‹ Traité practique des maladies de la peauChapitre 9 sur 77 · DES · texte numérisé non relu

DES

Avant d'aborder l'étude spéciale des maladies de la peau, je dois faire connaître mes doctrines en dermatologie. Le médecin sans doctrines n'a plus qu’une thérapeutique d’empirisme et de tâtonnement ; or cette thérapeutique tout exceptionnelle ne doit être appliquée qu’à ces états morbides insolites où, dans des circonstances analogues, le succès a justifié l'emploi des moyens. Non pas que je prétende, en parlant de doctrines, réduire à une nité morbide toutes les maladies cutanées ; ce serait alors un système, né d’une idée préconçue, devant lequel je ferais plier toutes les maladies de la peau pour en expliquer l'origine, la nature, la forme, et poser les bases d’une thérapeutique nouvelle. Loin de moi cette pensée; rien n’est plus préjudiciable à la pratique de la médecine qu'un système. Si, en général, il fait quelque bien, s’il éclaire sur la nature de quelques maladies, il cause toujours beaucoup de mal en s'étendant du domaine de la théorie à celui de la pratique.

Mais entre un système et des doctrines plus ou moins homogènes, nées de l'observation soutenue des maladies, doc- -

trines qui se lient et se groupent entre elles pour donner naissance à un ensemble de préceptes thérapeutiques, il y a une distance énorme; ce n'est qu'à ce point de vue que j'envisage les données que je vais exposer,

Lorsqu'il y a treize ans j'ai succédé à l'honorable Biett, à l'hôpital Saint-Louis, je n'avais été l'élève d'aucun maitre en detmatologle. Chét moi le passé n'enchaînait pas l'avenir, j'étais auprès du malade le médecin qui, après quinze ans de séjour dans les divers hôpitaux, a fait une moisson plus ou moins ample d'observations sur toutes les maladies en général, et qu’une catégorie nouvelle de malades venait impressionner de nouveau. Derrière moi, des hommes qui avaient fait école, dont les idées avaient été adoptées par tous leurs contemporains, parce que l’on devait à ces homtmes illustres d’avoir fait sortir du chaos les mille formes variées des maladies cutanées jusqu'alors inconnues.

M'identifier, par respect comme par besoin, avec leurs doctrines, mais ne pas m'isoler, pourtant, de mes vues et de mes doctrines sur les maladies en général, telle fut ma première pensée, telle a été la ligne que j'ai suivie; et c’est ainsique je me suis mis à explorer, sous ce double rapport, les nombreux malades qui avaient été confiés à mes soins. J'ai été conduit à me demander : Pourquoi cette catégorie de maladies ainsi isolée de la pathologie générale? — Pourquoi des doctrines toutes spéciales pour ce groupe de maladies ? — Pourquoi cette cause unique toujours cachée qui les ferait naître? — La peau est-elle donc une enveloppe isolée du reste du corps? — A-t-elle donc sa vie indépendante? — N'est-elle plus le reflet au dehors du bien-être et des souffrances du dedans? — Ÿ a-til quelque virus qui, sous mille formes diverses, la travaille et la dévore? — Est-ce que ses formes morbides diffèrent des formes des autres maladies autrement que par la structure qui est propre à son tissu? — N'est-ce pas toujours, au moins quant à l'aspect, l'élément inflammatoire qui nous impressionne? — Cet élément inflammatoire ne se

modifie-t-il pas à la peau en raison du lempérament, de la constitution, de la cause qui l'entretien, ainsi qu'il le fait pour les autres organes de l’économie, etc., etc.?

Si donc ces analogies existent, Pourquoi de telles distine- Uons ? Puurquoi cet isolement des affections cutanées? Ÿ au raitil des motifs puissants qui S'opposeraient à ce que ces maladies rentrassent dans le cadre de la pathologie générale?

Suivant moi, ces motifs sont de nulle valeur, et mes doctrines en dermatologie sont précisément basées sur cette pensée que je formule de la manière suivante :

Les maladies de [à peau, communément désignées sous le non de darires, ne sont autres que des Phleymastes tout à fait idenligues avec celles des autres tiseus,

Mème vrigine, mêmes causes, même marche, même terminaison, même liaison, enfin, avec tous les autres organes de l'économie.

La conséquence de ces idées est, au Point de vue thérapeutique, toute une révolution dans les Principes qui dirigerit depuis cinquante ans les praticiens.

Gomme eux, nous allons rechercher la cause du mal pour la combattre et la détruire, si elle existe encore; mais, au liet de la chercher dans un élément morbide propre aux dartres, un viruk, un étre d part, une cause loujours générale, agissant sur toute l'économie, étre le plus souvent inconnu que nous combattons au hasard par des modificateurs dont l'administration est tout aussi hasardée, nous la cherchons, nous, dans le lempérament du sujet, sa constitution, l'hérédité à laquelle il a été soumis, le climat qu'il habite, la profession qu’il exerce, les causes morales qui ont agi sur lui, les pfivations auxquelles il a pu ètre soumis ; dans la maladie de tel ou tel organe intérieur en souffrance, et enfin dans les agents externes qui, suivant les conditions sociales où l’homme se trouv placé, ont Pu faire naître les mêmes altérations cutanées qu'une tsuse intérne aurait produites.

Ainsi, en résumé, la pathotogie de (a peau ne diffère de la pr. thologie des autres tissus et organes que par la forme varire de srs

h PATHOLOGIE GÉNÉRALE.

productions murbides. Il y a, suivant nous, tdentité d'élément morbide et de causes; par conséquent, il doit y avoir identité de thérapeutique. |

Mais il ne suffit pas de faire connaître nos doctrines en dermatologie, il faut encore chercher à prouver qu’elles sont fondées. Nées d’une conviction intime, nous devons nous attacher à la faire partager, et réunir au moins tous nos efforts pour arriver à ce but. Nous allons donc entrer dans la démonstration générale de ces faits, en appuyant de preuves chacune des propositions que nous avons formulées, sauf à revenir d’une manière toute spéciale et plus large sur chacun de ces ordres de faits en particulier.

PREMIÈRE PROPOSITION. — Za généralité des maladies de la peau a pour forme morbide l'élément inflammatoire, ainsi qu'on le voit dans la généralité des maladies des divers tissus ou organes de l'économie.

Parcourez l'échelle de ces maladies de peau, depuis les exanthèmes, où la forme inflammatoire est la plus prononcée, jusqu'aux maladies de l’épiderme et des ongles, où elle l’est le moins, et vous trouverez des traces évidentes de cette forme pathologique.

Inutile de vous citer les affections vésiculeuses, pustuleuses, bulleuses, papuleuses, tuberculeuses, où l'élément inflammatoire est très dessiné ; j'arrive tout de suite à ce que l’on pourrait regarder comme des exceptions.

Le psoriasis. Mais sous ces squames argentées, la peau est rouge, tuméfiée; il en est de même pour la lèpre vulgaire.

Le pityriasis, qui ne se montre d’abord que par un état farineux de la peau. Mais la peau est plus sensible que de coutume, elle cause des démangeaisons ; l'irritation augmentet-elle, alors la peau rougit franchement et l’inflammation devient hors de doute.

L'Aerpès tonsurant amène la turgescence de la peau qui est élevée au-dessus de son niveau. Dans le porrigo decalvans, comparez les couleurs de la peau dénudée avec le reste du

cuir chevelu, et vous lui trouverez une teinte rose très marquée, à moins que la maladie ne soit fort ancienne.

Dans l’albinisme accidentel et partiel, où les cheveux paraissent seuls malades, la peau est souvent tuméfiée et colorée en rose.

Le pityriasis versicolor cause à son début la sensation de démangeaisons ; s’il arrive à un degré plus élevé, il dessine un état inflammatoire.

Dans le favus (teigne) enlevez le godet, et vous trouverez la peau rouge, enflammée.

Certes, si vous prenez ces formes morbides quand elles datent de plusieurs mois ou de plusieurs années, vous n’observerez plus les phénomènes de l’inflammation ; mais il suffit pour nous de constater qu'il est une période d’invasion de la maladie où l’état inflammatoire est dessiné, pour que nous n'isolions pas ces maladies des autres.

Il est maintenant des exceptions dans les maladies de la peau comme il en existe pour les maladies des autres organes.

L'ichthyose de naissance ne présente jamais aucun caractère inflammatoire.

Les productions cornées sont dans le même cas.

Certaines formes de molluscum rentrent encore dans ces exceptions.

Certaines formes de lépre peuvent être citées comme n'étant pas inflammatoires, et encore n’avons-nous pas à nous demander si, pour quelques unes des maladies auxquelles nous faisons allusion, les tissus blancs seuls ne sont pas malades, et malades de la même manière.

Nous ne voulons déduire de cette démonstration qu’une seule chose, c’est l'identité morbide entre les maladies de la peau et les maladies des autres organes, sans rien préjuger à cet égard pour la thérapeutique de ces maladies.

Mais, objectera-t-on, la conséquence inévitable de ce fait démontré pour vous, ce doit être l'adoption du traitement antiphlogistique dans le but de combattre ces affections.

Ma réponse est facile. De ce qu'une maladie d'un organe a pour forme élémentaire l'inflammation, s'ensuit-il qu’en pathologie on la traite nécessairement et toujours par des antiphlogistiques ? Cette conséquence serait bonne à adopter au point de vue d’un système, ainsi que l'avait établi Broussais ; elle est mauvaise au point de vue d'une analogie de forme pathologique ; elle ne saurait conduire qu'à faire pour les maladies cutanées ce que l'on fait seulement pour les autres maladies, c'està-dire à leur appliquer la méthode antiphlogistique à la naissance, au début du mal, et c'est justement la seule induction que je veux en tirer, sans préjudicier en rien aux divers modes de traitement employes contre ces maladies quand la période aiguë vient à prendre une marche décroissante.

Cette marche thérapeutique diffère essentiellement des méthodes perturbatrices que beaucoup de praticiens mettent encore en usage aujourd’hui au début des affections de la peau.

Deuxième PROPOSITION. — Les maladies de la peau peuvent être déterminées par toutes les causes qui produisent les maladies des autres lissus ou organes : causes physiques, causes morales, hérédité, climat sous lequel vit l'individu, tempérament, constitution du sujet, âge, organisation spéciale de la peau, etc.

Développons cette seconde proposition. ]l est de principe généralement admis en médecine, que toute cause morbide venue du dehors porte son influence plus spéciale sur l'organe de l’économie qui est plus impressionnable à cette cause; c'est alurs cet organe qui devient malade si la cause agissante s'exerce assez puissamment pour produire une maladie.

La peau ne saurait être séparée, sous ce rapport, des autres tissus ou organes, et l’on en trouve un exemple bien tranché dans les érysipèles et les états érythémateux ou fluxionnaires de la face, qui, chez certains sujets, se reproduisent si fréquemmentsous l'influence de l'impression de l’air, indépendamment, d’ailleurs, de l’état général de la santé.

Maïs sous ce rapport mème, la peau, dans beaucoup de cas, plus spécialement encore, reçoit l'influence directe des agents

physiques ; de là un certain nombre de maladies cutanées prepres à certaines professions. Ainsi la galé dite des épiciers (eczéma lichénoide des mains) ; l'herpès phlycténuide et le pemphigus, si communs chez les teinturiers; les ulcères et l’eczéina des jambes propres aux débardeurs de bateaux, etc.

Certes les causes générales extérieures, refroidissement, suppression de transpiration, etc., exercent plus d'influence sur les organes parenchymateux de l'économie que sur le tissu de la peau, parcs que la congestion sanguine y est plus facile; mais il n’est pas rare de voir des maladies sécrétantes, impédigo, ecthyma, érythème, sécrétant de la sérosité et du pus, survenir après la suppression de la transpiration.

Nous en dirons autant de certaines causes morales ou matérielles qui agissent sur l’ensemble de l’économie. Il est fréquent de voir surgir tout à coup, et à la suite d’un violent accès de colère, un érythème, un érysipele, un impétigo, un herpes phlycténoide, un purpura, une syphilide papuleuse, comme sous l’influence de la même cause on voit se manifester un ictère ou une fièvre quelconque.

De mème que l’abstinence, les privations, la misère engendrent des fièvres graves; de mème ces causes développent le rupia, l’ecthyna cachecticum, le purpura chronique et le scorbut.

Ainsi, vous le voyez, les diverses formes de maladies cutanées peuvent naitre sous l'influence même des causes générales qui engendrent les autres maladies.

L'hérédité, qui propage la phthisie, les maladies du foie, les affections intestinales, la scrofule, développe à la peau l’ichthyose blanche, brune ou cornée, le psoriasis ou la lépre vulgaire. Le clümat sous lequel vit l'individu fait naître la /épre des régions équatoriales ou celle des tropiques, ainsi que la pellagre, comme il fait naitre la fièvre jaune et la peste. Au tempérament du sujet il faut rattacher le /ichen et le prurigo chez les sujets éminemment nerveux; l’impétigo, l'ecthyma, le lupus, pour les iudividus chez lesquels le tempérament lymphatique prédo-

mine; le pityriasis versicolor, les taches hépatiques et l'herpes, aux personnes dont le tempérament bilieux est très dessiné ; comme on rattache à chacun de ces tempéraments certaines maladies, soit du tube digestif, soit de tout autre appareil d'organes, parce que ces maladies coïncident le plus généralement avec ces conditions de tempérament prononcées à un très haut : degré. Il en est de même de la constitution forte du sujet, qui développe des maladies cutanées franchement mflammatoires de la peau avec marche aiguë très intense, maladies qui se guérissent au moyen de quelques émissions sanguines générales et d'applications émollientes locales, s'assimilant en cela aux affections inflammatoires des autres organes de l’économie qui cèdent à un traitement analogue.

Par rapport à l'âge, n’y a-t-il pas à la peau des maladies de l'enfance, de l’adulte et du vieillard, ainsi qu’on en décrit dans l’histoire de la pathologie interne? Les affections cutanées, communément désignées sous le nom de croûtes de lait, eczéma et eczema impeliginodes, le strophulus ou feu de dents, les favus ou teignes, sont autant de maladies qui se guérissent le plus souvent au fur et à mesure que l'enfant prend de l'accroissement. La vicillesse à aussi des maladies cutanées qui lui sont propres, le prurigo pédiculaire, l'ecthyma cachecticum, le rupia, le scorbut des jambes. Chez l'adulte, le psoriasis et les autres affections squameuses; le sycosis où mentagre, l'eczéma des organes génitaux, le prurigo de l'anus, l'intertrigo, etc.

Enfin, l'organisation de la peau devient elle-même la source de maladies cutanées comme elle est la source d’affections internes. Rien de plus commun que de voir la membrane muqueuse intestinale dans un mauvais état de santé par suite de l’accomplissement imparfait des fonctions de la peau, sous l'influence d'une organisation toute spéciale de ce tissu, et qui nous échappe. C’est sur ce fait bien démontré que reposent les succès de l’hydrothérapie, et il en est d’incontestables. De même, c’est à certaines conditions, soit d'organisation acquise ou modifiée par le temps, qu'il faut attribuer quelques affections

PATHOLOGIE GÉNÉRALE. 9 cutanées, dont la forme et le développement sont soumis à ces conditions. Ainsi, un impétigo va se montrer chez deux sujets de même âge, il sera survenu dans les mêmes conditions. Chez l'un, il suffira de quelques applications émollientes pour en arrèter les progrès; chez l’autre, impossible de tarir la source du pus : c'est un écoulement qui traverse d'heure en heure les pansements dont on le recouvre. Mais dans ce dernier cas, la peau est épaisse, blafarde et opaline, elle transsude la sécretion huileuse ; chez l'autre, la peau est sèche, ferme, épaisse et consistante.

Un individu est sain, sa santé générale a toujours été bonne, mais peu à peu sa peau a développé une odeur plus ou moins forte; cette odeur est devenue tellement infecte, que cette personne, de la haute société même, ne peut rester une demi-heure dans un salon sans que tout le monde en soit chassé, et cependant aucune altération de fonctions, aucune apparence morbide à la peau! La cause, vous la demanderiez en vain; elle est tout entière dans certaines conditions d'organisation de la peau : inappréciable à nos sens. La maladie s’est développée lentement, et tous les traitements préconisés par les hommes les plus expérimentés dans le traitement des affections cutanées ont été sans succès. L'analogue en pathologie est, à cet égard, dans la membrane muqueuse des voies respiratoires qui exhalera pendant toute la vie d’un individu une respiration fétide, odeur dont la formation ne porte aucune atteinte à la santé. J'ai connu un monsieur qui avait cette infirmité portée au plus haut degré, et qui est mort à quatre-vingt-sept ans.

Ainsi, en résumé, analogie parfaite de causes et d'effets entre les maladies de la peau et les maladies des autres organes.

TROISIÈME PROPOSITION. — Les maladies de la peau suivent dans leur évolution la méme marche, et présentent les mêmes terminaisons que les maladies des autres organes.

Ici nous n'éprouvons pas plus de difficulté à établir nos analogies que nous n’en avons rencontré à l'égard des proposiions précédentes.

Toutes les affections cutanées ont leur période d'invasion et d’accroissement, leur période stationnaire et leur période décroissante; comme toutes les autres maladies elles se présenteront à votre observation, ou avec une marche aiguë, ou avec une marche chronique; elles peuvent, comme elles, se ternuner par résolution, suppuration, gangrène, etc.

Mais il est une objection de quelque portée, à faire à cette assertion, c'est que les maladies de la peau ont en général unc durée qui n’est pas en rapport avec leur peu d'importance par rapport à la santé générale : c'est qu’elles se perpétuent des années ; que parfois elles sont incurables; que leur récidive est très communément observée, et que sous ces divers rapports elles se différencient, en apparence au moins, de la généralité des maladies des autres organes.

À nous de faire passer ultérieurement sous les yeux de nos lecteurs les causes qui régissent ces conditions exceptionnelles pour les maladies de la peau, et de démontrer qu'elles tiennent à la situation de la peau, cu égard aux autres organes de l'économie et à ses rapports avec tous les agents qui l'euvironnent.

Quant à présent, nous dirons d’une manière sommaire que tout tissu malade qui n’est pas en contact avec l'air, vu avec les agents extérieurs, guérit cent fois plus rapidement que celui qui est placé dans des conditions opposées. Voyez les fractures comminutives avec plaie au dehors, et comparez-les à celles qui ne sont pas avec lésion de la peau: tandis que celles-ci guérissent dans un espace de temps très court et sans accidents, celles-là vont suppurer des mois entiers, des portions d'os vont se nécroser , et l’amputation du membre pourra être même jugée nécessaire au début.

Pourquoi une amputation, dans laquelle la réunion est faite par première intention, exige-t-elle n’oitié moins de temps pour la guérison? C'est que la plaie est à l'abri du contact de l'air.

Les ophthalmies sont souvent fort rebelles, c'est que la conjonctive n'est pas en contact avec l'air. Il en est de même des bronchites durant les variations de température.

La phlébite traumatique est sauvent mortelle; la phlébite spontanée l’est rarement.

Eh bien! pour la peau, non seulement on trouve cette condition de contact de l'air, mais encore on y rencontre la mobilité permanente de la peau dans les mouvements d'extension et de flexion, les frottements incessants des vêtements, le contact continuel avec les corps qui nous environnent, les congestions nées des mouvements musculaires durant le marche, ainsi que l'extension du tissu de la peau durant ces contractions ; toutes causes qui tendent à entretenir la maladie cutanée par les mouvements du tissu et les frottements qu'elles déterminent, et sur l'influence desquelles nous reviendrons en particulier en traitant de la marche générale des maladies de la peau.

A ces causes de permanence et de durée de la maladie, il faut ajouter que l'affection de la peau n'est souvent qu’un reflet de la maladie d’un organe interne, puisque souvent il suffit de traiter l'organe interne malade pour voir céder l’affection cutanée, que les maladies de la peau sont, comme nous l'avons démontré, le plus souvent liées au tempérament et à la constitution de l'individu; qu’elles ne peuvent guérir qu’à la condition de les modifier l’un et l’autre par des médications prolongées; qu'elles peuvent être héréditaires ; et en groupant ainsi toutes ces circonstances, on explique facilement leur durée qui, eu égard aux autres maladies, semble faire une exception qui n'est réellement qu'apparente.

Les praticiens ne portent pas assez leur attention sur ces conditions de la peau; ils prescrivent des traitements locaux et généraux sans joindre à ces moyens les conditions de repos auxquelles ils astreignent les autres malades, et c’est ainsi qu’en mettant de côté l’'hygièie qu'ils observent dans le traitement des autres malades, ils perpétuent les affections cutanées.

QUaTRIÈNE PROPOSITION. — Si les formes morbides sont beaucoup Plus variées dans les maladies cutanées, c'est que le tissu de la peau est le plus compleze de tous les tissus de l'économie,

JL suflit de jeter un coup d'œil sur la description succincte

que nous ferons de l’anatomie de la peau pour voir combien est fondée cette proposition. Envisagée d'abord comme un des tissus les plus simples et comme n'étant formée que par l'épiderme et le derme, la peau s'est plus tard compliquée du réseau de Malpighi; puis Gautier est venu y joindre ses quatre couches. Plus tard, Breschet et Roussel de Vausème l'ont examinée au microscope, et supprimant les couches de Gautier, ils y ont ajouté leurs appareils diapnogène, blennogène, chromatogène, celui d’inhalation, le névrothèle ou corps papillaire , etc., etc. Pu sont venus des travaux de micrographes plus modernes qui ont détruit ce qu'avaient fait ces anatomistes, en simplifiant eux-mêmes la structure de la peau. Mais est-ce bien là le dernier mot de la science ?

Que prouve d'ailleurs cette grande divergence dans l’anatomie de la peau, si ce n’est l’état si complexe, si difficile à analyser, à séparer, à isuler; de manière que cette anatomie rende compte des éléments morbides si variés que l’on observe dans ce tissu. Et, en elfet, où est le siège de cette inflammation si éphémère que l’on nomme érythème ? Évidemment dans la couche la plus superficielle de la peau. Mais voici venir l'eczéma, maladie bien superficielle encore qui n'amène même pas de turgescence à la peau, mais qui engendre des vésicules extrémement ténues. Plus loin encore, des pustules plus profondes comme celles de l’ecthyma, puis de plus profondes encore, comme dans les pustules d'acré, et enfin de grosses pustules qui ressemblent à des tubercules et où la peau et le tissu cellulaire sont malades comme dans le sycosis ou men{agre. Il en est ainsi pour l’état papuleux morbide à un degré si superficiel dans le prurigo, à une profondeur plus grande dans le lichen, à un degré plus avancé et plus profond dans la syphilide papuleuse, dans le tubercule syphilitique, etc., etc. Toutes ces maladies, dont nous pourrions singulièrement étendre la nomenclature, n’ont-elles pas chacune un siége différent, et si elles peuvent chacune parcourir leurs phases et leur évolution dans ce point de profondeur donnée de la peau sans jamais aller au delà, n’y a-t-il pas

lieu de croire qu'elles siégent sur un tissu spécial de la peau et différent en raison de la forme morbide? Dès lors les tissus élémentaires de la peau ne sont-ils pas extrêmement complexes, et si complexes que l’anatomie ne peut en préciser la nature ni la disposition, circonstance qui rend compte alors des formes si variées des maladies qui affectent la peau, contrairement à cœælles des autres tissus dont les éléments sont beaucoup moins compliqués ?

Nous avons cherché à démontrer que, par rapport à la cause, à la forme, au développement, à la marche, à la terminaison, les maladies de la peau étaient identiques avec les maladies des autres tissus et organes de l'économie; qu’elles devaient, par conséquent, rentrer dans le cadre général de la pathologie, non comme exceptionnelles, mais comme se pliant facilement à toutes les classifications admises aujourd’hui pour les autres maladies.

Quelles conséquences faut-il tirer de ces analogies au point de vue de la thérapeutique? C’est : 1° Qu'il faut appliquer au traitement des affections cutanées les règles de thérapeutique qui dirigent le médecin dans le traitement des maladies des autres organes.

2° Qu'il y a lieu de répudier cette sorte d'empirisme qui, jusqu’à présent , a été sans cesse invoqué pour la guérison des maladies de la peau.

Donnons quelque extension à ces deux dire propositions,

Du temps de Lorry, d’Alibert, de Biett même, une maladie de la peau était généralement réputée dartre. C'était, aux yeux des médecins, une conséquence nécessaire d’un état général. Cet état général, il fallait le modifier pour obtenir la guérison de la dartre, et pour arriver à cette modification, on employait une série de moyens, tisanes amères ou sudorifiques, sirops amers, soufre, antimoine, arsenic, mais surtout emploi continuel et constant, pour tous les cas, des tisanes et sirops dépuratifs et des sulfureux. Que la maladie ait été récente, qu’elle ait été ancienne, qu'elle ait eu une forme plus ou moins aiguë,

ïh PATHOLOGIE GRNRAALÉ.

plus ou moins chronique, c'était le miroir d’un état général qu'il fallait modifier à tout prix.

À quel caractère reconnaissait-on la nécessité d'employer ces modificateurs? À quel genre d'état général avait-on affkire? Quelle circonstance dirigcait dans le choix de ces dépuratifs? C'est ce que l'on n'a jamais pu préciser, et, il faut le dire, c'est ce que le praticien le plus exercé n'a jamais fait que par tâtonnement.

De là une influence inutile et souvent nuisible portée sur toute l’économie ou sur l'estomac et les intestins en particulier : une surexcitation des affections dartreuses par l'emploi de moyens énergiques, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, et souvent aussi l'entretien où la prolongation d’une maladie de la peau qui, prise au début et traitée par une médication simple, aurait pu guérir dans un espace de temps très court.

Quant au traitement local, les affections cutanées étaient de véritables noli me tangere qu'il fallait toujours respecter, quelles qu'en fussent la cause et l’origine, et c'est ainsi que l'on perpétuait dans Îles familles des maladies qui $e reproduisaient de génération en génération.

Que demandons-nous depuis longtemps? Qu’une maladie de Ja peau soit envisagée au même point de vue que les maladies des autres organes ; que le médecin en cherche avant tout l'ori= gine et la cause; qu'il se rende compte des rapports qui peuvent exister entre l’affection cutanée et la lésion d’un organe interne ou l’état général de l'économie.

Qu'il retherche si la maladie est une cofiséquence du tempéfament, de la constitution, de la profession, des habitudes et de la manière de vivre du sujet.

Qu'il respecte son début et sa marche, comme il le fait à l'égard des autres maladies, et qu’il emploie, dans ces premières périodes, un traitement général ou local en rapport avec la forme aiguë ou chronique du mal.

Que les sudorifiques, les amers, les préparations sulfureuses, antimoniales, arseñicales, jodées, mercurielles, ete, solent

PATHOLOQIE GÉNÈRALE. 45

encore des armes puissantes entre les mains du praticien ; mais que le médecin en dispose seulement en raison des conditions dans lesquelles se trouve le sujet; de l'expérience qu'il a acquise de l'efficacité de ces moyens dans telle ou telle forme de maladie cutanée, et lorsqu'une sorte d’inconnue, pour ainsi dire, vient à se révéler au médecin par l'impuissance des moyens ordinaires.

Alors, et seulement alors, on fait une médecine sage et rationnelle ; on arrive peut-être encore, dans beaucoup de cas, à l'empirisme, mais on ne s'expose à altérer la santé et la constitution du malade, pour obtenir la guérison de la maludie de la peau, qu'après avoir consacré l'impuissance des moyens ordinaires. C’est assez dire que, comme nos devanciers, nous attachons une grande valeur aux médications préconisées de tout temps; mais nous en signalons l'abus et nous en deman: dons l'application seulement lorsqu'elle devient nécessaire, Tel est l’ensemble de nos doctrines en dermatologie. Pour en prouver le fondement il nous faut étudier avec soin et d’une manière générale les causes, le développement, la marche et la terminaison dé ces affections; ensuite exposer la thérapeutique générale à laquelle nous sommes conduit par nos idées, thé: rapeutique que nous formulerons sous le titre de Médicatione, Et comme nous relions les formes morbides À certaines condis dons de tempérament et de constitution ; comme nous grous pons autour de ces médications des maladies en raison mêmé des causes qui les font naître, nous espérons faire sortir les praticiens de la thérapeutique presque banale qu'ils ont suivie

jusqu'alors.

DS CAUSES DEs MALADIES DE LA PAU.

L'étude toute particulière des causes des maladies de la peau doit être le point de départ d’une saine thérapeutique, nous allons nous y attacher; mais tout d’abotd nous devons le dire, s’il est en général facile d'apprécier la cause détermi-

nante des maladies de la peau, il est beaucoup plus difficile d’en trouver la cause prédisposante. Le malade, sous ce rapport, fait souvent défaut au médecin; et d’un autre côté la cause déterminante n'étant que passagère, fugitive, cessant souvent alors que la maladie se développe ou avant même qu’elle se soit développée, elle n'est d'aucun secours pour le médecin; en sorte que tout en appréciant à sa valeur, par exemple, la connaissance de la cause, nous disons qu’en présence du malade le médecin manque souvent de direction par ignorance du fait capital qu'il recherche et qu'il ne peut trouver.

Il est des maladies cutanées qui dépendent entièrement d'une cause externe : ce sont celles qui, en général, se rattachent aux professions ou qui se sont transmises par contact. Ainsi, il est constant que l'eczéma impétigineux ou lichénoide des mains, que l’on désigne généralement sous le nom de gale des épiciers, est très commun chez les personnes qui exercent cette profession, quoiqu'il appartienne à d’autres états, les garçons limonadiers et marchands de vin, les cuisinières. Il en est de même du pemphigus ou de l’herpès phlycténoïde des mains pour les teinturiers et les chapeliers; de sorte que si l'individu ne change pas d'état, il verra se renouveler la même maladie plusieurs fois dans l’année. Non pas que je prétende qu'il n’y ait pas une prédisposition derrière cette cause, loin de moi cette pensée, car s’il n’en était pas ainsi, on verrait tous les garçons épiciers ou teinturiers exposés indistinctement à la même maladie. Mais cette prédisposition n’est pas telle qu’elle puisse, par une cause déferminante ordinaire, développer la maladie, il faut encore l'influence de la profession ; et cela est si vrai, que du moment que les personnes atteintes de cette gale des épiciers viennent à abandonner leur état après guérison parfaite de la maladie, celle-ci ne reparaîtra plus quatrevingt-dix fois sur cent. Ainsi la cause réelle est la profession.

La gale, la teigne, l’impétigo de la figure, le lichen, se communiquent d'individu à individu, en raison des parties en con-

tact. { Bon nombre de praticiens n’admettent pas la contagion de l'impétigo et du lichen; j'ai trop d'exemples de ce genre pour ne pas les regarder comme des maladies transmissibles dans certaines conditions. Voyez /mpétigo, Lichen.) La gale, de préférence par les mains; la teigne, de tête à tête : car on inocule en vain la teigne (favus lupinosa) de la tête au corps, tout au plus pourrait-on inoculer la variété de teigne (/avus scutulata) sur le corps; un bonnet de teigneux mis sur la tête d’un autre individu inocule parfaitement la maladie, il ne saurait la faire naître sur les mains ou sur toute autre partie du corps, alors qu'elles en seraient enveloppées. L’impétigo qui siége sur la figure d’un enfant se transmet facilement à la figure d’un autre enfant par des embrassements. Le lichen des mains se communique fréquemment d’un adulte à des enfants ou à d'autres adultes : c'est ainsi que j'ai vu des familles entières atteintes de cette maladie que l’on avait prise pour la gale à cause de cette infection générale.

Dans tous ces cas d'infection, il faut que le sujet infecté soit placé dans des conditions favorables à l'infection, qu'il existe chez lui une certaine prédisposition à contracter ces maladies ; car tel individu peut avoir avec un galeux, et sans contracter la gale, les mêmes rapports que tel autre individu qui la contractera : mais ce ne sont pas moins là des maladies dites de cause externe, comme l’erythema solare (coup de soleil), pour lequel il faut aussi une certaine prédisposition du sujet. Au surplus, tous les circumfusa, tous les agents capables de faire naître les autres maladies peuvent aussi développer des affecüions cutanées.

Mais ce qui importe surtout aux médecins, c’est l'étude des causes prédisposanies : car c'est parce qu'elles existent préalablement que la cause déterminante exerce son influence; c'est par elles que la maladie s’entretient, alors que la cause déterminante a cessé d'exercer son influence; et enfin, c'est en les combattant efficacement que l’on parvient à guérir. C'est donc là l'étude principale pour le praticien : or, voici ce

que l'expérience nous a appris à cet égard, et voici ce qui différencie notre pratique de celle de la généralité des médecins.

Depuis 1844, nous avons mis entre les mains de nos élèves internes des feuilles de relevés en tête desquelles nous avons établi des colonnes d'entrée, de noms, d'âge, de profession, d'habitation, d'état, de tempérament et de constitution, de localité affectée, etc., etc., le tout pour chaque maladie. Nous avons trouvé chez quelques élèves du zèle, et chez d’autres de l’indifférence; bref, nous avons pu recueillir ainsi dix-huit cents cas de maladies de toute sorte. C’est bien peu relativement à un service de cent trente lits, à raison de dix à quinze malades entrant par semaine; mais enfin c’est un chiffre d'ensemble qui est venu confirmer entièrement les idées générales que nous nous étions formées d’après l'observation soutenue des malades confiés à nos soins, idées générales qui sont devenues la clef de notre thérapeutique : à savoir, que certaines formes morbides sont liées à certains tempéraments, à certaines constitutions, de telle sorte qu'en employant des agents thérapeutiques connus pour être des modificateurs de ces tempéraments, on guérit l'affection cutanée qui n'en est qu'un reflet. Ainsi, les maladies sécrétantes, et surtout celles à forme purulente, l’émpétigo , l'eczéma , l’eczéma impétigineux, V'intertrigo, etc., sont essentiellement liées au tempérament lymphatique ; le lichen et ses variétés, le 7r'urigo, affections papuleuses non sécrétantes, se trouvent toujours chez des sujets à tempérament nerveux, le prfyriasis versicolor, les taches hépatiques, chez les sujets bilieux : d’où la nécessité de l'usage des ferrugineux, des amers, des antiscorbutiques, des sulfureux, dans les maladies sécrétantes ; des alcalins sous toutes les formes dans les affections papuleusces ou lichénoïdes. Et comme sur dix-huit cents cas de maladies cutanées on en trouve huit cent cinquante-deux qui sont des affections sécrétantes, on conçoit comment la médication amère et sulfureuse ait joue de tout temps et en l'absence de toute théorie un si grand rôle

dans la thérapeutique des affections de la peau. Cette liaison de la forme morbide avec le tempérament a pour inoi une telle portée, qu’à la vue d'un malade atteint d’une maladie de la peau et chez lequel le tempérament est nettement dessiné, je puis pressentir la forme de maladie cutanée dont il est atteint, sans voir la maladie. |

D'une autre part, on ne peut nier, et c’est un fait d'observation commune à tous les médecins, qu'il est des maladies de certains âges que l'âge seul peut guérir ; il y a même quelquefois danger de les guérir. |

D'autres affections sont essentiellement liées à l’'hérédité, telles que l'ichthyose, la lèpre ; pour celles-là la médecine est presque toujours impuissante.

ll en est qui dépendent dé l’organisation même de la peau : ainsi l'acné sébacé et plusieurs variétés d'acnés. Quelques unes se rattachent essentiellement à la menstruation : l’erythema xodosum, par exemple ; à l'âge critique chez les femmes, l'en: tertrigo, l'eczému des oreilles; d’autres, à la misère, à la malpropreté, comme le rupia, le prurigo, le prurigo pédiculaire; ou bien à la mauvaise nourriture, au défaut de nourriture, ou aux chagrins prolongés, comme le rupia, l'ecthyma cachecticum, le seorbu, le purpura. Il en est qui sont un reflet des lésions gastriques ou intestinales, et principalement de gastralgies, comme l'herpes et le pityriasis.

Eh bien! suivant nous, une saine thérapeutique repose entièrement sur la recherche de ces causes éloignées, sur leur étude toute spéciale ; cette thérapeutique, on en conviendra, ne doit pas être autre que celle que nous connaissons tous, c'est-àdire la thérapeutique des maladies en général.

Les aflections de la peau ont cependant aussi leur empirisme. Si l'émétique à haute dose fait justice des pneumonies à forme bilieuse ; le mercure, l’arsenic, la teinture de cantherides, l'io: dure de soufre, sont des agents puissants de guérison de certaines maladies et constituent des moyens que l'expérience nous a appris à appliquer dans des cas donnés en dehors des pré-

ceptes de thérapeutique générale que nous invoquons en faveur des maladies de la peau.

Les causes prédisposantes des affections cutanées doivent donc être rattachées à :

1° L'hérédité ;

2° Le tempérament et la constitution ;

3” L'âge;

L° L'organisation de la peau;

5° Les agents extérieurs mis en contact avec elle :

6" Les affections morales ;

7° Les maladies, infirmités ou états acquis.

Donnons quelque développement à ces sept ordres de causes.

L'hérédité est relative ou absolue. Absolue, quand l’enfant apporte en naissant, ou peu de temps après la naissance, Ja maladie de l’un de ses parents : exemple, l’enfant né avec une tchthyose. Relative, quand il naît avec les conditions d'organisation du père ou de la mère atteints l'un ou l’autre d’une maladie de la peau. Cette différence est capitale. Dans le prenier cas, l'affection est incurable; dans le second, au contraire, on peut en prévenir le développement en soumettant l'enfant à des conditions hygiéniques données. Ainsi l'enfant né d'un père ou d'une mère affectée de psoriasis n'est pas condamné à avoir un psoriasis; il y est prédisposé. Prenez plus de soin de sa peau que vous n'en prendriez pour tout autre ; graissez-la de temps en temps; multipliez les bains, habituez l'enfant à se laver la surface du corps à l’eau froide tous les matins; employez, en un mot, les moyens hygiéniques que vous mettriez en usage pour éviter le retour du psoriasis, et vous préviendrez le développement de cette maladie. On ne saurait, à cet égard, se dissimuler l'influence de l’hérédité; elle est immense. On voit quelquefois une affection cutanée passer sur une génération sans l’atteindre et se refléter sur la génération suivante: c'est une remarque que j'ai eu l'occasion de faire plusieurs fois, tant l'hérédité est puissante comme source de maladies de la peau; c’est assez dire que le médecin a un grand intérêt à ne

pas laisser subsister ces affections cutanées durant de longues années, ainsi que le font encore aujourd’hui beaucoup d’entre eux puisqu'ils ouvrent la porte à l’hérédité. — Mais ce n’est pas seulement à l’égard des affections squameuses que se manifeste l’hérédité comme cause de maladies, l'eczéma et l’eczéma impétigineux du père se reflètent fréquemment sur les enfants ; il en est de même du lichen quand il a été conservé pendant lontemps sous une forme chronique. A l’égard de la syphilis constitutionnelle, elle se transmet de génération à génération sous deux formes : ou sous celle de syphilis franche, ou sous celle de scrofule syphilitique. L’attention des médecins n’a pas encore été suffisamment appelée sur ce passage de la syphilis à la scrofule. Bon nombre d'enfants atteints de carie des os ont une scrofule syphilitique provenant d’une affection syphilitique constitutionnelle mal soignée chez les parents, ou revétant chez eux, en raison même de leur tempérament et de leur constitution, une forme insidieuse du genre de celle qui caractérise les accidents tertiaires. J'ai vu un très grand nombre de cas de ce genre, et il est rare que je n’aie pas toujours dans mes salles deux ou trois enfants dans ces conditions. Les préparations mercurielles qui, dans le traitement de la scrofule, jouissent d’une certaine efficacité, ne la doivent probablement qu'à la pature syphilitique de cette forme scrofuleuse qui n'a pas encore été suffisamment étudiée.

J'ai dit que la cause prédisposante de la généralité des maladies sécrétantes résidait dans le tempérament et dans la constitution du sujet; j'ai fait voir par une donnée statistique que la moitié des affections cutanées recevait une influence directe et puissante du tempérament lymphatique, et j'ai expliqué comment se trouvait ainsi justifié l'emploi, je dirais presque l'abus que l’on fait depuis longues années des sulfureux dans le traitement des maladies de la peau. Cette observation est d'une haute importance, car si cette circonstance justifie l'emploi de cœ médicament, elle pose un terme à son usage; elle prouve que les sulfureux doivent être exclus de la thérapeutique des

maladies cutanées qui n'ont pas pour siège un sujet de tempérament lymphatique. Mais j'ai été plus loin, et j'ai avancé qu'à chaque tempérament se rattachait une série de dermatoses à élément analogue. Or chaque tempérament ayant son modificateur : l’eau et les émissions sanguines pour le tempérament sanguin ; les amers, les sulfureux, les ferrugineux et l'iode pour le tempérament lymphatique; les alcalins pour le tempérament bhilieux; les sédatifs externes et internes pour le tempérament nerveux, il en découle toute une thérapeutique nouvelle des maladies de la peau, thérapeutique plus rationnelle et qui ne repose plus sur la routine de l’empirisme. Ce sont des faits que nous développerons dans nutre thérapeutique générale, et dont nous prenons acte dès à présent.

Après le tempérament invoqué comme cause prédisposante des affections cutanées, nous avons cité l’âge. Prouvons son influence sur le développement et l'entretien de certaines dermatoses. Mais auparavant allons au-devant d’une objection que l'on peut nous faire tout d’abord : Que peut le médecin, dira: t-on, contre l’âge comme cause de maladie? Nous n'avons pas à rechercher dans l'étude des causes ce que le médecin peut ou ne peut pas; ce à quai nous devons nous attacher, c'est de savoir si réellement l’âge est une cause prédisposante. Personne ne nie l'influence de l’hérédité comme cause, et cependant que peut le médecin contre l’hérédité?

Il est d’abord un fait que personne ne niera, c’est qu'il est des maladies de la peau qui ne se rencontrent qu’à certains âges de la vie. Ainsi les eczéma, eczéma impétigneux, impétigo, du cuir chevelu et de la figure (croûtes de lait), dans la première enfance ; les lichens dans l’enfance, les érythèmes dans la jeunesse, le lupus dans l'adolescence; l’eczéma , le psoriasis, la lèpre vulgaire, dans l’âge viril; le prurigo, le scorbut, le rupia, dans la période décroissante de la vie, et bien d’autres affections que j'aurais pu citer. Qr un certain nombre de ces maladies peut guérir par le bénéfice seul du temps; l'âge en est donc la cause prédisposante réelle.

L'organisation de la peau est aussi une cause puissante de développement de certaines dermatoses. Remarquons, sous ce rapport, combien la peau diffère suivant les individus. Tout en convenant que l’organisation de ce tissu varie selon le tempérament du sujet : blanche et épaisse dans le cas de tempérameut lymphatique; brune et sèche chez les sujets bilieux ; blanche et fine chez les individus sanguins, il existe indépendamment de ces distinctions tranchées, certaines conditions d'organisation de peau, particulières à quelques personnes, et qui se font remarquer soit dans toute l'étendue de la peau, soit seulement dans certaines régions du corps. Ainsi, il est des enfants qui naissent avec une peau épaisse, blafarde, huileuse, cpaline en général. Dans ce cas, il est rare de ne pas vair naître dès les premières années de la vie ou dans l'adolescence une maladie sécrétante, et sécrétant principalement du pus. Si la peau du visage est seule dans cet état, elle sera le siége des diverses variétés d'acne rusacea où indurata. Si c'est la peau du dos, on y verra surgir dans l’âge de l'adolescence ces gros boutons qui apparaissent successivement sur les épaules des jeunes gens, et dant on observe tant d'exemples sur les baigneurs des bains de rivière en été; c’est encore de l'acné. Sontce les aisselles dont la peau présente cette organisation, il s’y montrera chez les jeunes filles un rnfertrigo purifluens, ainsi que je l'ai dénommé ; et plus tard, chez les femmes à l’âge critique, un sntertrigo. |

Jamais on ne trouvera de semblables maladies sur la peau sèche et brune, qui est l'apanage du tempérament bilieux ; mais on y observera les pityriasis alba, versicolur, nigra ; le lichen affectera la peau fine et mince, qui appartient au tempérament nerveux. Il est donc des conditions d'organisation de la peau qui favorisent le développement de certaines maladies cutanées. Celles que nous venons d'indiquer sont appréciables, mais il en est d’inapprécjables : telle est, par exemple, cette structure de la peau qui exhale l’adeur fétide dont nous parlions précédemment. Telle est aussi cette particularité que nous

signalerons plus loin à l’occasion des médications, à savoir, qu'il est certains individus dont la peau ne peut pas supporter le moindre corps gras chez les uns, un cataplasme émollient chez les autres, sans qu’il s'y développe aussitôt un érythème. Impossible d’ailleurs de reconnaître à la vue ces différences de sensibilité qui sont une conséquence de l’organisation spéciale du tissu.

Je ne reviendrai pas sur ce que j'ai dit de l'influence des agents extérieurs sur la peau ; une foule d’érythèmes sont dus à cette cause, ainsi que plusieurs maladies que j'ai citées en parlant des causes externes.

Il est un ordre spécial de causes qui influe singulièrement sur le déveluppement de quelques maladies cutanées, je veux parler des chagrins de tout genre : le pemphiqus diutinus, le rupia, l'ecthyma cachecticum, le purpura, le scorbut, les furoncles, sont autant d'affections qui reconnaissent pour causes prédisposantes les peines morales. Si c'est à un âge assez avancé de la vie que ces maladies s’observent, ce n’est aussi qu'à cet âge que nous subissons réellement l'influence de cet ordre de causes : les exemples en sont d’ailleurs journaliers. Leur action en est d'autant plus grande qu’en supprimant l'appétit, elles amènent la cachexie.— Mais les passions vives, comme la colère, développent rapidement les maladies à forme éruptive, ainsi qu'elles développent la jaunisse. On voit donc que plus nous avançons dans cette étude, plus l'assimilation que nous avons faite entre les maladies de la peau et celles des autres tissus ou organes de l'économie tend à faire reposer ce rapprochement sur des bases plus solides. |

A l'égard des causes prédisposantes, il nous faut aussi invoquer les indispositions, infirmités, ou états acquis dans la santé générale, que l’on considère aussi comme des causes propres à développer d’autres maladies dans l’économie. A leur tête nous placerons, pour la femme, trois conditions importantes : le moment où va s’opérer la menstruation, celui où celle-ci se dérange accidentellement, celui où elle cesse naturellement ;

et pour l’homme, l'époque dela vie où il entre dans l’âge de la puberté, et celle où il se trouve dans un âge que j'appelle critique, comme chez la femme, quoiqu'il n’y ait pas chez lui de menstruation. Nous prouverons en effet qu'il existe chez l'homme, à l’âge de la puberté, et à un âge correspondant à celui de l'âge critique de la femme, une corrélation parfaite dans le développement des mêmes maladies, et dès lors ce rapprochement ne se trouve-t-d pas justifié ? Arrivons aux faits. Lorsqu'une jeune fille va se régler, non seulement il se montre un dérangement dans la santé générale qui annonce cette nouvelle phase de la vie, mais encore elle est fréquemment sujette à une espèce d'érythème que l’on appelle noueux (erythema nodosum); de sorte qu’une petite évacuation sanguine devient presque toujours indispensable pour arrêter l'affection, sansquoi elle se prolonge durant un mois, six semaines, avec des malaises et un état général souvent fort préjudiciable à la santé. La même affection, exigeant le même traitement, se montre au même âge, c'est-à-dire vers quinze ou seize ans, chez le jeune homme. Je ne veux pas attacher pour cela trop d'importance à l’établissement de la menstruation chez les jeunes filles, ou au moins plus d'importance que de droit; sous ce rapport, je combattrai de toutes mes forces un préjugé généralement répandu chez les médecins à l’égard de l'établissement de la menstruation envisagée comme moyen où circonstance curative des affections de la peau déjà existantes. Une jeune fille a dès l'enfance une affection cutanée rebelle; le médecin tient alors ce langage aux parents : Atfendez, la menstruation va s'établir et la maladie quérira sans agents thérapeutiques. Les règles se montrent et la maladie ne guérit pas. Alors on se rejette sur le mariageet l'on dit: Viendra une grossesse qui débarrassera la mère de sa vieille affection cutanée. Le mariage arrive, et il ne peut rien pour la maladie de la peau. La grossesse s'établit, la maladie de la peau disparaît, mais à peine l’accouchement a-t-il eu lieu qu'elle reparaît avec autant d'intensité qu'auparavant, à moins que la jeune mère n'allaite; mais une fois l'allaitement terminé, l'affection

cutanée prend le dessus. Ce qu'il y a de plus fâcheux eucore, c'est que la mère transmet alors très fréquemment à son enfant la maladie dont elle était atteinte depuis de longues années. Ainsi, pour avoir négligé de traiter de bonne heure une maladie de la peau chez une jeune fille, on perpétue cette affection dans une famille. Loin de moi la pensée qu'à tout âge il faille guérir ces affections. Dans l'enfance, ces maladies sont en général sécrétantes de leur nature; c'est une sorte d’exutoire qui garantit l’enfant d’affections plus graves des organes internes. Il faut alors les respecter par deux motifs : le premier, c’est celui que je viens de faire connaître à l'instant; le second, c’est que jusqu’à l’âge de six ou sept ans l'enfant n’est pas encore assez fort, il n’est pas encore assez développé pour permettre l'emploi de moyens médicamenteux suffisamment énergiques pour guérir une maladie d’une certaine durée; mais lorsque l'enfant a pris un développement suffisant, il y a faute, je dirai plus, il y a crime à l'abandonner à lui-même dans cet état, et aux seuls efforts de IR nature qui ne fait rien ou presque rien pour la guérisun. Je n'hésite donc pas à heurter de front ce préjugé avec toute la conviction et la conscience d’un homme qui a vu jaurnellement et depuis longtemps les conséquences déplorables d’une telle direction médicale, et le lecteur me pardonnera ce langage énergique en présence des conséquences désastreuses qu'entraine une pareille conduite pour toute une famille stigmatisée et flétrie dans ses descendants à divers degrés.

L'âge critique chez l’homme et chez la femme est la cause de plusieurs affections cutanées. Nous citerons l’eczéma des oreilles et celui du cuir chevelu, l’ecséma du bout des seins, l'éntertrigo du sein, celui des aines et des cuisses, le prurigo de la vulve pour la femme ; et chez l’homme, l'eczéma des bourses, le prurigo de l'anus, l’eczéma des oreilles, maladie moins commune, il est vrai, que chez la femme.

Nous en dirons autant des affections cutanées qui reconnaissent pour cause à la fois prédisposante et déterminante les dérangements dans la meustruation, l’aménorrhée ou la sup-

pression d’un flux hémorrhoïdaire. Ici pas de maladies spéciales ; elles varient dans leur forme en raison du tempérament et de la constitution du sujet.

Enfia, c’est surtout dans l’état malade de certains organes in. ternes, et notamment des membranes muqueuses, qui ont des rapports si intimes avec la peau, qu'il faut rechercher la cause de bon nombre de maladies cutanées: les gastralgies ou entéralgies, les gastrites ou gastro-entérites chroniques, les hypérémies ou subirritation des voies biliaires, le catarrhe chronique de la poitrine et l'asthme, sont autant d'états qui prédisposent aux maladies de la peau. Il est peu de formes d’herpès ou de pityriasis qui ne soient liées à l’un ou à l'autre de ces états, de sorte que, dans certains cas, en remédiant à l'affection primitive, on guérit l'affection secondaire sans employer aucun des moyens que l’on dirige habituellement contre ces maladies cutanées : c'est ce qui arrive souvent pour l’herpés; le purpura n'est fréquemment que le reflet d’une affection intestinale. Il est des prurigo qui sont une source de bien-être pour l’asthmatique ; tant que la démangeaison est à la peau, la respiration est libre. I en est de même du prurigo de l'anus, souvent lié à des bronchites ou coïncidant assez avec des poitrines délicates, pour que la guérison de cette maladie puisse être un danger. J'ai vu un magistrat qui, peu de temps après la guérison d’un prurigo de l'anus, a été pris d’hémoptysie; l’hémoptysie a cessé quand les voies urinaires se sont affectées à leur tour; puis a succédé une gastralgie qui à fait disparaître l’état des voies urinaires. Eh bien! tout en l'ayant débarrassé d’un pruriga de l’anus tellement incommode que ce magistrat ne pouvait plus siéger , j'ai un moment regretté la guérison que j'avais opérée.

C'est qu’en effet ce n’est pas par la suppression seule d’une maladie sécrétante que l’on peut compromettre la santé et la vie d’un malade, il suffit souvent de la suppression d’une démangeaison habituelle, surtout lorsque l’organe souffrant dont l'état coïncide avec la maladie prurigineuse se trouve être l'or-

gane pulmonaire. 11 s'opère alors des congestions moitié sé -

reuses, moitié sangnines dans le tissu des deux poumons; on n’y entend pas de ràle crépitant, mais tous les râles sonores qui accompagnent et l'asthme avec congestion et la congestion ellemême; le pouls ne dénote pas de plénitude dans la circulation, il est petit et fréquent ; que l’on saigne les malades, et on les tue; une dérivation puissante par une éruption confluente dans toute l'étendue du dos, des épaules et des lombes à l’aide de l'huile de croton tiglium, ou de larges vésicatoires promenés sur la poitrine en même temps que l’on rappelle la démangeaison au point primitivement affecté, voilà la véritable thérapeutique.

Enfin à toutes ces causes diverses il faut ajouter la misère et la malpropreté qui engendrent la maladie pédiculaire d’une part, le prurigo de l’autre. |

Ainsi, comme on peut le voir par ce coup d'œil rapide sur l’ensemble des causes prédisposantes et déterminantes des maladies de la peau, il n’y a aucune différence entre ces causes et celles qui développent les autres maladies ; l’analogie, sous ce rapport, est donc aussi complète que possible.

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