‹ Traité pratique d'ophthalmoscopie et d'optométrie (volume 3)Chapitre 38 sur 65 · OPHTUALMOSCOPIE · texte numérisé non relu

OPHTUALMOSCOPIE

et qui est produite par le reflet de leur paroi. La figure 4 de la planche VII qui représente une papille physiologique, vue à un fort grossissement, donne une idée plus saisissante des rapports de volume, de couleur et d'aspect des deux ordres de vaisseaux rétiniens. Ceux-ci rampent dans le même plan, ils se superposent, s'entre-croisent de la façon la plus variable. On a dit que les artères se trouvaient constamment en avant des veines. Cette disposition est en effet la plus fréquente; mais elle est loin d'être constante. Il n'est pas rare de voir une artère passer d'abord sur la veine et un peu plus loin passer dessous. La figure que nous venons de mentionner représente précisément un cas de ce genre.

Lorsque les veines sont très-flexueuses, leurs contours peuvent ne pas être uniformément éclairés, elles sont alors plus sombres et comme noires sur certains points, plus claires sur certains autres. Dans la figure 6 de la planche VIII, la bifurcation supérieure de la veine affecte cette disposition. On la dirait tournée en vrille autour de son axe, avec des contours alternativement sombres et clairs. Cette disposition, qui doit être attribuée à des inflexions du vaisseau dans le sens antéro-postérieur, est très-fréquente dans les affections de la papille. Mais nous tenons à la signaler pour montrer qu'elle se rencontre à l'état physiologique, et que par conséquent on ne doit pas lui accorder une trop grande importance.

Les vaisseaux de la rétine se distinguent sans peine de ceux de la choroïde. Ces derniers sont plus larges, moins nettement dessinés, d'une teinte brique uniforme ; ils affectent une direction sensiblement parallèle surtout vers Yo'ra serrata; ils s'anastomosent fréquemment entre eux de façon à former des espaces losangiques plus ou moins allongés ; ils occupent constamment un plan situé en arrière de la rétine.

Les vaisseaux de la rétine au contraire sont plus petits, très-nettement dessinés, sans anastomoses entre eux ; ils sont situés sur un plan antérieur et par conséquent passent constamment devant les vaisseaux choroïdiens. D'ailleurs, en admettant que le doute soit possible, il suffit de suivre le trajet du vaisseau pour s'assurer si son point d'émergence se trouve sur la papille, comme il arrive toujours pour les vaisseaux de la rétine.

Lesveines rétiniennes sont animées de véritables pulsations. On les voit se dilater, puis revenir sur elles-mêmes, suivant une alternance parfaitement isochrone. Le pouls veineux n'est pas également facile à constater chez tous les sujets; mais on peut toujours

le rendre suffisamment apparent en prolongeant un peu l'exploration. C'est au niveau de la papille, ou plutôt au niveau de son bord que le phénomène est le plus sensible. Là le vaisseau se décolore, paraît s'effiler au moment de se perdre dans le tissu nerveux ; on dirait un obstacle, un rétrécissement contre lequel vient se heurter le flot de sang veineux. L'angle formé par la bifurcation la plus rapprochée de la papille, le point au niveau duquel l'artère croise la veine, fournissent également un pouls veineux qu'il est aisé de trouver. On augmente beaucoup sa force en recommandant au sujet de suspendre un instant la respiration. Le mouvement d'ampliation suit immédiatement le battement du pouls, et le mouvement d'affaissement et de retrait s'opère après un intervalle très-court. Donders, qui l'un des premiers, avec Jœger et de Grafe, a étudié et décrit ce phénomène, l'attribue à l'augmentation de pression intra-oculaire que doit amener l'ondée artérielle poussée par la systole du cœur. Il en résulte une certaine compression des veines dont les effets sont surtout sensibles sur les troncs volumineux. Cet état cesse au moment où la pression systolique est épuisée ; les veines reprennent alors leurs contours jusqu'à ce que le même phénomène se reproduise.

Les artères rétiniennes battent aussi dans certaines conditions, mais jamais à l'état physiologique. Le pouls artériel, signalé pour la première fois par Ed. Jseger, s'observe sur la papille ou tout près de cette dernière. Il importe, pour le découvrir, de fixer attentivement, durant un certain temps, le même point du vaisseau observé. La pulsation artérielle est produite par l'accès de l'ondée sanguine dans l'artère au moment de la systole. L'accès est d'autant mieux marqué que le vaisseau est plus petit, plus aplati pendant la diastole. Cette diminution est en rapport avec la puissance rétractile de la paroi artérielle et surtout, pour des artères de cet ordre, avec la pression latérale exercée sur elles. Aussi, le pouls artériel n'est-il marqué qu'autant que la pression intra-oculaire est augmentée, soit par le fait pathologique d'une accumulation de liquide dans la cavité oculaire, soit par le fait d'une compression mécanique exercée sur l'organe. De Grœfe, se basant sur cette donnée, a fait valoir à sa juste valeur l'importance séméiotique de la pulsation artérielle dans toutes les formes du glaucome, marquées, comme on le sait, par un excès de pression intra-oculaire. Toutes les fois que le pouls artériel existe, soit

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spontanément, soit sous l'action d'une légère pression du doigt, on est en droit de conclure que l'œil est malade et qu'il existe à peu près sûrement un excès de pression intra-oculaire.

ARTICLE VI

Opacités physiologiques de la rétine.

Ces opacités sont déterminées par la présence anormale des fibres à doubles contours. Nous avons établi plus haut que la rétine saine est parfaitement transparente et qu'elle ne se révèle à l'ophthalmoscope que par ses vaisseaux. Dans certains cas rares, elle est le siège d'opacités extrêmement remarquables. Ces opacités siègent autour de la papille et constamment du côté interne, c'est-à-dire du côté vers lequel se dirigent les fibres nerveuses. Elles forment des taches blanches, grasses, qui réfléchissent vivement la lumière et qui, vues à un fort grossissement ou mieux encore à l'image droite, sont finement granulées à leur surface et se terminent du côté opposé à la papille, à leur périphérie, par des stries radiées qui rappellent la disposition des fibres nerveuses. Tantôt ces taches contournent le limbe de la papille [pi. X, fig. 2, 3), tantôt elles empiètent sur sa surface (pi. X, fig. 1). Ces opacités couvrent manifestement la choroïde, et de même elles voilent les vaisseaux rétiniens qui les traversent. On peut voir dans la figure 3 que certains d'entre eux sont comme enfouis dans une substance peu transparente, tandis que d'autres sont visibles dans tout leur parcours. Lorsque la couche des fibres opaques est plus épaisse, les vaisseaux rétiniens disparaissent complètement. On les voit s'enfoncer en quelque sorte dans la tache opaque et ne reparaître qu'à sa périphérie.

Ce dernier caractère, ainsi que l'empiétement de la tache sur le champ de la papille, ne permettent pas de confondre les opacités physiologiques de la rétine avec les taches pathologiques dues aux reflets de la sclérotique mise à nu par l'atrophie de la choroïde.

Les mêmes caractères et surtout leur siège aideront également m les distinguer des véritables altérations pathologiques de la rétine. Nous aurons à revenir sur cet intéressant point de diagnostic différentiel à propos des affections de cette membrane. Enfin la dispa-' rition des vaisseaux rétiniens montre aussi que ces opacités siègent

dans les couches internes, puisqu'elles recouvrent le plan vasculaire.

Mùller et Wirchow ont signalé les premiers cette particularité remarquable. Ils se sont assurés avec le" microscope qu'elle était due à la présence de fibres nerveuses à double contour. Celles-ci, qui existent normalement chez le lapin , peuvent se rencontrer exceptionnellement dans l'œil humain. A part ces cas très-rares, le névrilème des fibres du nerf optique ne s'étend que jusqu'à la lame criblée : au delà la fibre n'est représentée que par le cylinder axis qui est tout à fait transparent.

Ces opacités si brillantes ne troublent point habituellement la vision. Il n'en est plus de même lorsqu'elles sont très-étendues. Chez le sujet qui a fourni la figure 1, l'acuité visuelle était réduite à| sans qu'il fût possible d'attribuer cet abaissement à une autre cause quelconque.

Cette anomalie est exceptionnellement accompagnée de semblables taches blanches disséminées dans d'autres parties de la rétine ; on les rencontre habituellement à une petite distance de la papille, non loin de la macula. Nous n'avons pas observé encore cette disposition. L'atlas de Liebreich en renferme un spécimen intéressant.

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