I. Analyse qualitative des substances solubles dans ïeau
A. Recherche des bases.
On peut surtout prendre pour base de cette recherche la marche qui a été suivie dans les quatrième et cinquième chapitres.
a ) On commence par rendre la dissolution acide, en y ajoutant de l’acide hydrochlorique, ou, dans quelques cas , qui ont déjà été indiqués p. 4^5 et 44^ ? de l’acide nitrique étendu.
Quand on a ajouté de l’acide hydrochlorique à une dissolution concentrée, et qu’on remarque , en chauffant le tout , une odeur de chlore bien prononcée , c’est une preuve que la dissolution aqueuse contenait de Y oxide manganique , de Y oxide cérique , de Y acide manganique 5 de Y acide chromique ou de Y acide sélénique. Si l’on prolonge assez l’action de la chaleur pour qu’il ne se dégage plus de chlore, ces principes constituans sont convertis en oxide manganeux, oxide céreux , oxide chromique ou acide sélénieux, et peuvent être reconnus comme tels dans la dissolution. Les combinaisons des chlorites avec des chlorures métalliques peuvent aussi dégager du chlore quand on les traite par l’acide hydrochlorique ( p. 188 )„ Les chlora'es dégagent de l’oxide cliloreux ( p. i86)o
En ajoutant un acide à la dissolution de la substance qu’on examine , il peut , dans certains cas , se former un précipité dû à ce qu’alors les acides combinés avec les bases sont mis en liberté, et se séparent lorsqu’ils sont insolubles dans l’eau. Ordinairement l’acide ainsi précipité se redissout dans un excès d’acide hydrochlorique ou d’acide nitrique; cependant ce phénomène n’a pas lieu pour Y acide tant ali que ( p. 297 ), non plus que pour Ya- I. 3o*
eide tungstique (p. 25i); Y acide titajiique , lorsqu’on fait chauffer la liqueur à laquelle on a ajouté de l’acide hydrochlorique, reste également insoluble dans un excès Se ce dernier. Il est facile de reconnaître au chalumeau l’acide titanique et l’acide tungstique mis en liberté de cette manière. L’acide tungstique peut encore être distingué de l’acide titanique et de l’acide tantalique par sa grande solubilité dans le sulfhydrate ammonique. L 'acide silicique se sépare aussi d’une dissolution acide à laquelle on ajoute un acide , dont un excès ne le redissout point (p. 222)5 on le reconnaît de même fort aisément au chalumeau.
L’acide hydrochlorique , mêlé avec les dissolutions des sulfosels solubles dans l’eau, décompose , dans la plupart des cas avec dégagement de gaz sulfide hydrique , la sulfobase , qui reste ensuite dissoute , tandis qu’il se sépare un sulfure métallique insoluble dans l’eau , qu’on peut examiner ultérieurement.
Cependant si l’addition de l’acide hydrochlorique ou de l’acide nitrique à la dissolution aqueuse de la combinaison qu’on examine ne détermine aucun de ces changemens, on verse de la dissolution de sulfide hydrique dans la liqueur rendue acide , ou bien on y fait passer un courant de sulfide hydrique. De cette manière nonseulement les oxides signalés p. 5 savoir : Y oxide cadmique , Y oxide plombique , Y oxide bismuthique ,
Y oxide cuivrique , Y oxide argentique , Y oxide mer cur eux ,
Y oxide mercurique , Y oxide aurique , Y oxide stanneux ,
Y oxide stannique et Y oxide antimonique , mais encore plusieurs autres, tels que Y oxide rhodique , Y oxide indique , Y oxide osmique , Y acide osmique } Y oxide palladeux , Y oxide platinique , Y acide antimonieux , Y acide antimonique , les oxides du molybdène , Y acide molybdique , Y oxide tellurique , Y acide arsenieux , Y acide arsenique et Y acide sèlènieux , sont précipités à l’état de sul-
fures métalliques. A peine est-il nécessaire de faire remarquer que les chlorures de ces métaux, quand ils existent, au lieu des oxides , dans les dissolutions, sont également précipités par le sultide hydrique. Quelques uns des sulfures métalliques produits de cette manière ne se séparent qu’au bout d’un assez long espace de temps, et plusieurs même seulement après qu’on a fait chauffer la liqueur, circonstance dont il a été parlé dans la première Partie de ce volume , et à laquelle on doit particulièrement faire attention.
Quelques oxides ne sont point précipités des dissolutions acides , à l’état de sulfures métalliques , par le sulfide hydrique *, cependant ils décomposent ce réactif, d’où il résulte qu’après qu’on a chauffé la liqueur , du soufre se sépare sous la forme d’un précipité laiteux , difficile à filtrer. A cette caté gorie appartiennent Y oxide manganique et V acide cliromique , lorsqu’ils n’ont point été décomposés auparavant par l’acide hydrochlorique \ l’ oxide ferrique , Y acide ky po sulfurique , Y acide sulfureux , Y acide chlorique , Y acide bromique et Y acide iodique , quand les dissolutions des sels de ces acides ont été préalablement décomposées avec un acide. Si la combinaison qu’on examine ne contient point d’oxides qui soient précipitables à l’état de sulfures métalliques par le sulfide hydrique , la séparation du soufre démontre la présence d’un ou plusieurs de ces matériaux immédiats. Il est très-facile de distinguer le soufre mis à nu d’un sulfure métallique ; mais il est impossible de reconnaître la mise en liberté du soufre lorsqu’un sulfure métallique se trouve précipité en même temps.
Les sulfures métalliques précipités par le sulfide hydrique sont ensuite traités par le sulfhydrate ammonique, de la manière qui a été indiquée p. 447 > et l°n procède également de même avec la dissolution obtenue. Parmi les sulfures métalliques précipités , le sulfhydrate ammoni-
que dissout ceux dont les oxides ont été indiqués p. 3z}2 , par conséquent les sulfures du platine , de Y iridium , de l’or, de Y étain , de V antimoine , du molybdène , du tel - /u/v? , du sélénium et de l’arse/nc.
On constate aisément la présence du platine dans la dissolution de la substance qu’on examine, en ce que, quand elle est concentrée, une dissolution concentrée de chlorure potassique ou de chlorure ammonique y produit un précipité jaune (p. ii 5). Si la dissolution de la substance sur laquelle on opère est fort étendue , il faut la concentrer par l’évaporation avant d’y verser la dissolution de chlorure potassique ou de chlorure ammonique.
La présence de Y iridium se constate , dans une partie de la dissolution du corps mis en expérience, de la même manière que celle du platine; sa dissolution dans des liqueurs très-concentrées est précipitée par le chlorure potassique ou le chlorure ammonique , principalement lorsque la combinaison a été dissoute dans de l’alcool ; cependant la précipitation n’a souvent lieu qu’au bout d'un long espace de temps. Le sel double qui se forme est noir ; mais lorsque la liqueur contient aussi du platine , le précipité a une teinte rougeâtre.
On découvre la présence du molybdène dans la combinaison qu’on examine , en essayant une petite quantité de cette dernière, sous forme sèche, au chalumeau (p. 146); cependant il ne faut pas qu’elle contienne en même temps des substances capables d’empêcher la manifestation des phénomènes auxquels le chalumeau donne lieu. Il vaut donc mieux, pour prévenir cet inconvénient, traiter au chalumeau le précipité que l’acide hydrochlorique a fait obtenir de la dissolution des sulfures métalliques dans le sulfhydrate ammonique.
Quelquefois il suffit déjà , pour reconnaître la préence du tellure , de l’aspect laiteux que prend souvent la dissoluion par l’addition de l’eau, quand on n’y a point versé
COMBINAISONS TRÈS-COMPOSÉÉS. I
une trop grande quantité d’acide. On la constate aussi par 3a réaction que la liqueur exerce avec les alcalis ( p. i 56 ) , et par la manière dont la combinaison se comporte au chalumeau. Cependant , c’est surtout dans la liqueur obtenue en traitantpar l’acidenitriqueou l’eau régale les sulfures métalliques qui ont été dissous par le suif-* hydrate amrnonique , quon doit aller chercher la présence de l’oxide tellurique, et non pas immédiatement dans la dissolution de la substance mise en expérience, parce qu’on court très-souvent le risque de ne point apercevoir l’oxide tellurique, dans cette dernière, quand il s’y trouve contenu avec plusieurs oxides métalliques jouant le rôle de bases.
Dans beaucoup de cas , la présence du sélénium se constate déjà en traitant la combinaison au chalumeau ( p. 174)? cependant le sélénium se reconnaît dans la dissolution, qu’il y soit à l’état d’acide sélénique ou d’acide sélénieux , au moyen des réactifs qui ont été indiqués p. 172 jusqu’à p. 177. Il est surtout facile à découvrir par le traitement avec l’acide sulfureux, après que l’acide sélénique, s’il existe , a été converti en acide sélénieux.
La présence de Y arsenic , que la combinaison soluble dans l’eau peut contenir à l’état d’acide arsénieux ou d’acide arsénique , se reconnaît très-aisément au chalumeau , dans ces cas. Pour voir si le métal est à l’état d’acide arsénique ou à celui d’acide arsénieux, il faut avoir recours aux expériences qui ont été décrites p. 279.
J’ai déjà dit p. 447 comment on doit s’y prendre pour trouver les autres substances : l’or, Y étain et Y antimoine.
Les sulfures métalliques qui ne se dissolvent point quand on les traite par le suif hydrate amrnonique, et dont les oxides correspondans ont été indiqués p. é/\ 1, sont les sulfures du cadmium , du plomb , du bismuth , du cuivre , de l’ argent , du mercure , du palladium , du rhodium et de Y osmium. J’ai déjà fait voir , p. 44^ > L 3t
482 traité d’analyse chimique.
comment on reconnaît la présence des six premiers métaux. On constate celle du palladium dans la dissolution , en y versant une dissolution de cyanure mercurique (p- 120 ) : moyen qui expose tout au plus* dans un petit nombre de cas, à confondre ce métal avec le platine (p. 1 1 8). Celledu rhodium se découvre, dans la combinaison sècbe, en la fondant avec du bicarbonate potassique (p. 1 2Ô). L’osmium est très-aisé à reconnaître à Fodeur caractéristique que sa dissolution exliale quand on la chauffe avec de l’acide nitrique (p. i33).
h .) Après que la dissolution rendue acide de la substance qu’on se propose d’examiner a été traitée par le sulfide hydrique, la liqueur séparée parla filtration des sulfures métalliques qui se sont précipités , est saturée avec de l’ammoniaque, et décomposée avec du sulfhydrate ammonite. On la traite de la môme manière absolument qu’il a été prescrit de le faire pour la liqueur B, dans le septième chapitre , p. 4^° } il faut aussi observer toutes les précautions qui ont été recommandées là. En agissant ainsi, on précipite les combinaisons du soufre avec les métaux dont les oxides ont été indiqués p. 34o , par conséquent les sulfures de manganèse , de fer , de zinc , de cobalt , de nickel et d'uranie. J’ai déjà dit dans le septième chapitre, p. 4-^ 1 ? comment on doit s’y prendre pour découvrir les cinq premiers. Quant à la présence de Yurane , elle se reconnaît en traitant la dissolution de ces sulfures métalliques dans l’acide nitrique ou l’eau régale par le carbonate ammoniacal , qui dissout l’oxide uranique , en produisant une liqueur jaunâtre , de meme qu’en traitant la dissolution par l’ammoniaque pure , dans laquelle l’oxide uranique est insoluble ( p. 85) -, on peut par là le distinguer des combinaisons de nickel , de cobalt , de manganèse et de zinc , puisque celles-ci sont solubles tant dans le carbonate ammoniacal qüe dans l’ammoniaque pure.
En même temps que les sulfures métalliques qui vien-
lient d’être énumérés . il peut encore se précipiter de la dissolution , non-seulement par le seul fait de sa sursaturation avec de l’ammoniaque, mais encore, lorsqu’elle est neutre, par l’addition du sulfliydrate ammonique, de Yalinrine , de la gîucine , de la thorine , de Y yttria, de Y oxide céreux , de la zircone , de Y acide titanique , de Y oxide chromique , et de Y acide tantalique , ainsi qu’il a déjà été dit p. 34 1» J’ai également fait connaître, p. 45i , la manière de reconnaître la présence de Y alumine dans ce précipité. On dissout dans de l’acide nitrique le précipité produit par l’ammoniaque et le sulfhydrate ammonique, et sur-le-champ on ajoute à la dissolution un excès de potasse pure : parmi les substances qui s’étaient précipitées en premier lieu, ce réactif ne dissout guère que Y oxide zincique , Y alumine et la glucine . Le chlorure ammonique versé dans cette dissolution potassique précipite seulement l’alumine et la glucine 5 le sulfhydrate ammonique indique aisément ensuite la présence de l’oxide zincique dans la liqueur filtrée. Une dissolution de carbonate ammoniacal par laquelle on traite le précipité, fait distinguer l’alumine et la glucine, et peut même servir à les séparer l’une de l’autre, si elles y existent toutes deux ( p. 4o ). Le résidu que la potasse 11’a point dissous est mis en digestion avec une dissolution de carbonate ammoniacal, qui dissout principalement la thorine , Y yttria, Y oxide cèreux et la zircone ; cependant il faut quelquefois pour cela des quantités considérables de carbonate alcalin. Il est parfois difficile de distinguer ces substances, surtout lorsqu’elles n’existent qu’en petite quantité dans la dissolution -, on peut néanmoins y parvenir en ayant égard à ce que j’ai dit , dans la première Partie de ce volume , relativement à la manière dont elles se comportent avec les réactifs. La présence de Yacide titanique , qui, au reste, ne peut presque jamais se rencontrer dans des combinaisons solubles dans l’eau, se reconnaît, principalement en l’ab-
sence de l’oxide cobaltique et de l’oxide, manganeux dans le résidu non dissous, soit à l’aide du chalumeau (p. 234), soit par le moyen du zinc métallique (p. 23o) ; on est déjà conduit à admettre sa présence, lorsqu’en faisant bouillir la combinaison dissoute, après y avoir ajouté un acide, comme il a été dit ci-dessus, on voit paraître un précipité difficile à filtrer (p. 229). L 'acide tantalique ne peut point non plus exister dans la dissolution rendue acide, puisque les acides le précipitent de sa dissolution dans la potasse, ainsi que la remarque en a déjà été faite précédemment. La présence de X oxide chromique se reconnaît fort aisément au chalumeau , même lorsque cet oxide n’est qu’en petite quantité 5 le mieux est d’essayer au chalumeau, pour voir s’il contient du chrome (p. i55), le précipité qui a été déterminé par le sulfhydrate ammonique.
Il n’est guère possible que le précipité obtenu par l’ammoniaque et le sulfhydrate ammonique contienne encore d’autres bases que celles qui viennent d’être passées en revue : car les réactifs dont il a été parlé ne précipitent les terres alcalines d’une dissolution acide que quand elles sont unies à un acide avec lequel elles forment une combinaison insoluble dans l’eau. Lorsque ces terres alcalines sont combinées avec un grand excès d’un pareil acide , leurs sursels peuvent être solubles dans l’eau; mais une semblable dissolution doit alors être traitée de même que les dissolutions par les acides des substances qui sont insolubles dans l’eau.
c. ). La liqueur séparée par la filtration du précipité auquel le sulfhydrate ammonique a donné lieu , peut encore contenir les bases suivantes : de la magnésie , de la chaux , de la strontiane , de la baryte , de la lithine , de la soude et de la potasse. Quand la combinaison contient de Y ammoniaque , celle-ci se trouve aussi dans la liqueur; mais j’ai déjà dit précédemment, p. 4^8, que, pour découvrir
COMBINAISONS TRÈS-COMPOSÉES. q$ 5
cet alcali , on doit prendre une portion à part de la combinaison dissoute.
On traite la liqueur ainsi qu’il a été dit, p. 453 *, j’ai aussi montré en cet endroit comment les bases précitées, à l’exception de la lithine , peuvent être reconnues. A l’égard de la lithine, lorsqu’elle ne se trouve qu’en petite quantité, et surtout qu’il existe en même temps qu’elle de la magnésie , de la potasse ou de la soude , on est fort exposé à ne pas s’apercevoir de sa présence ; souvent aussi il est arrivé qu’on a pris de petites quantités de litliine pour de la magnésie. Après qu’on a séparé la chaux , la strontiane et la baryte par du carbonate ammoniacal, en suivant la marche tracée pag. 453 , le précipité obtenu ne peut point contenir de lithine lorsqu’avant la précipitation par le carbonate ammoniacal la liqueur n’était pas trop concentrée. A une portion de la liqueur séparée des carbonates terreux par la filtration, on ajoute ensuite une dissolution de phosphate sodique : si , même arü bout de quelque temps , ce réactif ne détermine pas de précipité, c’est une preuve de l’absence de la lithine*, et s’il se produit un précipité, on doit en conclure que la combinaison contient ou de la lithine, ou de la magnésie, ou l’une et l’autre à la fois. Pour décider cette question, on évapore à siccité une autre portion de liqueur séparée des carbonates terreux par la filtration, et on fait rougir le résidu sec , pour chasser les sels ammoniques qui peuvent y être contenus. La masse rougie , si elle contient de la magnésie, ne se dissout complètement dans l’eau que quand les bases sont combinées avec de l’acide sulfurique. Si ce cas n’a point lieu, après la calcination on ajoute au résidu un peu d’acide sulfurique , dont on chasse complètement l’excès en faisant légèrement rougir la masse. On dissout ensuite celle-ci dans une petite quantité d’eau, et à la dissolution on ajoute une dissolution de potasse , qui précipite de la liqueur neutre la magnésie, mais non la
486 traité d’analyse chimique.
lithine. Si la potasse ne détermine pas de précipité, de la lithine existait sans magnésie. Si, au contraire, elle en produit un, il faut encore se convaincre de la présence ou de l’absence de la lithine dans la liqueur séparée de la magnésie par la filtration, en l’essayant par du phosphate alcalin.
Il est plus difficile , en présence de la lithine et de la magnésie, de constater en même temps l’existence ou l’absence de la potasse et de la soude . S’il y a de la lithine sans magnésie dans la combinaison, on évapore à siccité une portion de la liqueur séparée des carbonates terreux par la filtration, et l’on fait rougir le résidu, pour chasser les sels ammoniques; ensuite on dissout une partie de ce résidu dans le moins possible d’eau ou dans de l’alcool, lorsqu’il y est soluble , et l’on verse dans la dissolution une dissolution de chlorure platinique , pour se convaincre de la présence de la potasse. On recherche aussi , dans le résidu de l’évaporation d’une partie de la dissolution , si le chalumeau y indique en même temps la présence de la soude (p. 12 ).
Cependant, si l’on a trouvé encore de la magnésie dans la liqueur débarrassée des carbonates terreux par la filtration, on la sépare des alcalis, c’est-à-dire de la lithine, de la soude et de la potasse, soit qu’elles existent toutes trois, soit qu’il n’y ait que quelques unes d’entre elles, en suivant la marche qui a été tracée, p. 455 jusqu’à p. 458, pour séparer la magnésie de la soude et de la potasse seulement. Cependant le mieux et le plus sûr est de convertir les bases en sulfates, quand elles ne sont point déjà sous cette forme, et d’opérer la séparation au moyen d’une dissolution d’acétate barytique, en se conformantaux préceptes donnés p. 457, quoi qu’aîors il soit réellement un peu difficile de séparer, parle moyen de l’eau seulement, la magnésie d'avec le carbonate lithiquc obtenu, qui est très-peu soluble. Si l’on a les alcalis à l’état de carbonates , il n’est pas diffi-
cile de reconnaître quelles sont les bases qui se trouvent là.
B. Recherche des acides.
Pour plus de commodité il sera traité ici , en même temps que des acides, de celles d’entre les substances simples qui forment avec les métaux des composés semblables à des sels, par exemple, de l’iode, du brome, etc., ainsi que je l’ai fait déjà dans les chapitres précéderas.
La présence de certains acides qui , dans les dissolutions de leurs sels, peuvent être réduits , par l’acide hydrochlorique, avec le concours de la chaleur, à un degré moins élevé d’oxidation, peut, comme la remarque en a déjà été faite, être présumée d’après l’odeur de chlore qui se dégage pendant l’opération. A celte classe d’acides appartiennent Y acide sélénique , qui se convertit par là en acide sélénieux (p. 173), Y acide chromique , qui se convertit en oxide chromique, transformation qui a surtout lieu facilement quand on ajoute un peu d’alcool à la dissolution mêlée avec l’acide hydrochlorique (p. s55), et Y acide manganique , qui se réduit en oxide manganeux (p. 259).
J’ai déjà fait remarquer précédemment que quelques acides sont précipités de leurs dissolutions par l’acide hydrochlorique, lorsqu’ils sont insolubles dans l’eau, et qu’un excès d’acide ne les redissout point. Ces acides ont été énumérés p. 47 7 et 47 8 5 c’est pourquoi il n’est point nécessaire d’insister ici davantage sur leur compte.
11 n’est pas non plus besoin d’avoir égard ici aux acides qui , par l’action du sulfide hydrique, se convertissent en sulfures métalliques, et qui se précipitent sous cette forme de la dissolution acide ; car il en a déjà été parlé lorsque j’ai tracé la marche à suivre pour trouver les bases.
a.) La première chose qu’il convient de faire, quand on examine une substance inconnue, pour savoir quels acides elle contient, est de rechercher s’il s’y trouve des acides volatils. A cet effet, après Lavoir pulvérisée, on introduit
488 TïlAiTÉ U 'ANALYSÉ CHIMIQUE.
sa poudre dans un verre à essai sec, on verse dessus de l’acide sulfurique concentré, et s'il ne se manifesle point de réaction sur-le-champ , on fait chaufferie tout très-légèrement. Les acides volatils sont chassés par là, et il suffit souvent de leur seule odeur pour les faire distinguer-, mais on les reconnaît plus clairement encore, dans quelques cas , aux nuages blancs qui se produisent lorsqu’on plonge dans le vase une baguette de verre trempée dans l’ammoniaque, en ayant soin qu’elle ne touche pas immédiatement à la masse. Les acides que l’acide sulfurique volatilise ainsi, décomposés ou non décomposés, sont :
Y acide sulfureux , reconnaissable sur-le-champ par l’odeur piquante bien connue qu’il répand dans l’air (p. 166);
Y acide hypo sulfureux et Y acide hyposulf urique 9 qui tous deux dégagent de l’acide sulfureux lorsqu’on les décompose par des acides ( p. 166 et 1C39) ; Y acide nitrique , dont les sels donnent des vapeurs incolores quand on les traite à froid par l’acide sulfurique (p. 180 ) , mais qu’il est facile aussi de distinguer par d’autres caractères encore des sels produits par d’autres acides volatils; Y acide nitreux , dont les sels , traités de même, répandent des vapeurs d’un jaune rouge (p. 182 ); Y oxide nitrique , dont les combinaisons , traitées par l’acide sulfurique, dégagent de l’oxide nitrique incolore dans les vaisseaux clos , et des vapeurs d’un jaune rouge à l’air (p. 1 83 ) ; Y acide chlorique , dont les sels dégagent de l’acide chloreux lorsqu’on les traite par l’acide sulfurique (p. 186 ) ; Yacide bromique , dont les sels donnent par l’acide sulfurique du brome gazeux, reconnaissable à sa couleur caractéristique, et du gaz oxigène (p. 191} ; Yacide carbonique , dont les sels, soit à l’état solide, soit à celui de dissolution étendue, dégagent du gaz acide carbonique avec effervescence, non-seulementpar l’acide sulfurique, maisencorepar tous les acides solubles dans l’eau (212); Yacide oxalique , qui, soit à l’état aqueux , soitenchaîné dans des combinaisons salines,
est décomposé avec effervescence par l’acide sulfurique, en gaz acide carbonique et en gaz oxide carbonique (p. 217 ) ; Y acide manganique , dont les sels, traités par l’acide sulfurique, donnent des vapeurs pourpres (p. 261). En outre, l’acide sulfurique concentré dégage de la plupart des chlorures métalliques, mais non de tous, de l’acide hydroclilorique (p. agd) -, de presque tousles bromure s mé lalli ques , du brome gazeux, qui se reconnaît aisément à sa couleur, de même aussi que de l’acide sulfureux et de l’acide hydrobromique ( p. 298 ) *, de presque tous les iodures métalliques , quand il est concentré, de l’iode gazeux, coloré en violet, et de l’acide sulfureux (p. 3o3 ) 5 des fluorures métalliques , de l’acide hydrofluorique, que sa propriété d’attaquer le verre distingue de tous les autres acides volatils (p. 3o6 ); des fl ’iiosili ci ure s métalliques , du gaz fluoride silicique et de l’acide hydrofluorique (p. 3 1 4 ) 5 des fluoborures métalliques , du gaz fluoride borique et de l’acide hydrofluorique ( p. 3 16 ). Les sulfures métalliques qu’on traite par l’acide sulfurique concentré, dégagent les uns du gaz sulfide hydrique, et les autres de l’acide sulfureux.
Il est facile de reconnaître un acide volatil qui a été dégagé de ses sels par l’acide sulfurique, qu’il ait été ou non décomposé avant de se volatiliser. Dans la plupart des cas, il suffit déjà, soit de l’odeur, soit de la couleur du gaz qui se dégage , pour décider quel acide peut être contenu dans la combinaison. Afin d’acquérir une pleine certitude à cet égard, on 11’a qu’à traiter encore la combinaison par les réactifs avec lesquels l’acide qu’elle contient se comporte cl’une manière caractéristique, et qui ont été indiqués dans la première Partie de ce volume. Lorsqu’il existe plusieurs acides volatils en même temps dans une combinaison, on parvient aisément ainsi à reconnaître l’un ou l’autre.
Leg sulfites , décomposés au moyen des acides , ne dé-
49° traité d'analyse chimique.
gagent l’odeur caractéristique de l’acide sulfureux qu’autant qu’ils ne sont point mêlés avec des sels donnant, lorsqu’on les décompose par l’acide sulfurique, un acide ou toute autre substance qui abandonne facilement de l’oxigène, comme, par exemple, les nitrates, les chlorates, etc. De même, quand un sulfite est mêlé avec un sulfure métallique qui dégage du gaz sulfide hydrique parla décomposition au moyen des acides, ce gaz détruit l’acide sulfureux mis à nu (p. 167)*, dans ce cas donc, il n’est pas plus possible de reconnaître le sulfure métallique à l’odeur du sulfide hydrique, que le sulfite à celle de l’acide sulfureux, à moins que l’un ou l’autre de ces gaz ne soit en excès. Les sulfites qu’on décompose à l’aide de l’acide sulfurique 11e sont proprement reconnaissables à l’odeur d’acide sulfureux que quand ils se trouvent mêlés avec des carbonates ou des oxalates, avec des chlorures ou des fluorures métalliques, ou avec des sels contenant des acides fixes.
La même chose a lieu pour les hypo sulfates et les hy~ posul fîtes. Lorsqu’un hyposulfite se trouve associé à un sulfure métallique soluble dans l’eau, comme il arrive , soit dans le cas où l’on a fondu du soufre avec un hydrate alcalin, soit dans celui où l’on en a fait bouillir avec une dissolution d’alcali , la présence de ce sel ne peut être reconnue qu’en mêlant la dissolution avec un sel cuivrique ou plombique neutre en excès; le sulfure métallique soluble précipite alors du sulfure de cuivre ou de plomb , tandis que l’excès du sel cuivrique ou plombique et l’hyposulfite restent dissous; en versant alors de l’acide hydrochlorique dans la liqueur filtrée, on reconnaît la présence de 1 hyposulfite à l’odeur d'acide sulfureux qui ■ee dégage, et au précipité de soufre qui se forme.
On découvre les nitrates et les nitrites , même lorsqu’ils sont mêlés avec plusieurs autres sels, à la propriété qu’ils ont de fuser sur les charbons ardens. Les nitrates
combinaisons TRÈS-COMPOSÉES, 491
contenus dans uu mélange, se reconnaissent encore à ce qu’ils dégagent des vapeurs rutilantes d’acide nitreux, quand on les traite par la limaille de cuivre et l'acide sulfurique (p. 180). On constate très-bien leur présence dans la dissolution concentrée, meme lorsque celle-ci contient d’autres sels, au moyen d’un sel ferreux et de l’acide sulfurique (p. 179); mais elle n’est pas toujours indiquée par la décoloration de la dissolution d’indigo, attendu que d’autres sels, notamment les chloriles, exercent une action semblable sur cette dissolution.
La présence des chlorates et des h r ornâtes , memes mêlés avec plusieurs autres sels , est facile à reconnaître , parce que, quand on les chauffe à l’état sec dans une petite cornue, à une chaleur qui ne soit pas très-forte, ils dégagent du gaz oxigène (p. 186 ), dont le dégagement s’opère même à une température beaucoup moins élevée que celle qu’exigent les nitrates pour produire le même phénomène. Indépendamment des chlorates et des bromates (p. 190), les iodates sont aussi dans ce cas (p. 192 ).
Les carbonates sont presque de tous les sels ceux qu’on reconnaît le plus aisément, même lorsqu’ils se trouvent mêlés avec beaucoup d’autres sels, au gaz inodore qu’un acide versé dans leurs dissolutions, même assez étendues, dégage avec effervescence. J’ai déjà fait voir (p. /\6j ) comment on peut constater la présence de l’acide carbonique quand le sel se trouve associé à un sulfure métallique qui , par la décomposition au moyen des acides, dégage du gaz sulfide hydrique avec effervescence.
La présence des oxalates est indiquée dans la dissolution par la manière remarquable dont celle-ci se comporte avec une dissolution de sulfate calcique (p. 216) , même lorsqu’il existe encore d’autres sels; car, de tous les acides inorganiques que l’acide sulfurique chasse de
leurs combinaisons, il n’en est aucun qui offre une semblable réaction.
Les manganales sont si faciles à reconnaître , par la plupart de leurs propriétés , qu’on n’a pas de peine à constater leur présence , même lorsqu’ils se trouvent accompagnés de plusieurs autres sels.
Les chlorures métalliques sont aisés à reconnaître dans les dissolutions, même quand celles-ci contiennent en outre beaucoup de sels d’autres acides , à la manière dont ils se comportent avec une dissolution d’oxide argentique (p. 292). L’insolubilité dans l’acide nitrique du précipité qui se produit ainsi., est, dans ces expériences, un meilleur moyen de reconnaître le chlorure argentique que la solubilité de ce même précipité dans l’ammoniaque, attendu que le chlorure argentique jouit bien d’une grande solubilité dans l’alcali volatil , mais que souvent aussi ce réactif précipite en blanc, de la dissolution, des substances en raison desquelles le chlorure argentique précipité peut fréquemment paraître , à un chimiste peu exercé, n’ètre point soluble dans l’ammoniaque. C’est ce qui arrive, par exemple, lorsque la dissolution contient du chlorure mercurique. Le chlorure argentique, comme la remarque en a déjà été faite précédemment, partage, avec le bromure, l’iodure et le bromate argentiques, la propriété d’être insoluble dans l’acide nitrique étendu. Il est vrai qu’on découvre sans peine les bromures métalliques > les iodures métalliques et les bromates dans des dissolutions -, cependant on est fort exposé, quand ces substances existent, à ne point s’apercevoir de la présence simultanée d’un chlorure métallique. J’ai déjà dit (p. 3oo) comment on doit s’y prendre pour reconnaître un chlorure métallique soluble, lorsqu’il existe dans une combinaison en même temps qu’un iodure métallique soluble. On pourrait aussi découvrir de la même manière un bromure métallique, s’il s’en trouvait un avec un iodure. La présence d’un
chlorure métallique est plus difficile à constater quand un bromure métallique l’accompagne dans une dissolution; le mieux alors est de verser dans la liqueur une dissolution de nitrate plombique en excès, de séparer le précipité par la filtration , et d’ajouter à la liqueur filtrée une dissolution de nitrate argentique. S’il ne se produit ainsi qu’un trouble opalin, c’est une preuve que la dissolution ne contenait qu’un bromure métallique, et peut-être aussi une très-petite quantité d’un chlorure métallique; si au contraire il se forme un trouble considérable , on peut être certain qu’il y avait également du chlorure argentique.
Lorsque des chlorures, ou aussi des bromures métalliques, sont mêlés avec quelques sels contenant un acide métallique, l’acide sulfurique concentré peut dégager de ce mélange des combinaisons de chlore volatiles, qui, dans quelques cas , ont une couleur caractéristique , comme, par exemple, lorsque des chromâtes se trouvent associés aux combinaisons dont il s’agit ( p, ^5^7 ).
La présence des fluorures métalliques est très-facile à constater de la manière ordinaire , lors même que ces composés seraient accompagnés de tous les autres sels dans une combinaison sur laquelle on opérerait.
La présence du fluorure métallique se découvre, dans les fluosiliciures métalliques , par l’emploi des moyens connus , et celle du fluoride silicique est reconnaissable au précipité d’acide silicique que les alcalis produisent dans la dissolution (p. 3i3).
Onreconnaitles fluoborures métalliques , dans toutes les combinaisons, à ce que , quand on les décompose avec de l’acide sulfurique, ils attaquent le verre, et à ce que, lorsqu’on les mêle ensuite avec de l’alcool , ils communiquent une couleur verte à la flamme.
J’ai déjà fait savoir (p. 4^8) comment on parvient à
4g4 TRAITÉ D’ANALYSE CHIMIQUE.
découvrir la présence des sulfures métalliques dans des combinaisons composées.
b.) Lorsque l’acide sulfurique n’a dégagé de la combinaison aucun acide volatil, ni décomposé ni indécomposé, cette combinaison peut contenir de Y acide iodique , de Y acide phosphorique , de Y acide phosphoreux , de Y acide hypo phosphoreux , de Y acide borique , de Y acide silicique et plusieurs autres acides , à l’égard desquels il a cependant déjà été parlé de la marche qu’on doit suivre pour les reconnaître, en indiquant les moyens qui peuvent conduire à la découverte des bases. S’il se trouvait de Y acide sélênique , l’attention se trouve aussi fixée sur sa présence , dans cette partie de l’analyse , parce qu’alors la combinaison dégage du chlore quand on la chauffe avec de l’acide liydrochlorique, tandis que l’acide sélénique se convertit en acide sélénieux , qu’on peut précipiter par le sulfide hydrique , à l’état de sulfide sélénieux.
Les iodales se reconnaissent à ce que, lorsqu’on les fait rougir, ils dégagentdu gaz oxigène et se transforment en iodures métalliques , dans lesquels l’iode peut être découvert à l’aide des moyens qui ont été indiqués.
Jueshypophosphites et les phosphiies se reconnaissent aisément à ce qu’ils font naître un précipité de chlorure mercureux dans une dissolution de chlorure mercurique à laquelle on ajoute de l’acide hydrochlorique. Cependant il faut pour cela que le chlorure mercurique soit en excès, sans quoi c’est du mercure métallique qui se précipite de la dissolution (p. 2o3 et p. to6). En outre, ces sels se comportent d’une manière tellement caractéiistique , quand on les fait rougir , qu’on ne peut point les confondre avec d’autres. Si l’on fait chauffer des hypophosphites avec de l’acide sulfurique concentré, ils se décomposent , dégagent de l’acide sulfureux , et se convertissent en acide phosphorique.
Id acide silicique se sépare complètement de ses disso-
lutions alcalines , quand on a évaporé jusqu’à siccité la liqueur saturée avec de l’acide liydrochlorique , et qu’on traite le résidu par l’eau ( p. 221 ).
J’ai déjà montré , p. > comment il faut s’y prendre pour découvrir Y acide phosphorique et Y acide borique dans des combinaisons composées.