CHAPITRE VI
APPLICATIONS DE L'ÉCLAIRAGE ARTIFICIEL AU DIAGNOSTIC DES MALADIES DE L'HÉMISPHÈRE ANTÉRIEUR DU GLOBE OCULAIRE.
Procédé. — Eclairage oblique. — Eclairage au miroir. — Choisir de préférence le miroir plan.
I. Cornée. — La cornée saine, examinée à l'éclairage oblique, présente unelégèreteintebleuâtre qu'elle doit à la membrane limitante antérieure et postérieure. 11 importe de se rappeler cette particularité, parce qu'elle est souvent attribuée à des altérations pathologiques. Au miroir elle paraît parfaitement transparente et incolore, mais elle donne par réflexion l'image du réflecteur. Celle-ci est d'autant plus claire, plus petite et plus nette que le réflecteur est plus éloigné; elle est d'autant plus grande, plus terne, plus diffuse que le miroir est plus rapproché.
Toutes les altérations de la cornée, qui sont de nature à troubler sa transparence, détruire sa substance, ou changer sa courbure, se révèlent à l'observateur, et par l'éclairage oblique, et par l'éclairage au miroir.
Avec ce dernier, les moindres troubles se traduisent par des ombres, des zones grisâtres ou des stries fines, estompant le fond rouge éclairé. Si le trouble survenu est très-léger, il devient parfois utile de diminuer l'intensité de l'éclairage.
Lorsque les opacités de la cornée sont suffisamment épaisses . rien n'est facile comme d'en préciser le siège. Mais si au contraire elles sont très-ténues et diffusées sur une large surface, il devient facile de les confondre avec des altérations situées plus profondément. On remarque cependant qu'elles sont plus ou moins opaques selon les points quand on imprime de légers déplacements au réflecteur. Quoi qu'il en soit, c'est à l'éclairage oblique qu'il faut recourir pour étudier avec soin leur siège, leur étendue et leur nature. 11 en est de même aussi pour les corps étrangers qui peuvent être implantés dans l'épaisseur de la cornée, et plus ou moins masqués par le travail d'opacification qu'ils provoquent autour d'eux. Le cône lumineux pour cet examen sera dirigé trèsobliquement de façon à isoler la cornée des plans situés plus pro-
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fondement. En faisant affleurer l'un des bords du cône lumineux, avec chacun des points de l'altération, on projette sur eux une lumière moins vive, ce qui permet d'apprécier leur degré de transparence, leurs limites précises et aussi de les distinguer du reflet bleu grisâtre fourni par cette membrane à l'état normal. L'éclairage oblique permet aussi de constater facilement le siège des abcès cornéens, ce qui est d'une certaine utilité pour le traitement.
Les changements de courbure de la cornée se traduisent à l'éclairage oblique et au réflecteur. Ils occasionnent des modifications dans l'image de la papille optique quand ils rendent l'œil astigmate. Mais le moyen le plus rigoureux de les apprécier réside dans la mensuration des images réfléchies à sa surface. Nous ne pouvons que mentionner ici les progrès que cet examen par la catoptrique a faits depuis la découverte et l'application des instruments de précision de Kramer et de Helmholtz, désignés sous le nom d'ophthalmomètres, et à l'aide desquels il est possible de constater et de mesurer les modifications les plus légères dans la grandeur des images produites à la surface de la cornée.
II. Cristallln. — Les faces antérieure et postérieure de la capsule du cristallin donnent naissance à deux images distinctes, tant qu'on examine à une certaine distance; dès qu'on se rapproche, ces reflets pâlissent au point de disparaître. Si la pupille est assez dilatée pour permettre d'éclairer le bord de la lentille, celui-ci se dessine sous la forme d'un disque grisâtre qui tranche par sa couleur sur le fond rouge de l'œil. ÎNous avons reproduit cet aspect (;;/. III, fig. 3) chez un sujet atteint d'un retrait très-prononcé de^ l'iris de nature inflammatoire. On constate aussi sur cette figure l'ombre d'autres opacités. Nous n'appelons l'attention, en ce moment, que sur la zone grise correspondant à l'équateur de la lentille.
A l'éclairage oblique, la cristalloïde ne produit aucun reflet, mais la substance même du cristallin apparaît avec une teinte bleuâtre, plus ou moins foncée suivant les sujets, et produite par la cavité oculaire. Elle est de nature à donner le change lorsqu'on a peu d'expérience, et à faire croire à un commencement de cataracte. Pour échapper à l'illusion, nous recommandons, comme nous l'avons fait à propos de la cornée, de promener le bord du cône lumineux sur toute la surface du cristallin. S'agit-il d'un reflet physiologique, il se produira dans toutes les directions, sur tous les