‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 4)Chapitre 17 sur 81 · MONOGAMIE · texte numérisé non relu

MONOGAMIE

remarqué une inclination permanente chez les' Ours renfermés , et pourvus par conséquent d'une nourriture sullisante ; lorsqu'on réunissait ces animaux , après les avoir séparés , ils témoignaient une grande joie , se dressaient sur leurs pattes de derrière , et se faisaient des caresses. On dit avoir habituellement trouvé ensemble un mâle et une femelle de Sïlurus glanis.

. 3° L'union s'étend jusqu'à soigner en commun les petits , et ne cesse que quand ceux-ci ont acquis la force nécessaire. C'est ce qu'on voit dans la Chauve-souris, le Rat, le Lapin, le Bobak , le Castor, le Lièvre, la Taupe, le [Blaireau, la Belette , etc. La plupart des Oiseaux , notamment les Rapaces, les Passereaux, les Corvidés et les Echassiers, vivent dans çet état de monogamie, et il paraît qu'après s'être séparés, les mêmes individus se retrouvent l'année suivante. Mais ce qu'il y a de remarquable , c'est qu'on observe déjà le même phénomène chez les Céphalopodes , qui n'ont cependant pas d'accouplement intérieur.

4° Une union constante , et qui fort souvent dure pendant toute la vie , a lieu chez le Renard et le Chevreuil , l'Aigle , le Pigeon, quelques Perroquets, les Pies, etc. Le Psittacus pullarins , appelé aussi l'inséparable , fait preuve de la plus grande tendresse ; le mâle et la femelle se tiennent côte à côte, et se regardent souvent l'un l'autre ; ils mangent ensemble , et quand on les a tenus quelque temps séparés , ils se caressent à l'envi. Bonnet nourrissait depuis quatre ans une paire de ces Oiseaux lorsque la femelle, affaiblie par l'âge, ne put plus se rendre à son auge ; le mâle eut soin alors de la nourrir ; mais sa faiblesse faisant toujours des progrès, il lui devint impossible de se tenir perchée , et le mâle fit tous les efforts imaginables pour la soulever ; lorsqu'elle mourut , celui -ci se mit à courir çà et là dans une grande agitation , essayant de lui donner des alimens , s'arrêtant quelquefois pour la contempler , et jetant un cri plaintif ; au bout de quelques mois, il succomba. On prétend aussi que le mâle et la femelle de la Palamedea cornuta ne se séparent jamais, qu'après la mort de l'un , l'autre erre tristement dans les alentours , et qu'il ne tarde pas à périr.

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5° Ce qui prouve que la monogamie est naturelle à l'homme, c'est que le nombre des individus est à peu près égal dans les deux sexes , et surtout qu'elle seule rend possible d'établir une société fondée sur l'estime mutuelle et la reconnaissance des droits de l'humanité, d'élever les enfans à'être véritablement des hommes, et, en général, de donner un libre essor aux facultés les plus éminentesde notre espèce. Dans les liens du mariage , les cœurs se confondent peu à peu ; à l'amour qui les avait d'abord rapprochés , se joignent l'habitude d'être ensemble , la communauté des intérêts , le partage des peines et des plaisirs , et la tendresse pour des enfans , que les deux époux se doivent l'un à l'autre , qu'ils considèrent comme des témoins continuels de leur attachement. C'est par ces moyens qu'assez souvent même l'amour se glisse dans des mariages auxquels il n'avait point présidé ; car ce que la nature humaine renferme de bon , d'estimable et d'aimable, se mani feste dans chaque individu tant que les circonstances ne donnent pas l'éveil à ses passions haineuses; aussi dès qu'on a eu l'occasion de lier des relations amicales avec un homme , arrive-t-on bientôt à se convaincre qu'il n'est ni aussi méchant ni aussi désagréable qu'il le paraissait de loin. Les sentimens nobles sont comme les impressions physiques ; on se trompe souvent en croyant aimer un individu , tandis qu'à proprement parler c'est l'espèce qu'on aime en lui. L'amour peut surtout naître de cette manière chez la femme , parce qu'elle est moins individuelle , parce qu'elle a plus de souplesse , parce qu'elle sent davantage le besoin d'aimer ; si elle n'aime pas son époux autrement , du moins vient-elle à le chérir comme père de ses enfans. L'usage modéré des plaisirs rend également l'amour plus intime , car la satiété seule engendre le dé goût. Le mystère qui les enveloppe accroît l'intérêt, et comme il a fallu que la pudeur cédât à l'amour , comme l'un n'a plus rien à refuser à l'autre , la plus étroite intimité s'établit.

Partout on voit que l'homme est dirigé , dans sa manière de sentir, de penser et d'agir, par ceux avec lesquels il vit. Cette assimilation doit être plus forte encore dans le mariage , où la femme et l'homme sont continuellement ensemble, où il y

a fusion de deux vies en une seule. Celte harmonie se remarque en effet chez les époux heureux , et quand l'analogie des traits du visage a été l'un des mobiles de l'amour , elle devient plus sensible encore après des années d'union , au point que les époux pourraient quelquefois passer pour frère et sœur.

Dans une pareille intimité , la tendre mère supporte mieux la perte de ses enfans que celle de son époux. Les usages et les lois mêmes consacrent un lien des âmes qui s'étend pardelà les bornes de la vie ; le prêtre de l'église grecque ne peut pas se remarier après la mort de sa femme , et celte faculté est également interdite , en Chine , aux femmes de haute condition. La mort dans les flammes à laquelle les veuves se condamnent au Malabar, n'a d'abord été qu'un effet de l'enthousiasme d'une femme ; mais comme elle avait trouvé un assentiment général , on a voulu l'imiter , et peu à peu elle a acquis l'empire d'une coutume.

Les peuples les plus nobles de la terre ont vécu dans la monogamie , et le concubinage, substitué à la polygynie , n'a dominé qu'aux époques de décadence des nations. Chez tous les peuples nobles le mariage a été considéré comme une chose sainte , consacré par des cérémonies religieuses et contracté pour la vie. Mais, de même qu'on rencontre partout des aberrations du caractère proprement dit de l'humanité , des retours vers' la condition des animaux , de même aussi le mariage n'est qu'une union temporaire à Camboge , à Calicut , dans quelques unes des îles Canaries, et chez les Pehuares au Brésil.

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