploie surtout une efficacité toute spéciale. Zenker (3) l'a vue déterminer un
(1) Opéra minora, t. I , p. 65.
(*) Mémoires pour servir à l'histoire anatomique et physiologique des végétaux et des animaux , Paris 1837 , t. II , p.'566. ]
(2) Erscheinunyen uni Gcsetzen,t. I, p. 239.
vif mouvement dans tous les liquides tenant en suspension des molécules colorées , et suivant Dutrochet les globules du sang sont mis en vibration par la lumière solaire , de sorte que Ton aperçoit dans un lambeau de mésentère un mouvement d'ondulation et de courant, qui surpasse la circulation en rapidité , tandis qu'aucune parcelle de sang ne s'écoule des vaisseaux dont on a été obligé de pratiquer la section (1).
(Quand on évite les illusions causées par une forte lumière solaire réfractée à travers des parties transparentes, on ne remarque jamais , dans les vaisseaux capillaires , la moindre trace de mouvement spontané ni des molécules du sang , ni du liquide qui les supporte. Depuis bien des années j'ai profité de toutes les occasions qui se sont offertes d'observer la circulation ; je l'ai examinée dans les parties les plus diverses, j'ai fait usage d'instrumens difïérens , et jamais, quand j'employais la lumière convenable pour bien distinguer tous les globules, je n'ai vu aucun vestige de mouvement indépendant du courant général du sang. On peut se convaincre que les globules se comportent d'une manière parfaitement passive dans le courant général, en comprimant les vaisseaux de la partie qu'on examine, ou le membre entier; tout s'arrête alors subitement , et les globules ne manifestent pas plus qu'en d'autres momens , la moindre trace de changement ou d'attraction réciproque. Mais quand on emploie une lumière solaire intense sur des parties transparentes, l'image perd toute clarté , et les limites disparaissent, à cause du jeu de la lumière; on ne voit plus le courant des globules, mais un tremblotement général , qui souvent ne permet même plus de distinguer la direction du courant. Dans de telles circonstances, en eflêt , les globules du parenchyme et du sang réfractent la lumière suivant les directions les plus variées. On éprouve la même illusion lorsqu'on fait couler sur l'objectif une liqueur quelconque contenant des globules, par exemple, du lait, ou qu'on agit de même avec de l'eau claire , mais sur un objectif dépoli.
Si un mouvement spontané d'un liquide , ayant lieu dans une
(1) Archives générales , t. XXV, p. 579.
direelion déterminée , sans réaction provenant d'attraction ou de répulsion , estune chose incompréhensible , absurde même , j'ai trouvé qu'une partie des faits servant de base à cette hypothèse étaient exacts, mais je n'ai jamais pu en tirer une pareille conclusion. Lorsqu'on fait agir une lumière solaire intense sur une partie coupée et humide , la surface ne tarde pas à se dessécher, à se couvrir de rides, les vaisseaux capillaires se rétrécissent et se vident promptement , et de là vient l'apparence de tremblotement que Ton remarque. Aussi, en observant un lambeau détaché de l'aile d'une Chauve-souris , verra-t-on pendant des heures entières des traces de mouvement dans les vaisseaux capillaires , mais ce tremblotement ne s'apercevra que parplaces, et là seulement où onlaisseraune lumière solaire intense exercer une action instantanée. Si l'on met de l'eau sur une partie qui commence ainsi à se dessécher et à se ratatiner, le resserrement cesse, et avec lui le mouvement vibratoire ; mais, au bout de quelques instans, il reprend, dès que la surface recommence à se dessécher et à se contracter par l'évaporation. Je m'en suis convaincu pendantdes heures entières sur un morceau d'aile de Chauve-souris ; le froncement de la surface se voyait à l'œil nu , dès que la lumière directe du soleil tombait sur un point. Pour mettre hors de doute la passiveté de ce phénomène , je laissai l'aile en place pendant un jour'et demi.; ce laps de temps écoulé je la trouvai non pas tout-à-fait desséchée , à cause de l'huile qui l'enduit naturellement , mais du moins très-ratatinée ; on pouvait en toute sûreté la considérer comme morte. Je l'humectai avec de l'eau , et je fis tomber dessus la lumière du soleil; dès que la surface recommença à se couvrir de rides visibles , le microscope me fit aussi revoir de nouveau , dans l'intérieur, le mouvement tremblotant, qui cessa dès que la place fut sèche, et reprit quand je l'eus encore humectée. Je considère donc tous les argumens pris des phénomènes observés sur des parties détachées du corps comme insuffisans pour justifier l'hypothèse d'une force propulsive appartenant en propre au sang.
Quanta ce qui concerne les mouvemens des globules dans le sang qui s'écoule des vaisseaux et se coagule, je n'ai jamais pu les croire spontanés. Un liquide qui était en plein courant,
dont les particules étaient chassées par un réseau de vaisseaux des plus déliés , montra nécessairement encore pendant quelque temps une certaine agitation de ses molécules lorsqu'on en examine des gouttes au microscope. Chaque goutte , qui contient des molécules , et qu'on contemple rapidement après lui avoir imprimé un mouvement purement passif, se comporte à cet égard de la même manière que le sang. S'agit-il du sang des animaux supérieurs et de l'homme, il faut de plus faire entrer en ligne de compte la prompte évaporation qu'entraîne sa haute température. La réunion des globules du sang pendant la coagulation me paraît aussi n'être accompagnée d'aucun mouvement actif et vivant. ) (1)
III. On a remarqué d'autres espèces de mouvemens dans le sang, soit lorsqu'il était sorti des vaisseaux et entré en contact immédiat avec la substance animale , soit quand il commençait à devenir stagnant dans l'intérieur de ces mêmes vaisseaux.
9° Haller (2) a vu des globules qui étaient tombés entre les feuillets du mésentère se mouvoir avec rapidité , courir dans le tissu cellulaire du vaisseau dont ils étaient sortis , comme dans des canaux , monter et descendre alternativement (3) , aller do la veine d'où ils étaient sortis à l'artère parallèle , remonter le Ion;» de ses parois , s'écarter d'elle et redescendre (4), ou enfin monter et descendre de la même manière le long de l'intestin (o). Wedemeyer (6) a observé , sur le mésentère, un mouvement circulaire de ces globules, qui ne pouvait point être déterminé par la pesanteur. Enfin Kaltenbrunner nous apprend que les globules épanchés dans la nageoire caudale de Poissons, après la cessation du cours du sang, se remettent en mouvement au bout de quelque temps, se détachent et se réunissent en amas arrondis , qui deviennent oblongs , forment de petits courans et prennent la direction des veines, mais que d'autres aussi pénètrent dans de
(4) Addition de J. MuILer.
(2) Opéra minora , t. I , p. 119.
(3) Ihii., p. 121.
(4) Ibid,, p. 120.
(5) Ibid., p. 238.
(6) Uniersuchungcn , p. 345.
plus gros vaisseaux , après quoi le mouvement cesse peu à peu (1). A part la dernière observation , qui a besoin d'être confirmée , ces phénomène sont faciles à expliquer parla force impulsive et la force aspirante ; les globules repoussés de leur courant doivent parcourir encore une certaine distance , et retourner sur leurs pas quand ils rencontrent un obstacle en chemin ; la pression qui a lieu entre les feuillets du mésentère peut ne point être la même sur tous les points; mais il est possible surtout que des parties organiques , des amas ou des courans de globules exercent une force attractive.
i0° Quand le battement du cœur avait cessé, Haller (2) voyait les vaisseaux rester immobiles, mais les globules avancer et reculer dans leur intérieur, puis finir par les abandonner entièrement. Nous ne trouvons là que les phénomènes mécaniques de la cessation graduelle d'un courant; ce courant, lorsque sa force diminue , rencontre des obstacles et devient fluctuant ( § 714, 7° — 11° ), jusqu'à ce que la pression des parois le pousse vers l'endroit où il trouve le moins de résistance : Mayer (3) a vu , dans les veines du mésentère excisé d'une Grenouille , trois courans , dont deux latéraux, qui flottaient dans la même direction ou en sens inverse , et un mitoyen , dont les globules ne faisaient en grande partie que se rouler ou tourner sur eux-mêmes : ces phénomènes, que personne autre encore n'a observés, lui parurent dépendre d'une tendance du sang à prendre une direction circulaire, tendance dont la réalisation n'était empêchée que parce que le vaisseau se trouvait ouvert aux deux bouts , et il en a conclu (4) que l'instinct qui pousse les globules à exécuter un mouvement circulaire facilite le passage du sang des artères dans les voiries. Quand Rosa dit qu'un bout d'artère, long de six pouces, lié aux deux bouts, et détaché du corps , a vibré et battu pendant deux heures dans sa main , et qu'un intestin rempli de sang a également exécuté des pulsations (5), nous devons
(1) Froriep , Notisen, t. XVI , p. 309.
(2) Loc. cit., p. 230.
(3) Loc. cit., p. 72.
(4) Loc. cit., p. 76.
15) Giornale per servira Mu. storia délia viedicina, 1. 1 , p, 301.
croire qu'aveuglé par ses suppositions, il a mal observé ; car nul autre physiologiste n'a jamais rien vu de semblable.
IV. Tous les mouvemens dont il vient d'être question n'ont lieu que quand la circulation s'éteint, ou quand le sang, placé en dehors du cercle de la vie , perd le caractère qu'il revêtait dans l'intérieur de cette sphère , et commence à se décom • poser. C'est là une des raisons qui nous empêchent de voir en eux des signes de vie. Cependant on aperçoit aussi , dans le corps vivant , des mouvement du sang qui ne proviennent point du cœur. Dœllinger(l) a vu souvent, chez des embryons de Poissons, quelques globules, séparés de leurs courans; s'insinuer à travers la substance animale, et il a jugé d'après cela qu'ils ont en eux-mêmes la cause de leurs mouvemens. lia observé que les ramifications doivent naissance à ce qu'un globule se détache du courant , pénètre peu à peu dans le mucus, s'arrête, rétrograde , se reporte en avant, tantôt plus vile , tantôt plus lentement , et se fraie ainsi une nouvelle route, dans laquelle d'autres le suivent bientôt, jusqu'à ceque de là provienne un nouveau petit courant constituant une branche. Mais nous sommes en droit de demander comment les globules du sang produisent les courans réguliers, par exemple ceux des vaisseaux branchiaux et de leur métamorphose ( § 442 , 2° ) , si chacun d'eux n'est déterminé que par une force à lui propre , et par son instinct progressif particulier. La chose paraît réellement inconcevable , et pour ne pas resserrer plus qu'il n'est peut-être nécessaire le cercle des phénomènes à l'intelligence desquels notre esprit est en mesure de s'élever , nous devons chercher à découvrir une autre cause qui détermine la circulation du sang. Or nous espérons la découvrir dans le conflit du sang avec les organes , sujet dont nous allons faire l'examen.
(1) Was ist Alsonderung ? p. 22.
EFFETS DU SANG SUR i/ORGANISME. 385