Insignes
Les insignes qui distinguent particulièrement le pape sont les suivants :
La féimlt est une croix pattée, de forme grecque, élevée sur une hampe, le tout en métal doré. Le pape n'en fait usage qu'aux consécrations d'églises, d'autels ou d'évêques, où elle remplace la crosse, dont la volute recourbée signifie une juri-
diction limitée. La férule, au contraire, indique la juridiction universelle du Souverain Pontife. Pie IX Ta prise aux sessions publiques pour bénir les pères du Concile, pendant le chant des litanies des saints.
La sedia gestatoria est un siège en bois doré, exhaussé de deux marches, garni de velours rouge et galonné d'or, brodé en avant à Teffigie du Saint-Esprit planant dans une auréole de lumière et, par derrière, aux armes du pontife régnant. Le Saint-Père fait son entrée solennelle, à certains jours, dans les basiliques ou aux consistoires publics et donne la bénédiction papale, assis sur la sedia^ que portent douze palefreniers du palais, au moyen de brancards passés dans des anneaux fixés aux montants du fauteuil. L'Eglise a attaché à cet usage une raison symbolique qui n'est pas dépourvue de poésie. Le pape pent mieux voir à cette hauteur le troupeau qui lui est confié et, à son tour, est aperçu plus facilement par les pieux fidèles qui s'inclinent sous sa main bénissante.
La sedia est ordinairement accompagnée de deux grands éventails, élevés sur des hampes garnies de velours rouge et tenues, de chaque côté du pape, par des camériers secrets. La partie supérieure s'arrondit en demi-cercle et, sur le velours rouge, se détachent des broderies d'or représentant les clefs pontificales. De Là part un double rang de plumes d'autruche adossées, recourbées et ocellées à l'extrémité avec des plumes de paon. Suivant saint Jérôme, Téventail est le symbole de la continence que les yeux du public, toujours attentif, préservent de toute altération.
VomhreUino^ insigne princier, est en damas rouge galonné d'or. Sa forme est celle d'un parasol plat avec pentes découpées. Fermé et le manche replié, il est tenu dans son fourreau rouge et suspendu dans l'antichambre du pape ; puis^ quand celui-ci sort, déposé par un domestique sur le carrosse. Sa Sainteté ne s'en sert guère que pour se garantir du soleil.
Le dais est de deux couleurs, blanc ou rouge, suivant les cérémonies. Il se compose d'un ciel flottant, fixé à huit hampes de bois doré, avec pentes découpées en lambrequins brodés ïi 33
et armoriés. Huit prélats Référendaires de la Signature couvrent le pape du dais, chaque fois qu'il fait une procession ou officie poutiûcalement. S'il portait le Saint-Sacrement entre les mains, les hampes seraient tenues par des évêques assistants au trône.
Le pape a quatre espèces de trônes. Le trâîie pontifical est toujours dressé du côté de l'évangile, si le pape tient chapelle, ou, au fond du presbytère, s'il officie pontificalement. Les degrés qui le mettent de niveau avec l'autel sont recouverts de tapis unis et rouges. Sur la marche la plus élevée, un escaheaude velours rouge, galonné et frangé d'or, sert au pape à appuyer ses pieds. Le dossier et la housse du fauteuil varient suivant les fêtes : blanc, pour Notre-Seigneur, la Vierge et les confesseurs; rouge, pour l'Esprit-Saint et les martyrs ; violet pour les temps de pénitence et de deuil. L'étoffe est en drap d'argent pour le blanc, en lamé d'or pour les autres couleurs. Le siège a conservé la forme antique de la cathedra avec son dossier élevé et arrondi à la partie supérieure. Le dais, en velours rouge et de forme carrée, est galonné, frangé d'or et brodé, aux extrémités de chacune des pentes, aux armoiries du pape régnant.
Le t7'ône de tierce sert, lors des offices pontificaux, pour le <îhant de cette petite heure, pendant laquelle le pape revêt les ornements sacrés. Il ne diffère du trône pontifical que par le nombre de ses degrés qui sont moins élevés et par l'absence complète de baldaquin. Seulement, au haut des bandes de velours qui côtoient la tenture mobile du dossier, sont brodées les armoiries du pape.
Le trône du consistoire public^ que l'on dresse aussi pour le lavement des pieds, le Jeudi Saint, a sa cathedra recouverte d'une housse de soie violette lamée d'or ; pour dossier, la célèbre tapisserie dite des lions, dessinée par Raphaël et, pour baldaquin, des pentes de tapisserie jaune à rinceaux de couleur, entourant un ciel do tapisserie qui représente le Père éternel bénissant.
Le trône usuel, que l'on voit dan& les différentes pièces des
SUR LE COSTUME ECCLÉSIASTIQUE. Si 5
palais apostoliques, comme la salle du trône, celle du consistoire secret, le cabinet de travail et la salle à manger du pape, n'a pas de marche, mais simplement un riche tapis et un escabeau garni de velours rouge. Le fauteuil est également en velours rouge, à montants sculptés et dorés. Le dossier et le baldaquin sont aussi en velours rouge, frangé et galonné d'or. De chaque côté du dossier, pendent deux cordons de sonnettes, terminés par des glands rouges, au cas où le pape aurait besoin d'appeler quelqu'un de son antichambre.
La croix papale ressemble à une croix processionnelle et est en métal doré. Elle reste habituellement dans l'antichambre d'honneur, appuyée contre le mur. Dans les processions, elle est accompagnée et, à l'autel, gardée par deux maîtres portiers de la verge rouge. Cette croix précède toujours le pape quand il porte le costume d'étiquette. Elle est tenue habituellement par son chapelain porte-croix et, aux cérémonies, par le dernier des auditeurs de Rote, faisant les fonctions de sous-diacre apostolique. Lorsque le pape se rend en train de gala à une église, le porte-croix, vêtu de la soutane et du mantellone violets, est monté sur une mule blanche. Le crucifix de la croix papale est toujours tourné vers le Saint- Père.
Le blason du pape n'a pas de forme déterminée. Quant aux armoiries^ il en hérite de sa famille ou conserve celles qu'il avait étant cardinal. L'écusson est timbré d'une tiare dont les fanons sont relevés, et de deux clefs renversées et en sautoir qu'unit un cordon rouge. Les armoiries de Pie IX se blasonnent : Ecartdé : aux i ^^4, d'azur au lion couronné et posant la patte senestre de derrière sur une boule ^ le tout d'or^ qui est MASTAI\ aux 2 et 3, d'argent à deux bandes de gueules^ qui est FERRETTL
Les chapeaux pontificaux sont au nombre de deux. La coiffe est basse et étroite et les bords larges et ronds. Ils sont entièrement recouverts de velours rouge, galonné d'or, avec un double cordon terminé par un gland et un coulant au milieu pour les fixer sous le menton. A la mort du pape, on les place
au pied du lit funèbre sur lequel il est exposé à Saint-Pierre, dans la chapelle du Saint-Sacrement.
Vanneau dî( pêcheur est un anneau ordinaire, au chaton duquel est gravé S. Pierre, assis dans une barque et péchant, c'esl-à-dire jetant ses filets à la mer. Lors de l'élection du pape, le cardinal camerlingue de la Sainte Eglise le lui met au doigt annulaire de la main ; il l'ôte aussitôl, puis le donne au préfet des cérémonies apostoliques, afin qu'il y fasse graver le nom du pontife. C'est avec cet anneau qu'étaient scellés autrefois les brefs apostoliques, expédiés siib annulo piscatoris. Depuis Grégoire XVI, au secrétariat des brefs, on Ta remplacé par un timbre à l'encre rouge. L'anneau du pêcheur est gardé par le maître de chambre de Sa Sainteté, qui, à sa promotion comme majordome, le remet à son successeur. Le pape étant mort, un maître des cérémonies le brise, en présence des cardinaux réunis en congrégation générale, avec une enclume et un marteau qui ne servent qu'en cette circonstance. L'or en est ensuite partagé entre les deux premiers maîtres des cérémonies.
Pie VI portait presque constamment l'anneau du pêcheur, en plus de son anneau ordinaire. Lorsqu'on 1790, le gouvernement français eut envahi les États de l'Eglise, le calviniste Haller, commissaire du Directoire, vit que le pape portait deux anneaux aux doigts. «Vous avez là deux anneaux, lui dit-il avec insolence, donnez-les moi. » Pie VI tira du doigt un de ses anneaux et le remit à Haller en disant : « Je puis donner celui-ci qui est à moi, mais quant à l'autre, il ne m'appartient pas. » Haller irrité s'écria : « Vous allez me donner aussi celui-là à l'instant ou j'emploierai la force. » Pie VI, pour ne pas s'exposer à d'indignes violences, le lui remit, mais Haller le fit examiner et, voyant qu'il n'avait nulle valeur, le restitua le lendemain au malheureux pontife.
liQS couleurs pontificales sentie rouge et le jaune, comme le témoignent encore les pavillons des basiliques et la livrée du Sénat. Mais Napoléon 1" ayant adopté ces deux couleurs pour les troupes du royaume d'Italie, Pie VII, en 1808, choi-
sit le blanc et le jaune, qui se sont maintenus depuis. Les gardes-nobles qui, les premiers, arborèrent la nouvelle cocarde, furent, par ordre de l'empereur, incarcérés au château Saint-Ange.