I. Examinons d'abord les résultats de sa diminution
1° Quand la quantité du sang est inférieure à celle qui con« vient, que ce soit parce que ce liquide se produit en quantité proportionnellement trop petite , ou parce que le sujet a éprouvé une forte hémorrhagie , on remarque la petitesse du
pouls, la pâleur efla1 flaccidité des parties, un développement moins considérable de chaleur, une nutrition incomplète , des sécrétions rares ou aqueuses , l'affaiblissement des sens , la faiblesse musculaire et la dillicullé ou la lenteur des mouvemens.
2° Si la perte de sang a été plus grande, outre la pâleur et le froid de la peau , la fréquence et parfois l'intermittence des battemens du cœur, on voit survenir l'accablement, des vertiges , la perte des sens , l'abolition de la conscience et la syncope; enfin toute manifestation de la vie cesse, souvent à la suite de mouvemens convulsifs. Cet état nlest d'abord qu'une mort apparente , c'est-à-dire une suspension des phénomènes de la vie par absence de sa condition extérieure. On peut le faire cesser en remplissant les vaisseaux avec le^sang d'un individu vivant. Mais si celte réplétion n'a pas lieu promptement, l'activité vitale s'éteint, et nulle infusion de sang étranger ne peut plus la ranimer. Comme l'effet varie beaucoup suivant les circonstances, on ne saurait fixer d'une manière générale quelle est la quantité de sang absolument nécessaire pour entretenir la vie. D'après les observations de Rosa, la mort apparente eut lieu, chez de jeunes Veaux, après qu'il leur eut soustrait trois à six livres de sang , c'est-à-dire depuis un trente-deuxième jusqu'à un vingtième du poids de leur corps; chez des Veaux plus âgés, après la soustraction de douze à seize livres de sang , ou d'un douzième à un neuvième du poids de leur corps; chez un Agneau, après une perte de vingt-huit onces, équivalant au vingt-huitième de son poids total ; chez un Mouton , après celle de soixante et nne once, ou d'un vingt-troisième du poids de son corps (1). D'après celles de Haies , elle se manifesta , chez un Cheval , après une soustraction de trente-trois livres de sang, ou d'un vingt-cinquième du poids total. Selon Blundell (2) , il a suffi , chez certains Chiens , de leur enlever neuf onces de sang , ou un trentième du poids de leur corps , tandis que d'autres n'ont succombé qu'à une perte d'une livre ou d'un dixième du poids
(1) Scheel, Diè Transfusion des Blutes , t. II, p. 133.
(2) Patholoijical and physiological researches , p, 66 , 94, 99,
EFFETS DU SANG SUR ï/oïlCANISME.
total. Suivant Piorry, on peut soustraire aux Chiens un vingtcinquième du poids de leur corps, en sang, sans que la mort arrive, mais elle a lieu si on tire seulement quelques onces de plus (1). Terme moyen, on peut admettre que la mort survient après que l'animal a perdu les trois quarts ou les sept huitièmes de la masse de son sang, quoiqu'elle puisse avoir lieu après une perte d'un quart, même d'un huitième, dans certaines circonstances , notamment par l'effet d'une hémoptysie.
3° Les ruptures et les perforations du cœur tuent ordinairement l'homme en peu de minutes, pendant lesquelles la connaissance n'éprouve aucune atteinte. Dans certaines circonstances favorables, la vie peut se prolonger davantage. Ferrus a publié l'observation d'un homme qui s'enfonça un stylet de fer entre les cinquième et sixième côtes gauches ; l'instrument traversa le ventricule gauche et la cloison interventriculaire, et se brisa ; la plaie fut bouchée par le bout qui y resta engagé et par des caillots de sang ; le blessé survécut vingt jours. Il se plaignit seulement dans les dernières semaines d'un malaise indéfinissable, d'une grande faiblesse et d'undéfaut absolu de sommeil et d'appétit. Quand la blessure n'est point pénétrante, ou fort étendue, elle peut même guérir, car on a plusieurs fois découvert, sur le cœur, des traces de cicatrices anciennes (2) ; on a trouvé dans son intérieur des balles, des épingles ou autres corps étrangers.
Legallois (3), ayant enlevé le cœur à des Lapins, vit le sentiment et les mouvemens respiratoires persister à la tête pendant une minute environ (*). Les rapports du cœur avec l'organisme sont plus faciles encore à saisir chez les Batraciens, où il y a moins d'unité entre les diverses directions de la vie, ce qui donne à cette dernière une plus grande ténacité.
(1) Froriep , Notizen,t. XIII, p. 189.
(2) Otto, Lehrbuch der pathologisclien Anatomie , t. I, p. 285.
(3) Œuvres, t. I, p. 366.
(*) Bouillaud (Malad. du cœur, t. I,p. 430) a vu un coq s'agiter et donner d'incontestables signes de vie durant quelques instans après l'excision du cœur.
388 EFFETS DU SANG SDH t'oRGANISME.
D'après les expériences de Haller (1) et de Spallanzani (2), des Grenouilles et des Salamandres auxquelles le cœur a été enlevé, conservent leur vivacité, voient, ferment l'œil quand on y touche, sautent, etc., mais périssent le lendemain. Lorsqu'au contraire on leur enlève le cerveau , elles vivent encore trois à cinq jours , mais les fonctions animales sont affaiblies ou tout-à-fait supprimées.
4° Dans les maladies du cœur, outre les effets immédiats du trouble de la circulation , on observe, comme symptômes ordinaires , d'un côté , la pâleur du visage , la leucophlegmatie et l'hydropisie , de l'autre , la mélancolie , des spasmes et autres accidens annonçant le trouble de la sensibilité.
5° Lorsque toutes les artères qui amènent le sang à une partie ont été liées , cette partie meurt ; si l'on se contente de lier l'artère principale , il survient froid , pâleur, diminution du sentiment et du mouvement , et tuméfaction œdémateuse ; mais ces accidens sont passagers , car les anastomoses ne tardent pas à amener la quantité de sang nécessaire. L'effet n'est nulle part plus sensible qu'au cerveau ; l'obturation des carotides détermine un peu de stupeur, des vertiges et des symptômes d'apoplexie (3). Une Brebis , à laquelle Ebel (4) avait lié ces deux artères , perdit la vue ,:: l'ouïe et le mouvement volontaire , se ranima un peu au bout de quelques minutes , tout en conservant de l'accablement et des vertiges ; mais , cinq quarts d'heure après , elle avait recouvré le libre exercice de ses sens et de ses membres. Une ossification de» artérioles, notamment aux membres inférieurs, est souvent suivie de la gangrène : en niant ce fait , Corvisart et Laennec ne se fondent que sur les résultats de l'ossification des branches d'un certain calibre.