‹ Traité physiologie considérée comme science d'observation (volume 4)Chapitre 63 sur 81 · I. Formation en général des parties accessoires de l'œuf · texte numérisé non relu

I. Formation en général des parties accessoires de l'œuf

Nous entendons par nidamentum toute enveloppe extérieure qui s'ajoute à l'œuf déjà individualisé , c'est-à-dire revêtu d'une enveloppe primaire, ou d'une membrane testacée et d'une coquille, qui se rapporte à l'incubation, et qui, dans cette vue , est produite par la mère.

1° Les parties comprises dans cette catégorie, et que nous distinguons en nids (cavités ouvertes, parmi lesquelles se rangent aussi les cellules), masses nidif ormes (substances homogènes enveloppantes, au nombre desquelles nous comptons le frai) et membranes niduïantes ( membranes vésiculeuses, qui comprennent les sacs à œufs), présentent des différences infinies dans la manière dont elles se manifestent. Ce n'est cependant point là un motif qui doive nous détourner de les réunir sous un même point de vue, puisque nous les voyons varier aussi beaucoup, malgré leur identité , chez des êtres organisés affines. Ainsi on serait tenté de croire que la silique, la baie, le drupe, la noix et le, fruit des labiées sont des formations entièrement hétérogènes , quoique nous y trouvions la réalisation d'une même idée. De même, les alvéoles des Abeilles , les utricules à œufs des Teignes , les sacs à œufs des Hydrophiles, les massesnidiformes des Lépidoptères, diffèrent totalement les unsdes autres, quantà leur substance, à leur configuration , à la manière dont ils se produisent ; et cependant ce sont toujours des nids d'Insectes. Il y a même une telle différence entre le nid d'un Pingouin et celui d'une Mésange de Lithuanie , qu'une personne étrangère à l'histoire

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naturelle aurait de la peine à les rapprocher l'un de l'autre. C'est précisément cette grande diversité de formes qui nous paraît caractéristique ; car , de même que nous voyons la plus étonnante variété régner dans la nature organique en général à l'égard du mode de manifestation de tout ce qui est extérieur , et par cela même peu essentiel, tandis que l'intérieur, qui est essentiel, conserve plus d'homogénéité, de même aussi la plus grande diversité règne par rapport au nidamentum , quoiqu'il y ait une concordance frappante eu égard à la formation dé tous les œufs et de tous les embryons.

2° Ce qui est caractéristique, en outre, c'est que la membrane nidulante renferme souvent plusieurs œufs. L'œuf, dans sa formation vésiculeuse , représente un tout parfait. Rigoureusement séparé de tout autre corps , il annonce , dès le germe , dès son origine première , que l'individualité et l'indépendance organique lui appartiennent. Conformément à cette idée , chaque individu, quelque nombre qu'il s'en produise à la fois, naît généralement dans son œuf propre, ou dans l'intérieur d'une membrane teslacée qui lui est particulière. A la vérité, on trouve des exceptions : les graines du Viscum et du Mangifera renferment quelquefois, mais non d'une manière constante, plusieurs embryons, qui demeurent séparés aussi en germant ; les jumeaux humains ont parfois unchorion et même un amnios communs ; mais c'est là un cas non moins anormal que la présence de deux jaunes dans la coquille d'un œuf d'Oiseau. Ainsi, quand nous voyons plusieurs œufs être le plus souvent, ou dans l'état normal, enveloppés d'une membrane commune, nous pouvons dire que c'est une membrane nidulante. Mais ce n'est point là une raison pour que tout nidamentum contienne nécessairement plusieurs œufs , comme le prouve déjà l'exemple du péricarpe.

3° Le nidamentum n'entre point , à proprement parler, dans l'organisation de l'œuf ; c'est le dernier don , non de la mère qui procrée , mais de la mère qui couve. Cependant on distingue plusieurs degrés dans l'intimité de ses connexions avec l'organisme maternel (4°-7°).

4° D'abord le corps entier de la mère peut servir de simple enveloppe aux œufs. Ainsi , chez les Pucerons , la mère elle-,

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même, lorsqu'elle meurt en automne , après avoir pondu, devient un nidamentum ; elle reste sur les œufs , et son corps desséché forme un test solide qui les protège. Le Distoma duplicatum meurt pendant que la spore se développe dans la cavité de son corps, et il continue de fournir à cette spore une enveloppe protectrice que les pelits percent lorsqu'ils sont parvenus à maturité (1). Chez le Volvox et quelques Vefls cystiques, la mère, qui opère l'incubation dans son propre corps, n'est guère autre chose qu'une sporocyste vivante. L'identité de mère et de nidamentum est portée au plus haut degré dans le Bucephalus polymorphus, découvert par Baer (2). Cet animal a des sporanges filiformes , c'est-à-dire des organes de génération dans lesquels se forment des spores, et qui, en se séparant du corps de la mère, deviennent de simples sporocystes , c'est-à-dire un nidamentum dans lequel les spores se développent en jeunes animaux ; mais quelquefois aussi ces sporanges naissent par génération primordiale dans le corps d'un Mollusque acéphale. Il n'y a donc ici de produit qu'un organe génital femelle servant en même temps de nidamentum , et isolé du reste du corps, ou , en d'autres termes, la mère est identique avec le sporange, comme celui-ci l'est avec la sporocyste.

5° L'identité cesse, pour faire place à une connexion intime, lorsque le nidamentum est une partie organique du corps de la mère, qui sert à l'incubation. Le péricarpe tient organiquement à la plante par des vaisseaux , du tissu cellulaire et de l'écorce -, il n'est autre chose que l'ovaire converti en organe incubateur : aussi ne conserve-t-il son activité qu'autant que l'œuf est couvé par le tronc maternel ; car il ne reste plus que sa partie épidermalique pour l'incubation ultérieure dans la terre et l'eau. Dans quelques Algues , de même que dans les Vibrions, les Polypes, les Méduses et les Biphores, l'organe génital lui-même , ou le sporange , est rejeté de la même manière , et figure alors une sporocyste ou une membrane nidulante, dans laquelle les spores se développent (§ 35). Il paraît

(1) Nov. Act. Nat. Cur., t. XIII, p. 569.

(2) Jbid., p. 583.

FORMATION DE i/OEUF. 4^5 aussi que, chez certains Annélides et Mollusques, une partie du corps de la mère se détache pour former un nidamentum : ainsi , d'après Johnson (1) , le cocon de ÏHirudo vulgaris est produit par la peau délachée de la mère ; et, suivant Stiebel (2), celui de Limnœus stagnalis doit naissance à la membrane interne de Toviducte. Cette série se termine, chez les Insectes, par un phénomène que Muller a découvert (3) , et qui consiste en ce que la membrane interne de l'ovaire se trouve chassée avec les œufs , mais n'arrive point au dehors avec eux, attendu que les organes génitaux eux-mêmes ne font point partie du nidamentum , qui est produit tantôt par quelqu'autre acte plastique , tantôt par des actions ayant leur source dans l'instinct. En effet, chez les Phasmes, chaque conduit de l'ovaire contient un utricule grêle qui se termine à l'embouchure de ce conduit dans l'ovaire, se réfléchit de dedans en dehors par son extrémité libre, et forme un anneau qui reçoit des branches des trachées de l'ovaire ; dès que l'œuf le plus voisin est complètement développé, la partie.de l'utricule qui l'entoure meurt, se détache et est entraînée avec lui sous la forme d'un précipité pultacé, tandis que la portion suivante de l'ulricule vient prendre sa place, avec un œuf non à maturité, y reste jusqu'à ce qu'elle cède le pas à une troisième , et ainsi de suite jusqu'à ce que tous les œufs soient développés.

Chez les animaux vertébrés , ce n'est plus une partie des organes génitaux, mais une portion de la peau, qui parfois sert à la formation du nidamentum. Ainsi la peau du ventre se dilate , chez plusieurs Poissons , en un sac renfermant les œufs, et celle du dos se développe en cellules chez le Pipa (§ 336 , 3°), pour accomplir l'incubation.

6° A un degré plus élevé de la vie , le nidamentum n'est plus un organe , mais un produit sécrétoire de la mère. L'organisme, maintenant son indépendance , abandonne une partie de sa masse, non point revêtue de la furme organique, mais

(4) Schweigger, Handhuch , p. 58S.

(2) Meckel , Deutsches Archiv , m, p. 558.

(3) Ifov. 49t. Nat. Cur.,\. XII, p. 582.

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à l'élat liquide, pour envelopper l'œuf; et cet acte n'a qu'une connexion éloignée, purement sympathique, avec l'acte proprement dit de la génération , avec la formation primordiale de l'œuf, car il n'est relatif qu'à l'incubation seule. La substance du nidamentum suinte de membranes muqueuses éloignées des ovaires ; elle se sécrète dans les organes accessoires (§ 103) chez les Entozoaires, les Annélides , les Mollusques et les Insectes ; dans les oviductes , chez les Batraciens ; dans l'ovicanal , chez les Poissons ; dans la matrice , chez les Mammifères. C'est chez ces derniers surtout qu'on reconnaît bien clairement que le nidamentum n'appartient point essentiellement à l'œuf, mais qu'il est un produit de la mère exécutant l'incubation ; car il se forme ici une membrane nidulante dès avant que l'œuf soit arrivé dans la matrice , comme aussi lorsque celuici n'y parvient pas (§ 365, 2°), et même dans des cas où il n'y a point de véritable œuf produit (§ 344 , 11°).

7° Enfin le nidamentum est formé par des actions volontaires que l'instinct prescrit , et alors il ne diffère pas essentiellement de celui qui résulte d'un simple travail de plasticité. Les Monocles et les Araignées-loups portent leurs œufs dans un sac ; mais celui-ci sort du corps des premiers , tandis que les autres tissent le leur. Les deux formes se rencontrent également dans une seule et même classe , par exemple, chez les Insectes ; car c'est l'ovicanal des Teignes qui forme le sac à œufs , au lieu que l'Hydrophile file le sien péniblement. Mais l'animal qui agit sous les inspirations de l'instinct fabrique son nidamentum avec des substances absolument étrangères, qu'il élabore plus ou moins, comme font en général les Oiseaux et la plupart des Insectes ; ou bien il le prépare avec un produit de ses propres sécrétions, comme l'Abeille, l'Hydrophile , les Araignées et la Salangane. Si certains Oiseaux s'arrachent des plumes pour les faire servir à la construction de leur nid , c'est encore là une réminiscence de la formation primordiale du nidamentum , quand il consistait en parties du corps maternel lui-même.

8° henidamentum est utile à l'incubation en procurant abri et nourriture. Tantôt il sert lui-même de nourriture , comme chez les Batraciens ; tantôt il renferme de la substance slibile ,

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comme le cocon des Sangsues ; quelquefois il opère la nutrition à l'aide du corps de la mère , comme la membrane nidulante des Mammifères. De même il protège, tantôt encollant les œufs à quelque corps solide, comme le frai des Mollusques ; tantôt en les préservant de l'humidité et du froid, comme la masse nidiforme endurcie des Insectes , ou en conservant la chaleur communiquée par la mère , comme le nid des Oiseaux. Ces divers usages sont partout plus ou moins combinés les uns avec les autres : le même péricarpe qui ne servait d'abord qu'à tirer la nourriture du corps de la plante-mère, en fournit ensuite lui-même au fruit , et le protège encore après que la source de l'alimentation est tarie. Le nidamenlum a aussi une durée variable : la membrane nidulanle des Mammifères n'existe que pendant les premiers temps de l'incubation , et il en est de même d'une partie du péricarpe des plantes, tandis que la masse nidiforme des Batraciens sert encore pendant quelque temps de séjour aux têtards sortis de l'œuf , et que chez certains Insectes , les larves et les chrysalides continuent à rester dans le nid. C'est précisément à cause de ces différences et de ces transitions insensibles , que nous sommes obligés de considérer en partie l'embryotrophe secondaire comme un nidamentum.

XI. Formation des parties accessoires de l'œuf chez les divers êtres

organisés.

§ 344. I. Quant à ce qui concerne le nidamentum dans l'incubation extérieure,

1° On l'appelle péricarpe (pericarpium de Richard , perispermium deTittmann) , dans les végétaux, où il n'est autre chose qu'une métamorphose de l'ovaire , à laquelle cependant participent quelquefois aussi d'autres parties , telles que le calice , la corolle , le nectaire , le disque , le pistil , le stigmate. On doit considérer le péricarpe comme une métamorphose, un enroulement et une soudure de feuilles, dont H représente aussi les parties , au milieu même de la diversité infinie de ses formes. En effet, il se compose de ïépicarpe t membrane nidulante et protectrice extérieure , ou enveloppe externe, qui correspond à la face inférieure de la feuille ; ii. 27

4*8 FORMATION DE LOEUF.

du saiflocarpo ou mésocarpe , masse nidii'orme , nourrissante , et servant d'intermédiaire à la nulrilion , qui représente une couche moyenne de tissu cellulaire et de vaisseaux venant du pédoncule et allant en partie à l'œuf , et qui est l'analogue de la couche moyenne des feuilles ou du mésophylle ; entin de Y endocarpe , membrane nidulante et protectrice intérieure , qui tantôt a la consistance de l'épiderme , tantôt est plus sèche et parcheminée , ou même dure et comme pierreuse , et qui représente la face supérieure de la feuille.

2° Les sporanges qu'on trouve chez les Infusoires , les Polypes, les Entozoaires et les'Acéphales (§ 35) , ont parfois quelque ressemblance avec un péricarpe. Ainsi celui de la Campanularia dichotoma à dix comparlimens , ou embrasse Autant de capsules transparentes, qui se tiennent par des filamens , et dont chacune renferme trois spores enveloppées dans une substance visqueuse (1). Chez les Planaires , H est composé d'un test corné extérieur et d'une membrane interne blanche et pulpeuse, contenant quatre à huit embryons , qui sont libres dans son intérieur, etc. (2).

3° Chez les Sangsues, six à quinze spores sont entourées, dans l'ovicanal, par un mucus, que la coagulation de sa couche extérieure convertit en un utricule membraneux, transparent et blanchâtre , qui renferme un liquide gélatineux, au milieu duquel se trouvent les spores : le liquide qui adhère à la surface externe demeure un mucus visqueux lorsque l'incubation a lieu sur des plantes aquatiques ; mais, quand celle-ci s'effectue dans la terre, il s'endurcit en une enveloppe réticulée, formée de fils d'apparence cornée (3). D'après Weber (4), ce mucus, mêlé avec de l'eau, forme une masse mousseuse, dont la couche la plus intérieure se condense en une coque spongieuse, produite par un assemblage de filamens.

4° Chez les Mollusques ovipares , ceux surtout qui vivent dans l'eau, une masse d'œufs est enveloppée , à l'extrémité

(1) Grant , dans Froriep , Notizen, t. XV, p. 324.

(2) Baer, dans Nov. Act. Nat. Cur., t. XIII, p. 720.

(3) Rayer, dans Annal, des se. nat., t. IV, p. 184-200.

(4) Meckel , Archiv fuer /lmtomie , 1828, p. 404.

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de l'oviducte , par un liquide albumincux sécrété dans un des organes accessoires ( § 103 , l°-3° ), qui tantôt demeure visqueux , tantôt se condense plus ou moins , comme , par exemple , chez la Voluta, où, dès qu'il entre en contact avec l'eau de là mer , il se coagule en une substance membraniforme solide (1). Le nombre des œufs contenus dans cette enveloppe varie beaucoup ; Pfeifer en a compté quatre à huit chez la Valvata cristata , dix à seize chez la Valvata obtusa , douze à dix-huit chez la Physa fontinalis , trente à quarante chez le Planorbis comeus, cinquante à soixante chez le Limnœus steignaîis, mille chez les Unio pictorum et littoralis. Suivant Denys de Monfort , un nidamentum de Calmar en contient quelquefois quatre-vingt mille. Les œufs sont tantôt épars au milieu de la masse , comme dans le frai cylindrique du Limnœus stacjnalis , tantôt disposés en lignes spirales à la suite les uns des autres , comme dans Y Hélix janthina , ou renfermés dans des cellules distinctes , qui sont produites par la masse coagulée. Dans ce dernier cas, les cellules sont encore entourées d'une autre masse commune qui les réunit en bloc, comme chez le Poulpe , la Voluta et le Murex canaliculatus , où on trouve dix à douze œufs dans une cellule tuberculeuse, et où une trentaine de ces cellules forment ensemble un nidamentum qui s'attache à la surface du corps de la mère (2)j parfois aussi les cellules sont isolées les unes des autres, comme chez les Seiches, où elles forment des espèces de grappes, ou chez la Paîudina impur a (3). Lund a donné un aperçu systématique des nidamenta des Gastéropodes, classés d'après leurs différentes formes (4).

5° Chez certains Insectes , le liquide sécrété, surtout dans les organes accessoires, forme un enduit qui s'endurcit à l'air, soit autour de chaque œuf, auquel il donne alors une configuration particulière , comme il arrive à ceux de XHemerobius perla, qui prennent par-là l'apparence de champignons , soit

(1) Home, dans PHI. Trans., 4817, p. 297.

(2) "Walch , dans Der fl/aiurforscher, t. VI , p. 41.

(3) Pfeifer, Naturyeschichte deulscher Mùlluslian\y t, I, p. 105.

(4) i'roriep , ISutizen , t, XL! , p. 7,

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autour de plusieurs œufs , qui se trouvent alors comme logés dans un nid. Dans ce dernier cas , le liquide, en se coagulant produit, tantôt une masse compacte et analogue à du mortier qui enveloppe immédiatement les œufs et les fixe à un corps solide , ainsi qu'on le voit chez plusieurs Lépidoptères , par exemple , divers Bombyx , dont le vidamentum euioure en manière de ceinture la branche d'arbre sur laquelle il repose, et met les œufs à l'abri de l'humidité et du froid de l'hiver, tantôt une membrane nidulante sacciforme , comme chez plusieurs Orthoptères , par exemple , la Blutta orientalis , où. il se produit déjà dans l'ovicanal un utricule divisé par des cloisons en huit cellules, dont chacune contient deux œufs, ou le Grillon , chez lequel c'est un sac en forme de silique , contenant une douzaine d'œufs environ , à la maturité duquel cette silique s'ouvre , par une suture , ainsi que le ferait un péricarpe. Plusieurs Coléoptères aquatiques tissent des sacs parfaitement analogues, qu'ils attachent à la face inférieure de leur corps , ou qu'ils laissent flotter sur l'eau. Ainsi la femelle de Y Hydrophilus piceus se suspend à une feuille nageante , à la face inférieure de laquelle, au moyen du suc visqueux sécrété par les organes qu'elle porte à l'anus , elle tend des fils, jusqu'à ce qu'elle ait fabriqué une poche hémisphérique correspondante à la partie postérieure de son corps, dont elle tapisse ensuite l'intérieur avec le même liquide visqueux ; puis elle y dépose ses œufs, les couvre d'un liquide clair ,bouche l'ouverture avec des fils, enduit le tout d'un liquide qui s'endurcit sur-le-champ , et laisse alors flotter le nid, dont la construction exige trois liqueurs différentes, l'une pour le tissu extérieur et imperméable à l'eau ; la seconde pour un enduit blanc , qui fixe chaque œuf à sa place ; la troisième , enfin , pour le tissu sec, poreux et soyeux, qui occupe le bout du nid à travers lequel l'air pénètre (1).

6° Le sac à œufs des Entomostracés , qui , dans le Monoculus quadricomis , par exemple , contient dix à quarante œufs , est produit par l'action plastique de l'organisme maternel, tandis que celui des Araignées est le résultat de l'instinct.

(1) Migcr, dans Annales du Muséum , ï, XIV, p. 441.

S FORMATION DE LQEUF. 421

7° Les œufs des Poissons se recouvrent dans l'ovicanal d'une gelée albumineuse, qui les enveloppe de toutes parts, se coagule quelquefois en membrane à leur surface , et représente un nid. Ainsi , dans la Perça fluviatilis , un sac membraneux et réticulé , large de deux pouces et long de deux à trois aunes, renferme tous les œufs (1). Les œufs d'un grand nombre de Poissons se fixent aussi à des corps solides par l'endurcissement du liquide visqueux qui les enduit.

S0 L'oviducte des Grenouilles sécrète une gelée albumineuse, qui enveloppe les œufs un à un , et les réunit en paquet. Lorsqu'au temps du frai on met les oviductes dans de l'eau à 120 degrés F., elle se convertit, au dire de Home (2), en une {jelée semblable à celle que produisent toutes les espèces de membranes.

IL Chez les animaux qui ont une incubation intérieure dans les oviductes , il y a une membrane nidulante. C'est ce qu'on voit dans la Paludinavivipara , où celte membrane paraît s'attacher à la paroi de l'oviducte par des filamens (3) ; dans le Squalus maximus, où elle contient une gelée au milieu de laquelle se trouvent les œufs (4) ; dans la Salamandre terrestre, où elle est peu épaisse, gélatineuse, et fournit également une enveloppe commune à tous les œufs (5).

III. Chez les Mammifères, on la nomme membrane caduque (membrana caduca s. decidua de Hunter , decidua externa de Sandifort, tunica exterior ovi de Haller , caduca crassa de Mayer, membra mucosa d'Osiander, épichorion de Chaussier , épione de Dutrochet , périone de Breschet, membrane anhyste de Velpeau, tunique maternelle de l'œuf de Meckel, sans parler de ceux qui l'ont confondue avec l'enduit floconneux du chorion , et qui l'ont appelée chorion villosum, reticulosum , spongiosum, filamentosum). Hunter, Oken et Samuel (6) la croyaient particulière à l'espèce humaine ; mais Haller, Lob-

(1) Bloch , Naturgeschichte der Fische , t. II , p. 89.

(2) Home , Philos. Trans., 1810, p. 212.

(3) Swammerdam , Bibel der Natur, p. 475.

(4) Home , Lectures , t. III , p. 387.

(5) Carm , dans Zeitschrift fuer Natur-und Hcilkunde , t, I , p. 144,

(6) Dis*, de ovorum mammalium volamontis , p. 4.

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stein (1) , Moreau (2) , Bojanus , Dutrochet , Cuvier, Jœrg (3), Breschet (4) , Velpeau (5) et autres , ont prouvé qu'elle existe aussi chez les Mammifères. Si Eramert (6) L'a trouvée chez des Lapins, des Cochons d'Inde , des Loutres et des Souris, sans la rencontrer chez la Chauve-souris , cette particularité tient sans doute uniquement à ce qu'il n'a point observé les premiers temps de la gestation des Chéiroptères. Cependant elle n'acquiert jamais, chez les animaux, un développement égal à celui qu'elle prend dans l'espèce humaine ; car, suivant la remarque deValentin (7), elle est en raison inverse de la membrane muqueuse de la matrice et directe de la substance vasculaire de cet organe.

1° Chez la femme, cette membrane a une ligne environ d'épaisseur. Elle est opaque, grise, jaunâtre ou rougeâtre, molle, spongieuse, en partie réticulée, et offre des mailles qui la pénètrent obliquement. Lorsqu'on l'épuisé par le lavage , elle représente une masse qui ressemble à la couenne du sang. Elle a la forme de la cavité de la matrice, à la face interne de laquelle elle adhère faiblement par sa surface extérieure floconneuse. Aussi parvient-on sans peine à l'en détacher. Sa face interne est lisse. Elle a des vaisseaux qu'on peut injecter par ceux de la matrice , mais qui sont très-mous et faciles à déchirer. D'après Bischoff (S), qui plusieurs fois les a injectés, ils sont encore assez remplis de sang immédiatement après la parturition ; aussitôt après leur entrée dans la membrane nidulante, ils se ramifient en affectant une disposition palmée, sont contournés d'une manière toute spéciale, et n'ont absolument aucune connexion avec le chorion. De même

(1) Ueler die Ernœhrung des Fœtus , p. 14.

(2) Essai sur la disposil. de Ut membrane caduque, p. 22.

(3) Ucler das Gebœrorgan , p. 1S.

(4) Études anatomiques , physiologiques et pathologiques de l'œuf dans l'espèce humaine , p. 59 , 112.

(5) Embryologie , p. 8.

(6) Meckel , Deutsches Arcliiv , t. IV, p. 6.

(7) Handbuch der Entwickelungsyeschichte des Menschen , p. 50.

(8) Beitrœye zur Lehre von den Eihuellcn des monschlichen Fruchts , p. 23.

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que Boehmer, Samuel (1), Lobstein (2), Moreau (3) et Velpeau (4), j'ai trouvé la membrane nidulante imperforée aux orifices des trompes, ce qui semble être parfaitement naturel, puisque les oviductes pénètrent d'une manière oblique à travers les parois de la matrice , d'où il suit que la membrane muqueuse les couvre presque en entier, et que, par conséquent, le point correspondant à leurs embouchures n'est pas dépourvu de surface sécrétoire. Cependant Hunter et autres l'ont trouvée percée, en cet endroit, d'ouvertures, à l'égard desquelles Wagner (5) fait d'ailleurs remarquer qu'on ne les rencontre pas toujours , et qu'en conséquence elles ne peuvent être considérées comme essentielles. Mais il arrive quelquefois à la caduque d'envoyer dans les trompes ou dans le col utérin de petits prolongemens, auxquels on a donné le nom fort impropre de chalazes (6). Ces prolongemens sont d'ordinaire pleins et gélatineux, comme les ont trouvés Breschet (7) et Valentin (8) : cependant Lesauvage (9) les a vus creux. On ignore encore quand ils se forment ; ce qu'il y a de certain au moins , c'est qu'ils ne peuvent point encore être solides à l'époque du passage de l'œuf.

Krummacher (10) et Burns(ll) pensent qu'à l'état normal la membrane caduque se compose de deux feuillets. Mais il n'est point ordinaire d'y observer deux couches. Suivant Dutrochet(12), la couche externe consiste, chez les Mammifères, notamment les Carnassiers et les Rongeurs, en un enduit muqueux, qui n'existe que vers le milieu de la gestation, et qui

(1) Diss. de ovorum mammalium velamentis /p. 4,

(2) Ueber die Ernœhrung des Fœtus , p. 6.

(3) Essai sur la disposition de la membrane caduque , rp. 42.

(4) Embryologie , p. 3.

(5) Meckel, Archiv fuer Ànatomie, "1830, p. 94.

(6) Àdelon , Physiologie de l'homme , t. IV, p. 136. — Velpeau /BullefJ des se. médic., t. TV, p. 315.

(7) Loc. cit., p. 97.

(8) Loc. cit., p. 55.

(9) Journal de Magcndié ; "t. %t$f?&l?i

(10) Schlegel , Sylloge operum ad art. olstûtric. spectant., t.I, p. 488J (1-1) The anatomy of the gravid utérus , p. 201. ^

(12) Mém. sur les végétaux et les animaux , t. II , p. 298.

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manque chez certains animaux, lesRuminans en particulier. Bojanus (1) donne à la couche extérieure et molle, dans l'œuf de la Chienne, le nom de caduque cellulaire, et au feuillet interne, mou, épais, spongieux, celui de caduque spongieuse.

2° La membrane nidulante , ou enveloppe maternelle de l'œuf , dans les Mammifères , est évidemment analogue aux fausses membranes qui se produisent sur les surfaces enflammées, par l'exsudation et la coagulation d'un liquide albumineux et fibrineux. Cette analogie a été surtout reconnue par Hunter, et elle prouve que la membrane doit naissance à une exaltation de l'activité de la matrice. Voilà pourquoi elle se forme quelquefois d'une manière anormale dansrétatde stérilité, ets'échappe alors du corps avec le sang menstruel, comme l'ont remarqué Denman(§ 45, 4°) et Evrat (2). Voilà aussi pourquoi, alors même que l'œuf ne parvient point dans la matrice et se développe hors de ce viscère, elle ne s'y en manifeste pas moins, sinon toujours, du moins très-souvent (3). On pourrait la considérer comme un produit du sang menstruel retenu pendant la grossesse ; mais, dans les grossesses extra-utérines, à l'endroit où l'œuf s'applique, par exemple, au péritoine, il se forme autour de lui une enveloppe analogue à la caduque, comme l'ont vu Baudelocque (4) et Lallemand (5). Ces faits réfutent également l'hypothèse suivant laquelle elle devrait naissance aux parties les plus grossières du sperme (6), ou à l'irritation déterminée par ce liquide (7). Nous ne pouvons non plus la considérer, avec Burns (8) , comme procédant de l'allongement des vaisseaux de la matrice , puisque , si elle renferme bien quelques vaisseaux, comme toute autre fausse membrane quelconque , elle ne consiste pas uniquement en

(1) Nov. Act. Nat. Cur., t."X, pl. I, p. 139.

(2) Moreau, loc. cit., p. 17.

(3) Valentin , loc. cit., p. 45.

(4) Dict. des se. médic., t. XIX , p. 400.

(5) Observations pathologiques , p. 17.

(6) Schneegass , Ueler die Erzeugung , p, 120. — Bichat, Anotomie descriptive , t. V, p. 368.

(7) Lallemand, loc. cit., p. 18.

(8) Loc. cit., p. 201.

FORMATION DE i/OEUF.

un tissu vasculaire. Dutrochet la dit même privée de tous vaisseaux chez les Mammifères, ce qui est aller au-delà du vrai. Seiler (1) prétendait , comme autrefois Sabatier, et depuis J.-C. Mayer, que la membrane nidulante n'est autre chose que la membrane interne ramollie de la matrice ellemême ; mais elle n'a pas la moindre analogie avec une membrane muqueuse ; ses vaisseaux naissent en «Ile-même ; ils n'ont, dans le principe , aucune connexion avec ceux de la matrice , comme l'a remarqué Lesauvage , et c'est plus tard seulement qu'ils s'unissent à eux , ainsi qu'il arrive à ceux des fausses membranes. Bischoff a donc, par cet argument, réfuté d'une manière victorieuse (2) l'hypothèse de Seiler.

3° Chez la femme , celte membrane se produit quinze jours environ après la fécondation , et c'est au commencement du second mois qu'elle a acquis le maximum de son développement. Dès la sixième semaine ses flocons deviennent plus courts et plus rares. D'abord elle s'amincit et cesse presque d'être perceptible ; mais , selon Bischoff (3) , elle persiste jusqu'à l'accouchement. On la sépare aisément du chorion en faisant macérer un placenta quelconque , et sa plus grande épaisseur a lieu au pourtour de ce dernier , où elle se termine , en s'unissant au chorion par le moyen de ses flocons. D'après Dutrochet (.4) , elle se résout en écailles dès avant la formation des cotylédons chez les Ruminans , peu avant la parturition chez la Chatte , et un peu plus tôt chez les Rongeurs , tandis que son feuillet externe , ou l'enduit muqueux, persiste.

4° La membrane nidulante réfléchie ( decidua reflexa de Hunier , membrana retiformis chorii de Hoboken, involucrum membranaceum d'Albinus , membrana filamentosa de Rœderer , chorion (?) de Haller , chorion fungosum, spongiosum ou villosum, membrana (locculenta d'autres auteurs , membrana adventitia de Blumenbach, membrana crassa d'Osiander) joue,

(i ) Die Gehœrmulter und das Ei des Mensclien in den ersten Schwan gerschaftsmonaten , p. 28.

(2) Loc. cit., p. 12.

(3) lbid., p. 21.

(i) Mém. pour servir à l'iiist. des végét. et des animaux, t. II, p. 281.

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