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CHAPITRE YII

APPLICATIONS SPÉCIALES DE L’É LECTRICITÉ A LA PHYSIOLOGIE ET A LA MÉDECINE

705. — Les relations de l’électricité avec les sciences biologiques sont nombreuses et, malheureusement, on n’est pas encore complètement renseigné sur tous les points. Il n’est pas douteux que les êtres vivants sont le siège de phénomènes électriques qui n’ont été étudiés qu’imparfaitement jusqu’à présent et dont on ne connaît presque rien de certain, de précis. Nous n’avons pas d’ailleurs à nous occuper de ce côté de la question.

Mais, d’autre part, l’électricité a été employée sous les formes les plus variées à l’étude des phénomènes physiologiques; elle est utilisée également, d’une manière un peu incertaine, il faut le reconnaître, comme moyen thérapeutique. Les appareils qui sont utilisés dans ces différents cas auraient pu être décrits dans les chapitres précédents; quelques-uns qui n’ont pas besoin d’une adaptation spéciale pour ces usages particuliers y figurent en effet; tels sont, par exemple, les appareils enregistreurs en général. Mais il nous a semblé qu’il y avait intérêt à réunir dans un même chapitre les appareils principaux qui sont utilisés en physiologie et en médecine. Outre que cette disposition facilite les recherches, elle fournissait l’occasion d’insister sur un certain nombre de points sur lesquels régnent trop généralement des idées incomplètes ou même absolument fausses.

Au point de vue des moyens de l’application de l’électricité, ce chapitre ne saurait donc avoir d’homogénéité; les questions qu’il renferme ne sont cependant pas complètement indépendantes et elles répondent à un même ordre d’idées en tant que but.

706. Emploi de l’électricité statique. — On ne possède aucune

notion précise sur la manière dont agit l’électricité statique, si ce n’est lorsque l’on provoque des étincelles qui amènent des contractions musculaires. 11 ne paraît pas douteux cependant qu’il y aune action.

L’électricité est utilisée sous forme de bains; le malade, assis sur un siège porté par des pieds isolants, est mis en communication avec les conducteurs d’une tige ou d’une chaîne métallique ; pendant que la machine fonctionne il est donc amené au même potentiel que celle-ci. Il se produit d’ailleurs un mouvement de l’électricité, car malgré l’isolement le corps perd une partie de sa charge, soit par les supports, soit surtout par le contact avec l’air. On peut même provoquer ce mouvement en un point donné en approchant une pointe conductrice reliée au sol, ou une brosse métallique également reliée au sol; dans quelques cas on se sert d’une tige terminée par une boule, ce qui donne lieu à des étincelles, tandis que les pointes donnent lieu à un écoulement peu sensible.

On emploie peu les condensateurs.

On fait usage surtout de machines Carré qui sont d’un bon usage ; il est bon de pouvoir les faire manœuvrer par un moteur spécial, machine à gaz, moteur à eau ou machine dynamo-électrique.

La machine construite par la maison Bréguet d’après les idées de Wimshurst (la théorie, mal connue, la rapproche du genre des machines de Iloltz) présente l’avantage d’être peu sensible à l’action de l’humidité; nous la décrivons ci-après dans l’appendice.

707. Considérations générales sur l’emploi des courants en physiologie et en médecine. — Les courants électriques peuvent être utilisés pour produire des effets physiologiques ou thérapeutiques en raison des modifications qu’ils produisent dans les organes qu’ils traversent : les effets sont d’ailleurs différents suivant qu’on les produit par le passage continu du courant ou par la fermeture ou la rupture brusque du circuit que celui-ci traverse.

Nous nous occuperons d’abord de l’action continue.

Nous ignorons lorsqu’un courant traverse un tissu vivant, muscle ou nerf, par exemple, s’il a une action physiologique particulière, action résultant du passage même de l’électricité ; mais ce qui n’est pas douteux, c’est qu’il y produit des actions analogues à celles auxquelles il donne naissance d’une manière générale : il peut provoquer des actions thermiques, mais elles sont vraisemblablement négligeables eu égard à la faible intensité des courants que l’on emploie et à la masse considérable des parties parcourues par ces courants. Mais il n’est pas douteux qu’il ne se produise aussi des

actions chimiques se manifestant aisément par des effets appréciables aux points par lesquels le courant entre et sort; en outre, des effets de même nature doivent se produire sur tout le trajet parcouru par l’électricité. Dans ce cas, comme dans les phénomènes généraux de l’électrolyse, on ne peut admettre que ce soit seulement en ces points extrêmes que l’action chimique se produit, et l’hypothèse de Grothus (131) est applicable : sur tout le parcours de l’électricité il y a des décompositions et recompositions moléculaires; c’est, sans doute, ces modifications intimes qui sont la cause des effets produits, et cela d’autant plus probablement que ces modifications ne sont pas limitées au temps où le courant agit directement. Après la cessation du courant, il se manifeste des phénomènes de polarisation, comme nous l’avons dit pour l’électrolyse en général : ces phénomènes peuvent être mis en évidence par ce fait que, refermant le circuit après avoir supprimé la pile, on reconnaît l’existence d’un courant de sens contraire à celui qui avait agi précédemment.

Ce sont ces modifications moléculaires qui, permettant de nouveaux groupements moléculaires, changeant, par conséquent, les conditions de nutrition des tissus, expliquent les effets que produisent certainement les courants, effets qui peuvent amener des résultats favorables s’ils sont appliqués convenablement. 11 ne nous semble pas qu’il y ait lieu de chercher d’autre explication aux phénomènes observés.

Les effets chimiques qui se produisent au contact des électrodes et qui sont directement appréciables peuvent être utilisés et nous en parlerons plus loin; mais ils peuvent être un inconvénient, comme nous aurons l’occasion de l’expliquer ci-après.

708. — On ignore les lois qui régissent exactement les actions physiologiques ou thérapeutiques dont nous parlons; ces actions sont liées certainement à l’intensité du courant et augmentent avec elle, mais non pas proportionnellement. Bien que nous ne puissions donner une loi exacte, nous pensons d’après des recherches personnelles qu’elles croissent plus rapidement que l’intensité et peut être proportionnellement au carré de l’intensité (ce qui pour un organe donné, de résistance R, semblerait indiquer que c’est l 'énergie mesurée par RI2 qui régirait ces actions). La durée de l’action intervient aussi, au moins pour une part, non pas pour la sensation spéciale que l’on éprouve, sensation qui pour des courants modérés, 10 milliampères par exemple, ne paraît pas varier avec le temps ; mais peut être pour les effets thérapeutiques, pour certains d’entre

eux au moins, de telle sorte que, dans une certaine mesure, on pourrait obtenir le même effet d’un courant déterminé agissant dans un certain temps ou d’un courant plus faible agissant dans un temps plus long; ce serait dans ce cas la quantité d’électricité qui interviendrait : nous ne sommes pas convaincu qu’il en soit ainsi, mais nous ne croyons pas pouvoir affirmer le contraire.

Quoi qu’il en soit ailleurs, ce qui est certain c’est que les effets varient dans le même sens que l’intensité du courant.

Les effets des courants sur les muscles s’accompagnent d’une sensation particulière qui peut arriver à devenir une douleur intolérable lorsque l’intensité atteint une certaine valeur. Bien qu’il soit impossible de donner un chiffre précis, on peut considérer que, sauf des cas exceptionnels, on ne saurait dépasser l’intensité de 20 milliampères sans inconvénient; cette valeur ne doit pas même être atteinte, en général, si l’action se produit dans le voisinage des centres nerveux. Dans certains cas où il s’agit d’organes peu sensibles présentant des tumeurs qu’il faut faire disparaître (tumeurs fibreuses de l’utérus) M. le Dr Apostoli a pu employer des courants de 60 milliampères, sans inconvénients.

709. — L’intensité du courant qui traverse une portion déterminée de circuit est liée à la résistance de ce circuit : il n’est donc pas sans intérêt d’avoir quelques notions sur la résistance des tissus, des organes. Lorsque l’on veut faire passer un courant à travers une partie du corps d’un homme ou d’un animal on trouve que la résistance est toujours notable et quelquefois considérable : cette résistance comprend deux parties : la résistance des tissus traversés qui dépend de leur nature, de la distance qui sépare les électrodes, l’espace dans lequel le courant se répand entre ces points, car l’électricité ne suit pas une ligne géométrique, mais se diffuse, d’une manière indéterminée au moins jusqu’à présent; — et, d’autre part, la résistance au passage entre les électrodes et les tissus, résistance due à l’épiderme et à la couche de matière grasse qui le recouvre; cette résistance très grande quand la peau est sèche, diminue notablement si la peau est humide, si on l’a mouillée avec de l’eau salée surtout, et plus encore si par un lavage au savon ou à l’alcool on a enlevé la couche de matière grasse.

Nous croyons qu’avec les électrodes employées généralement, même entre des points rapprochés, la résistance doit descendre rarement au-dessous de 1000 ohms et peut atteindre, entre les deux mains par exemple, 10 000 à 12 000 ohms; on a même indiqué, le chiffre de 30000 ohms qui paraît un peu fort cependant.

710. — Les résistances que Ton rencontre ainsi généralement étant grandes par rapport à la résistance des piles, il résulte de la discussion générale (119) qu’il y a toujours intérêt à monter en série les éléments dont on dispose.

Il va sans dire que, pour un même nombre d’éléments l’intensité du courant, et par suite aussi l’énergie disponible dans la partie du circuit dont on dispose, seront d’autant plus considérables, que les éléments auront une grande force électromotrice et seront le moins résistants possible1.

Mais il faut reconnaître que la résistance de la pile est presque toujours petite en comparaison de la résistance extérieure, alors même que les éléments sont petits, de telle sorte que, s’il est sans intérêt d’employer des éléments résistants, les inconvénients ne sont pas grands et qu’on peut adopter des éléments de petites dimensions commodes à cause du moindre volume qu’ils présentent.

711. — Par suite de la faible intensité des courants employés les piles ne se polarisent pas très vite, cependant il convient d’employer des éléments à courants aussi constants que possible : le pile Daniell, la pile Marié-Davy, la pile au chlorure d’argent, la pile Leclanché, la pile au bichromate de potasse même peuvent être utilisées. En tout cas, la pile de Bunsen doit être absolument proscrite, à causes des vapeurs nitreuses qu’elle dégage, à moins que, ce qui se présente rarement dans la pratique, elle ne puisse être placée à l’air libre sous un abri largement ouvert.

Il est même possible d’employer des accumulateurs ou des piles thermo-électriques, bien que, jusqu’à présent, les modèles dont on dispose ne soient pas encore très pratiques. Ce qui est important à signaler et ce sur quoi il serait à peine nécessaire d’insister si des opinions gravement erronées n’avaient été émises à ce sujet, c’est que la nature de la source du courant est tout à fait indifférente,

1. C’est par suite d’une interprétation erronée de certaines formules et d’une conception fausse de la production du courant dans les piles que quelques auteurs ont cru à la nécessité que les piles médicales fussent très résistantes : il n’en est rien comme il est facile de s’en convaincre.

Soit une pile de n éléments de force électromotrice e et de résistance tz et soit A la résistance extérieure représentée par la partie traversée par le courant. La valeur de de l’intensité I du courant et celle de l’énergie Al2 sont données par les formules :

ne w2e2 A

— ’ niz + A et ~ put +Aj2

qui montrent que pour une valeur donnée de n ces deux quantités croissent avec e et décroissent quand it augmente.

qu’il n’y a pas d’éléments qui donne surtout des actions chimiques et d’autres qui produiraient plutôt de la chaleur; à égalité de force électromotrice et de résistance, les effets sont rigoureusement les mêmes quelle que soit la manière dont la force électromotrice et la résistance ont été obtenues.

Nous devons ajouter, pour rendre compte des précautions qu’il est nécessaire de prendre dans l’emploi des courants continus que toute variation brusque de potentiel, correspondant à l’établissement ou la cessation rapide, ou à une augmentation ou une diminution rapide également, fait naître des contractions et provoque des sensations douloureuses qu’il convient d’éviter.

712. Description d’une pile médicale. — Nous admettrons que cette pile est destinée seulement à l’application des courants continus agissant par leur action physiologique directe : nous dirons plus tard les modifications qu’elle doit présenter si elle est destinée également à servir à l’électrolyse ou au galvanocautère.

Le nombre des éléments qu’il convient de choisir est difficile à préciser ; dans une pile installée à demeure il faut au moins 50 éléments et il peut être utile d’en avoir 100 pour quelques cas particuculiers. Dans les appareils portatifs où, naturellement, les conditions d’espace et de poids interviennent en première ligne, on peut prendre de 24 à 50 éléments.

Dans les piles fixes, il y a intérêt à prendre des éléments de dimensions ordinaires, de grandes dimensions même ; il faut prendre des éléments petit modèle pour les piles transportables. La seule différence c’est que dans les secondes les zincs et les liquides s’useront plus rapidement et qu’il faudra plus souvent les renouveler.

Une pile médicale doit absolument être munie d’un galvanomètre élalonné, d’un modèle quelconque d’ailleurs, qui sera toujours traversé par le courant dès que la pile fonctionnera et qui non seulement fera savoir si le courant passe effectivement ou non, mais indiquera son sens et surtout fera connaître son intensité. Cette dernière condition est indispensable, car il n’est plus admissible que l’on applique l’électricité au hasard : c’est un agent thérapeutique qui peut et qui doit être employé à des doses déterminées dans chaque cas, si on veut lui faire produire tous les effets que l’on peut en attendre.

La pile devra être munie d’un commutateur qui, sans rien changer à la disposition des fils conducteurs et des électrodes permet de changer le sens du courant dans l’organe traversé. Il est très important de remarquer que dès que le courant atteindra 2 à 3 milliam-

pères, il ne faudra pas faire agir le commutateur sans interrompre le courant au préalable; sans cela, il en résulterait pour le patient une secousse vive et une sensation désagréable produites par la variation brusque de potentiel.

Enfin il doit également toujours y avoir sur le trajet du courant un interrupteur destiné à faire cesser brusquement et à rétablir rapidement le courant, à volonté. En général, l’interrupteur se compose d’une lame de ressort munie d’un bouton; au repos, par l’élasticité du ressort, le circuit se trouve naturellement fermé, le courant passe; lorsque l’on appuie sur le bouton, la lame de ressort est écartée, le circuit est ouvert et le courant cesse. Les choses reviennent au premier état lorsque l’on abandonne le bouton à luimême, le ressort revient à sa position primitive et ferme le circuit. L’interrupteur ne doit êlre employé que dans des conditions bien déterminées et, en général, il n’est pas appelé à servir dans les cas où l’on utilise les courants continus. Nous dirons plus tard dans quelles conditions on doit le faire fonctionner et quelles modifications alors il pourrait être intéressant de lui apporter.

En tout cas, si l’on s’aperçoit que le courant produit des effets fâcheux, il faut bien se garder de l’arrêter en se servant de l’interrupteur : la variation brusque de potentiel qui en résulterait pourrait accroître gravement le danger; il faudrait affaiblir l’intensité du courant aussi vite que possible mais graduellement par l’un des procédés que nous allons indiquer ci-après.

713. — Pour faire varier l’intensité du courant, on emploie deux procédés différents qui d’ailleurs peuvent être utilisés coneuremment ; on change la résistance du circuit, ou bien on fait varier la force électro-motrice en employant des éléments en nombre variable.

Il est très important de remarquer que quel que soit le moyen employé, le résultat est le même et qu’il n’y a aucune différence à diminuer l’intensité en augmentant la résistance ou en diminuant le nombre des éléments. C’est une erreur grave de penser que dans le premier cas on arrive à une intensité moindre en conservant une grande tension tandis que dans le second cas on affaiblit à la fois l’intensité et la tension. Outre que l’expression de tension ne correspond pas à une notion bien définie, il y a une confusion qu’il est indispensable d’éviter.

Les effets produits dans l’organisme par les courants continus ne peuvent dépendre que de trois éléments : l’intensité du courant, la différence de potentiel, ou l’énergie dépensée sur le trajet parcouru par le courant.

L’intensité du courant est la même dans tout le circuit; les résultats dépendant de cet élément sont donc complètement indépendants de la manière dont on parvient à modifier l’intensité.

La différence de potentiel qui est intéressante à considérer n’est pas, comme certains auteurs semblent le croire, celle qui existe entre les deux pôles de la pile lorsque le circuit n’est pas fermé, qui correspond à la force électro-motrice de cette pile, non plus que celle qui existe entre les électrodes de la pile quand le courant passe, mais seulement celle qui existe entre les points d’entrée et de sortie du courant dans l’organisme. On peut bien faire varier l’intensité du courant sans changer la force électromotrice de la pile; mais tout changement de l’intensité entraîne nécessairement une variation corrélative de la différence de potentiel entre le point où le courant pénètre dans l’organisme et celui où il en sort, de telle sorte qu’il n’est pas possible de diminuer l’intensité sans diminuer exactement dans le même rapport cette différence de potentiel.

Ceci résulte évidemment de ce que pour une partie quelconque du circuit on a toujours I = I étant l’intensité, r la résistance de cette partie et e la différence de potentiel entre ses deux extrémités. Dans le cas qui nous occupe, la résistance de la partie traversée r restant la même, on voit immédiatement que I et s varient proportionnellement.

Dès lors, que le courant soit affaibli par un procédé ou par un autre, il y aura nécessairement une diminution corrélative de la différence de potentiel.

Cette même conclusion s’imposerait encore si on admettait que le courant agit proportionnellement à l’énergie dépensée sur le trajet considérée : on sait en effet que, pour une résistance invariable r, cette énergie est représentée par ri2. On ne peut donc modifier la valeur de l’intensité du courant sans changer en même temps et dans le même sens l’énergie dépensée.

En résumé, on ne peut diminuer l’intensité d’un courant qui traverse un conducteur donné sans diminuer en même temps toutes les données desquelles peuvent dépendre les effets produits par les courants, et cela quelle que soit la manière dont on parvient à provoquer cet affaiblissement.

714. — On peut donc, lorsque l’on veut faire varier l’intensité d’un courant, employer le procédé qui sera le plus commode, l’effet obtenu sera toujours le même.

Deux méthodes sont principalement usitées dans les appareils médicaux.

La première méthode qui comporte l’emploi de pièces spéciales est peu employée pour les appareils portatifs : elle consiste dans l’adjonction de bobines de résistance ou de rhéostat (288) de modèles divers qui permettent d’introduire dans le circuit des longueùrs variables de fils. Au début de chaque opération, on met dans le circuit la plus grande résistance possible, ce qui donne un courant presque nul; on diminue progressivement la résistance, ce qui augmente l’intensité du courant progressivement aussi, jusqu’à ce que l’on ait atteint la valeur jugée nécessaire.

Dans quelques cas, la résistance est représentée par une colonne liquide : une dissolution de sulfate de cuivre est placée dans un tube, ou plutôt une éprouvette, dans laquelle se trouvent deux plaques de cuivre auxquelles aboutissent les fds conducteurs : l’une de ces plaques est fixe au fond de l’éprouvette, l’autre est portée par une tige mobile qui permet de l’enfoncer plus ou moins de manière à faire varier la distance des deux plaques et en même temps la résistance. C’est un véritable rhéostat liquide; il faut toujours au début que les plaques soient le plus éloignées possible pour avoir le courant presque nul au moment de l’application.

Il est clair que les éléments, restant toujours tous dans le circuit Sors des applications du courant, s’useront tous delà même façon et •devront tous être renouvelés en même temps. Il ne faudrait pas croire que, à cet égard, il y aurait un intérêt réel à employer la disposition qui consiste à se servir seulement du nombre d’éléments nécessaire sans introduire de résistances supplémentaires : les éléments ne s’useront pas tous, il est vrai, mais ceux qui seront employés s’useront plus que dans le cas précédent. Comme alors il est impossible pratiquement d’obtenir que tous les éléments travaillent exactement de la même façon pendant une période comprenant des applications variées, l’usure est inégale et ceux qui ont été utilisés le plus souvent et le plus doivent être renouvelés d’abord.

715. — La variation du courant peut s’obtenir par le changement du nombre des éléments employés : quelques dispositions spéciales doivent être prises dans ce cas : il faut en effet que l’introduction d’un ou plusieurs éléments dans le circuit, ou leur suppression, se fasse sans interrompre le courant et d’une manière graduelle pour éviter les effets désagréables résultant de la variation brusque de potentiel. L’expérience a montré que ces variations sont à peine senties si elles ne dépassent pas 2 à 3 volts, c’est-à-dire que l’on peut sans inconvénient introduire ou supprimer les éléments deux par deux.

il. - 32

Des dispositions diverses ont été adoptées; la suivante, qui constitue le collecteur double de M. Gaiffe (fig. 572), est d’un emploi commode.

Les éléments sont montés en série; des bornes qui correspondent à la jonction du pôle + d’un élément de rang impair au pôle — de l’élément suivant de rang pair partent deux fils qui vont aboutir à deux chevilles en cuivre appartenant chacune à un cadran distinct comprenant ainsi autant de chevilles plus une qu’il y a de paires d’éléments. Chaque cadran est muni d’une manette M mobile autour du centre et dont l’axe métallique est relié par un fil métallique souple, recouvert de soie, à l’une des électrodes qui sera appliquée sur la peau.

D’après la position des fils, on reconnaît aisément (fig. 573) que

Fi^. 575. — Collecteur d'ouMe. (Gaiffe.)

lorsque le circuit sera fermé par l’interposition d’un conducteur entre les électrodes P' et N;, il sera traversé par un courant si les manettes A, B sont appuyées sur deux chevilles d’ordre différent; — que le nombre des éléments qui produisent le courant est représenté par la différence des chiffres correspondant aux chevilles sur lesquelles reposent les manettes; — que le sens pourra changer à volonté suivant que ce sera sur l’un ou l’autre cadran que se trouvera la manette correspondant au chiffre le plus élevé.

Par cette disposition, on peut, lorsque l’on ne fait pas usage de toute la pile, introduire dans le circuit les éléments situés au commencement, au milieu ou à la fin de la pile; de cette manière on arrive à user plus régulièrement les éléments. Dans le cas où l’on fait usage d’un collecteur simple (dont il existe d’ailleurs différents

modèles) les éléments situés au commencement de la pile fonctionnent chaque fois que la pile est en action et par suite s’usent plus vite que les autres.

Pour éviter les effets désagréables, il faut. toujours faire varier progressivement l’intensité du courant; c’est-à-dire qu’il faut introduire ou supprimer les éléments deux par deux sans qu’il y ait interruption. Pour satisfaire à cette condition, les manettes qui viennent établir les contacts sur les chevilles des cadrans sont établies en forme de T, c’est-à-dire qu’elles présentent une partie

CL b

Fig1. 573. — Principe du collecteur double.

élargie à l’extrémité périphérique; cette partie étant d’une largeur plus grande que l’intervalle qui sépare deux chevilles, il en résulte que le contact s’établira avec une cheville avant qu’il ait cessé avec l’autre; il n’y aura donc jamais interruption.

On peut rencontrer d’autres formes de collecteurs, mais ils ne diffèrent pas au fond et ils doivent toujours satisfaire aux mêmes conditions générales.

716. Du mode d’emploi des courants. — Lorsque"|l’on veut faire une application de courants continus entre deux points déterminés,

il faut s’assurer à l’avance que la pile fonctionne; on vérifiera que le galvanomètre est dévié lorsque l’on a réuni les électrodos et que l’on met les manettes sur deux chevilles différentes quelconques.

Les électrodes ont des formes variées : tantôt ce sont des cylindres creux en laiton, à l’intérieur desquels on met des éponges que l’on a préalablement trempées dans l’eau salée; tantôt ce sont des tampons en charbon, de forme sphéroïdale, recouverts de peau que Ton a également imbibée d’eau salée avant de les appliquer sur la peau. Ces électrodes auxquelles aboutissent les extrémités des fils souples, dont les autres extrémités sont reliées à la pile, sont montées sur des manches de bois, manches isolants que l’opérateur tient à la main.

Quelquefois, onprend pour électrodes de larges plaques d’amadou, de larges lames métalliques recouvertes de peau, imbibées d’eau salée, ou de la terre glaise également mouillée d’eau salée (Apostoli) et que l’on applique sur la peau sur une assez grande étendue; l’emploi de ces électrodes de grandes dimensions a pour effet de diminuer la résistance au passage et de diminuer les actions locales qui se produisent en ces points de passage en les répartissant sur une plus large surface.

Si l’on veut agir sur un organe interne, on y introduit un conducteur recouvert par une enveloppe isolante, découvert seulement à son extrémité et communiquant avec un des pôles de la pile, l’autre étant relié à une large électrode que l’on place sur la peau.

11 est bon, avant l’application des électrodes d’avoir mouillé la place sur laquelle elles s’appuieront, de l’avoir imbibée d’eau salée et meme, au besoin de l’avoir savonnée.

Les électrodes mises en place, on fera passer le courant dans le sens indiqué; on peut faire varier ce sens soit par l’interversion des électrodes, soit par le déplacement du commutateur, soit en avançant le plus la manette de l’un ou de l’autre cadran. On fera croître le courant progressivement en déplaçant ces manettes jusqu’à ce que le galvanomètre indique la valeur de l’intensité qui a été déterminée à l’avance d’après la nature de l’affection, les dispositions du malade et les effets que l’on veut obtenir. Il faut pendant toute la durée du passage du courant surveiller le galvanomètre : il arrive assez souvent en effet que l’intensité du courant s’accroisse sans que l’on ait changé le nombre des éléments; cela tient à ce que la peau s’imbibe et qu’il peut s’y produire une légère action chimique, deux actions qui diminuent la résistance : il faudra alors réduire le nombre des éléments employés.

Quelquefois, au contraire, le courant diminue d’intensité et il faut alors le ramener à la valeur indiquée en augmentant le nombre des éléments employés; cet affaiblissement du courant peut provenir soit de la polarisation de la pile, soit des forces contre-électromotrices qui prennent naissance dans l’organisme à la suite des actions chimiques qui s’y produisent.

Lorsque l’on veut avoir une application locale de l’électricité, on emploie avec avantage des électrodes concentriques imaginées par le Dr Boudet de Pâris, et que nous décrivons plus loin (738).

717. Électrodes impolarisables. — L’électricité est employée fréquemment en physiologie pour provoquer certaines actions que nous n’avons pas à étudier ici ; les courants continus sont quelquefois utilisés, rarement cependant. Les moyens de production, de mesure, les procédés employés pour obtenir des variations sont absolument les mêmes que ceux que nous venons d’étudier; nous n’insisterons donc pas.

Mais il est quelques précautions particulières que nous devons signaler et sans l’emploi desquelles on risque de faire des erreurs graves.

Dans toutes les expériences relatives aux actions électriques dans les muscles ou les nerfs, par exemple, qu’il s’agisse des effets produits par l’électricité ou qu’il s’agisse au contraire des courants produits par ces organes, il faut éviter de laisser se produire des phénomènes de polarisation qui masqueraient les effets, qui affaibliraient ou même annuleraient ces courants.

S’il s’agit de faire agir un courant sur un nerf, on prend pour électrodes deux tubes de verre rétrécis à leur extrémité et bouchés par des tampons d’argile imbibée d’eau salée, tampons auxquels on donne la forme la plus commode à leur partie libre : les tubes sont remplis d’une dissolution saturée de sulfate de zinc ; des tiges de zinc amalgamé plongent dans le liquide et, par l’autre extrémité, sont reliées aux rhéophores de la pile.

Dans des expériences analogues sur les muscles on emploie souvent une disposition indiquée par M. Du Bois-Reymond. Dans deux vases en verre rempli d’une dissolution saturée de sulfate de zinc, on plonge deux lames de zinc amalgamé qui servent de rhéophores d’une part ; d’autre part, on dispose, avec du papier buvard coupé en bandes que l’on superpose, des supports que l’on imbibe du même liquide ; sur ces supports, on met l’organe à étudier ou, ce qui vaut mieux (de crainte que la dissolution de sulfate de zinc n’agisse sur les tissus) on place sur ces supports de petites masses

d’argile imbibée d’eau salée sur lesquelles on fera reposer l’organe.

Malgré toutes les précautions, on ne fait que diminuer la polarisation sans l’annuler tout à fait. Aussi convient-il, après chaque expérience, de dépolariser les électrodes; pour cela, supprimant l’organe étudié, on réunit les électrodes par une bandelette de papier.

Dans quelques modèles, les vases en verre sont supprimés et remplacés par des vases en zinc amalgamé qui sont directement en 'Communication avec les rhéophores.

718. Des courants interrompus ; des variations de potentiel. — Les variations brusques des courants appliqués à des êtres vivants produisent des effets très considérables qui se traduisent par des mouvements, des contractions, et par de la douleur, très vive quelquefois. Si les variations sont très considérables, la mort même peut survenir. S’il s’agit de muscles détachés depuis peu de l’animal, les mouvements et les contractions se produisent également.

Enfin, si les variations se produisent très nombreuses et très rapides il peut survenir des phénomènes tétaniques.

Nous n’avons à nous occuper ici que des procédés que l’on peut employer pour obtenir ces variations du courant.

Le moyen le plus simple consiste à employer un procédé analogue à celui qui existe dans certaines piles médicales; on peut alors, à la main, produire ces interruptions à volonté, leur donnant la fréquence et la durée que l’on juge convenables. Mais cette méthode ne peut produire de variations ni très fréquentes ni très brusques ; de plus ce qui est nécessaire dans certaines expériences on ne peut les produire toujours identiques à elles-mêmes. Aussi le plus souvent emploie-t-on des procédés automatiques pour produire ces variations : nous décrirons les principales dispositions adoptées plus loin, à propos des appareils d’induction où elles servent beaucoup plus fréquemment que pour l’interruption de courants continus.

719. — Des méthodes un peu spéciales ont été proposées pour permettre d’obtenir des effets que l’on pourrait, pour ainsi dire, doser à volonté. M. le professeur Chauveau a indiqué le procédé qu’il a employé pour arriver à ce résultat (1873).

Une pile de Daniell de 20 éléments est montée en série : ses pôles sont reliés par un fil fin de platine présentant une assez grande longueur et plié en zigzags égaux (pour occuper un moindre espace) au nombre de 20 par exemple : les sommets situés d’un même côté «ont seuls utilisés : on sait que la différence de potentiel de chacun

d’eux au suivant est partout la même; et si l’on met en contact avec le sol le sommet médian, les sommets suivants dans un sens, puis dans l’autre présenteront avec celui-ci des différences de potentiel, qui sont entre elles comme les nombres 1 , 2, ... 10 et — 1 , — 2. . . — 10. On a d’autre part une sphère isolée d’un assez grand diamètre à laquelle aboutissent deux fils ; par l’un, elle sera mise en communication avec l’un des sommets et prendra sinon instantanément, au moins avec une extrême rapidité le même potentiel que ce sommet dès que la communication sera établie; sur ce fil sont intercalés un interrupteur automatique fonctionnant avec régularité et l’animal sur lequel on expérimente. Le second fil fixé à la sphère peut être mis en communication avec le sol.

La sphère ayant été déchargée et le fil étant relié à l’un des sommets, lorsque l’on fermera le circuit à l’aide du rhéotome, l’animal sera traversé par un flux d’électricité qui durera le temps très court nécessaire à obtenir la charge complète de la sphère.; l’action cessera quand ce résultat sera atteint, elle est indépendante de la marche plus ou moins régulière de l’interrupteur. On déchargera la sphère en la mettant en communication avec le sol et l’appareil sera prêt à fonctionner de nouveau quand agira le rhéotome, l’action se reproduisant identiquement si l’on n’a rien changé à la disposition des fils; si, au contraire, le fil conducteur est en contact avec un autre sommet, il y aura une action due à une autre quantité d’électricité les quantités en jeu dans les divers cas étant proportionnelles aux potentiels des sommets utilisés.

Cette méthode de M. Chauveau qui permet d’obtenir des effets identiques à volonté ou des effets dans des rapports déterminés à l’avance lui a donné d’intéressants résultats.

720. — M. Chauveau avait aussi indiqué une autre méthode qui a été utilisée spécialement par M. Boudet de Paris (1881), elle consiste dans l’emploi d’un condensateur que l’on charge à l’aide d’une pile dont on connaît la force électromotrice que l’on peut faire varier à volonté. On charge le condensateur en mettant ses armatures en rapport respectivement avec les deux pôles de la pile; puis on supprime ces contacts et on établit le contact de ces armatures avec les parties qu’il s’agit d’exciter. On peut disposer une clef qui, par la simple pression d’un bouton, établit et rompt la communication dans l’ordre convenable. Il importe de remarquer que, le circuit de la pile n’étant jamais fermé, celle-ci ne peut se polariser.

Cette méthode fournit également d’excellents résultats et il serait à désirer que les physiologistes se décidassent à faire usage de ces

procédés qui permettent des mesures numériques parfaitement définies et bien déterminées et qui donnent même la valeur en travail mécanique de l'énergie utilisée *.

721. Des courants induits en médecine et en physiologie. — C’est le plus souvent aux appareils d’induction que Ton a recours lorsque l’on veut produire des variations brusques; ces appareils sont d’un emploi commode et l’on comprend qu’ils soient avantageux à ce point de vue, dans la pratique. Mais leur emploi n’est pas sans présenter quelques inconvénients : il faut mettre en première ligne la difficulté, l’impossibilité même de faire des mesures, de déterminer numériquementla valeur des actions que l’on produit ; puis, d’autre part, les effets d’induction correspondent à chaque instant à de forles différences de potentiel et à de très faibles quantités d’électricité mise en mouvement, conditions très différentes de celles qui se présentent par l’emploi des piles, il y a de plus une autre différence essentielle provenant de la faible durée des courants induits, faible durée qui peut être un inconvénient dans les expériences physiologiques ou dans les applications thérapeutiques dans lesquelles certaines actions peuvent ne pas se produire si la cause d’excitation est de trop faible durée.

Pour ces diverses raisons l’emploi des courants induits nous paraît fâcheux et, jusqu’à nouvel ordre, jusqu’à ce que l’on soit mieux renseigné sur l’influence des éléments qui caractérisent les courants et sur les moyens de mesure dans les courants induits, il nous semblerait préférable de se borner à l’usage des courants

\. M. Boudet de Paris pense que l’elfet produit dépend de l’énergie du courant,, qu’il évalue en travail mécanique : nous avons dit que nous étions disposé à admettre cette opinion.

Dans cette hypothèse, le travail correspondant à un courant d’intensité t, évaluée en milliampères, pour une différence de potentiel e entre les points d’entrée et de sortie du courant agissant pendant un temps t évalué en secondes est :

Ut

0,UUUUU’J8i

W étant évalué en milligrammètres.

A cause de la grande résistance des tissus comparée à celle de la pile, tn peut sansgrande erreur remplace z par E force électromotrice.

Dans le cas où l’on emploie un condensateur de capacité C on a :

C étant évalué en microfarad.

interrompus en ayant soin de préciser tant les données du courant même que celles qui caractérisent les interruptions.

Pour l’application des courants induits on se sert souvent d’électrodes identiques à celles qui servent pour les courants continus; mais on emploie souvent aussi des conducteurs terminés par des sphères ou des olives métalliques de petites dimensions qui permettent de limiter plus spécialement l’action à un point déterminé ; quelquefois enfin on remplace ces électrodes par de petits balais métalliques que l’on promène à la surface de la peau.

722. — Les courants induits ne présentent pas toujours les mêmes propriétés et il conviendrait dans chaque cas de choisir le courant d’après les effets que l’on veut obtenir. 11 existe une différence essentielle suivant que le fil de la bobine induite est fin et long, ou qu’il est gros et court.

La force électromotrice d’une bobine induite, pour un même courant inducteur et une même nature d’interruption, croît avec la longueur plus rapidement que l’intensité : quant à l’énergie elle croît plus vite encore L Les actions quine dépendent que de la quantité d’électricité mise en jeu seront d’autant plus fortes que le fil induit sera plus long ; mais en même temps croîtront plus rapide ment les effets qui dépendent de la différence de potentiel et de l’énergie dépensée. Suivant donc que l’on voudra ou non développer ces derniers effets il faudra prendre un fil long ou un fil court.

La section du fil induit n’intervient pas directement dans la mesure de l’intensité; mais elle joue cependant un rôle efficace en ce qu’elle détermine en réalité la distance à la bobine inductrice des couches successives des spires induites si bien qu’il y a intérêt # au point de vue de l’intensité à prendre des fils fins. La force électromotrice et l’énergie varient en raison inverse de la section, de telle sorte que, en ce qui concerne ces éléments, il y a, à plus forte raison, intérêt à prendre des fils fins1. Mais il faut remarquer

1. Reprenons en la développant un peu une formule donnée précédemment (350, note).

Si q est la quantité d’électricité, mise enjeu par l’électricité d’un courant induit d’intensité I qui commence ou qui finit, si l est la longueur du fil induit, on a, K étant un coefficient dépendant de l’appareil q = Kl/; on a également q = it, i étant l’intensité moyenne du courant induit et t sa durée : on déduit de là :

i KU

Si e est la face électromotrice correspondante, r la résistance du fil induit on a e = ir

d’autre part que la diminution de section produit une augmentation de résistance et par suite fait croître la quantité de chaleur dégagée. Aussi convient-il de ne pas donneruntropfaible diamètre au fil induit.

Dans le cas des machines magnéto-électriques, il faut faire intervenir la rapidité de la rotation, tous les éléments du courant croissant en même temps que la vitesse.

Les extra-courants, étant produits par des fils gros et courts relativement, sont donc caractérisés parce que l’énergie et la force électromotrice ne sont pas grandes par rapport à l’intensité du courant produit.

Ces diverses indications permettent de faire un choix parmi les courants d’induction lorsque l’on sait, ce qui n’est pas malheureusement le cas général, de quel élément dépend l’effet que l’on veut obtenir.

723. Appareils d’induction spéciaux. — Les appareils d’induction employés en physiologie ou en médecine sont de formes différentes suivant les usages auxquels on les destine, notamment suivant qu’ils doivent être facilement transportables ou non.

Occupons-nous d’abord des appareils de laboratoire pour lesquels le poids et les dimensions sont de peu d’importance. Dans un grand nombre de cas, trop fréquents malheureusement peut-on dire, on cherche à obtenir des effets d’induction sans chercher à les évaluer même d’une manière approchée ; on peut alors faire usage d’une machine d’induction quelconque. La bobine de Ruhmkorff est commode, mais on n’a aucune idée de ce que l’on obtient; la machine de Clarke serait préférable d’abord parce que l’on peut faire varier les effets dans un sens connu en employant les bobines à fd fin ou les bobines à gros fil, puis parce que l’on peut agir en faisant varier la vitesse de rotation; il est vrai que, alors, on produit un double effet, les courants deviennent plus faibles lorsque la vitesse de rotation diminue et de plus les changements de sens ou les variations d’intensité deviennent moins nombreuses dans un même temps.

et comme r = y— , p étant la résistance du spécifique du fil et s sa section, il vient immédiatement :

et

ei =

KWp

Ces formules bien entendu ne sont pas complètes car elles supposent implicitement que tous les points du circuit sont à la meme distance du circuit inducteur, ce qui n’est pas.

APPL I CATIONS SPÉCIALES DE L’ÉLECTRICITÉ. 507

Il n’existe jusqu’à présent aucun appareil permettant de mesurer exactement les courants induits en donnant les divers éléments qui les caractérisent ; il n’est même pas possible de reproduire dans des expériences différentes exactement les mêmes effets; on peut •cependant obtenir approximativement cette condition.

On ne se sert guère dans les laboratoires que d’appareils voltafaradiques, de bobines d’induction. Il est alors deux éléments principaux sur lesquels il faut pouvoir agir: le nombre des interruptions du courant inducteur pour un temps donné et l’intensité du courant induit pour un nombre donné d’interruptions; ce sont là deux questions complètement différentes et indépendantes.

724. — L’interrupteur Foucault et les trembleurs à ressort plus

Fig. 574. — Interrupteur pour bobine d’induction. (Gaiffc.)

ou moins modifiés dans leurs dispositions matérielles sont fréquemment employés; on peut aussi employer un électro-diapason; tous •ces interrupteurs sont sous la dépendance du courant inducteur. Il en est de même de l’interrupteur de Gaiffe (fig. 574) qui consiste en un pendule composé IL mobile autour d’un axe horizontal entre un ressort R et un électro-aimant E; comme dans les trembleurs, le courant passe par l’axe de rotation, par le pendule et par le ressort avant de se rendre à l’électro-aimant et à la bobine inductrice; lorsque le pendule oscille, chaque fois qu’il vient buter contre le ressort, il ferme le circuit et est attiré par l’électro-aimant dont il se rapproche, l’attraction cesse puisque le circuit est ouvert et le pendule retombe par son propre poids, l’action continue donc; à

chaque oscillation le courant passe, puis est interrompu dans la bobine inductrice. Ce qui caractérise ce trembleur c’est que le système tout entier est monté sur une pièce en ébonite Y à laquelle on peut donner diverses positions ; suivant la position, le pendule passe à la verticale à chaque oscillation ou est arrêté dans sa course par le ressort avant cette position, il en résulte que l’on fait varier aussi à volonté la durée de l’oscillation au moins dans une certaine mesure.

725. — Dans quelques cas, les interruptions du courant inducteur sont obtenues directement et ne dépendent pas du courant; c’est le cas où, par exemple, on intercale sur le circuit inducteur une roue à interruptions de Masson que l’on fait tourner soit à la main, soit à l’aide d’un moteur quelconque. On peut également faire usage d’un métronome, pendule composé dont le mouvement est entretenu par un rouage d’horlogerie et dont on fait varier la durée des oscillations en déplaçant un curseur sur une tige graduée. On adapte à l’axe un fil métallique recourbé dont la pointe vient à chaque instant plonger dans un godet de mercure; si alors le fil qui vient de la pile aboutit à ce mercure d’une part, tandis que le fil qui va à la bobine inductrice est en relation avec l’axe de rotation on voit que le circuit sera fermé pendant tout le temps que le fil sera plongé dans le mercure et sera ouvert quand le fil sera hors du mercure; naturellement, comme dans l’interrupteur de Foucault, il sera bon de recouvrir le mercure d’une couche d’alcool. On fera varier la rapidité des interruptions en déplaçant le curseur de manière à changer la durée des oscillations; on agira sur la durée du passage du courant induit en changeant la position du niveau du mercure par rapport à la pointe métallique, le circuit restant fermé d’autant plus longtemps que ce niveau sera plus élevé, et inversement.

726. — Dans ces diverses dispositions, on peut bien faire varier à volonté la fréquence des interruptions; mais on change aussi, par là même, la durée du passage du courant et cela suivant une loi difficile à préciser. Dans le cas du métronome même, bien qu’on puisse agir séparément sur chaque élément, on ne peut obtenir des durées de courant réellement égales lorsque l’on change la fréquence. On conçoit cependant que dans certaines recherches de physiologie, il y aurait intérêt à ne faire varier que l’un de ces éléments. C’est pour répondre à cette condition que MM. Trouvé et Onimus ont imaginé l’appareil régulateur des intermittences (fig. 575), appareil que l’on intercale dans le circuit inducteur; il se compose d’un cylindre E mû par un mouvement d’horlogerie dont la vitesse peut

être maintenue constante à l’aide d’un régulateur à ailettes J, J'; ce régulateur peut d’ailleurs varier de manière à donner des vitesses différentes 1, 2, 3, 4, 5 tours par seconde.

Le cylindre présente vingt circonférences tracées à égales distances sur sa surface. Sur la première se trouve 1 cheville; il y en a 2 également espacées, sur la seconde circonférence, 3 sur la troisième, 4 sur la quatrième, 20 sur la vingtième, ces chevilles étant régulièrement distribuées sur chaque circonférence. Un stylet F mobile parallèlement à l’axe'du cylindre peut se placer au-dessus de chacune des circonférences; il porte à la partie inférieure une came qui s’appuie sur le cylindre sous rinfluence d’un ressort;

Fig. 575. — Interrupteur Trouvé et Oniraus.

lorsque le cylindre tourne, la came soulève le stylet chaque fois qu’elle est rencontrée par une des chevilles ; le nombre des mouvements pour un tour du cylindre sera donc égal au nombre des chevilles qui se trouve sur la circonférence au-dessous de laquelle se trouve le stylet. Il est bien évident que, pour une même vitesse de rotation du cylindre la durée du mouvement du stylet reste la même qu’il soit soulevé 1, 2, 3, ou 20 fois par tour du cylindre (il n’en serait pas de même si l’on venait à changer la vitesse de rotation du cylindre).

Il est facile de comprendre comment on peut obtenir des interruptions de durée constante à l’aide de cet appareil, ou au contraire

des passages de courant ayant une durée invariable. Pour cela le stylet communique par son axe avec l’un des pôles de la pile; d’autre part son extrémité libre repose sur une pièce métallique et touche, lorsqu’elle est soulevée, une autre pièce également métallique. Supposons que la pièce inférieure soit mise en communication avec la bobine inductrice; le stylet touchera cette pointe et le courant passera, excepté aux instants où la came sera soulevée par une cheville; il y aura interruption du courant pendant le passage de la cheville et ces interruptions, quel qu’en soit le nombre, auront la même durée si l’on ne change pas la vitesse du cylindre.

Supposons au contraire que ce soit la pièce supérieure qui ait été mise en communication avec la bobine inductrice ; alors le courant ne passera pas lorsque le stylet sera en repos, et il s’établira seulement pendant le temps que la came étant soulevés par une cheville la pointe du stylet viendra toucher la pièce supérieure. Pour les mêmesraisons que précédemment, et, dans les mêmes conditions, les durées de passage du courant seront donc bien égales.

On pourra donc avoir des interruptions ou des passages de courant d’égale durée et dont le nombre pour un même temps variera suivant la série 1, 2, 3,.... 20. Mais on ne pourra dépasser ce dernier rapport sans modifier cette durée parce qu’il faudrait changer la vitesse de rotation du cylindre.

11 est clair que s’il était nécessaire d’obtenir d’autres rapports, il suffirait d’employer un cylindre sur lequel les chevilles seraient distribuées suivant une autre loi.

727. Réglage des courants induits. — L’intensité du courant induit, pour une même loi de variation du courant inducteur (c’està-dire pour un même interrupteur), dépend de divers autres élémentsque l’on peut faire varier à volonté.

On peut évidemment d’abord agir sur l’intensité du courant inducteur, soit en prenant un plus ou moins grand nombre d’éléments, soit en faisant varier la résistance du circuit par un des procédésque nous avons déjà indiqués.

Mais il y a un autre procédé qui a été employé dans l’appareil connu sous le nom de chariot de Du Bois-Reymond , il consiste à faire varier la distance entre la bobine inductrice et la bobine induite, l’action diminue évidemment lorsque la distance augmente.

L’appareil est constitué par un banc en bois G (fig. 576) présentant une rainure longitudinale parallèlement à laquelle se trouve une règle graduée; à une extrémité s’élève une planchette verticale en bois supportant à une certaine hauteur la bobine inductrice 11

maintenue horizontalement par une de ses extrémités et parallèle à la rainure, sur la face opposée de cette planchette se trouve en général l’interrupteur L qui peut être d’un modèle quelconque.

Un chariot en bois, qui pénètre dans la rainure, y glisse et peut s’arrêter en un point quelconque, supporte la bobine induite II dont l’axe est parallèle à la rainure et qui est creusée cylindriquement à sa partie centrale. Elle est à une hauteur telle que lorsque le chariot est poussé à fond de course la bobine inductrice pénètre précisément dans l’ouverture centrale de la bobine induite qui la recouvre entièrement; les extrémités des fils de la bobine induite aboutissent à deux bornes où se fixeront les fils qui serviront d’électrodes.

11 est facile de concevoir que l’action inductrice sera la plus considérable possible lorsque la bobine induite sera à fond de course et qu’elle diminuera au fur et à mesure qu’elle s’éloignera

Fig. 570. — Bobine à chariot de Du Bois-Reymond. (Gaiffe )

de cette position.. L’indication de la distance qui sépare les deux bobines précisera, pour un courant inducteur et un mode d’interruption donnés, les courants induits produits.

L’action inductrice se produit à grande distance, aussi faut-il que le banc et la règle graduée aient une grande longueur. A une distance de lm,50, dans les appareils du modèle ordinaire, et avec un courant inducteur produit par 2 Bunsen, on entend un bruit très distinct dans un téléphone placé dans le circuit de la bobine induite.

Enfin, comme nous l’avons dit, les dimensions du fil de la bobine induite exercent une influence, aussi a-t-on généralement trois chariots différents portant des bobines de même diamètre mais recouvertes respectivement de fils gros, moyen et fin et dont les longueurs sont respectivement aussi faibles, moyenne et grande. On emploie chaque bobine suivant les résultats à atteindre, en se rappelant que

la différence de potentiel obtenue croît avec le nombre des spires et que la quantité d’électricité augmente quand la résistance du fil diminue.

728. Machines d’induction transportables. — On a adopté des dispositions assez variées pour les appareils d’induction destinés à être facilement transportés : nous décrirons quelques-uns des types qui sont actuellement le plus usités en commençant par les appareils volta-faradiques.

Appareil de M. Gaiffe. — Le modèle de M. Gaiffe, qui rappelle

Fig1. 577. — Appareil d’induction de poche. (Gaiffe.)

une disposition primitivement adoptée par Ruhmkorff, se compose d’une boîte de petites dimensions (fig. 577) comprenant trois compartiments. Le premier renferme la pile L, qui est formée de deux éléments au sulfate de mercure (328) ou au chlorure d’argent (325) ; dans le second se trouve la bobine d’induction M en face de laquelle se trouve l’interrupteur à ressort P dont on peut faire varier entre certaines limites la rapidité des vibrations; les communica-

tions entre la pile et la bobine sont fixes et s’établissent naturellement lorsque l’on met les éléments en place. Le troisième compartiment contient des électrodes de formes diverses que l’on applique suivant les cas et des conducteurs souples.

On règle la fréquence des courants en agissant sur l’interrupteur; d’autre part on peut faire varier l’intensité par l’emploi du gradua leur ; cet organe est composé d’un cylindre creux de laiton B interposé entre la bobine et le 1er doux. Les courants induits qui se produisent dans cette enveloppe métallique diminuent d’une manière notable la production des courants induits; on augmentera donc l’action de ceux-ci en sortant le graduateur, et inversement.

Des bornes dans lesquelles on fixe les extrémités des conducteurs qui aboutissent aux électrodes permettent de recueillir à volonté les courants induits seuls, les extra-courants seuls, ou enfin les courants induits et les extra-courants réunis.

729. Machine magnéto-électrique de Page. — Cette machine, dont un modèle spécial aux applications médicales a été construit par Breton, est formée d’un aimant en fer à cheval devant les pôles duquel tourne une traverse de fer doux : autour des pôles est enroulé un fil constituant deux bobines réunies l’une à l’autre. Le déplacement du fer doux produit des variations dans le champ magnétique par suite de la réaction sur l’aimant, d’où résultent des courants induits dans le circuit des bobines. Les actions simultanées sur les deux bobines sont de sens contraire, aussi faut-il, pour que les actions soient concordantes, que les fils aient des enroulements inverses. La période qui ramène l’appareil à deux positions identiques est d’un demi-tour seulement de la traverse pendant lequel il y a deux changements de sens du courant; il y aura donc quatre changements de sens pour un tour complet de la traverse. Si donc on veut avoir des courants redressés, il faut disposer un commutateur spécial.

Le réglage dans ces machines se fait d’une part en modifiant la vitesse de rotation, ce qui change le nombre des interruptions en même temps que l’intensité, et d’autre part en faisant varier la distance du fer doux à l’aimant, ce qui modifie seulement l’intensité.

730. Machine magnéto-électrique de M. Gaiffe. — Dans ce modèle (fig. 578), M. Gaiffe a réuni les principes des machines de Clarke et de Page; il y a des bobines tournant devant un aimant, bobines contenant un noyau de fer doux, et des bobines entourant les régions polaires de l’aimant permanent; on réunit les courants produits dans ces deux paires de bobines à l’aide d’un commutateur

GARIEL. If. — 33

qui doit présenter une disposition particulière puisque, pour une révolution complète, le courant change quatre fois de sens dans les bobines fixes et deux fois seulement dans les bobines mobiles.

Le réglage de l’intensité du courant pour une même vitesse de rotation est obtenue en approchant ou éloignant, à l’aide d’une vis, l’aimant de l’armature mobile.

731. — Dans les appareils que nous venons de décrire ou de signaler, on ignore, comme nous l’avons dit le mode d’action de l’électricité et on ne peut avec certitude, rapporter les effets observés aux phénomènes mécaniques, thermiques ou chimiques; comme nous l’avons dit aussi nous sommes porté à penser que ce sont ces

Fig. 578. — Machine magnéto-électrique. ( Gaiffe .)

derniers qui interviennent et nous ne croyons pas que l’électricité ait une action physiologique spéciale.

Mais il y a un certain nombre de cas dans lesquels les effets qui sont utilisés, comme moyens thérapeutiques par exemple, sont d’une nature bien déterminée, thermiques ou chimiques. Nous allons en donner des exemples.

732. Du galyanogautère. — Dans un certain nombre de cas que ce n’est pas ici le lieu de déterminer, les chirurgiens emploient des pièces métalliques portées à l'incandescence : c’est là ce qui constitue le cautère ou, en précisant, le cautère actuel. Quels que soient les avantages de ce procédé, son emploi était très limité à cause des conditions mêmes dans lesquelles il était utilisé : la pièce métallique était chauffée à la température voulue et appliquée au point

indiqué; mais on conçoit que le refroidissement ne tardait pas à se manifester; pour éviter quil ne fût trop rapide, il fallait donner au cautère une masse assez considérable, ce qui le rendait peu aisé à manier sans s’opposer absolument à ce refroidissement. 11 était évident que le cautère sérait susceptible de très nombreuses applica- Lions’si l’on parvenait à obtenir qu’une masse métallique de formes et de dimensions quelconques pûl être maintenue à une température déterminée, cette température pouvant varier suivant les circonstances. Deux solutions ont été données de ce problème et ont rendu

Fig. 579. — Pile à galvanocautère . (Trouvé.)

de grands services : l’une est le thermocautère de Paquelin dont nous n’avons pas à parler ici, l’autre est le galvanocautère dont l’emploi a été signalé pour la première fois par Meider, à Vienne (1845).

733. — Le galvanocautère repose sur réchauffement que subit un fil de platine traversé par un courant : il comprend donc essentiellement deux parties; l’appareil producteur du courant et le cautère proprement dit.

L’appareil producteur de courant peut être quelconque : jusqu’à présent on a employé seulement les piles et les accumulateurs.

M. Trouvé emploie une pile au bichromate de potasse : le liquide

est placé dans un vase de dimensions assez grandes de manière à diminuer la polarisation. Il y a 10 zincs et 10 charbons groupés de manière à faire deux éléments à grande surface (fig. 579); ces plaques sont placées à côté les unes des autres, séparées par des jarretières de caoutchouc que l’on place en haut et en bas des charbons; elles sont toutes maintenues dans un cadre rigide en ébonite présentant une poignée A à la partie supérieure, de telle sorte que l’on peut aisément plonger les couples ensemble dans le liquide excitateur, l’en sortir plus ou moins complètement, le plonger dans l’eau, etc.

Les fils qui conduisent le courant au cautère sont fixés à des bornes placées à la partie supérieure du cadre.

Pour régler le courant et, par suite, la température à laquelle est porté le fil, il faut pouvoir faire varier l’intensité du courant : le meilleur procédé consiste dans l’introduction dans le circuit d’un rhéostat de forme quelconque. On se dispense souvent de cet appareil et l’on règle l’intensité en enfonçant plus ou moins les couples dans le liquide. On fait ainsi varier la résistance de la pile et par suite celle du circuit tout entier dans des proportions très grandes.

Dans quelques anciens modèles, M. Trouvé avait adapté au cadre en ébonite un tube de caoutchouc par lequel on pouvait insuffler de l’air dans le liquide d’après les indications de Grenet;mais cette disposition paraît avoir été généralement abandonnée, elle exigeait l’emploi d’un aide supplémentaire, ce qui était un inconvénient.

Bien que tous les modèles de piles puissent convenir, c’est presque exclusivement la pile au bichromate qui a été employée; dans le modèle de M. Chardin, la pile est tout entière renfermée dans une boîte; le liquide est contenu dans deux auges en verre, les zincs et les charbons, groupés toujours de manière à constituer deux éléments de grande surface, sont fixés à la face inférieure d’une planchette que l’on peut faire monter ou descendre à l’aide d’une vis, le mouvement étant guidé par des tiges métalliques latérales. La boîte s’ouvre sur le côté pour pouvoir enlever les auges, mettre ou jeter le liquide, le remplacer par de l’eau pour le lavage des plaques, etc.

734. — Dans un autre modèle, M. Chardin a cherché à rendre la pile transportable alors qu’elle est prête à fonctionner. La boîte est alors plus large (fig. 580) et il existe, entre les plaques extrêmes de chaque élément F et les tigesqui guident le mouvement, deux espaces vides dans lesquels on place les auges L contenant le liquide; quand on abaisse la planchette supérieure, elle vient s’appliquer par

deux feuilles de caoutchouc qui sont fixées à sa face inférieure sur les bords de ces auges de manière à rendre la fermeture hermétique. Lorsqu’on veut faire fonctionner la pile, on lève la planchette, on place les auges sous les lames de zinc et de charbon, et on abaisse de nouveau la planchette d’une quantité plus ou moins considérable suivant que l’on veut obtenir un courant plus ou moins intense. On fait la manoeuvre inverse lorsque l’on cesse de se servir de la pile; mais comme alors les plaques entraînent un peu de liquide qui corroderait la boîte, on place au-dessous de chaque élément une petite auge vide en ébonite M.

Dans une autre disposition imaginée par M. Boisseau du Rocher, les zincs et les charbons sont fixes et placés dans des auges en porcelaine; celles-ci ont une forme particulière et présentent deux parties, le liquide est renfermé dans la partie inférieure, mais en y insufflant de l’air on peut le faire monter par pression dans la cavité supérieure où il vient baigner les zincs et les charbons, s’élevant plus ou moins suivant la quantité d’air insufflée. Il suffit de laisser échapper l’air pour que le liquide retombe dans la cavité inférieure par son propre poids.

735. — Il n’est pas difficile d’imaginer d’autres dispositions qui pourraient être adoptées pour répondre à des besoins divers.

Nous n’insisterons pas et nous dirons seulement que nous avons mesuré la force électromotrice et l’intensité du courant qui, dans une expérience donnée, amenaient un cautère à l’incandescence convenable :

La force électromotrice de la pile était de 3volts,6 environ, sa résistance de 0ohm,l, l’intensité du courant de 20 ampères et la résistance du cautère de 0ohm,08.

Il est évident que l’on peut sans difficulté remplacer la pile par un accumulateur : il existe plusieurs modèles qui présentent cette disposition. Gomme on ne peut, dans ce cas, faire varier la résistance de la pile ni le nombre des éléments, il faut nécessairement joindre un rhéostat à l’appareil pour régler l’intensité du courant.

On charge l’accumulateur avec une pile quelconque qui peut être peu puissante; pour éviter les inconvénients que présente l’emploi des piles à liquides, M. Chéron a proposé de charger l’accumulateur à l’aide d’une pile thermo-électrique.

736. — Le cautère proprement dit comprend un manche sur lequel on fixe à volonté les pièces métalliques de formes variées suivant les circonstances.

Le manche (fig. 581) est formé par une substance isolante, de

rébonite ou du bois le plus souvent, qui est traversée de part en part dans le. sens de sa longueur par deux conducteurs métalliques; à une extrémité se fixent les fils qui viennent de la pile, à l’autre on fixe par des vis les extrémités du conducteur métallique qui constitue le cautère.

L’un des conducteurs qui traversent le manche est sectionné obliquement vers sa partie médiane et, par suite de l’élasticité, les deux portions tendent à se séparer, le courant est alors interrompu; pour le rétablir il suffit d’appuyer sur une pièce en ivoire B située latéralement et qui met en contact les deux parties coupées.

De plus, un mouvement de verrou permet de maintenir ce con-

Fig. 580. — Pile à galvanocautère. [Chardin.)

tact sans qu’il soit nécessaire de continuer à appuyer; un mouvement du verrou en sens contraire rend libre le conducteur intérieur et interrompt le courant.

Primitivement on a cherché à donner au galvanocautère des formes qui rappelaient les cautères autrefois en usage; et comme on ne peut amener à l’incandescence une masse de platine ayant des dimensions un peu grande, on enroulait un fil de platine fin (0mm, 5 de diamètre environ) sur un support de porcelaine ayant la forme du cautère; c’est ainsi que l’on obtenait, par exemple, le cautère en olive.

Mais on reconnut bientôt que le galvanocautère pouvait être utilisé sous de nombreuses autres formes d’une manière au moins aussi avantageuse; on eut alors des cautères propres à faire des pointes de feu, à pénétrer au besoin dans les tumeurs, cautere forme par un fil recourbé de manière à présenter deux parties parallèles très voisines et un sommet à angle plus ou moins aigu (fi g. 581). On emploie aussi très fréquemment le couteau galvanique ou cautere

cultellaire formé par une lame assez mince, résistante cependant et recourbée dans le plan de sa partie élargie (fig. 582). Ce couteau sert dans un grand nombre de cas; amené à une température convenable, le rouge sombre, qui correspond à 700 ou 800° environ, il produit l’hémostase; à une température plus basse, il n’entamerait pas les tissus assez aisément, à une température plus élevée, il pourrait amener des hémorrhagies.

737. — Le galvanocautère rend également de grands services sous la forme d’anse galvanique : l’anse galvanique (fig. 583) comprend comme les cautères précédents un manche A avec poignée permettant de faire passer ou d’interrompre le courant. Un fil de platine assez fin pour être souple, assez résistant cependant, passe dans deux guides à l’extrémité d’une tige d’ivoire F fixée sur le prolongement du manche de manière à former au delà une boucle, une anse G; par ses extrémités il est fixé à un treuil que l’on peut faire mouvoir à l’aide d’un bouton E de manière à rétrécir à volonté la boucle.

Les guides placées à l’extrémité de la tige d’ivoire F communiquent par des pièces métalliques fixées sur cette tige avec les conducteurs situés dans le manche, de telle sorte que lorsque le circuit est fermé l’anse est traversée par le courant et peut ainsi être amenée à l’incandescence. On conçoit aisément alors que, si l’on a embrassé le pédicule d’une tumeur avec l’anse, en faisant passer le courant et agissant sur le treuil, on arrivera à sectionner le pédicule.

738. Actions thermiques au contact des électrodes : gàlvanotuncture ou électrolyse. — Indépendamment des modifications chimiques que le courant doit nécessairement amener dans l’intimité des organes qu’il traverse, il agit aussi chimiquement aux points d’entrée et de sortie dans le corps, aux points d’application des électrodes. Cette action peut être assez minime pour passer presque inaperçue, elle doit même être telle si elle n’est pas le but que l’on se propose d’atteindre; elle peut, au contraire, être très notable.

Pour diminuer l’action chimique superficielle, qui est faible d’ailleurs tant que le courant ne dépasse pas 30 milliampères, il faut augmenter la surface des électrodes en employant de larges plaques, des feuilles d’amadou imbibées d’eau salée, ou, comme l’a proposé M. Apostoli, de la terre glaise rendue humide par une dissolution saline.

Si le courant présente une intensité suffisante et que les électrodes soient de faibles dimensions, on obtient une action chimique modérée qui est capable de produire la rubéfaction ou même la vésication. M. le Dr Boudet de Paris a proposé d’appliquer ce procédé dans les cas où l’on cherche à obtenir ces résultats; mais, comme il est inutile dans ce cas de faire traverser tout ou partie de l’organisme par le courant; il a disposé un excitateur spécial. Cet excitateur (fig. 584) se compose de deux pièces circulaires métalliques placées concentriquement; elles sont isolées l’une de l’autre

et portées par un manche en métal; I chacune d’elles communique par un fil métallique avec un des pôles de la pile; le courant passe donc par la peau et les parties superficielles de l’une de ces plaques* à l’autre, en général, de l’anneau extérieur à la plaque intérieure. On règle l’action en faisant varier soit i’intensité du courant, soit la durée de son passage.

Contrairement à l’opinion de M. Boudet de Pâris, nous ne croyons pas qu’il y ait là une action thermique, mais une action chimique. Dans l’action d’un courant sur des tissus animaux, il y a décomposition des diverses parties constitutives et notamment des sels qui s’y trouvent compris, sels parmi lesquels existent en certaine proportion des sels alcalins à acides organiques. Il se passe, dans ce cas,

Fig. 584. — Excitateur concentrique.

ce qui se produit dans l’électrolyse en général, le métal se portant au pôle négatif et le radical acide au pôle positif; mais ces éléments, au contact de l’eau, produisent des actions secondaires donnant des bases alcalines d’une part et des acides de l’autre; nous pensons que ce sont ces substances qui agissant chimiquement produisent les effets que nous venons de signaler.

739. — C’est d’ailleurs certainement à ces actions chimiques qu’il faut attribuer les effets observés au contact des électrodes lorsque le courant est plus énergique ou agit plus longtemps; il y a alors une action caustique incontestable qui se traduit par la formation de véritables eschares : au pôle négatif se forment des eschares molles, au pôle positif des eschares dures et rétractiles, les unes et

les autres analogues à celles qu’aurait produites directement l’action des alcalis ou celle des acides. Ajoutons que, au pôle positif, on •observe également la coagulation de l’albumine, effet dû également à la présence des acides organiques.

Ces effets ont été appliqués en chirurgie et constituent la base de ce que l’on appelle la galvanocaustique chimique ou électrolyse , que l’on applique le plus souvent sous la forme particulière de galvanopuncture. On introduit dans les tissus au point où l’on veut agir des aiguilles en acier ou en fer doux; si elles doivent agir seulement profondément, comme c’est le cas pour les anévrysmes, elles sont garnies d’un vernis isolant excepté à leurs extrémités ; dans ce cas, il convient qu’elles soient très fines et il faut employer des dispositions spéciales pour les enfoncer. Les têtes de ces aiguilles sont alors munies d’une pince où l’on attache le fil qui aboutit au pôle positif de la pile, tandis que le fil négatif est en communication avec une large électrode appliquée à quelque distance sur la peau du malade. On fait passer le courant, en prenant la précaution nécessaire de le faire croître progressivement et, de même, de ne le faire cesser que progressivement. Dans des opérations faites sur des anévrysmes, on a pu atteindre l’intensité de 50 milliampères et prolonger l’action pendant 10 minutes. Quand on fait usage de plusieurs aiguilles, on les met souvent en contact avec la pile successivement; quelquefois cependant on a établi le contact simultanément pour toutes.

Il semble hors de doute maintenant et contrairement à des opinions opposées qui ont été exprimées à diverses reprises que, dans le cas des anévrysmes, les aiguilles doivent être mises en contact avec le pôle positif toujours et non avec le pôle négatif ou alternativement avec les deux. C’est du reste en conformité avec ce que l’on sait de l’action des pôles sur le sang.

740. — Une autre application de l’action électrolytique des courants consiste dans le passage de substances médicamenteuses dans l’organisme sous l’influence des courants, non que, comme il a été avancé à tort, on puisse faire pénétrer ainsi des substances complexes quelconque, mais seulement quelques éléments simples ; c’est ainsi que, en mettant en contact avec la peau (à l’aide d’un bain local, par exemple) une dissolution d’iodure de potassium, où plonge l’électrode négative d’une pile tandis que l’électrode positive est appliquée sur la peau, on peut, par suite d’une action électrolytique suivie d’absorption, faire pénétrer une petite quantité d’iode. Mais d’une part, l’iode n’est pas, comme il a été dit, transporté au pôle

positif, il se combine, dès son entrée sans doute, et son existence ne peut être décelée que par l’analyse des sécrétions qui peuvent en renfermer, l’urine, par exemple; d’autre part, la quantité qui pé- • nètre ainsi est très petite (Lauret, 1885).

Il est possible cependant que cette méthode puisse être utilisée dans quelques cas exceptionnels d’intolérance de certains médicaments; mais il ne paraît pas douteux qu’elle n’ait pas la généralité qu’on a cru pouvoir lui attribuer.

74-1 . — Emploi de l’électricité comme moyen de diagnostic. — Si les procédés électriques sont peu variés, en réalité, en thérapeutique. il n’en est pas de même de l’emploi de ces procédés comme méthode d’observation, de diagnostic. Nous ne pouvons qu’indiquer sommairement les applications principales qui ont été proposées, nous ne doutons pas d’ailleurs qu’elles ne se multiplient de plus en plus et cette considération devrait suffire pour que les médecins se tinssent au courant, au moins d’une manière générale, des progrès de l’électricité.

Un fil de platine (métal présentant une grande résistance au passage du courant, une très faible conductibilité) traversé par un courant assez intense est facilement amené à l’incandescence. La lumière qu’il produit serait d’un prix élevé et ne peut être employée à l’éclairage d’une manière pratique ; elle a été utilisée par M. Trouvé qui dans le polyscope s’en est servi comme moyen d’éclairage des cavités en chirurgie; le fil de platine fin, porté par un manche isolant contenant deux conducteurs, comme le manche du galvanocautère, est placé devant un réflecteur émaillé de forme variable qui a le double avantage d’augmenter la quantité de lumière envoyée dans une direction donnée et d’empêcher le rayonnement et par suite réchauffement dans les autres directions (fig. 585 et 586).

Le polyscope fonctionne à l’aide d’une pile ou d’un accumulateur; un rhéostat permet de varier l’intensité du courant et par suite la puissance d’éclairement.

Actuellement, M. Trouvé, emploie dans la construction du polyscope de petites lampes à incandescence pour remplacer le fil de platine.

742. — M. Trouvé a employé le même procédé pour éclairer et voir les cavités profondes : à l’intérieur d’une sonde, on introduit en face d’une fenêtre latérale un fil de platine f (fig. 587) amené à l’incandescence par le passage d’un courant; la lumière est renvoyée normalement à la sonde à travers la fenêtre par un prisme à réflexion totale et éclaire les parties voisines. La lumière émanée

de ces parties fait le même trajet en sens contraire. Une série de lentilles placées convenablement dans la sonde ou sur un prolongement permet d’avoir une image nette de la partie que l’on veut examiner.

Dans un nouveau modèle, M. Trouvé remplace le fil de platine par une petite lampe à incandescence placée dans un réservoir en verre

plein d’eau pour éviter réchauffement : ce changement entraîne d’ailleurs quelques modifications de détails.

Reprenant la même idée, M. Boisseau du Rocher a construit un appareil qu’il appelle électromégaloscope et qui ne diffère de l’appareil précédent que par les dispositions optiques sur lesquelles il est sans intérêt d’insister ici.

Les lampes à incandescence ont été proposées et peuvent être

employées avec avantagepour obtenir un éclairement convenable dans nombre de circonstances; nous en avons déjà donné des exemples.

743. Mesures des températures. — Nous avons déjà décrit les aiguilles thermo-électriques qui permettent de comparer aisément

les températures de deux points déterminés, soit qu’il s’agisse, par exemple d’étudier ce qui se passe à ce point de vue chez un insecte vivant comparé à un insecte mort, soit que l’on cherche la différence qui existe entre la température d’un muscle qui travaille et celle d’un muscle qui ne travaille pas, ou la différence que Ton observe entre la température du sang artériel et celle du sang veineux. Nous n’insisterons donc pas, et nous nons bornerons à décrire le dispositif que M. Redard a combiné pour permettre de déterminer la température absolue en un point du corps (fig. 588).

M. Redard emploie deux éléments fer-maillechort d’une forme spéciale; ils sont entourés d’une chemise de fer de manière à ne présenter que ce métal à la périphérie. Ils sont montés en opposition et leur circuit comprend un galvanomètre G, auquel on a donné une forme très ramassée. L’un des élémentsE est appliqué, maintenu sur la peau au point que l’on veut étudier ; l’autre D est introduit dans un tube rempli de mercure plongé dans de l’esprit de bois où plonge également un thermomètre. On opère par la méthode de réduction au zéro; on cherche à amener et à maintenir au zéro l’aiguille du galvanomètre et on y arrive soit en chauffant l’esprit de bois avec une lampe à alcool, soit en le refroidissant par l’insufflation d’air froid à l’aide d’une poire de caoutchouc P. Lorsque l’aiguille du galvanomètre est au zéro, la température indiquée par le thermomètre est précisément celle du point où est appliqué le second élément.

744. Explorateur Trouvé; pince exploratrice. — L’explorateur Trouvé est destiné à reconnaître la nature d’un corps dur situé au fond d’une plaie et que ne permet pas de distinguer un sondage à l’aide d’une sonde ordinaire,; 41 se compose (fig. 589) d’une sonde constituée par une matière isolante et dans laquelle passent deux fils métalliques qui, à l’extrémité libre, dépassent légèrement l’enveloppe et sont terminés par des pointes aiguës. A l’autre extrémité la sonde porte un petit Irembleur à électro-aimant, tout à fait analogue à une sonnerie qui n’aurait pas de timbre ; le mouvement du trembleur est visible car le système qui est de petites dimensions est compris entre deux lames de glace; il se produit d’ailleurs un bruit qui est suffisamment distinct, même à quelque distance ; ce système est relié, par deux cordons souples renfermant une âme conductrice recouverte de soie, à une pile qui peut être de petites dimensions également et qui, fermée hermétiqnement, peut se porter en bandoulière.

A l’état de repos, le circuit n’est pas fermé, et, par suite, le trembleur ne fonctionne pas; lorsque l’on veut faire une exploration, on

introduit la sonde dans la plaie ou dans ïa fistule jusqu’à ce qu’elle soit arrêtée par le corps dur dont on veut connaître la nature ; s’il s’agit d’un os ou d’un fragment d’os, la substance osseuse même humide étant très peu conductrice, le courant ne s’établit pas; si, au contraire, la sonde a rencontré un fragment métallique, le métal établit la communication entre les deux pointes, le circuit est fermé

Fig. 589. — Explorateur Trouvé. Fig. 590. — Pince exploratrice Trouvé.

et le trembleur entre en action. L’effet se produit même si un morceau d'étoffe recouvre le fragment métallique, comme il arrive souvent dans le cas de blessures par arme à feu, parce que les pointes des fils pénètrent à travers l’étoffe jusqu’au métal.

On peut aisément reconnaître si le fragment métallique est constitué par du plomb ou par un métal dur comme le fer ou le cuivre.

Dans le premier cas, les pointes ont pénétré d’une petite quantité dans le métal et un léger déplacement de la sonde ne fait pas cesser le contact, le courant continue de passer; dans le cas du cuivre ou du fer, il n’en est pas de même : le contact ne s’est établi que superficiellement et le moindre mouvement de la sonde le fait cesser pour une pointe ou pour les deux, le courant ne passe plus, le mouvement du trembleur s’arrête.

Quelquefois même, lorsque le fragment considéré n’a pas pénétré trop profondément, on peut distinguer le cuivre du fer en approchant une petite aiguille aimantée suspendue par un fil de coton, aiguille qui est influencée par le fer et non par le cuivre. Mais cette distinction ne peut pas toujours être effectuée.

Nous indiquerons en parlant de la bobine d’induction comment on peut être renseigné dans des cas analogues à ceux que nous signalons.

Le même trembleur peut être appliqué utilement aux pinces qui sont employées à faire l’extraction de fragments métalliques; les branches de ces pinces (fig. 590) sont isolées l’une de l’autre au pivot et sont reliées aux bornes du trembleur; lorsque les mors, généralement garnies de pointes, serrent le morceau de métal, le circuit est fermé, le trembleur fonctionne; il reste immobile, au contraire, tant que le fragment métallique n’est pas serré par lesmors ou lorsque les mors sont fermés sur un os ou une partie osseuse non conductrice.

745. Etude de la sensibilité, de la contractilité. — Un élément important de diagnostic, surtout dans les affections du système nerveux, c’est la sensibilité générale; il n’est pas sans intérêt de l’étudier au point de vue des actions électriques. On promène à la surface du corps deux pointes mousses dont la distance a été fixée à l’avance et qui communiquent avec les bornes d’une machine d’induction et l’on cherche s’il est des points où l’on ne perçoit pas la sensation spéciale éprouvée sur les autres parties de la peau, des 'points anesthésiques pour l’action électrique. Il peut aussi y avoir d’ailleurs des points hyperesthésiques. On peut même obtenir une mesure de ces modifications en employant une bobine inductrice formée de deux fils traversés en sens contraire par des courants : l’induction sera nulle quand les courants seront égaux, elle croîtra avec la différence d’intensité; cette différence d’intensité mesurera donc la grandeur de l’action produite. Au lieu de mesurer les intensités, on peut, comme l’a fait M. Boudet de Paris, établir les deux fils en dérivation sur une même pile et mesurer la grandeur de la résis-

tance qu’il faut introduire dans l’une des dérivations pour provoquer une sensation.

Il est utile également de mesurer le retard de la sensation : on opère alors à l’aide de la méthode d’e’nregistrement. On provoque une excitation et on inscrit sur le cylindre le moment où cette excitation s’est produite : le patient presse sur un bouton quand il perçoit la sensation, le bouton met en jeu un signal Marcel Deprez qui enregistre ainsi l’instant où la sensation a été perçue. La distance des deux tracés obtenus permet de mesurer le temps qui a séparé l’excitation de la sensation.

746. — L’étude de la contractilité se fait en cherchant quelle est

Fig. 50 J . — Pont différentiel du D1- Boudet de Paris.

la plus faible étincelle ou le plus faible courant qui puisse provoquer la contraction d’un muscle déterminé.

On peut pour obtenir des mesures numériques employer la bobine d’induction à courants inducteurs différentiels que nous avons indiquée plus haut.

On peut également utiliser cet appareil pour l’étude spéciale de l’acuité de la sensation auditive ; le pont différentiel de M. Boudet de Paris employé dans ce cas est une forme particulière de la balance d’induction. Une pile P (fîg. 591) est reliée à un microphone M qui est soumis à l’action de vibrations quelconques produites par un rouage d’horlogerie, ou seulement en mettant une montre contre le microphone : des bornes a et b , où aboutissent les fils de la pile, partent les deux circuits B et B' qui s’enroulent d’une manière égale mais en sens contraire sur une bobine munie d’un noyau de

GARIEL. jj ^ ^

fer doux; l’un de ces circuits comprend une boîte de résistance r. Enfin un autre fil fin G, est enroulé sur la bobine et forme un troisième circuit comprenant un téléphone.

Lorsque les courants circulant en B et B' auront des valeurs déterminées (valeurs égales si les circuits sont identiquement disposés sur la bobine) aucun courant induit ne sera produit ; mais il en naîtra aussitôt que, en agissant sur la boîte r, on aura modifié l’intensité de l’un des courants. Il y aura donc des vibrations dans le téléphone, mais le son ne sera perçu que si ces vibrations sont assez fortes, c’est-à-dire que s’il existe une assez grande différence d’in-

tensité entre les courants. La plus petite valeur de la résistance qui permet d’entendre un son peut être prise comme caractérisant

747. Myophone. Sphygmophone. —L’emploi du téléphone et du microphone a été proposé et utilisé dans un certain nombie de cas , il a même semblé tout d’abord que cette sensibilité extrême serait très précieuse pour l’exploration du fonctionnement de cei tains organes. Il ne semble pas, quant à présent, que le succès ait i épon u aux espérances ; non pas que les appareils ne soient pas assez sensibles, mais au contraire parce qu’ils sont trop sensibles et qu 1 est difficile d’analyser les bruits que l’on perçoit et d’en dégager celui

l’acuité auditive.

sur lequel l’attention doit être surtout portée; il est à souhaiter que par la suite, une étude attentive permette d’utiliser ces précieux moyens d’investigation.

M. Boudet de Pâris a donné au microphone (fig. 482) une forme particulière qui sous le nom de myophone lui a permis d’étudier le bruit musculaire; le fonctionnement de l’appareil se comprend aisément.

Il en est de même du spliygmophone (fig. 592) qui sert à l’étude du pouls et qui est une application du microphone au sphygmographe, l’appareil enregistreur de celui-ci étant remplacé par un appareil produisant le son dans le téléphone.

Il a de même appliqué le microphone au tambour explorateur de Marey (fig. 593) ; celui-ci relié à un embout par un tube de caout-

chouc, peut, par exemple s’appliquer sur la peau au niveau des vaisseaux et servir comme sphygmophone. Dans quelques cas, il peut être utile d’adapter à l’embout une membrane tendue munie d’un bouton explorateur.

748. Sonde exploratrice. Emploi de la balance d’induction. — La sonde exploratrice est destinée à reconnaître principalement l’existence de calculs ou autre corps durs dans la vessie. Elle est formée d’une sonde rigide ordinaire A (fig. 594) qui se termine par un cylindre formant poignée et dans lequel se trouvent des charbons qui constituent un microphone ; le microphone est placé dans un circuit qui comprend une pile M et un téléphone E.

La sonde étant introduite dans la vessie, si l’appareil est convenablement réglé on n’entend, en mettant le téléphone à l’oreille, qu’un frôlement lorsque le bec de la sonde rencontre la muqueuse;

mais tout choc contre un corps dur produit un bruit sec très nettement perceptible et qui donne une certitude absolue.

Enfin, comme nous l’avons dit, la balance d’induction (616) peut être employée pour diagnostiquer la présence dans le corps de morceaux de métal dont on ne peut vérifier directement l’existence. Lorsque l’appareil est réduit au silence, en approchant une bobine

Fig. 594. — Sonde exploratrice à microphone. (Chardin.)

de l’endroit où se trouve le métal un bruit doit se produire dans le téléphone même lorsque le métal est à une assez grande distance.

Bien que l’on n’ait pas obtenu des résultats satisfaisants dans le cas du président Garfield pour lequel la méthode avait été imaginée, il ne paraît pas douteux qu’elle ne soit appelée par la suite à rendre de réels services.

APPENDICE

749. — Depuis la publication du premier volume de cet ouvrage, de nombreuses inventions ont été faites que l’on ne saurait faire rentrer dans le cadre des chapitres précédents parce quelles se rapportent à des appareils de mesure ou à des appareils de laboratoire. Nous ne pourrions songer à les signaler tous ; il en est quelques-uns cependant qui, par leur originalité, par leur disposition vraiment nouvelles nous paraissent mériter -d’être indiqués; nous les décrirons donc sommairement dans cet appendice qui devrait en réalité figurer plutôt à la fin du premier volume.

Nous faisons de nombreuses omissions, nous ne l’ignorons pas ; mais elles sont volontaires; nous pensons que, avec les renseignements fournis jusqu’à présent, il est possible de se rendre compte aisément du fonctionnement des instruments que nous passons sous silence.

750. Machine a influence du type de M. Wimshurst. — Cette machine intéressante a été construite par la maison Bréguet d’après les idées de M. Wimshurst (fig. 595) ; elle se compose de deux disques en verre placés parallèlement à une petite distance et pouvant tourner en sens contraire autour d’un axe passant par leurs centres et perpendiculaire à leur direction. Chaque disque porte 12 secteurs formés de feuilles métalliques au centre desquels se trouve une pastille métallique.

Deux peignes métalliques montés sur des pieds en verre et placés aux extrémités du diamètre horizontal embrassent les deux disques ; deux conducteurs diamétraux perpendiculaires l’un à l’autre et inclinés de 45° sur l’horizontale se terminent à leurs extrémités par des pinceaux métalliques qui frottent contre les secteurs par l’intermédiaire des pastilles. Quand la machine fonctionne, le mouvement

des disques doit être tel que les secteurs se déplacent d’un peigne vers le pinceau le plus voisin.

La machine, mue généralement par un moteur électrique, est placée sous une cage en verre. Les conducteurs ou prises de contact

Fig. 595. — Machine à influence Wimshurst. (Drdg uet.)

de la machine sont reliés aux peignes et traversent les vitres de la cage : ils peuvent être reliés à des condensateurs, comme dans les machines à influence déjà employées, machine de Holtz, de Yoss, etc.

On amorce la machine à l’aide d’une palette ou d’un cylindre

APPENDICE

d’ébonite que l’on frotte et que l’on approche de l’un des pinceaux.

La théorie de cette machine n’est pas encore bien connue ; nous ne croyons pas nécessaire de donner de son fonctionnement une explication qui est certainement incomplète l.

Cette machine présente l’avantage d’un fonctionnement très régulier : elle est peu influencée par l’état hygrométrique de l’air et marche bien, même par des temps humides. Déplus elle n’est pas sujette à des renversements de polarité et chacun de ses conducteurs a une charge qui conserve toujours le même signe.

Dans les modèles construits, le mouvement des disques est obtenu par l’action d’un moteur électrique actionné par une pile.

751. Machine rhéostatique de quantité. — M. Planté a donné une nouvelle disposition à la machine rhéostatique que nous avons décrite (317) : elle est analogue comme disposition générale à celle-ci mais les condensateurs qui la composent sont déchargés alors qu’ils sont reliés parallèlement (en quantité) et non en tension. Un petit commutateur que l’on fait tourner rapidement relie les condensateurs successivement à la source et au circuit dans lequel on veut employer la décharge.

Dans des expériences qu’il a réalisées, M. Planté a employé comme source une batterie secondaire de 400 à 800 couples qui avait été chargée par 2 Bunsen : la machine comprenait 160 condensateurs d’une capacité moyenne de 0,015 microfarad chacun. En tournant le commutateur, on obtient une série continue d’étincelles brillantes, mais très courtes.

M. Planté a obtenu à l’aide de cette machine des effets très curieux dont il a étudié quelques-uns ; il explique le rôle de cette machine en admettant que les condensateurs sont chargés au même potentiel que la source, et que l’écoulement de l’électricité lorsque l’on décharge les deux condensateurs se produit sous l’influence de cette différence de potentiel, mais avec cette condition que la résistance des condensateurs agissant alors comme source électrique peut être regardée comme nulle.

752. Voltmètre et ampèremètre de Sir William Thomson. — Ces appareils sont des galvanomètres d’une forme spéciale étalonnés et permettant des vérifications faciles ; ils ont spécialement pour but de permettre des mesures de quantités très différentes comme ordre de grandeur en évitant l’emploi des shunts qui ne donnent pas toujours une exactitude suffisante.

I. Voir Bull, de la Soc. intern. des électriciens , nov. 1885.

Ils comprennent une bobine dans laquelle passe le courant et un système magnétique.

La bobine G (fig. 596) a la forme circulaire et est constituée par un conducteur qui, pour le voltmètre est un fil fin d’argent allemand ayant une résistance de plus de 6000 ohms et faisant environ 7000 tours : et pour l’ampèremètre est une lame de cuivre dont la résistance est négligeable. Dans l’un et l’autre appareils la bobine est placée de telle façon que son plan équatorial soit vertical, perpendiculaire à une planchette P que l’on rend horizontale à l’aide de vis calantes. Les extrémités du conducteur aboutissent à deux bornes ou prises de contact qui servent «à établir facilement la communication avec le circuit que l’on veut étudier.

Le système magnétique est formé par quatre petites aiguilles

Fig1. 596. — Galvanomètre de Sir W. Thomson (La Lumière électrique).

aimantées reliées à un index en aluminium, le tout mobile autour d’un axe vertical : le plan des aiguilles passe par le centre de la bobine. L’index se meut au-dessus d’un arc divisé qui est tracé sur une glace formant miroir réfléchissant : on fait les lectures en notant la division qui est sur la droite qui joint la pointe de 1 index à son image, ce qui supprime les erreurs de parallaxe.

Le système magnétique et la glace qui porte les divisions sont fixés sur une planchette qui glisse parallèlement à elle-même, de telle sorte que l’axe de rotation des aiguilles reste sur la perpendiculaire au plan équatorial de la bobine passant par son centre > des divisions tracées sur une ligne parallèle à ce déplacement indiquent la distance de l’axe au centre. En somme le système magnétique se trouve dans des conditions analogues à celles qui se présentent dans la boussole des tangentes; les divisions tracées sur l’arc

APPENDICE

de cercle doivent donc correspondre à des variations égales sur la tangente.

Le système magnétique étant placé à une distance déterminée de la bobine, les indications fournies par l’aiguille seront alors proportionnelles aux intensités du courant qui traverse la bobine; mais pour un même courant, les indications varieront avec la distance, les déviations diminuant quand la distance augmente. Il va sans dire aussi que les déviations dépendent de l’intensité du champ magnétique.

Les divisions caractérisant la distance du système magnétique à la bobine sont obtenues par comparaison.

Pour le voltmètre, par exemple, on cherche la position que doit occuper le système magnétique pour qu’une différence de potentiel de 1 volt amène l’index à la division 1 dans un champ magnétique égal à l’unité; on sait alors que lorsque l’index sera à la division n, la différence de potentiel atteindra n volts; on marque 1 en ce point. Puis on déplace la planchette jusqu’à ce que la même différence de potentiel,! volt, amène la pointe de l’index à la division 2; on marquerai en ce point et l’on sait que lorsque l’index sera à la division ny

la différence de potentiel atteindra volts. On continue ainsi de proche en proche.

Si n est le nombre de divisions sur l’arc gradué, si d est le chiffre lu sur l’échelle rectiligne, E, la différence de potentiel, et II l’intensité du champ magnétique, on aura donc nécessairement :

Il faut connaître la valeur de H pour le lieu où est placé le voltmètre et il est utile de la vérifier de temps à autre. On y arrive aisément en faisant une mesure sur un élément dont la force électromotrice soit bien connue : on a ainsi E; l’expérience donne d et n, on en déduit donc IL

Les appareils en usage permettent d’apprécier la force électromotrice à 0,01 de volt près environ et peuvent être utilisés directement jusqu’à 100 ou 120 volts. Au delà de celte valeur, on ajoute à l’appareil un aimant demi-circulaire M dont le plan est vertical et qui a son centre à l’axe de rotation du système magnétique. On augmente ainsi considérablement le champ magnétique, et l’appareil peut mesurer jusqu’à 6000 volts, au moins.

Pour l’ampèremètre, le mode de graduation se fait empirique-

ment de la même façon de telle sorte que I étant l’intensité évalué en ampères, on a

L’ampèremètre permet de mesurer jusqu’à 1000 ampères.

Ces appareils sont d’un usage très commode dans la pratique. 753. Mesureur de courants de M. de Lalande. — M. de Lalande

a imaginé un appareil de mesure des courants fort simple et qui, ne présentant pas d’aimant permanent, est indépendant des variations du magnétisme terrestre. '

L’appareil est constitué par un flotteur métallique à l’intérieur duquel on a introduit un faisceau de fil de fer doux. Le flotteur, disposé comme un aréomètre, est introduit dans une éprouvette rem-

APPENDICE

plie d’eau jusqu’à un niveau déterminé et entourée d’une bobine dans laquelle circule le courant à mesurer.

Au repos le flotteur prend une certaine position d’équilibre ; mais lorsque le fil de la bobine est traversé par un courant, sous l’action du fer doux, le flotteur s’enfonce d’autant plus que le courant a une plus grande intensité et cet enfoncement permet par conséquent d’évaluer l’intensité.

La tige qui surmonte le flotteur est cylindrique, elle est guidée

par un œil métallique dans lequel elle passe au sein du liquide, ce qui rend les fottements très minimes. L’extrémité de cette tige se meut devant une échelle graduée.

Suivant la résistance de la bobine, l’appareil peut servir comme ampèremètre (résistance de 0,01 à0,02de ohm) ou voltmètre (résistance de 1700 ohms); la sensibilité dépend des dimensions de la

bobine, du flotteur, des fers doux et de la tige ; entre certaines limites, pour chaque appareil, il y a sensiblement proportionnalité entre les intensités et les déplacements.

754. — Galvanomètre a mercure de M. Lippmann l. — Le galvanomètre à mercure est fondé sur l’action des aimants sur les courants. Un manomètre à mercure MM' (fig. 597 et 598) est placé entre les branches d’un aimant fixe, de telle manière que les deux pôles de l’aimant N, S se trouvent à droite et à gauche de la branche horizontale du manomètre.

Le courant électrique que l’on veut mesurer est amené au mercure de cette branche horizontale, et il le traverse verticalement en PP', c’est-à-dire perpendiculairement à l’axe du tube. Il se produit dès lors une différence de niveau entre les deux branches du manomètre, différence proportionnelle à l’intensité du courant électrique. Dans l’un des instruments présentés à la Société des électriciens, cette différence était de 28 millimètres pour 1 ampère; pour un autre, elle était de 58 millimètres par ampère.

Le système formé par un manomètre à mercure placée sous l’influence d’un aimant constitue donc un galvanomètre d’une construction très simple et dont les indications sont exactement proportionnelles à l’intensité du courant électrique. La théorie de son fonctionnement est la suivante : la portion de la colonne de mercure traversée par un courant électrique représente un élément de courant mobile. Cet élément de courant tend à repousser l’aimant placé dans son voisinage, dans une direction déterminée par la règle d’Ampère. Comme l’aimant ici est immobile et que l’élément de courant est mobile, c’est l’élément qui se déplace ; la réaction qu’il subit produit une poussée hydrostatique qui se traduit par la dénivellation du mercure. Le mercure s’arrête dès que la pression hydrostatique fait équilibre à la poussée électromagnétique.

Soient i l’intensité du courant électrique et p la pression hydrostatique mesurée par la dénivellation du mercure. On peut calculer p en fonction de LA cet effet, supposons, ce qui est le cas en réalité, que l’élément de courant ait la forme d’un parallélipède rectangle dont lalongueur comptée dans le sens du courant électrique soit L La force électromagnétique qui tend à déplacer l’élément de courant est égale à

1. Communication faite à la Soc. intern. des électriciens, 2 juillet 1884.

APPENDICE

H étant l’intensité du champ magnétique : telle est l’expression de la force. Pour avoir la valeur de la pression hydrostatique p , il faut diviser l’expression de la force par l’aire de la surface sur laquelle elle s’exerce. Cette surface est l s, e étant l’épaisseur de la colonne mercurielle comptée dans la direction des lignes de force magnétiques. En effectuant le quotient, on obtient :

La sensibilité de l’instrument va donc en augmentant avec l’intensité magnétique et avec la minceur de la colonne de mercure.

En conséquence, on a armé les pôles de l’aimant de deux masses de fer doux qui arrivent presque au contact l’une de l’autre, et qui ne laissent entre elles qu’une sorte de fente où l’intensité magnétique est considérable et uniforme. Dans cet intervalle se trouve une petite chambre à mercure rectangulaire, qui fait partie de la branche horizontale du manomètre qui est parcourue verticalement par le courant électrique. L’épaisseur s de la lamelle de mer-

cure parcourue par le courant n’est que de de millimètres.

La forme et les dimensions de cette lamelle sont telles que la poussée électromagnétique soit la même en tous ses points et qu’il se produise par conséquent un état d’équilibre du mercure, sans tourbillons intérieurs.

755. Électrodynamomètre a mercure; compteur a mercure de M. Lippmann. — L’électrodynamomètre à mercure est basé absolument sur le même principe que le galvanomètre dont nous venons de donner la description; il n’en diffère que parce que l’aimant est remplacé par une bobine dont le fil est traversé par le courant qui passe dans le mercure.

Cet appareil, comme les électrodynamomètres ordinaires, donne la mesure du carré de l’intensité du courant ; il permet de mesurer les courants alternatifs. Il présente Davantage que, à l’exception du mercure, toutes les pièces qui le constituent sont invariables déposition ; les indications sont donc rigoureusement proportionnelles au carré de i.

Cet appareil se prête, lorsqu’il a été gradué, à la mesure absolue des courants. Dans un appareil présenté à la Société des électriciens, un courant dont l’intensité était de 1 C. G. S (10 ampères) produisait une pression de 650 dynes (environ 650 m§r) par centimètre carrés.

Enfin, sur le même principe, M. Lippmann a fait construire un compteur d’électricité : l’appareil ressemble au galvanomètre, seulement la chambre lamellaire à mercure communique d’une part

avec un réservoir à mercure, de l’autre avec un tube recourbé dont l’extrémité ouverte se trouve au-dessus du réservoir. Lorsque le courant passe, l’action exercée par l’aimant sur le courant chasse le mercure de la chambre vers le tube ; le mercure s’écoule d’une

APPENDICE

manière continue par l’orifice de celui-ci et retombe dans le réservoir.

Le poids du mercure qui s’écoule dans l’unité de temps est proportionnel à l’intensité du courant et pour un temps quelconque, proportionnel à la quantité d’électricité qui a traversé l’appareil.

Pour connaître la quantité d’électricité, il suffit donc d’évaluer le poids de mercure écoulé, ce à quoi l’on arrive, par exemple, par l’emploi d’un basculeur à augets dont l’axe est relié à un compteur qui indique le nombre de mouvements du basculeur. L’appareil doit être gradué expérimentalement.

756. Compteur d’électricité Cauderay. — Cet appareil mesure les quantités d’électricité qui traversent un circuit, en enregistrant d’une manière spéciale l’intensité du courant, en vertu de la relation Q = It ; c’est un enregistreur des indications d’un ampèremètre, enregistreur qui fonctionne chaque fois qu’un coulomb a passé, et qui fait avancer une aiguille sur un cadran. Si le courant est de 1 ampère, l’aiguille doit avancer une fois par seconde, elle doit avancer 2, 3... n fois par seconde si le courant est de 2, 3... n ampères. Voici comment ce résultat est obtenu en principe : derrière l’aiguille de l’ampèremètre a (fig. 600) se trouve un cylindre à axe horizontal qui tourne avec une vitesse de 1 tour par seconde. A sa surface sont tracées des sections droites dont la position est telle qu’elles sont respectivement en face de l’aiguille lorsque celle-ci est au repos ou qu’elle indique un courant de 1, 2, 3... n ampères. Des chevilles métalliques sont implantées sur ces sections en nombre variable : il n’y en a pas sur la section qui correspond à la position de repos de l’aiguille, il y en a 1 sur les sections correspondant à la position de l’aiguille pour 1 ampère (il y a deux sections pour chaque intensité, de part et d’autre de la position moyenne), il y en a 2 sur les sections suivantes, et successivement 3, 4... n sur les sections qui correspondent à 3, 4... n ampères.

L’aiguille de l’ampèremètre est terminée à sa partie supérieure par une pièce métallique qui frotte sur les chevilles ; on voit dès lors que le nombre des contacts, pour un tour du cylindre, c’està-dire pour 1 seconde sera de 1, 2, 3 ... n suivant que le courant étant de 1, 2, 3... n ampères, l’aiguille sera située en face de la section numérotée 1, 2, 3... n , c’est-à-dire que chaque contact correspondra bien au passage d’un coulomb, puisqu’il y aura n contacts, lorsque le courant ayant une intensité de n ampères il passera n coulombs en 1 seconde. Il suffit dès lors que chaque contact de l’aiguille et d’une cheville soit relié mécaniquement ou mieux élec-

TRAITÉ D’ÉLECTRICITE.

triquement avec un mécanisme qui fasse avancer une aiguille d’une division sur un cadran pour que les indications lues sur ce cadran représentent en coulombs la quantité d’électricité qui a traversé le circuit de l’ampèremètre.

L’ampèremètre employé est un modèle de M. Deprez, la bobine présente une très faible résistance 0ohm,01 ; on peut le régler d’après un étalon en déplaçant les pièces polaires qui sont fixées à des vis. Le mouvement du cylindre à chevilles est obtenu pour l’action d’un balancier circulaire réglé au moyen d’un spiral ; l’arbre du balancier porte deux armatures de fer doux attirées par des électroaimants pour entretenir le mouvement; le courant qui les anime est très minime et peut être négligé.

Dans la pratique, le coulomb est une quantité trop petite pour

Fig. G00. — Compteur d’électricité ( Cauderay ).

qu’il ait lieu de la choisir comme unité : aussi les appareils sont-ils disposés pour compter seulement par centaines de coulomb. Pour obtenir ce résultat, il suffit sans rien changer à l’appareil de faire tourner le cylindre moins vite, de manière qu’il exécute un tour en 100 secondes : il est clair en effet que, dans ces conditions chaque cheville qui rencontrera l’aiguille correspondra à 100 coulombs. L’unité industrielle commode paraît devoir être le myriacoulomb qui vaut 10000 coulombs.

Il va sans dire que, moyennant des modifications de la vitesse du cylindre, il sera possible d’obtenir que les aiguilles de l’enregistreur indiquent la dépense évaluée à l’aide de telle unité qui con-

APPENDICE

viendra ; c’est ainsi, par exemple qu’au lieu d’évaluer cette dépense en coulombs (c’est-à-dire en ampères-secondes) ou multiples de coulomb on pourra, pour le cas de l’éclairage, l’évaluer en lampeheures, le fonctionnement de la lampe à l’état normal correspondant à une dépense déterminée.

Dans les appareils où la rotation du cylindre n’est pas rapide, dans les appareils pratiques, le mouvement du balancier est transmis au cylindre par l’intermédiaire de levier agissant par des doigts sur une roue à rochets. La régularité du mouvement subsiste quelle que soit la position de l’appareil qui n’a pas besoin d’être maintenu vertical.

Enfin, les dents implantées sur le cylindre ne présentent pas sur chaque section droite l’égalité d’espacement que nous avons imaginée ; elles sont disposées suivant une règle particulière afin que, lorsque l’aiguille se trouvera entre deux divisions, la pièce métallique qui la termine rencontrant les dents de deux sections droites à la fois enregistre un chiffre représentant la valeur intermédiaire.

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