Diagnostic de l'éclampsie proprement dite
D'après le tableau que je viens de faire, je suis dispensé d'insister sur le diagnostic; au reste, il suffitd'avoir vu cette épouvantable maladie pour la reconnaître. Je n'ai donc à m'attacher qu'à établir le diagnostic différentiel.
A. Pendant l'accès, l'éclampsie épileptiforme ne peut guère être confondue avec l'hystérie, lorsqu'elle se présente sous ses formes ordinaires; car on observe dans l'hystérie des troubles variés dans les fonctions des viscères abdominaux et thoraciques, troubles portant également sur la sensibilité, la contractilité et sur les fonctions spéciales, et, parmi eux, quelques symptômes caractéristiques, tels que la boule hystérique, la conservation de l'intelligence et du sentiment, des cris^ des pleurs, etc. ; d'autre part, des mouvements musculaires désordonnés et violents, mais ressemblant à de l'agitation plutôt qu'à des convulsions ; rarement une salive écumeuse est chassée hors de la bouche, jamais elle n'est sanguinolente. Dans l'éclampsie, au contraire, on n'observe pas de cris, pas de mouvements violents: la malade n'a besoin d'être maintenue que pour éviter qu'elle ne tombe à bas du lit ; les secousses répétées ont lieu sur place. L'éclampsie est plus fréquente à la fin de la grossesse ; l'hystérie l'est plus au commencement.
Dans l'éclampsie, rarement un accès se manifeste seul ; dans l'hystérie, au contraire, on n'observe ordinairement qu'un seul accès..
L'hystérie comateuse, ou, si l'on aime mieux, l'éclampsie hystériforme, au contraire, peut donner lieu à des méprises. On pourra toutefois les éviter en se rappelant que dans l'éclampsie hystérilbrme les convulsions épargnent la face, qui conserve, en général, un air naturel, les yeux, les paupières, étant les seules parties qui deviennent le siège d'agitations convulsives, différentes des distorsions de Téclampsie ; que l'immobilité des membres et du tronc n'est pas accompagnée de la rigidité tétanique propre à l'éclampsie. On observe presque toujours en même temps que les autres symptômes quelques-uns des phénomènes viscéraux, si habituels dans les autres formes de l'hystérie; ces troubles viscéraux deviennent surtout plus
nombreux et plus évidents pendant les rémissions. Enfin, pendant ces rémissions, les malades reprennent promptement la connaissance, si elles l'avaient perdue.
Tels sont les symptômes principaux à l'aide desquels on peut distinguer entre elles les formes épileptique et hystérique de l'éclampsie.
Quant kVépilepsie, il y a une telle ressemblance entre elle et l'éclampsie, qu'il serait impossible de distinguer ces deux affections, s'il ne se manifestait qu'un seul accès d'éclampsie. Mais la connaissance des antécédents et la suite de la maladie permettent de distinguer ces accidents l'un de l'autre.
Dans l'épilepsie, il ne se manifeste, en général, qu'un seul accès; dans l'éclampsie, presque toujours plusieurs accès se succèdent.
Cependant, M. P. Dubois a vu une épileptique chez. laquelle les accès se succédèrent pendant le travail : dans ce cas, l'épilepsie s'était changée en véritable éclampsie.
Enfin les convulsions cataleptiques pourraient être facilement confondues avec l'éclampsie, s'il n'y avait extase et mouvements automatiques dans la forme cataleptique.
B, Ap7^ès l'accès, dans la stupeur, on peut confondre l'état comateux, dans lequel la femme est plongée, avec l'apoplexie, le narcotisme, l'ivresse.
Il est assez difficile de distinguer cet état comateux de l'apoplexie ; cependant l'apoplexie est rarement suivie de résolution complète des membres ; il y a de plus, dans la plupart des cas, hémiplégie : la langue n'a pas été mordue et la bave n'est pas ensanglantée.
La stupeur déterminée par l'ivresse ressemble à peu près aussi à la stupeur éclamptique; mais les exhalaisons de liqueurs spiritueuses qui sortent de la bouche, et les vomissements, caractérisent cet état : la langue n'a pas été mordue, et s'il y a de l'écume, elle n'est pas ensanglantée.
Le narcotisme se reconnaît aux signes particuliers à chaque substance stupéfiante.
Ainsidonc, s'il ne s'était manifesté qu'un accès, on pourrait souvent rester dans le doute : dans ce cas, il faut s'éclairer de tous les renseignements possibles sur les antécédents de la malade auprès de laquelle on est appelé, sur les circonstances les plus minimes de l'accident.