III. — MÉDICATION ANTIPAPULEUSE
On pourrait l'appeler aussi médication antinerveuse; car elle est dirigée surtout contre les affections lichénoïdes, apanage presque exclusif des tempéraments secs, nerveux, soit que le tempérament nerveux existe comme type, soit qu'il se trouve lié, chez l'individu, au tempérament sanguin ou au tempérament bilieux. Les agents de cette médication comprennent les alcalins, le plus souvent seuls, et quelquefois associés au soufre; la feinture de cantharides, l’hydrothérapie. Il est d’autres moyens accessoires qu'on ne doit pas négliger, et qui acquièrent parfois une importance majeure : ce sont le chloroforme et le camphre, sédatifs puissants d’une complication de ces dermatoses, la démangeaison, et du système nerveux en gépéral. En fait d'eaux minérales, la presque totalité des médecins prescrit les eaux sulfureuses comme pour les autres maladies de la peau. Cette sorte d’eau exaspère presque constamment l'affection papuleuse, le prurigo et la maladie pédiculaire exceptés. Il en est tout autrement des eaux de Louesche, de Vichy, de Néris, de Bourbon-Lancy, qui sont plus spécialement applicables aux affections lichénoïdes. Cette circonstance d’appropriation de certaines eaux à des affections essentiellement liées à tel ou tel tempérament vient encore à l'appui de nos doctrines : or on voit que dans chaque catégorie de maladies il y a des eaux minérales qui leur conviennent plus spécialement ; nous aurons le soin de les faire connaître.
La médication antipapuleuse est donc complexe ; nous allons successivement aborder chacune de ses parties.
4° Alcalins. — L'observation a démontré que bon nombre d’affections papuleuses étaient avantageusement modifiées par les alcalins, à la condition qu'il s'agira d’une médication d’ensemble, c’est-à-dire de l'usage des alcalins à l'intérieur et à l'extérieur; mais il importe de les employer convenablement.
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Parmi les alcalins, on n’administre guère que le carbonate de soude, le bicarbonate de soude et le carbonate de potasse. Le premier et le dernier sont trop irritants pour l’usage interne : mais le bicarbonate de soude peut être pris sans inconvénient à doses assez élevées.
Pour instituer une médication alcaline complète, il faut, pour l'usage interne, chercher à associer le bicarbonate de soude à une boisson. Or il y a des plantes qui contiennent de la soude, ou au moins une matière savonneuse. De ce nombre est la saponaire. On prescrira donc le bicarbonate de soude dans la tisane de saponaire, en ayant soin de doser graduellement le sel. Ainsi on débutera par 1 gramme, et l’on pourra aller jusqu'à 2 et même 4 grammes par litre de tisane, que le malade boira en totalité ou en partie dans les vingt-quatre beures, soit aux repas, soit entre les repas.
L'eau de Vichy contient par litre 1,50 de bicarbonate de soude; or certains malades en boivent quelquefois jusqu'à trente verres par jour, ce qui fait une dose considérable de bicarbonate. Ne croyez pas cependant qu'on pourrait sans inconvénient faire prendre à un malade dans un jour trente verres de tisane de saponaire à 1,50 et même à 1 gramme de biearbonate par litre, il n’en saurait être ainsi ; et ce fait vient à l'appui de ce que nous disions précédemment, que les eaux naturelles avaient dans les éléments qui les constituent des combinaisons toutes particulières que nous ne pouvions réaliser dans nos laboratoires : les principes actifs y sont minéralisés, tandis que dans nos tisanes artificielles ils ne sont que mélangés et conservent une action plus irritante.
Indépendamment de la tisane alcaline, le malade fera usage à ses repas d'une eau contenant 2 grammes de bicarbonate de soude par litre, rougie avec du vin. Ce mélange produit une liqueur violette, et si les malades répugnaient à la prendre, on : pourrait leur conseiller le vin blanc, qui ne présente pas le méme inconvénient.
Enfin on donnera des pastilles de Vichy, douze à quinze
dans l'intervalle des repas, car chacune renferme seulement 5 centigrammes de bicarbonate de soude. |
Pour compléter la médication alcaline,on joindra aux moyens internes les pommades alcalines et les bains alcalins. Ceux-ci sont préparés ordinairement avec le bicarbonate de potasse ; mais comme ce corps est plus actif que le carbonate de soude, ce dernier serait préférable. Ajoutons encore qu'il est moins cher, nouveau motif de préférence. Prescrivez donc vos bains avec le carbonate de soude à la dose de 125 grammes. Si l’on
“voulait user du carbonate de potasse, il ne faudrait pas dépasser 80 à 400 grammes. Dans les cas de lichen eczémateux, on associe avec avantage à ces bains 30 grammes de sulfure de potassium, avec une certaine quantité de gélatine; on obtient par à un excellent bain, actif et doux en même temps. Le séjour dans le bain devra se prolonger une heure, une heure et demie, si le malade peut le supporter, car il faut songer à l'absorption pour en obtenir tout l'effet désirable, et il est bon de donner à celle-ci le temps de se faire. À Vichy on compte peu sur l'effet des bains, à cause du peu d’abondance des sources par rapport au nombre des baigneurs, et le plus souvent l’eau naturelle y est additionnée d’eau simple.
Les pommades alcalines des formulaires sont composées de : carbonate de potasse, 4 grammes ; axonge, 30; plus un peu de chloroforme ou de camphre.
. Nous ferons observer d’abord que cette dose de carbonate est trop forte, et en second lieu qu'on doit en exclure le carbonate de potasse, à moins toutefois qu'on ne l'emploie comme moyen empirique dans quelques cas de lèpre vulgaire, dans certains psoriasis invétérés et qui ont résisté à tous les moyens de traitement, même à l'usage interne des solutions arsenicales. Dans les cas de lichen, on ne doit pas dépasser 5 décigrammes : à 1 gramme de carbonate de soude pour 30 grammes d’axonge; cette dose ne sera prescrite que dans les lichens chroniques : en agissant autrement, on s’exposerait à surexciter la maladie qui commence à s’éteindre. Une précaution pratique
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qu'on ne devra pas omettre en formulant la pommade, c’est de recommander au pharmacien de dissoudre le carbonate de soude dans quelques gouttes d’eau avant de l’incorporer à l'axonge ; s’il se bornait à l'incorporer en poudre, il y aurait contact direct des molécules du sel libre avec la peau. et par suite irritation plus ou moins vive de ce tissu.
Parfois on se sert aussi de lotions alcalines, c'est oué dans les cas où l’on craint que la graisse ne rancisse. Ainsi, chez les femmes qui ont les cheveux longs, on ne peut guère employer une pommade pour le cuir chevelu ; car la graisse, emprisonnée au milieu des cheveux plus ou moins serrés et couverts, s’échauffe, rancit, se mêle avec l’exsudation morbide, et forme un corps étranger dont la présence irritante perpétue la maladie au lieu de la guérir. Même chez les personnes qui ont les cheveux assez courts, on doit user avec discrétion de pommades, et en tous cas prescrire tous les deux jours un lavage avec une solution alcaline. (Voy. Formulaire, Lorions.)
Les agents de la médication alcaline que nous venons de faire connaitre d'une manière sommaire peuvent être appliqués à trois ordres différents de maladies de la peau : l’état papuleux principalement, ou les diverses variétés de lichen chronique, le lichen agrius excepté; au moins réclame-t-il de préférence un autre agent médicamenteux ; en second lieu, certaines formes de psoriasis; en troisième lieu, la teigne.
Survenant presque constamment sur des sujets nerveux et sanguins, ou nerveux et bilieux, se montrant tantôt sous la forme aiguë, tantôt sous la forme chronique, le lichen est le plus souvent lié à des gastralgies avec productions acides, qui guérissent sous l'influence des alcalins en même temps que l'affection de la peau qu'elles ont fait naître. Telle est dans quelques cas l’intensité des démangeaisons que ces lichens produisent peu après le développement de la chaleur du lit, que les malades sont réveillés et obligés de se lever pour se mettre au frais. Quelques uns même se couchent sur le carreau pour calmer ces démangeaisons incessantes ; et ce, trois, quatre ou cinq fois
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par nuit. Certains malades même ne s'endorment que vers quatre ou cinq heures du matin, à l'aube du jour. Les opiacés, dans ce cas, ne font qu’exaspérer la démangeaison, ce qui est en rapport avec le phénomène d’éruption qu'ils font naître quand ils sont administrés d'une manière soutenue ou à haute dose.
Ce n’est pas trop, dans ces sortes de cas, d’un traitement général complet, d’une médication rigoureusement observée; e’est pour cela que nous insistons sur l'usage des alcalins tant à l'intérieur qu'à l'extérieur.
Dans certaines formes squameuses de psoriasis ou de lèpre vulgaire qui ont résisté au goudron, ou pour lesquelles les malades répugnent à l’usage de cet agent, on emploie avec avantage la médication alcaline ; mais, tandis que dans le lichen la peau est d’une irritabilité extrême, dans les affections squameuses, au contraire, elle est épaisse et presque insensible. L'affection squameuse n’amène aucune démangeaison, de sorte que les doses alcalines peuvent être fort élevées sans inconvénients ; ce n’est même qu'à cette condition que l'on obtient la guérison de la maladie de la peau.
Quant à la teigne, on sait que les alcalins forment la base de la poudre, ou cendre, ainsi que de la pommade employées par les frères Mahon. Leur traitement est généralement suivi de succès, mais à la condition, d’une part, qu'il est mis en usage pendant un temps qui varie de huïit à quinze mois, et qu'il est employé avec des soins de propreté toute particulière ; aussi ne réussit-il pas entre toutes mains, et nous aurons plus tard occasion de vous faire connaître les résultats comparatifs de diverses méthodes propres à guérir la teigne, méthodes essayées sur des sujets malades depuis longues années, et chez lesquels la médication par des alcalins a été tout à fait insuffisante.
Parmi les sédatifs les plus puissants de la démangeaison dans les affections papuleuses, on peut citer le chloroforme, l'éther et le camphre. Le médecin retire des avantages immenses de l'emploi de ces agents, en les associant à l’axonge dans la pro-
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portion de 4 à 2 grammes pour les deux premiers, et de 25 cenfigrammes à 4 gramme pour le dernier. Mais ces trois médiments ne doivent pas agir de la même ‘mänière. Les deux premiers sont, On effet, très volatils ; le second est fixe comparativement aux deux autres. Or le chloroforme et l’éther, en se volatilisant, amènent un refroidissement de la peau, entraînent une soustraction très grande de calorique qui doit exercer une influence très puissante sur la démangeaison; d’une autre part, ils doivent agir aussi par leur influence sédative sur le système nerveux, quand le malade est placé dans une atmosphère de chloroforme.
Quant au camphre, il a certainement un autre mode d’action, mais il nous échappe. Quoi qu’il en soit, nous ne saurions trop préconiser ces médicaments qui s'associent parfaitement aux alcalins, et, en général, à tous les agents que l’on incorpore aux graisses.
Teinture de cantharides. — Bictt est celui qui a surtout mis en vigueur l'emploi de ce médicament, et nous devons lui en savoir gré, car il rend de grands services. C’est dans les lichens chroniques qu’on entire de grands avantages. Je le prescris fort souvent. Je le donne aux enfants comme aux jeunes gens, et loin d'en redouter les effets, je n'ai qu'à m’applaudir tous les jours de son usage.
Le mot teinture de cantharides impressionne généralement d’une manière fâcheuse les parents et les malades qui sont en âge d'en connaître les effets possibles. Une mère craindra d’éveiller dans sa fille des plaisirs précoces, ou de voir surgir des accidents durant son emploi. C’est pour remédier à cette opposition si grande que l’on trouve auprès des malades ou auprès des personnes qui les entourent, que je prescris cette teinture sous le nom de feinture de meloe vesicatorius: Jé la donne par goutte en commençant par 4 goutte le matin, 4 goutte ke soir, augmentant d'une seule goutte pour la journée et pour chaque jour, de manière à arriver à 40 gouttes pour les enfants de sept ou huit ans, 45 gouttes pour un âge plus avancé, et 20, 25
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et même 30 gouttes pour l’âge de vingt-cinq à trente ans. C'est dans un julep simple, ou dans un verre d'eau sucrée, ou dans une tasse de tisane, que je fais prendre ce médicament ; la dose de la journée toujours en deux fois, moitié le matin , moitié le soir. Ces sortes de gastralgies en vertu desquelles un enfant à. “omme on le dit communément, l’estomac capricieux, ne Ss'ac- “ommodant que de friandises ou de mets qui excitent l'appétit. cessent comme par enchantement. Un appétit franc se dessine, et l'usage des viandes et des aliments ordinaires devient un besoin pour le petit malade. En même temps, s’il s’agit d'un enfant lymphatique, pâle, décoloré, porteur d'ailleurs d’un lichen agrius si souvent lié à un pareil état, l'affection lichénoide diminue peu à peu et se guérit à merveille.
Je ne nie pas les accidents possibles qui peuvent résulter de l'emploi de doses exagérées de ce remède, même de son usage continué à 20 ou 25 gouttes, tels que de la difficulté à uriner, allant parfois même jusqu'à rendre un peu de sang avec les urines ; mais cet effet est tellement passager, en même temps qu'il est si peu fréquent , qu'il ne saurait arrêter dans l'administration de cette teinture. Il suffit de cesser tout à coup son emploi pour voir disparaître en quelque temps tous ces accidents, surtout si l’on enduit les parties génitales d’un peu de pommade camphrée. En résumé, c'est un de nos moyens les plus héroïques et dont je ne saurais trop préconiser l'usage dans les affections papuleuses à forme chronique, et surtuut quand il s’agit de jeunes gens et de jeunes filles.