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se sont montrés moins conséqnens que ceux qui niaient absolument toute différence, et qui ne croyaient pas plus à la métamorphose dans le poumon qu'à celle dans le reste du corps.
5° Le juste milieu entre ces opinions extrêmes est moins piquant sans doute, mais il renferme si évidemment la vérité, que nous ne pouvons point hésiter à nous y ranger. Nous admettons donc à la fois et la différence et l'identité des deux courans , ou., en d'autres termes , une métamorphose du sang. Il est certain que partout les artères se continuent avec les veines (§ 701); or il ne Test pas moins que, pendant sa révolution , le sang subit des changemens , dont la possibilité ressort déjà des phénomènes qu'on observe en examinant le sang coulantdes vaisseaux (§707), ou tiré par lasaignée (§666-669); car ces phénomènes attestent combien il est sujet à varier.
II. Nous demanderons d'abord par quoi est déterminée la métamorphose du sang artériel , ou sa conversion en sang veineux.
4° Quand la chimie pneumatique eut enseigné qu'en passant du caractère veineux au caractère artériel , le sang absorbe de l'oxygène dans l'atmosphère , on crut qu'il devenait veineux par la continuation de l'opération chimique , sans nulle autre circonstance quelconque. Lagrange pensait que l'oxygène , faiblement uni au sang dans les poumons , contracte peu à peu une combinaison plus intime avec lui pendant le cours de la circulation , et notamment s'empare de son carbone et de son hydrogène. Il se fondait sur ce que du sang artériel qu'on enferme dans des tubes de verre hermétiquement clos , prend de lui-même une couleur plus foncée au bout de quelque temps , et que le sang veineux qu'on traite de même, après l'avoir rendu vermeil parle conlactdu gaz oxygène, reprend également peu à peu sa teinte noire. Cependant on peut objecter contre ces argumens que le sang artériel ne noircit hors du corps vivant qu'autant que la putréfaction commence à s'emparer de lui ; que jusqu'alors le caillot auquel il a donné naissance demeure vermeil, non seulement à la surface en contact avec l'air , mais encore dans sa masse entière ; qu'enfin même la teinte rutilante communiquée par l'air au sang veineux dure assez long-temps ; car
elle persiste pendant quelques jours à lu face du caillot tournée »d'abord vers le haut, puis vers le bas. Quant à la conclusion qu'avait tirée Lagrange, ce qui la réfute complètement , c'est que le sang ne devient veineux qu'en traversant les vaisseaux capillaires. Lorsqu'on pratique des vivisections , les ramus-ailes les plus déliés du système aortique donnent du sang vermeil, t andis que ceux du système de la veine cave en fournissent de noir, et partout où la transparence des vaisseaux le permet, on remarque la différence de couleur dans le sang qu'ils charrient. Kaltenbrunner dit avoir remarqué que lesglobules, parvenus dans les capillaires les plus déliés, où ils acquièrent une teinte plus foncée , se renflent en même temps un peu , deviennent moins nettement circonscrits , éprouvent une légère déperdition de substance sur les bords, et ne s'accolent plus alors ensemble (1). Krimer avait déjà affirmé que les globules sont plus gros dans le sang veineux (2). Enfin, Pallas a trouvé que le sang qui sortait des vaisseaux capillaires au moyen de ventouses ou de sangsues , se comportait encore comme sang artériel, et différait du sang veineux' (3), incontestablement parce qu'en pareilles circonstances il sortait de ces vaisseaux avant d'y avoir séjourné assez long-temps pour pouvoir subir sa métamorphose.
5° Si le sang trouve, dans les vaisseaux capillaires, et son but et le point tropical de sa révolution , parce qu'il s'y met en conflit avec ce qui est placé au dehors des vaisseaux ( § 746, 5° ), si , de plus', il entre en rapport avec l'atmosphère dans les vaisseaux capillaires des poumons, et par là ne fait que passer de la forme veineuse à la forme artérielle , il n'est pas douteux que la métamorphose du sang artériel en sang veineux ne soit opérée par le conflit avec, la substance organique dans laquelle se répandent les dernières ramifications du système aortique. Nous en trouvons la preuve dans l'expérience, puisque du sang artériel qui reste" pendant quelque temps eu contact avec la substance organique , prend le ca-
(1) Proriep , Nolizen , t. XVI , p. 308.
(2) Loc. cit., p. 228.
(3) Journal de chimie médicale, t. IV, p. 465.
452 ACTION DE i/oRGANISME SUR LE SANG.
ractère veineux. Lorsque Hunier plongeait un corps aigu dans l'artère crurale d'un Chien, bouchait la plaie , et la rouvrait . au bout de quelque temps, il trouvait que le sang épanché dans le tissu cellulaire avait pris une teinte noire; quand il avait appliqué deux ligatures sur la carotide d'un Chien, le sang y devenait noir au bout de quelques heures. Lorsque, dans une opération chirurgicale , le tourniquet est resté appliqué pendant un certain laps de temps sur une forte artère, le sang qui coule après qu'on cesse de comprimer est quelquefois veineux. La même chose arrive aussi à celui qui stagne dans les tumeurs anévrysmales. Le sang qui séjourne dans les bronches ou dans le reçtum , après s'être échappé des vaisseaux pulmonaires ou d'hémorrhoïdes internes, est plus foncé que celui qui arrive au dehors immédiatement après son extravasation. Lauer fait remarquer que , dans les maladies où il y a un grand relâchement des organes , notamment du foie et de la rate , la circulation se fait d'une manière lente , mais qu'en même temps le sang est plus noir et plus liquide (1). (Esterreicher (2) et Wedemeyer (3) ont vu aussi les globules du sang prendre une couleur jaune plus intense, lorsqu'ils étaient devenus stationnaires par l'effet d'une irritation mécanique ou galvanique. Le sang veineux des grands animaux paraît être plus noir et plus différent de l'artériel que celui des petits animaux, ce qui pourrait bien tenir, d'un côté, à ce que les battemens du cœur sont moins fréquens, de l'au^ tre , à ce que la carrière est plus longue , de sorte que le sang reste plus long-temps en contact avec la substance organique.
6° Mais ce qui dénote que la substance organique détermine la métamorphose du sang par l'impression vivante qu'elle produit sur lui , c'est que cette métamorphose souffre toutes les fois qu'il survient des changemens considérables dans l'activité vitale (§ 756) ; c'est aussi que , malgré le soin qu'on prend d'entretenir la circulation chez un animal mis à mort, en continuant la respiration par des moyens artificiels , le sang
(4) Hecker, Literarische Annalen der Heilkunde 'jL. XVIII, p. 272.
(2) Darstellung der Lehre vont Kreislaufo , p. 429.
(3) Untersuchmujcn , p. 2'i3.
artériel ne devient cependant point veineux , circonstance sur laquelle Lcgallois a le premier appelé l'attention des physiologistes.
Mais l'activité vitale ne saurait opérer directement et par elle-même un changement matériel ; elle ne le peut qu'en faisant naître certaines relations matérielles. III. En quoi consiste cette métamorphose ? Elle ne saurait être dénature mécanique et dépendre d'une condensation du cruor, comme le dit J. Davy ; cette hypothèse est réfutée par les circonstances au milieu desquelles elle a lieu (4°-6°), par les conséquences qu'elle entraîne pour la vie ( § 743 , II ), même par la couleur à la manifestation de laquelle elle donne lieu, puisque celle-ci diffère non pas seulement par le degré, mais encore par l'espèce ; car on aurait beau étendre la teinte du sang veineux ou concentrer celle du sang artériel, jamais on n'obtiendrait ni, dans le premier cas, la couleurdusang artériel , ni , dans le second , celle du sang veineux. L'analyse a fait entrevoir des différences chimiques (§ 751 , 41°) , et la formation du sang veineux doit dépendre d'un échange de matériaux entre le sang artériel et la substance organique placée au dehors de lui. Mais cet échange a lieu d'une mar nière instantanée , et il ne constitue qu'une fraction infiniment petite de l'opération chimique par laquelle la vie se maintient. En outre , comme il dépend de l'activité vitale , il doit subir un changement considérable quand celle-ci vient à être modifiée. Ces deux circonstances nous expliquent les contradictions qu'on remarque entre les observateurs, par rapport à la qualité du sang veineux (§ 751). Pour bien saisir la différence , il faut apporter une exactitude minutieuse dans l'examen , et une longue série d'observations peut seule mettre à même de décider si celle que l'on constate est générale et normale , ou si elle se rattache seulement à un état accidentel et passager de la vie. Jusqu'à présent , Denis est celui qui a fait le plus de recherches chimiques sur le sang, et ses travaux confirment ce qui a été dit précédemment ; le sang veineux lui a offert plus d'eau que le sang artériel (1) , mais
(1) Loc. cit., p. 285.
/j 54 ACTION DE L'ORGANISME SUR LE SANG.
parfois aussi moins (1) ; plus d'albumine , mais une fois aussi autant de celte substance (2) ; moins de cruor, mais quelquefois aussi une pareille proportion. Il reste encore bien des choses à faire pour les chimistes qui ont une idée juste de la vie ; quant aux faits dont nous pouvons disposer aujourd'hui, ils paraissent conduire aux résultats suivans ;J
7° Le conflit avec la substance organique diminue la tension intérieure du sang, et en combine les matériaux dune manière plus intime ; le liquide perd de son expansion ; il devient plus lourd , moins odorant et moins chaud ; son aptitude à se décomposer diminue , ainsi que sa propension à se coaguler et à tomber en putréfaction. Le sang veineux peut être comparé à une puissance chimique qui a épuisé son action et qui a été neutralisée.
8° Il a abandonné quelques uns de ses matériaux à la substance organique , et la quantité de ses principes constituans actuels est accrue. Le cruor, qui appartient exclusivement au sang , est la partie qui a le plus diminué (de 0,10 à 0,25 , selon Denis ) , de sorte que le nombre des globules est devenu visiblement plus considérable , et qu'il y en a par conséquent une partie qui a passé dans la substance organique , à l'état de dissolution. Il a disparu moins de la fibrine. Les substances que l'on rencontre partout, l'eau, les sels et l'albumine, ont augmenté , et cela , à ce qu'il paraît , non pas seulement d'une manière relative; , à raison de la perte éprouvée en cruor et en fibrine , mais encore d'une manière absolue , par l'accession des matériaux provenant des tissus organiques, qui se sont réduits en une dissolution saline d'albumine.
9° La qualité des matériaux immédiats du sang, et, suivant Michaelis , la proportion de leurs élémens , ont changé dans la même mesure. Le cruor ne présente plus la même couleur, expression totale de sa composition élémentaire (§ 687, 3°) ; il a perdu 0,01988 d'oxygène et d'hydrogène, et acquis en revanche une quantité équivalente de carbone et d'azote. La fibrine n'a changé que de cohésion; elle a perdu 0,01254 de carbone et d'azote, qui ont été remplacés par de
(1) Loc. cit., p. 265.
(2) Loc. cit., p. 266.
l'oxigène et de l'hydrogène'. Les qualités de l'albumine n'ont point subi de changement appréciable ; mais la perte de carbone et d'azote , et l'acquisition d'hydrogène et d'oxygène qu'elle a faites s'élèvent à 0,00414. Ce qu'il y a de plus considérable, c'est l'augmentation du carbone (0,01849) et la diminution de l'oxygène (0,01345) dans le cruor. La fibrine perd plus eu azote et en carbone que l'albumine , mais elle perd proportionnellement beaucoup plus du premier (0,00320 : 0,00057) que du second (0,00934 : 0,00357).