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BACTÉRIACÉES

Bactérie spéciale. Chez les lapins laissés en vie, la diarrhée apparaît bientôt, dure deux ou trois jours, puis s’arrête : l’animal guérit vite.

La même diarrhée apparaît lorsqu'on fait absorber du produit de culture, qu'on en injecte directement dans l'estomac ou dans l’intestin grêle,

La vitalité des cultures résiste à la dessiccation, mais moins à la chaleur; une température de 100° tue en dix minutes les Bacilles et les spores. L'air paraît être le véritable agent de transmission de l’affection si contagieuse, dans les salles d° hôpital ou de crèches surtout où sont réunis de nombreux nourrissons. Le Bacille végète lentement dans l’eau, qui doit pouvoir transmettre aussi la maladie lorsqu'elle a été infectée.

BACILLUS FŒCALIS ALCALIGENES PETRusCHKY.

Petruschky (1) l’a isolé d’une bière gâtée et du contenu intestinal d’un typhique. Depuis, il a souvent été trouvé dans les matières fécales ou dans des milieux souillés,

Il se place tout au voisinage du Bacille typhique, dont il a bien des caractères.

Caractères microscopiques et coloration. —Ce sont des bâtonnets. courts, souvent isolés, nettement mobiles,

Ils se colorent aux méthodes ordinaires, en montrant souvent des parties plus colorées, et se décolorent à la méthode de Gram. Les méthodes spéciales montrent des cils qui se trouvent en bouquets aux deux extrémités.

Cultures. — Les cultures sont faciles sur les milieux ordinaires, en aérobie; elles ne se feraient pas du tout en l’absence d'air, d’après Berghaus (2).

Sur plaques de gélatine, les colonies sont très semblables à celles du Bacille lyphique.

Sur gélatine et gélose, en strie, il en est de même,

Sur pomme de lerre, il se forme un enduit jaune, un peu brunâtre.

Dans le bourllon, on a rapidement un trouble, puis, à la surface, une petite collerette blanche, parfois une sorte de voile très fragile. Le liquide devient rapidement alcalin; après quelque temps, si l'on ajoute un peu d'acide, il se produit un dégagement gazeux abondant, pouvant donner une mousse épaisse, ét il se dégage de l’ammoniaque, comme peut le montrer l'odorat ou, mieux, un papier de tournesol rouge humide qui bleuit rapidement, Le bouillon tournesolé bleuit vite et fortement. Le développement se fait bien en bouillon phéniqué à 42°, comme pour le Bacille typhique et le Colibacille.

Dans le Jai, on n’observe pas de coagulation, le liquide devient franchement alcalin ; plus tard, il est jaunâtre, un peu transparent.

Comme malières azotées, d’après Nawiasky (3), ce microbe consom-

(1) Perruscaky, Bacillus fæcalis alcaligenes (Centralbl. für Bakt., XIX, 14896, p. 187). — FiIscHER, Fe Biologie der Bacillus fœcalis alcaligenes (Central. für Bakt., XANS 1899, p. 693

(2) Dino aus, Die ee audschaftlichen Beziehungen zwischen dem Bacillus fœcalis alcaligenes und dem Typhusbacillus (Hygienische Rundschau, XV, 1905).

(3) Nawwrasxy, Ueber die Ernährung einiger Spaltpilze in peptonhaltigen Nährboden (Arch. für Hygiene, LXIV, 1907, p. 337).

BACILLUS ENDOCARDITIS GRISEUS. 251

merait beaucoup de peptones, peu d’albumoses, et attaquerait même la créaline.

Aucune culture ne donne la réaction de lindol.

La plupart des matières sucrées ne sont pas attaquées; dans Îles milieux qui en contiennent, il ne se forme pas de gaz, et la teinture de tournesol bleue ajoutée ne vire pas au rouge. D’après Vourloud (1), il se produirait, cependant, une légère coloration rouge ou une décoloration partielle avec la glycérine et le lévulose.

Les milieux au rouge neutre (p. 175) ne sont pas modifiés.

Inoculation expérimentale. — Chez le cobaye, l'injection intrapéritonéale de bouillon de culture occasionne rapidement la mort.

Habitat. — Il est commun dans les matières fécales:; très commun dans les eaux souillées, où il peut accompagner le Colibactlle et peut-être le Bacille typhique. HN se rencontre danse lait, provenant de souillures d’origine fécale. On peut songer à lui attribuer un rôle pathogène dans les affections paratyphoïdes (2). Trincas et Olla (3) lui rapportent certaines intoxications par le fromage, mais le microbe qu'ils ont isolé - reste coloré par la méthode de Gram et donne un pigment verdâtre, ce qui le différencie nettement du Bacillus fœcalis alcaligenes.

Diagnostic. — Ilse rapproche beaucoup du Bacille ty phique, dont 1 se distingue surtout parce qu'il a ses cils reportés aux extrémités, qu'il donne de l’alcali dans les milieux additionnés de mannite ou de saccharose, alors que le Bacille typhique est péritriche et donne de l'acide dans les dernières conditions. Il n’est jamais agglutiné par les sérums antityphiques.

Berghaus a voulu le rapprocher du Bacillus fluorescens putridus. I s’en sépare en ce qu'il ne forme jamais de pigment et ne développe pas l'odeur urineuse du premier (4). D’après Gaethgens (5),! il existerail plusieurs races à caractères un peu différents.

BACILLUS ENDOCARDITIS GRISEUS WEICHSELBAUM.

Weichselbaum (6) l'a rencontré dans les végétations valvulaires d’un cas d’endocardite. :

Ce sont des Bacilles mobiles, ayant les dimensions du Bacille typhique, présentant souvent les extrémités renflées. Ils ne forment pas de spores et restent colorés par la méthode de Gram.

Les colonies des cultures sur plaques ressemblent beaucoup à celles du Pneumobacille. La culture sur gélose est aussi très semblable d'aspect; en piqûre, cependant, le milieu prend une teinte jaunâtre.

(4) Vourrou»n, Loc. cil., p. 179.

(2) Larrorque, Quelques remarques à propos d’un Bacille alcaligene dans une infection typhoïde (Soc. de Biol., 18 juillet 1908).

(3) Trivcas et OLra, Casi di intossicationi alimentari da B.fœcalis alcaligenes (Ann. d’Igiene sperim., XVII, 14907).

(4) Krimexxo, Die Gruppe des Bac. fœcalis alcaligenes (Centralbl. für Bakt., 4te Abth., Orig., XLIII, 14907, p. 755).

(5) GAzTHGENS, Beitrag zur Biologie des Bacillus fœcalis alcaligenes (Arch. für Hygiene, LXII, 4907, p. 152).

(6) Weicasezsaux, Beiträge zur Aetiologie und pathologische Anatomie der Endocarditis (Ziegler’s Beiträge, IV, 1888, p. 127).

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Sur pomme de terre, la culture est abondante, sèche, grisâtre ou brun jaunâtre.

L'inoculation sous-cutanée au lapin et à la souris ne donne qu'une inflammation locale avec suppuration.

BACILLUS ICTEROIDES SANARELLI.

(Bacille ictérci le.)

L'étiologie et la pathogénie de la fièvre jaune sont toujours assez obscures. On est unanime à reconnaître que la marche de l'affection correspond bien à une infection microbienne ; mais les nombreuses tentatives faites pour isoler un agent spécifique n’ont pas encore donné

de résultats bien satisfaisants.

Domingos Freire (1) a décrit, dans une série de travaux, un Microcoque qu'il considère comme spécifique ; 11 l'a nommé Cryptococcus æanthogenicus.

C’est un petit coccus à éléments sphériques de 1 5 de diamètre environ, très mobiles. Il se colore bien aux couleurs d’aniline et ne se décolore pas par la méthode de Gram. Les méthodes spéciales colorent au moins deux cils. Certains éléments montrent de petites capsules.

Les cultures s’obtiennent facilement sur les milieux habituels.

Sur plaques de gélatine, on à de petites colonies rondes, d’abord blanches, puis devenant jaune de chrome ; la gélatine est rapidement liquéfiée. Les plaques dégagent une odeur vireuse.

Sur gélatine, en piqûre, il se forme une culture blanche, jaunissant assez lentement en liquéfiant la gelée en forme de cupule ; dans le fond du liquide se voit un dépôt jaune brun foncé.

Sur gélose, il se forme une bande blanche devenant jaune de chrome.

Sur pomme de terre, ilse développe une large colonie jaune de chrome.

Le bouillon se trouble vite; par sédimentation, on a un dépôt blanc qui jaunit.

Le lait est un bon milieu de culture; le microbe ne le coagule pas et le rend alcalin.

Les milieux ne donnent jamais la réaction de l’indol. Les bouillons de culture sont toxiques.

Les cultures sont virulentes pour les chiens, les lapins, les cobayes, et détermineraient chez ces animaux des symptômes très semblables à ceux de la fièvre jaune, avec les mêmes lésions anatomo-pathologiques.

Chez l’homme atteint de fièvre jaune, ce microbe se trouve dans le sang, aussi blen dans le cœur et les gros vaisseaux que dans les réseaux capillaires des organes ; on le trouve aussi dans le vomissement brun spécial (vomilo negro), dans les selles noires.

Domingos Freire aurait obtenu de bons résultats, curatifs: et préventifs, chez l’homme, par l'inoculation de cultures atténuées.

(1) Domingos FrReIRe, Recherches sur la cause, la nature et le traitement de la fièvre jaune. Rio-de-Janeiro, 1880. — In., Nombreuses autres publications citées ou résumées dans : Mémoire sur la bacttriologie, pathogénie, traitement et prophylaxie de la fièvre jaune. Rio-de-Janeiro, 4898.

BACILLUS ICTEROIDES. DER:

Les recherches de Sanarelli (1) ont été poursuivies avec une méthode bien préférable; elles l'ont conduit à la découverte du microbe qu'il a nommé Bacillus icteroides et qu’il regarde comme l’agent spécifique de la maladie infectieuse en question.

Il a obtenu ce microbe en mettant en culture du sang pris sur des malades atteints de fièvre jaune, du sang du cadavre, de la rate, du foie, des poumons, de l’urine et de la bile de cadavres. Dans le cadavre, on le trouve associé à d’autres espèces microbiennes, en particulier le Colibacille, le Streplocoque et le S{aphylocoque doré, dont le développement peut masquer le sien et dont il est nécessaire de le séparer, surtout au moyen des cultures sur plaques.

Le Bacille ictéroïde est un bâtonnet mobile, d'une longueur de 2 y à 4 y sur 1 y de large, à extrémités arrondies, le plus souvent réuni par couples.

Il se colore facilement aux couleurs d’aniline et se décolore par la méthode de Gram. Par les méthodes spéciales, on colore de quatre à huit longs cils.

Cultures. — Il se cullive facilement sur les milieux habituels et se comporte en anaérobie facultatif.

Sur plaques de gélaline, après vingt-quatre heures à 20°, on distingue déjà, à un faible grossissement, de petites colonies punctiformes, arrondies, transparentes, incolores, sans noyau, d'aspect brillant et granuleux. Lorsqu'elles sont nombreuses et rapprochées, elles cessent vite de croître et, après six à sept jours, elles prennent un aspect opaque, sombre. Si, au contraire, elles peuvent se développer facilement, elles augmentent de volume en gardant leur forme sphérique et leur aspect brillant et granuleux. Peu à peu apparaît un noyau foncé, central ou excentrique, entouré d'un petit halo clair, d’où partent de fines irradiaions qui vont se terminer près de la périphérie ; l'aspect radié peut être très marqué sur certaines colonies. L'aspect des colonies est bien caractéristique vers le cinquième jour; plus tard, l’opacité survient, progresse, en ne laissant qu'une petite zone transparente, au centre de laquelle se dessine nettement le noyau, rond, d’un noir sombre. Les colonies de l’intérieur de la gelée peuvent être d’un noir d'encre. La gélatine n’est jamais liquéfiée. ( ‘es colonies se distinguent facilement de cellés du Colibacille. que l’on peut observer à leurs côtés, en ce qu'elles sont toujours incolores et deviennent simplement peu à peu opaques sans Jamais prendre la coloration brunâtre châtain qui caractérise toutes les colonies de Colibacille.

Sur gélatine en piqüre, il se forme à la surface un petit disque muqueux, transparent, el dans la piqüre de petites colonies sphériques opaques.

En s{rie, si l'ensemencement est copieux, il se forme une fine couche irisée ; si l’ensemencement est pauvre, il se développe de petites colonies isolées, arrondies, d'un blanc laiteux, qui n’augmentent guère si elles sont serrées. Si elles sont bien isolées, elles continuent à croître

à un moment donné, fusent vers la partie déclive en donnant

(1) SANARELLI, Étiologie et pathogénie de la fièvre jaune (Ann. de l'Inst. Pasteur, XT, 1897, p. 433 et 673). — In., L'immunité et la sérothérapie de la fièvre jaune (/bid., p. 753). — La propagation de la fièvre jaune (Revue d'hygiène, XXVIIL, 1906, p- 382).

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des traits sinueux semblables à des petites rigoles de cire blanche brillante.

Sur gélose, avec un ensemencement pauvre, comme celui du sang ou du suc de rate ou de foie, ne donnant que quelques colonies bien isolées, on obtient des cultures très caractéristiques. A 37°, on observe de douze à vingt-quatre heures le développement de petites colonies rondes grisâtres, un peu irisées, transparentes, à surface lisse. Si les cultures sont laissées à celte température, les colonies croissent pendant quelque temps, puis restent stationnaires sans changer d'aspect. Si, au contraire, on transporte les cultures à une température de 20° à 28o, le mode d’accroissement change complètement.Aprèsune dizaine d'heures, il se forme autour des colonies primitives un bourrelet saillant, blanc opaque, à reflets nacrés, contrastant nettement avec la partie centrale qui reste irisée, transparente. Le bourrelet grandissant, faisant nettement saillie, les colonies, à un moment donné, prennent l'aspect d’un sceau de cire à cacheter. Les colonies peuvent fuser vers les parties déclives, en donnant de petites traînées transparentes. En exposant de suite les cultures à la température de 20° à 28°, les colonies qui se développent ont l'aspect de gouttes de lait, à surface luisante, très relevées. En reportant ces cultures à 37°, on a le phénomène inverse du précédent: la partie centrale de la colonie est proéminente, la zone périphérique est surbaissée.

Avec un ensemencement abondant, les colonies confluent rapidement; le bourrelet est remplacé par un rebord brillant et opaque.

Sur sérum coaqulé, le développement est faible; il s’y forme une petite culture luisante, transparente, souvent peu visible.

Sur pomme de terre, il se développe, à la surface, une fine pellicule transparente, glacée, très difficile à percevoir, qui ne se nuance jamais.

Dans le bouillon, il se fait un trouble peu abondant, sans pellicule ni dépôt. On y rencontre beaucoup de formes d’involution.

Dans le lait, le développement se fait bien, sans produire de coagulation

En milieux sucrés, la culture est abondante; en ajoutant un peu de craie, on a une abondante production de bulles de gaz avec le glucose, on observe une fermentation minime avec le saccharose et rien du tout avec le lactose. Cependant, sur la gélose lactosée lournesolée, la couleur bleue vire peu à peu au rouge, ce qui paraît indiquer la production d'un peu d'acide lactique aux dépens du sucre de lait.

Le microbe parait former de petites quantités d'indol; on obtient une faible coloration rose avec le nitrite de potasse et l'acide sulfurique, rien par contre avec la réaction de Legal.

Inoculation expérimentale. —Le Bacille ictéroïdeest pathogène pour la plupart des animaux d'expérience. Chezlessouris blanches, les cobayes, les lapins, et surtout chez le chien, ilproduit une maladie cyclique assez analogue à la fièvre jaune humaine. L’infection s’obtient facilement par inoculation sous-cutanée, intrapéritonéale, intraveineuse ou intratrachéale. Chez le chien, on retrouve très bien les trois principales propriétés du virus qui contribuent à donner à la fièvre jaune humaine sa physionomie spéciale : les propriétés stéatogènes, qui influent surtout sur le foie dont les cellules sont atteintes de dégénérescence graisseuse

BACILLUS ICTEROIDES. DA

prononcée, cette altération du foie ayant pour conséquence lictère qui se manifeste généralement; les propriétés congestives et hémorragipares qui déterminent des congestions vasculaires, des hémorragies à la surface des muqueuses, origine du vomissement de sang (vomilo negro); des propriétés émétiques dues à la diffusion dans le sang d’un principe à effets comparables à ceux de l'apomorphine,

La plupart des symptômes et des lésions sont dus à un poison spécifique que le Bacille ictéroïde produit dans les cultures et qui peut alors déterminer à lui seul le tableau morbide qu'offre l’inoculation du microbe vivant.

Pour l’étudier, on se sert de cultures en bouillon, âgées de quinze à vingt jours, filtrées sur bougie Chamberland ; c’est ce qu'on peut appeler la {oxine ictéroïde.

Les cobayes et les lapins sont assez résistants; pour obtenir la mort, il faut employer de fortes doses, même en inoculation intraveineuse; les lésions obtenues sont peu spéciales. Le chien est plus sensible; la chèvre également. Le cheval est très sensible. L’injection sous-cutanée de 5 centimètres cubes détermine un fort œdème local avec fièvre, lent à disparaître, L’injection intraveineuse est mieux tolérée, mais produit régulièrement un fort accès de dyspnée avec tremblement général. On peut progressivement augmenter les doses, mais très lentement, pour éviter les accidents.

Habitat et rôle étiologique. — Chez l’homme malade, le microbe se trouve surtout dans le sang et peut-être exceptionnellement dans le tube digestif. Il paraît se multiplier très peu dans l’organisme pendant la maladie. L'action est surtout due à la toxine qui diffuse et agit ou directement ou indirectement en déterminant des modifications comme celles qu’elle peut produire sur le foie ou la muqueuse digestive, ou bien en facilitant extraordinairement les infections secondaires.

-Ces infections secondaires sont, en effet, ici si importantes qu'elles peuvent en imposer et arriver à masquer complètement la véritable infection spécifique. Il se forme une infection mixte qui prend les caractères d’une seplicémie ; d’un autre côté, les microbes survenus deviennent rapidement prédominants, de sorte qu'on est tenté de les tenir pour spécifiques. Les microbes que l’on rencontre surtout dans ces conditions sont de Colibacille, le Streptocoque pyogène, le Staphylocoque doré, le Proteus vulgaris, provenant à n’en pas douter de l'intestin, d’où ils sont devenus virulents et envahissants grâce aux effets de la toxine ictéroïde. L'expérience démontre que les produits solubles du Bacille ictéroïde favorisent nettementle développement de ces microbes qui, au contraire, nuisent au développement du premier,

On ne sait rien de la répartition du microbe dans le milieu extérieur ni du mode de contagion. L'eau a été incriminée, mais sans preuves bien évidentes.

La contagion peut se faire par voie intestinale, surtout lorsque l’in- Lestin est malade, ce qui est si fréquent dans les pays chauds. L’expérimentation démontre qu’elle est possible par les voies respiratoires.

Le Bacille ictéroïde peut résister longtemps à la dessiccation à la température ordinaire, au moins cent soixante-quatre jours dans une expérience. Il est assez sensible à la chaleur ; une température humide de 60° le tue en quelques instants, 65° immédiatement ; à la chaleur

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sèche, il résiste au moins une heure à 100o et ne périt instantanément qu'à 125°. L’insolation le tuerait en sept heures environ.

Il peut vivre longtemps dans l'eau de mer, stérilisée ou non; Sanarelli l'y a retrouvé vivant jusqu'au cinquantième jour.

Les Moisissures exercent sur le développement du Bacille ictéroïde une action favorable très marquée. Dans des cultures sur plaques qu'envahissent les Moisissures, on voit apparaitre très vite autour de chaque colonie mycélienne une couronne de petites colonies punctiformes qui se développent rapidement, tandis que les colonies du restant de la plaque demeurent beaucoup plus petites et sont bien moins serrées. C’est un véritable satellitisme. Les conditions favorisant le développement des Moisissures, la grande humidité et le manque de ventilation surtout, peuvent donc jouer un rôle dans le développement et l'extension du contage et, conséquémment, de la maladie.

Il est possible d'arriver à immuniser certains animaux, le chien et le cheval, en se servant de toxine, à doses très faibles d’abord, puis de virus vivant. Une immunisation solide est très difficile à obtenir. Le sérum a alors une action préventive certaine chez les animaux; on ne sait encore rien de son action chez l’homme. D’après Archinard et Woodson (1), il serait possible d'établir un sérodiagnostic sérieux en procédant comme pour le Bacille typhique.

Le rôle pathogène du Bacille icléroïde dans la fièvre jaune a été fortement battu en brèche; on se rattache plutôt aujourd'hui à une autre opinion, comme il sera dit plus loin. Malgré tout, on doit retenir l'attention sur des faits bien établis par Sanarelli, surtout la présence constante ou presque du Bacille ictéroïde dans la maladie, son absence dans d’autres affections et dans les organismes normaux. S'il est un microbe d'infection secondaire, son importance ne doit pas être méconnue (2); il ne doit en tout cas pas être mis de côté.

Comme affinités, on peut le rapprocher surtout de certains Paracolibacilles et des Bacilles paralyphiques.

Havelburg (3) donne comme agent pathogène de la fièvre jaune un Bacille différent du précédent, qu'il obtient d’une tout autre façon. En injectant sous la peau d’un cobaye 1 à 2 centimètres cubes du contenu de l'estomac d’un individu mort de fièvre jaune, l'animal meurt infailliblement, et l’on trouve toujours dans son sang, en culture pure, un microorganisme spécial qu'il regarde comme spécilique.

‘estun très petit Bacille de 1 y de long sur 0,3 v à 0,54 de large, isolé ou réuni par paires. Souvent les deux pôles sont plus brillants, ce qui le fait prendre pour un diplocoque. La mobilité est douteuse; 1l n’a pas de cils. Il ne forme pas de spores.

Il se colore facilement par les couleurs d’aniline et se décolore par la méthode de Gram.

Il est anaérobie facultatif; dans l'hydrogène, les cultures sont même plus belles qu'à l'air.

(1) Arcumarp et Woopson, The serum-diagnosis of Yellow-Fever (New Orleans med. and surg. Journ., février 1898).

(2) Banni, Beitrag zur bakteriologischen Erforschung der Gelbfiebers (Centralbl, für Bakt., 1te Abth., Orig., XXXIV,1903, p. 463).

(3) HaversurG, Recherches expérimentales et anatomiques sur la fièvre jaune (Ann. de l'Inst. Pasteur, XI, 1897, p. 515, et Berlin. klin. Wochenschr., 1897).

FLE

BACILLUS ICTEROIDES. 257

Sur plaques de gélatine, les colonies, d’abord blanches punctiformes, forment un disque” Jaunâtre granulé avec un bord finement dentelé. La gélatine n'est pas liquéliée.

Sur q gélatine, en piqûre, on obtient une culture en clou, blanche, qui ne liquéfie Jamais.

Sur gélose, la culture est d'un blanc grisâtre.

Le bouillon se trouble vite et donne un dépôt grisätre.

Le lait est coagulé en douze heures.

Sur pomme de terre, la culture est une mince couche grise.

Les milieux qui renferment du glucose ou du lactose fermentent rapidement.

Le microbe pousse dans les milieux acides, même très acides.

La production d’indol est toujours très intense; 11 y a également une considérable production d'hydrogène sulfuré.

Le microbe tue facilement le cobaye el la souris, plus difficilement le rat; il n'agit sur le chien qu'en injection intrapéritonéale et n'a aucune action sur la poule. Le microbe se trouve en abondance dans le sang des animaux qui ont succombé.

Chez le malade, sa localisation est presque exclusivement stomacale et intestinale; ce n’est qu'exceptionnellement que de là il envahit les autres organes. Il formerait dans l'estomac et l'intestin une substance toxique dont la résorption amènerait les graves lésions de la maladie et souvent la mort.

Pour Reed, Carroll et Agramonte (1), aucune de ces espèces microbiennes ne serait l'agent de la fièvre jaune. Cet agent serait un de ces microbés extrêmement petits qui sont invisibles au microscope el traversent les parois des filtres de porcelaine.

La maladie à une incubation variant de quarante et une heures à cinq jours et demi.

La contagion se fait uniquement par la piqüre d'une espèce de moustique, le Slegomya fasciala (autrement Slegomya calopus) ayant sucé du sang de malades, comme l'avait entrevu Finlay (2) dès 1881 et comme l'ont confirmé les recherches de la Commission américaine de la fièvre jaune (3), à Cuba, et celles de Marchoux, Salimbeni et Simond(#), au Brésil.

Le virus se trouve dans le sang des malades, ce qui est prouvé par les résultats positifs que donne l'inoculation du sang ou du sérum frais. Mais ces résultats ne s'obtiennent qu'avec du sang prélevé au premier, deuxième ou troisième jour de la maladie; on n'obtient plus rien à partir du quatrième jour. L'agent microbien est très petit, il traverse la bougie Berkefeld, la bougie Chamberland F, pas la bougie B; d’après la Com-

(1) Reep, Carrozr, AGRAMONTE et Lazear, Preliminary note on the etiology of yellow fever (Philad. med. Journ., 27 oct. 1900).

(2) FiNLay, El mosquito hipoteticamente considerado como agente de transmission de la fiebre amarilla (Ann. Roy. Acad. de la Habana, 1881).

(3) PARKER, BEyER et Pornier, À study of the yellow fever (Yellow fever Institute, Bulletin n° 13, Washington, 1903). — Rosenau, Parker, Francis et Bever, 1bid., Bulletin n° 44, 4905.

(4) Marcaoux, SaLIMBENI et Simon», La fièvre jaune (Ann. de l'Inst. Pasteur, XVII, 1903, p. 665). (Ibid., XX, 14906 p. 17, 104 et 161).

Macé. — Bactériologie, 6° édit. II. — 17

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mission américaine, lorsque le sérum est étendu de son volume de solu- Lion physiologique, le microbe traverse la bougie B.

On ne sait rien de sa forme; Schaudinn (1) croit qu'il doit être un Spirochète, Marchoux et Simond un Spirille, mais sans aucune preuve.

La vitalité est faible; il est tué par un séjour de cinq minutes à 55°; à 240-30°, le sang, exposé à l'air, perd toute virulence après quarantehuit heures ; à l'abri de l'air, le microbe est encore vivant après cinq jours, mais est mort après huit jours.

Ce microbe ne se cultive en aucun milieu, seulement peut-être dans l'organisme du Slegomya fasciala.

La maladie se transmet facilement à l'homme, à la suite de piqûres de moustiques infectés.

Les moustiques s'infectent simplement en piquant les malades dans les trois premiers jours de la maladie; il faut ensuite un laps de temps de douze jours pour que l’insecte gagne son pouvoir infectant.

Le virus est sans effet sur les animaux d'expérience habituels ; chez les singes anthropomorphes, on a signalé des résultats peu importants et encore bien douteux.

Chez l'homme, une première atteinte confère l’immunité. Chez l'enfant jeune, la maladie évolue d'ordinaire d’une façon très bénigne; ce qui peut expliquer des cas fréquents d’immunité dans les milieux où sévit la maladie, et alors les étrangers sont plus atteints.

Il n'y a pas d’immunité de race; les noirs sont aussi sensibles que les blancs.

Les Stégomies ne piquent que vers la chute du jour jusqu'à son lever ; ce sont les femelles qui piquent, au moment de la ponte, ayant besoin à ce moment de sang comme aliment. (est le seul moustique qui semble favorable pour le virus.

Comme moyens de prophylaxie, il faut chercher à détruire les Stéwomies et prendre les précautions voulues pour protéger les malades contre ces moustiques qui s’infecteraient en les piquant. Le froid les tue vite; Ottoet Neumann (2)ontmontré qu'àzéro degréilspérissaientpresque instantanément; qu'à 4° ils ne survivaient pas plus d’une heure, mais pouvaient vivre quatre-vingt-deux jours à la température de 7° à 90.

BACILLUS BOTULINUS Van ERMENGHEM.

Quoique ce microbe soit, par sa morphologie et sa biologie, bien différent des précédents, il peut paraître intéressant et utile de placer ici sa description, à cause du rôle important qu'il doit jouer dans les empoisonnements alimentaires où interviennent des espèces qui viennent d'être citées. Les accidents, qui paraissent bien devoir lui être rapportés, semblent présenter les caractères particuliers de ce que l’on désigne depuis longtemps sous les noms de bolulisme, d'ichlyosisme, fréquemment observés à la suite d’ingestion de saucisses, boudins (botulus), conserves de viande, pâtés de gibier ou de foies, poissons salés, etc.

(1) Scmaunnx, Generations und Wirthwechsel bei Trypanosoma und Spirochaete (Arb. aus dem kaiserl. Gesundheiltsamte, XX, 190%, p. 387).

(2) Orro et Neumann, Studien über Gelbfeber in Brasilien (Zeitschr. für Hygiene, LI, 1905).

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Ces accidents diffèrent de ceux des autres intoxications alimentaires par l'importance beaucoup moindre des symptômes intestinaux et la prédominance des symptômes nerveux, troubles visuels particulièrement.

Van Ermenghem (1) a attribué à cette Bactérie une petite épidémie alimentaire observée à Ellezelles, dans le Hainaut, chez un certain nombre de personnes ayant consommé des saucissons et du jambon fumés d’une certaine origine. La viande fraîche et salée du porc ayant servi aux premières préparations avait pu être consommée impunément, ce qui démontre que l'agent pathogène n'existait pas chez l’animal avant l’abatage, comme c'était le cas pour les espèces précédentes, mais s'était développé postérieurement, pendant les manipulations auxquelles la viande avait été soumise. Le jambon exhalait une odeur nettement butyrique.

Les premiers symptômes sont apparus seulement vingt à vingt-quatre heures, chez quelques personnes même trente-huit heures après le repas. D'abord des douleurs épigastriques, puis vomissements abondants, alimentaires au début, ensuite bilieux, très muqueux. Il s’est établi chez tous une constipation opiniâtre

Après trente-six à quarante-huit heures, ont apparu d'importants troubles de la vue, perception très trouble, indistincte, diplopie, mydriase, insensibilité pupillaire, plosis. La sécrétion des muqueuses de la bouche, du pharynx, du nez, de lœsophage même se modifia profondément; elles devinrent sèches et luisantes ou couvertes de mucosités épaisses; d’où irritation, gène dans la déglutition, dyspnée, voix sourde ou abolie, toux rauque, disparition du goût et de l’odorat. Le pouls cependant ne dépassail pas 90; la température était normale, la respiration tranquille.

Dans les cas mortels, on a observé des accès de dyspnée, de Ia faiblesse et de l’irrégularité du pouls, un état syncopal; trois cas ont été mortels, sur une cinquantaine produits.

L'ingestion des viandes suspectes a permis de reproduire, chez le chat, le pigeon, le lapin et le cobaye, le singe, des troubles pathologiques ayant une grande ressemblance avec les symptômes observés chez les personnes intoxiquées.

Le microbe fut rencontré dansles viandes incriminées, dans l'intestin et les différents organes des personnes qui avaient succombé, chez les animaux qui avaient ingéré des viandes

Depuis, le Bacillus bolulinus à été retrouvé dans des conditions similaires.

Fischer (2) a relaté une épidémie de botulisme causée, en 1904, à Darmstadt, par des conserves de haricots. Vingt-quatre personnes avaient mangé de ces haricots simplement assaisonnés en salade; vingt et une ont été malades, dont onze ont succombé. Une personne ayant fait cuire de ces légumes n’a éprouvé que de légers troubles

digestifs. Les symptômes signalés ont été des troubles oculaires, sem-

(4) Van Ermexcnem, Recherches sur les empoisonnements produits à Ellezelles par du jambon (Ann. de micr., VIII, 4896, p. 66). — In., Contribution à l'étude des intoxications alimentaires: recherches sur des accidents à caractères botuliniques provoqués par du jambon (Arch. de pharmacodynamie, IT, 4897).

(2) Fiscner, Ueber eine Massenerkrankrung an Botulismus infolge Genusses verdorbener Bohnenkonserven (Zeitschr. für klin. Med., LIX, 4906, p. 58).

260 BACTÉRIACÉES.

blables aux précédents, sans mydriase, cependant des phénomènes bulbaires, troubles respiratoires et cardiaques, des parésies et paralysies; d’un autre côté, intégrité de la sensibilité, absence de fièvre et de troubles gastro-intestinaux. Landmann (1) a isolé un Bacille anaérobie qui doit être identifié avec le Bacille de Van Ermenghem. Les conserves en question dégageaient une forte odeur butyrique.

À l’autopsie de plusieurs victimes, on n’a pu constater aucune lésion paraissant caractéristique.

MORPHOLOGIE

Caractères microscopiques. — Le Bacillus bolulinus est une Bactérie en bâtonnets droits, à extrémités un peu arrondies (fig. 44), mesurant 4 à 6u de longueur sur 0,9 à 1,2 y d'épaisseur. Les éléments sont isolés, rarement réunis par deux, avec des articulations nettes:

les formes filamenteuses sont exceptionnelles .

Dans certains milieux, on voil fréquemment des Bacilles en baguette de tambour, en poire, en fuseau.

Ces Bacilles sont un peu mobiles; par les méthodes de coloration spéciales, 1l est possible de leur reconnaitre de quatre à huit cils grêles implantés irrégulièrement sur l'élément. Beaucoup de bâtonnets peuvent produire des spores, généralement terminales, parfois médianes, ovales, allongées,

Fig. 44. — Bacillus botulinus d’une culture en gélatine glucosée (d'après Van Ermenghem).

plus larges que le bâtonnet.

Coloration. — Ils se colorent bien par les méthodes ordinaires et restent colorés par la méthode de Gram, mais la décoloration par l'alcool estassez rapide et l’action du réactif demande à être surveillée.

Cultures. — Ce microbe est un anaérobie strict ; la moindre trace d'air empêche son développement. Il faut le cultiver dans le vide ou dans un gaz indifférent comme l'hydrogène; l'acide carbonique ne convient pas, le gaz d'éclairage non plus. I lui faut en plus des milieux à réaction franchement alcaline ; le meilleur paraït être la gélatine glucosée. À 16°, le développementesttrès lent; à 18°, 1l pullule bien; son oplimum paraît être entre 20° et 30°; à 35°-40°, son dévelop-

(1) Laxpuanw, Ueber die Ursache der Darmstädter Bohnenvergiftung (Hygienische. Rundschau, X, 4904, p. 449).

BACILLUS BOTULINUS. 261

pement est moindre; c'est déjà une température dysgénésique, où se produisent beaucoup d'éléments déformés, formes d’involution.

Sur plaques de gélatine glucosée, les colonies datant de quatre à six jours, examinées à un grossissement de 60 diamètres, sont circulaires, transparentes, de coloration jaune brun clair et formées de gros grains réfringents, continuellement en mouvement, surtout dans la partie périphérique ; autour de la colonie, on observe un cercle de liquéfaction généralement peu étendu. Plus tard, la colonie prend un aspect radié et peut émettre des prolongements en doigt de gant assez réguliers ou irréguliers. Dans les gélatines molles, ces colonies peuvent présenter des ormes extrémement variées. La liquéfaction s'étend à tout le milieu. t

Dans la gélatine glucosée en tube, les colonies apparaissent le long de la piqûre comme de petites masses arrondies, blanchâtres, envoyant des prolongements en divers sens. La gélatine se liquéfie peu à peu autour d’elles et il apparaît, dans le voisinage, de nombreuses bulles de gaz qui brisent la gelée restée solide et peuvent la projeter même hors du tube, ou s ’amassent à la surface libre en une masse spumeuse, A la fin, la gélatine se liquéfie totalement; on a au fond du tube une masse floconneuse, blanchâtre, qui produit des bulles pendant longtemps, et au-dessus un liquide clair.

Dans la gélose glucosée,les cultures n'ont rien de spécial; elles dégagent beaucoup de gaz qui déchirent le milieu en tous sens après quelques jours.

Ces cultures sur gélatine et gélose dégagent une odeur butyrique franche, nullement putride.

Dans les milieux additionnés de lactose, de saccharose, le développement reste précaire et 1l ne se forme que peu de gaz.

Sur ces milieux en surface, le développement est presque nul. Il en est de même sur pomme de lerre.

Les bouillons glucosés se troublent uniformément et donnent beaucoup de gaz. À 35°, au bout de quelques jours le développement cesse et le liquide s’éclaircit : à 20°-25°, il peut se poursuivre pendant des semaines. L’odeur est également butyrique.

Le lait ne change pas d’aspect et ne se coagule jamais; la multiplication y est toujours peu abondante.

PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES

Les sucres sont tous fermentés ; tous donnent des gaz (1).

Les gaz produits dans les milieux glucosés sont surtout de l'acide carbonique, puis de l'hydrogène et du méthane.On constate la présence d'alcool butylique et d'acides gras, parmi lesquels l'acide butyrique, des amines et de petites quantités de mercaptan de méthyle.

Les bouillons de culture donnent la réaction de l’indol.

- L'’odeur n’est jamais putride ; elle est franchement butyrique, comme celle constatée dans le jambon et les haricots ayant causé les accidents.

Les cultures conservent très longtemps leur vitalité lorsqu'elles

(1) Vourroun, Loc. cit., p. 179.

AE

962 BACTÉRIACÉES.

n’ont pas été soumises à une température supérieure à 30°; au cas contraire, elles périssent vite. Les spores sont relativement très peu résistantes ; elles sont tuées après une heure à 80°, après un quart d'heure à 85°; l’acide phénique à 5 p. 100 les tue en moins de vingt-quatre heures

Un excès de chlorure de sodium entrave nettement le développement ; il est complètement empêché dans les milieux qui en contiennent plus de 6 p. 100, el ne peut conséquemment pas se faire dans les*honnes saumures habituelles contenant au minimum 10 p. 100 de sel.

INOCULATION EXPÉRIMENTALE

Les cultures sont pathogènes pourles singes, les souris, les cobayes, les lapins,les pigeons et les chats. Elles déterminent chez ces animaux absolument les mêmes symptômes que ceux que leur ont occasionnés le suc ou le macéré du jambon incriminé ; chez le chat particulièrement, on observe une mydriase très marquée. Les chiens, les poules, les grenouilles sont réfractaires. Le lapin est plus sensible que le cobaye et la souris plus que le lapin; il faut des doses extrêmement minimes, en injection sous-cutanée, pour les tuer. Par mgestion, il faut des doses relativement considérables pour tuer le cobaye, des doses minimes pour la souris; le lapin résiste dans ce cas avec de fortes doses.

A l’autopsie, on trouve de la congestion plus ou moins intense de la plupart des organes. Marimesco (1 ïe Kempner et Pollack (2) ont décrit des lésions spéciales des cellules nerveuses centrales.

Le Bacillus botulinus ne prolifère pas dans l'organisme ; il ÿ disparait même vite lorsqu'il y est introduit. Les symptômes produits sont dus à l’action de produits solubles qu'il a formés dans les milieux où il a vécu. C’est une simple intoxicalion, un empoisonnement qui se produit.

Les symptômes sont dus à l’action d’une toxine spéciale sécrétée par le microbe, qui a été extraite par Brieger (3) des bouillons de cultures. Les bouillons de cultures, nettement acides, filtrés sur bougie Chamberland, produisent chez les animaux des effets très semblables à ceux obtenus avec les cultures vivantes (4); ces filtrats sont parfois extrémement actifs; il en est qui tuent la souris à moins d'un cinq-millionième de centimètre cube. La toxine est facilement détruite par les alcalis, par une solution de soude à 3 p. 100 et résiste mieux aux acides; elle est détruite par un chauffage d’une heure à 75°, une demi-heure à 80°, très vite à 100°. La lécithine, la cholestérine, l’antipyrine, la substance nerveuse la fixent et la neutralisent en partie. Comme pour le Bacille du télanos, les spores privées de toxine par lavage ne déterminent aucun accident chez les animaux réceptifs, mais sont rapidement détruites par les phagocytes. Il en est, du reste, de même des Bacilles; le microbe,

(1) Mariesco, Lésions des centres nerveux produites par la toxine du Bacillus botulinus (Soc. de Biol., 1896).

(2) Kempxer et Porracx, Die Wirkung des Botulismustoxins und seines specifischen Antitoxins auf die Nervenzellen (Deutsche med. Wochenschr., 1897, n° 32).

(3) BrieGer et KEeMPNER, Beitrag zur Lehre von der Fleichvergiftung (Deutsche med. Wochenschr., 1897, n° 33).

(4) Leucus, Beiträge zur Kenntniss des Toxins und Antitoxins des Bacillus botulinus (Zeitschr. für Hygiene, LXV, 1910, p. 55).

BACILLUS CHOLERÆ GALLINARUM. 263

à pi ‘oprement parler, ne peut être regardé comme une Bactérie pathogène, mais simplement loxigène.

IMMUNITÉ ET SÉROTHÉRAPIE

Kempner (1) a pu avec difficultés immuniser une chèvre avec de la toxine botulinique. Le sérum antibolulinique, d’un pouvoir immunisant de 10 000 unités, se montre nettement préventif et curatif chez le cobaye. D'après Forssmann et Lundstrom (2), le maximum d'activité du sérum se montrerait vers le dixième jour après la dernière injection de toxine.

HABITAT ET ROLE ÉTIOLOGIQUE

Van Ermenghem n’a pu retrouver le Bacillus bolulinus nulle part dans le milieu extérieur, ni dans la terre, ni dans le fumier, le purin, les matières fécales de beaucoup d'animaux. Kempner l'aurait rencontré dans des excréments de porc

Il paraît devoir être considéré comme un simple saprophyte, pouvant déterminer des accidents spéciaux grâce à la toxicité des produits qu'il forme dans les milieux favorables.

BACILLUS CHOLERZÆ GALLINARUM Pasreur.

(Bacille du choléra des poules, Bacille de la pasteurellose aviaire.)

ATLAS DE MICROBIOLOGIE, PL, XXIII

Le choléra des poules peut être considéré comme le type d’une série d'infections sévissant sur un grand nombre d'espèces animales, surtout domestiques, peut-être même sur l’homme, présentant entre elles, tant au point de vue de l'agent de contage qu'à celui de la symptomatologie, des rapports évidents qui conduisent dès lors à les rapprocher, à en former un groupement paraissant de plus en plus homogène à mesure que les connaissances se précisent.

Hueppe (3), dès 1886, frappé des grandes ressemblances que présentent entre eux les microbes du choléra des poules, de la pnreumoentérile du porc, de la peste porcine, de la seplicémie spontanée du lapin, de la seplicémie des furets, de la seplicémie des bovidés el des animaux sauvages et de quelques autres affections similaires, et de la similitude des infections expérimentales déterminées par eux chez les animaux d'expériences, surtout le lapin, le cobaye, la souris, des lésions produites où dominent les phénomènes de nécrose et les hémorragies, a émis, dès 1886, l’idée que toutes ces affections ne constituent que de simples

(1) Kempner, Weitere Beitrag zur Lehre von der Fleichvergiftung (Zeilschr. für Hygiene, XXVI, 1897, p.481). — KemPner et ScxeriLEewsky, Ueber antitoxische Substanzen gegenüber dem Botulismusgift (/bid., XXVII, 4898, p. 213).

(2) Forssmannet Lunpsrrom, Sur la marche de la courbe d'antitoxine dans l’immunisation active contre le botulisme (Ann. de l'Inst. Pasteur, XVI, 1902, p. 294).

(3) Huerpe, Ueber die Wildseuche und ihre Bedeutung für Nationalükonomie und Hygiene (Berlin. klin. Wochenschr., XXII, 1886, p. 713 et 791).

264 BACTÉRIACÉES. |

modalités d’un même type pathologique, la seplicémie hémorragique, produites par un même microbe pathogène, le Microbe de la septicémie hémorragique. H faut lui rapporter en plus, aujourd’hui, les microbes que l’on reconnaît comme agents d’autres affections similaires, entre autres le barbone du buffle, l'influenza ou fièvre typhoïde du cheval, la maladie des jeunes chiens.

Pour Nocard (1),toutes ces affections seraient bien tributaires d’un même microbe, la Bactérie ovoide, qui est en somme le WMicrobe du choléra des poules de Pasteur. Les recherches de Chamberland et Jouau (2) semblent confirmer cette opinion.

Entre tous ces types microbiens, il y a, en effet, bien des ressemblances. L'étude clinique des affections qu'ils déterminent montre entre elles de nombreuses analogies.Il y a là, en somme, de quoi conslituer au moins un véritable Groupe des seplicémies hémorragiques, qu! semble bien naturel.

Dans ce groupe, Lignières, dans une très remarquable étude d’ensemble (3), forme deux sous-groupes, celui des Pasteurelloses et celui des Salmonelloses. |

Le sous-groupe des Pasteurelloses a pour type la Bactérie du choléra des poules, pour laquelle Trévisan a établi son genre Pasteurella (Voy. I, p. 432).

Voici, d’après Lignières, quelles seraient les caractéristiques de ce cenre Pasteurella : Microbes dont les éléments sont de courts bâtonnels ovoïdes (coccobacilles), immobiles, se décolorant par la méthode de

Gram, ne liquéfiant pas la gélatine, ne coaqulant pas le lait, ne

donnant pas de culture visible sur pomme de lerre, ne donnant pas d'indol, surtout aérobies, produisant une odeur spéciale dans les cultures.

Parmi les Pasteurelloses, doivent être comprises les affections suivantes : choléra des poules et affections similaires (Pasteurellose aviaire), peste porcine (Pasleurellose du porc), septicémie du lapin (Pasteurellose du lapin), septicémie des bovidés (Pasteurellose bovine), septicémie des animaux sauvages, septicémie hémorragique du mouton (Pasleurellose ovine), barbone du buffle, septicémie hémorragique du cheval (Pasteurellose du cheval), maladie des jeunes chiens (Pasteurellose canine).

D’après Chamberland et Jouau, ces affections qui sévissent, très conlagieuses, sur des espèces animales différentes, ne doivent pas être regardées comme des entités bien réellement distinctes, mais auraient une commune origine et des rapports étroits. Lignières avait déjà signalé la transmission possible de la pasteurellose ovine au bœuf et de la pasteurellose porcine à la poule; Georges a rapporté un cas de transmission de la pasteurellose de la poule au porc. Chamberland et Jouau en arrivent à conclure qu'une .pasteurellose d'une espèce animale peut faire naître une pasteurellose chez d’autres espèces.

D'ailleurs, ces auteurs prouvent expérimentalement que le virus de

(4) Nocanp et LEcLaincne, Les maladies microbiennes des animaux, 3° éd., 4902, I, p. 1.

(2) Caamserranp et Jouau, Les Pasteurella (Ann. de l’Inst. Pasteur, XX, 1906, p. 84).

(3) Linièmes, Contribution à l’étude et à la classification des septicémies hémorragiques. Buenos-Ayres, 1900.

APMAQNTES

BACILLUS CHOLERÆ GALLINARUM. 265

la pasteurellose du porc, d’abord peu actif pour la poule, après divers passages chez de jeunes individus de cette espèce d’abord, puis chez des adultes, devient tout aussi virulent pour cet animal que le virus du choléra des poules. Ils ont aussi observé que la vaccination pour une pasteurellose préservait contre une autre ; qu'un sérum d’immunisation, obtenu avec l’une d’elles, était actif contre toutes.

Tout ceci est bien en faveur d’un microbe unique, dont la virulence se montre variable, qui à la suite de passages chez des individus d’une espèce animale, devient apte à provoquer une pasteurellose spéciale à cette espèce.

Ce microbe serait très répandu dans la nature, se trouverait surtout dans l’intestin et sur les muqueuses des voies aériennes, dans le sol et les eaux souillées, Une telle présence fréquente dans les organismes peut expliquer comment un tel microbe peut jouer facilement un rôle d'infection secondaire, sa pénétration se trouvant favorisée par l’action préalable du microbe réellement infectant.

Le sous-groupe des Salmonelloses ne comprenait qu'une seule affection, le choléra du porc, ou hog-cholera. Le microbe qui l’occasionne diffèré du type précédent en ce que ses éléments ont une forme bacillaire plus nette, sont nettement mobiles, pourvus de cils vibratiles; en cultures, il coagule légèrement le lait et se développe abondamment sur pomme de terre.

Il appartient à un type nettement différent et se rapproche beaucoup d’autres espèces étudiées précédemment, faisant partie du groupe du Colibacille, surtout le Bacillus enteritidis,le Bacille de la psiltacose, le Bacille paratyphique B, le Bacillus icteroides, le Bacillus typhimurium et le Bacille de La seplicémie des veaux. Entre toutes ces espèces, il y a desanalogies évidentes qui justifient leur rapprochement (1).

Il est, toutefois, peut-être encore préférable d'étudier les divers types séparément.

Le Bacille du choléra des poules est la cause de la maladie épidémique connue sous le nom de choléra des poules, qui peut occasionner de très grands ravages dans les basses-cours. Elle atteint toutes les volailles, poulets, dindons, faisans, canards, oies, et ne semble épargner aucune race. La présence presque constante de diarrhée et l’extrème contagiasité lui ont fait attribuer la dénomination de choléra ; les poulets fournissant d'ordinaire le plus fort contingent des victimes, le nom de choléra des poules est entré dans les habitudes et a été conservé.

Perroncilo (2), en 1878, avait cru pouvoir attribuer la maladie à des Micrococcus qu'il avait observés dans le sang des poules atteintes. Toussaint (3), l’année suivante, a confirmé cette découverte. Enfin, en 1880, Pasteur (4) a étudié la question dans ses moindres détails et

(1) SacquéPéE, Les Salmonelloses (Bull. de l’Inst. Pasteur, V, 1907, p. 889).

(2) Perroncrro, Ueber das epizootische Typhoïde der Hühner (Arch. für wiss. und prakt. Thierheilk., 4879, p. 22).

(3) Toussaint, Sur le choléra des oiseaux de basse-cour (C. R. de l’Acad. des sc., XC, 1880, p. 428).

(4) Pasreur, Sur les maladies virulentes et en particulier sur la maladie appelée vulgairement choléra des poules (C. R. de l’Acad. des sc., XC, 1880, p. 239, 952 et 1030); et: De l’atténuation du virus du choléra des poules (/bid., XCI, 1881, p. 673).

266 BACTÉRIACÉES.

résolu les plus intéressants problèmes de son étiologie et de sa prophylaxie. C’est l'étude de ce microbe qui l’a conduit à ses premières constatations des phénomènes de l’atténuation des virus et de leur transformation en vaccin.

La maladie est en général facile à reconnaître ; en mettant même à part son caractère épidémique et la rapidité habituelle de son dénouement, l'examen des individus malades fournit des signes non équivoques. Une poule atteinte est sans forces, chancelante ; ses ailes trainent sur le sol; ses plumes se hérissent; elle prend la forme en boule. Souvent, une somnolence invincible l’accable; la mort peut arriver en cet état, en peu de temps; sans que l'animal change de place. D’autres lois, l'oiseau est inquiet, agité de temps en temps de secousses convulsives. On observe presque toujours une diarrhée claire, muqueuse. La mort arrive d'habitude en vingt-quatre ou trente-six heures, parfois seulement après une semaine.

Il existe des cas foudrovants où l'animal meurt en quelques heures, même avant qu'on ait pu s'apercevoir de la maladie. A l’autopsie, on trouve de très grands désordres. Le foie est volumineux, jaunâtre, marbré, tres friable; la rate tuméfiée, molle. L'intestin est souvent plein d’un liquide séreux; la muqueuse est congestionnée et souvent ulcérée par places. Le cerveau et les poumons présentent souvent des ecchymoses ; le sang du cœur est noir, poisseux: les muscles ont leur apparence normale. Le sang et le liquide de la diarrhée renferment une grande quantité des Bactéries spéciales dont la découverte a été signalée plus haut.

Le diagnostic de la maladie se fait souvent facilement par le simple examen microscopique du sang, après coloration ou même sans coloration ; on y trouve en abondance l'agent spécifique au milieu des glovules sanguins. La mise en cultures et l'inoculation donnent également de très bons résultats.

MORPHOLOGIE

Caractères microscopiques. — Les Bactéries observées sont de courts bâtonnets, immobiles, réunis par deux, rare-

SEE ep : ARS - mal SE ment plus. Pasteur les considérait comme normale- Q RS ment sphériques et semble admettre que les indi- $

y y © vidus allongés ou parfois légèrement étranglés en

S À leur milieu (fig. 45) sont des éléments en voie de Fig. 45. — Microbe bipartition; ce sont pour lui des Micrococcus ayant

lu choléra de : \ ; - :

FRE 4 de 0,2u à 0,3 uw de diamètre. Actuellement, on les poules (d'après \ i

Pasteur). reconnait comme de vrais Bacilles ayant 1 w à 1,2 u

de long sur 0,25 uw à 0,60 x de large (fig. 47, 48,

49) ; cependant, cette forme en bâtonnets pourrait donner des élé-

ments plus ou moins arrondis dans certaines cultures, fréquemment

des formes coccobacillaires (fig. 46), parfois de courts filaments. On n'observe jamais de formation de spores.

Coloration. — Ces Bactéries se colorent très facilement avec les diverses couleurs d'aniline ; la solution de Loeffler donne d'excellents résultats.

Elles se décolorent par les méthodes de Gram et de Weigert.

Ts 40 PO

BACILLUS CHOLERÆ GALLINARUM, 267

Dans le sang ou les tissus, la thionine colore les microbes en violet rouge, les noyaux et le protoplasma autrement; en ne décolorant que lentement, on arrive à laisser les microbes colorés seuls.

Fig. 46. — Bacille du choléra des poules. Fig. 47. — Bacille du choléra des poules. Forme coccobacillaire commune sur Forme bacillaire obtenue avec la culgélose. 700/1 (d'après Lignières). ture du sang d’un lapin infecté par le

tube digestif. 700/1 (d'après Lignières).

La couleur se fixe d'ordinaire surtout aux deux extrémités des bâtonnets, laissant un espace central non coloré, donnant une coloration bipolaire, d’où l'apparence de diplocoque que lon peut reconnaître souvent aux bâtonnets (fig. 47, 48).

Cultures. — Le Bacille du choléra des poules se cultive facilement, à partir de 15° jusque vers 42°, bien que montrant plus d’exigences vis-àvis des milleux nutritifs que beaucoup d’autres espèces pathogènes. C’est un aérobie, pouvant, pour certains, donner une légère culture dans le vide, pour d’autres ne poussant jamais quand l'oxygène est bien enlevé.

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