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CHAPITRE III

Résumé des considérations sur l'essence des produits matériels

de l'organisme.

§ 894. Dans les considérations auxquelles nous nous sommes livrés jusqu'ici, nous avons procédé de la surface à l'intérieur,

(2) Iris, 4832, t. II, p. 445.

du côté mécanique de la formation (§ 877) à son côté chimique (§ S78) , de celui-ci à la cause d'où elle dépend, de ce qui est placé en dehors du sang (§881) à ce qui se trouve dans le sang lui-même (§ 885 ) , de l'atmosphère ( § 882) aux organes (§ 8S3), enfin du sang (§ 886) à ce qui agit en lui et par lui (§ 890-892). Il nous reste maintenant a chercher les résultats généraux qui découlent de cet examen.

1° Nulle théorie mécanique oii chimique ne suffit poiir expliquer la formation organique. Il faut invoquer quelque chose de supérieur, non pas un deus ex machina , niais un deus ex vitâ; non l'hypothèse d'une substance éthérée , d'un ressort transcendantal , mais l'intuition d'une force naturelle créatrice, partout la même , et par conséquent légitime. L'idée de l'organisme , pour se réaliser, produit une multitude de parties diverses, qui portent en elles le caractère du lo'u'î , et qui concourent à un but commun. Nous donnons à cet idéal le nom de principe vital; mais, tout en le reconnaissanl, i( faut bien nous garder de nous le figurer isolé dans son essence et dans ses effets. En effet , si nous le considérons comme un principe particulier, qui n'a point son pareil , nous ne faisons par là qu'exprimer un fait, savoir que l'exisiencè organique diffère de l'existence inorganique; mais, quand nous reconnaissons l'univers pour l'organisme absolu, pour la révélation de l'infini dans le fini , et l'être organise pour un reflet de l'univers (§ 476), nous établissons ainsi, entre le témoignage de nos sens et nos intuitions rationnelles, une unité qui nous permet d'agir dans le sens de notre nature spirituelle. En second lieu , si nous nous contentons de dire qu'un principe de vie , considéré lui-même comme une chose isolée1, est la cause des phénomènes de la formation , sans pénétrer plus avant dans cette dernière , nous coupons le nœud , au lieu de le défaire ; car le principe de la vie agit par des moyens matériels , et notre problème est de savoir quels sont ces moyens. La régénération d'un conduit excréteur détruit, le rétablissement du canal intestinal qui s'accomplit de lui-même, après qu'une portion considérable de cet organe s'est détachée , la substitution à un os dissous d'un os nouveau ayant les mêmes connexions avec les muscles et les ligamens, l'a-

bouchement d'extrémités closes de vaisseaux, etc., sont, quand on envisage ces phénomènes en eux-mêmes , des miracles du principe vital ; mais , de même que tous les miracles se fondent dans le seul qui existe réellement , le grand miracle de la nature , de même aussi nous trouvons que ces phénomènes surprenans de la formation sont accomplis par les activités communes de l'organisme, par l'attraction du sang et la sécrétion d'un liquide plastique, par l'absorption et l'adhésion , etc. Notre problème doit donc être de chercher à nous procurer ainsi une connaissance plus approfondie du travail de la formation.

2° La formation organique est un développement de différences dans une chose qui n'en présentait pas, un déploiement d'antagonismes qui vont toujours en se multipliant , qui ne cessent jamais d'en produire de nouveaux , de manière que chaque point du corps organique a ses caractères spéciaux , qu'une seule et même substance présente des modifications particulières dans chaque organe (§ 834, 1°), et que le même tissu prend partout un autre caractère : la peau devient, à l'œil , transparente et susceptible de laisser passer la lumière , à l'oreille , tendue et apte à transmettre les vibrations sonores, au bout des doigts , molle et spongieuse, pour admettre les impressions tactiles : les artères perdent leur tunique fibreuse dans le cerveau , et en acquièrent une plus forte dans les muscles ; les os , comme parties périphériques , se déploient sous cette forme autour de l'organe central de la sensibilité ; mais , dans les membres , qui sont eux-mêmes purement périphériques , ils servent de noyau > et partout ils diffèrent eu égard aux proportions de leurs principes constituans.

3° Ce qui est formé favorise la production de formations ultérieures. Une fois les formations produites par le fait d'un développement primordial , la force attractive que la partie exerce sur la substance plastique entre en jeu , s'oppose à la force répulsive du sang , et facilite ainsi la formation. Une dissolution saline cristallise par la séparation du sel dissous et du dissolvant ; mais les cristaux déjà développés favorisent la production de nouveaux cristaux. De même, une pseudo-

ESSENCE DE IA PlASTICITÉ OKGANÏQEE. 56§

morphose née de matériaux dit sang extravasés se maintient et croît ensuite en attirant de ce liquide les substances qui ont de l'affinité avec elle : de même enfin, les diverses formations normales rendent plus facile , par le seul fait de leur existence, leur, développement ultérieur aux dépens du sang. Ce qui subsiste , ce qui a déjà une certaine composition , une certaine forme , n'agit pas comme cause , mais comme auxiliaire , eu égard à la forme et à la composition qui doivent encore être acquises ; c'est en quelque sorte le lit dans lequel un torrent continue de couler, bien qu'il l'ait creusé luimême. Mais la conservation n'étant qu'une production continuée , elle exige un déploiement de force infiniment moins grand que la production primordiale. Si la force plastique a été assez puissante, au début de la vie, pour engendrer même les organes les plus nobles, il ne lui reste plus ensuite que l'énergie nécessaire pour reproduire des parties d'un rang su-* baherne.

4° La conservation est en même temps formation. La force créatrice qui donna l'existence à l'organisme , agit sans interruption (§ 888) ; ses matériaux sont le sang ( § 875), qui tend, en raison de son caractère chimique (§885, 4° ), à se décomposer, et, en vertu de sa constitution mécanique (§ 885, 6°), à repoysser une partie de sa masse. Lorsque la vie suit tranquillement son cours , les effets de cette force créatrice sont moins appréciables (§ 876), et, pour ce qui concerne les formations supérieures, elle a besoin de l'appui des parties primordiales, qui, par suite d'une affinité spécifique, attirent du sang les substances que ce liquide a d'ailleurs par luimême de la tendance à déployer (§ 881 , I; 883, 8°). Aux surfaces terminales de l'organisme , la peau et la membrane muqueuse bipolaire , et à celles de ses diverses parties , c'està-dire dans tout le système du tissu cellulaire , apparaissent principalement des matériaux immédiats et pour la plupart solubles du sang, de l'eau , de l'albumine, de la matière extractive , de la graisse, des gaz , des sels; la formation y prend le caractère d'une opération chimique ordinaire (§ 883, \ °); car d'un côté l'atmosphère attire les substances qui ont de l'affinité avec lui (§ 882) , et de l'autre la pression de la co-

lonne sanguine chasse ces substances dans des espaces intérieurs qui sont vides. Le sang peut engager une partie de ses matériaux immédiats ou médiats dans de nouvelles combinaisons , et produire de cette manière des substances spéciales ( § 885 , 9° ) , qu'aussitôt il repousse comme mélanges étrangers, à travers divers organes indistinctement (§ 857)} mais , dans le cours normal de la vie, ces substances particulières sont produites pendant le passage à travers le tissu des organes du suc plastique émané du sang, parce qu'au moment où le tissu entre en contact avec ce suc , il lui fait subir une métamorphose , et s'en approprie une partie , tandis qu'il repousse l'autre (§ 881, II). Plus la profondeur à laquelle Cette opération s'accomplit dans l'intérieur de l'organisme est considérable , plus le contact est multiplié , et plus aussi la métamorphose est grande , plus le produit acquiert dé caractères spéciaux ( § 883, 1°). Les différentes parties organiques sont des déploiemens du sang ; ce qui était réuni et jusqu'à un certain point équilibré dans ce dernier, se montre en elles isolé et animé d'une direction plus prononcée dans tel ou tel sens (§ 885 , 5°) , de sorte que , prises ensemble, elles représentent la proportion des substances', telle qu'elle existe dans le sang (§ 892 , 5°). Maintenant , comme une formation isolée quelconque est dominée par le tout ( § 891 ) , sa direc^in est déterminée aussi par la totalité des autres (§ 885,8°); le sang , en arrivant à un organe , est préparé à la formation qui doit s'y accomplir par les changemens qu'il a éprouvés auparavant ( § 886 ) , et une partie en appelle une autre , parce qu'elle trouvera en elle son antagonisme ( § 887).

5° Il y a ùne relation organique entre l'organisme et le monde extérieur : l'un et l'autre sont tels que l'exige leur conflit mutuel. L'atmosphère sé comporte comme un organe envers le sang; elle le maintient dans sa constitution normale, en lui retirant par attraction des substances ( gaz et eau ) , (§882) , comme pourrrait le faire un organe (§ 883), ei le retenant dans ses limites (§ 878 , 2°), comme le font également les organes ( § 892, 3°). De son côté, l'organisme prend une forme en harmonie avec le monde extérieur, et sa vitalité s'accommode d'elle-même aux circonstances, tant dans l'ori-

gine ( § 892, 4° ) que par la suite (§ 893 , 14° ) ; l'épiderme dé la paume des mains et de la plante des pieds s'épaissit déjà chez l'embryon , pour résister aux efforts que la marche et l'action des corps étrangers exerceront bientôt sur lui ; de même , pendant la vie extra-utérine , toute compression lui fait subir un changement analogue sur d'autres points ; des articulations se fornlent primorclialerherit poùi le mouvement, et plus tard le mouvement en fait naître aussi entre deux os , qu'un état anormal met en contact l'un avec l'autre. Brown n'attribuait l'état de la vie qu'à l'action des stimulans ; Helvelius prétendait que l'individualité morale est le résultat de l'éducation , c'est-à-dire de l'ensemble des inipressibtls' ; Lamarck voulait que l'organisation fût déterminée par le genre de vie : dans toutes ces, théories on n'avait eu égard qu'à un seul côté de la vie , et l'on avait méconnu l'indépendance de

6° Enfin , toute formation anormale étant {étrangère , non à ta vie en général , mais seulement à l'espèce , au sexe ou à l'âge de l'individu (§ 893, II), nous avons encore là une preuve qu'il n'y a que les différentes formes' et directions d'une seule et même vie qui se représentent tant dans les diverses espèces d'êtres organisés, que chez les deux sexes (§ 203 ) et aux différens âges (§ 647 ).

FIN DU HUITIÈME tOLUME.

TABLE

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