Principes généraux
Nous avons, pour nous guider dans cette étude, trois textes importants : le Cérémonial des évêques, qui se contente d'indications générales ; son commentaire par M^"" Martinucci, préfet des cérémonies apostoliques, qui en a fait l'objet de plusieurs chapitres spéciaux dans son excellent Manuale sacrarum caeremoniarum, publié à Rome en 1872 ; enfin les instructions dressées pour le costume ordinaire, au nom de Sa Sainteté Pie IX, par la sacrée congrégation du Cérémonial.
Mon rôle se bornera à interpréter ces documents, dont deux sont officiels et à les développer à Taide de la pratique romaine dans les points restés obscurs ou indécis. C'est la première fois, à ma connaissance du moins, qu'un semblable travail est entrepris pour bien fixer l'emploi des règles. Je ne le tente qu'après avoir contrôlé toutes mes observations par la science, si exacte et si étendue, de mon obligeant ami, M*' Antoine Cataldi, maître des cérémonies de la chapelle papale.
Il est nécessaire, au début, de bien déterminer les principes généraux, afin de faire pénétrer dans la théorie et d'éviter les redites.
Velours, — Le velours est propre au pape. Le prendre, même pour des accessoires, serait une usurpation flagrante.
Moire. — La moire appartient aux seuls cardinaux : personne autre ne peut donc en faire usage.
Soie. — La soie est l'insigne de la cour pontificale et n*y ont droit que ceux qui en font partie, comme évêques assistants an trône et prélats, dans la mesure prescrite. Autrement, elle n'est employée qu'aux accessoires.
Saisons, — Les vêtements varient suivant la saison ; ils sont épais pour rhiver,légers pour Tété. La saison d'hiver peut commencer aux premières vêpres de la Toussaint et celle d'été aux compiles du Samedi-Saint, au gré de Tévêque ou, comme à Rome, à TA vent et à l'Ascension. L'une comporte le drap et l'autre le mérinos ou la soie pour ceux qui en ont le privilège.
Concordance. — Il doit y avoir parité dans le costume, c'est-à-dire que le dessus et le dessous s'harmoniseront tant pour la couleur que pour l'étoffe. Ainsi l'évêque ne prendra pas une mozette violette sur une soutane noire, (il n'y a d'exception que pour la cappa^ parce qu'elle couvre tout) et ne portera pas une mozette de soie sur une soutane de drap. Le drap, pour l'uniformité, appelle le drap et l'harmonie requiert la soie avec la soie.
Lai7ie. — Le Cérémonial est formel sur ce point : les vêtements de l'évêque ne peuvent être qu'en laine, drap ou mérinos. La soie n'est que l'exception dans les cas déterminés et encore celle-ci n'atteint- elle jamais la cappa.
Violet. — Le violet usité à Rome depuis des siècles est la pourpre des anciens^ légèrement rougeâtre. Le charbon de terre, traité par la benzine, produit Vaniline, couleur à la mode actuellement, parce que le commerce l'impose, mais que la cour pontificale n'a pas encore adoptée, sinon partiellement. Ce violet est bleu et d'une teinte qui n'a pas de durée.
Le costume violet est réservé aux cérémonies religieuses et à certains actes solennels de la vie civile.
Rouge. — Le rouge épiscopal et prélatice, affecté aux dou- Idures et agréments divers, diffère du rouge cardinalice, qui estl'écarlate Sa vraie nuance est le cramoisi ou amarante, c'est-à-dire un rouge loncé.
Souliers, — Les souliers sont en cuir noir, ciré ou verni, découverts, sans talon haut et ornés à l'empeigne de boucles d'or ou de vermeil pour les évêques et les prélats do mantelletla.
Bas. — Les bas se font en soie violette tricotée : à cause de notre climat froid, on peut porter de la laine fine.
Soutane. — La soutane romaine est ample et ne serre pas le corps. Elle semble, en avant, d'une seule pièce, car elle n*est pas coupée à la taille. Les boutons, plus larges que les nôtres qui sont trop petits^ sont recouverts de soie et à tête ronde. Les manches ne se boutonnent pas, comme à une redingote, mais sont ouvertes et à revers. Le col droit est découpé en avant, pour laisser voir le col violet et le collet blanc. La queue ne se portant qu'à l'église, les soutanes de ville n'en ont pas.
Les agréments dont on orne une soutane consistent en boutons, boutonnières, passe-poils, piqûre en avant, au bas et autour des parements, bordure en dessous à la partie inférieure et doublure, le tout d'une couleur différente du fond. On ajoute derrière deux bretelles pour soutenir la ceinture.
Il y a cinq sortes de soutanes :
' La soutane épiscopale fn° l),que portent aussi les prélats de mayitelletta^ est violette et à queue, avec agréments amarante en soie. Les parements sont aussi en soie : on double de soie la queue tout entière et on borde le bas, en dedans, d'un large galon de soie. La queue n'est pas une pointe annexée au bas de la soutane, mais l'extension normale de la partie inférieure : elle ne se relève pas sur le côté, mais s'accroche en dehors au bas du dos, en sorte qu'elle retombe en plis gracieux et forme un rond jusqu'aux talons.
La soutane des prélats de mantellone (n^ 2), violette aussi, diffère de la précédente par les agréments qui sont violets et par l'absence de queue.
La soutane de deuil (n** 3J, usitée pour les évêques, excepté à Rome, n'est prise par les prélats de mantelletta que pendant la vacance du Saint-Siège. Elle est noire, avec qaeue et agréments violets ; les parements des manches sont en soie violette.
La soutane de ville (n° 4), commune aux évêques et aux
prélats de manielletta, est noire, sans queue et avec agréments rouges.
La soutane de ville (n** 5), propre aux évêques pour les jours de deuil, excepté à Rome, et aux prélats de maniellone^ 3st noire, sans queue et avec agréments violets, mais avec parements noirs.
Simarre. — La simarre est une ample soutane, à laquelle on ajoute une petite pèlerine et des fausses manches boutonnées, le tout avec agréments. Elle n'admet pas de queue.
Il y en a de deux sortes : une correspondant à la soutane n** 4 et l'autre à la soutane n° S, par conséquent ornées de rouge ou de violet, suivant Tusage qu'on doit en faire.
Ceinture, — La ceinture est en soie, à franges ou à houppes, selon qu'on la porte en ville ou à l'église. Elle est doul)le et s'attache avec des cordons. Elle retombe, non pas en arrière ni sur le côté, mais en avant, un peu à gauche et ne descend pas plus bas que le genou. Elle est étroite et de la hauteur de la main environ.
Violette et à franges, elle va avec les soutanes n*" 4 et S. *•
Violette et à houppes, elle accompagne les soutanes n"' 1 et 3.
Noire et à houppes, elle concorde avec la soutane n® 3.
Rome ne connaît pas les ceintures à glands verts, qui sont une invention de ce siècle.
Gants. — Les gants sont en soie violette, faits au métier, pour les évêques, les prélats de mantelletta et les camériers : les chapelains les portent noirs.
Col, ■— Le col est en carton mince, recouvert de soie violette qui retombe en avant, de manière à cacher la chemise, à réchancrure de la soutane. Il est doublé en blanc et s'attache avec des ganses violettes. On adapte tout autour, à l'aide d'épingles, un collet blanc en toile empesée, unie et sans broderie.
Calotte, — La calotte, de forme hémisphérique et à côtes, se fait en soie ou mieux en drap pour l'hiver, en soie pour l'été. Elle est violette, par concession de Pie IX, pour les évê-
ques, mais sans aucune piqûre ronge ; noire, pour les prélats. Elle se termine par une petite boucle de ganse, qui ser< à la saisir, quand on l'enlève ou la met : cette boucle est d( la couleur de la calotte.
La doublure varie : rouge pour les évêques et prélats d( manlelletta^ violette pour les prélats de mantellone.
Barrette. — La barrette se fait en carton mince qu'on recouvre de soie, ou mieux de drap l'hiver, de soie l'été. Elle est toujours noire : la barrette violette est interdite aux évêques. Elle n'a que trois cornes : le côté sans corne se place au-dessus de l'oreille gauche. Elle se termine par une petite houppe de soie noire, placée au milieu des cornes. La doublure est la même qu'à la calotte, excepté pour les évêques qui l'ont verte.
La barrette romaine ne se plie pas et reste constamment ouverte : rien n'est disgracieux, en effet, comme cette coiffure si l'on s'avise de l'aplatir, suivant le système français.
Chapeau. — Le chapeau ordinaire est un tricorne, large et à angles saillants. La base de la coiffe est entourée d'un cordon qui fait deux ou trois fois le tour et se termine, aux extrémités, par des glands en effilé : ce cordon est en soie, vert et or pour les patriarches, vert pour les évêques \ rose pour les protonotaires, violet pour les prélats domestiques et les camériers.
La doublure est identique à celle de la calotte.
A Rome, le chapeau est, l'hiver, en feutre noir ; l'été, en paille, recouverte de soie noire.
Le chapeau pontifical n'a pas la forme du chapeau ordinaire. La coiffe, basse et étroite, est entourée de larges bords, ronds et plats. Le dessus est entièrement noir et en drap, le dessous en soie verte pour les évêques, amarante pour les protonotaires, violette pour les prélats de mantelletta : on le borde d'un large galon vert ou violet.
* A Rome, les évêques re^'placent,*à volonté, le cordon par les fiocchi. On nomnuî ainsi un large ruban, décoré de passementerie et d'effilés, terminé par deux palettes de même, le tout en soie verte.
Deux cordons de sbie, verte ou violette suivant la hiérarchie, (vert et or pour les patriarches) pendent de chaque côté et en dessous : ils sont reliés au milieu par un coulant, qui fixe le chapeau sous le menton et terminés par un seul gland qui tombe sur la poitrine.
Manteau. — Le manteau, à large col renforcé de toile, est très-ample, de façon à envelopper ; il est obhgatoire quand on sort et en cérémonie. Il s'attache au cou avec deux rubans de soie. La couleur est le violet uni pour les évêques et les prélats de mantelletta, qui le mettent par-dessus la soutane n" 4 : il est alors en soie. Avec la soutane n" 5, les évêques portent le manteau de soie noire. Les autres prélats Font simplement en mérinos noir.
Le manteau romain n'est pas réduit à une bande étroite et plissée, avec une queue fort embarrassante, car on ne sait qu'en faire, comme aux manteaux français.
En hiver, pour sortir, on jette sur ses épaules un grand manteau de drap, à col de soie et rabat descendant en manière de pèlerine. Pour les évêques il est violet, avec col et devants de soie violette : avec la soutane n° 5, ils ne prennent qu^un manteau noir, comme les prélats de mantellone. Ce manteau se quitte dans l'antichambre.
Les patriarches ajoutent au rabat et au pourtour un galon d'or qui chevauche sur l'étoffe.
Rochet. — Le rochet a le cou échanéré en carré ; il s'attache avec un crochet ou un bouton. Aux épaules sont deux plaques carrées en dentelles, avec transparents de soie : les plaques et le jabot sont garnis d'une petite dentelle. Le corps est en batiste plissée et se termine par une dentelle de la hauteur de la main environ. Les manches sont aussi en dentelle, avec transparents de soie. Avec la soutane n° i, les transparents sont rouges et violets avec la soutane n* 3.
Le rochet ne convient qu'aux, évêques et aux prélats de mantelletta. Si les prélats de mantellone le portaient au chœur comme chanoines, il auraient des transparents violets ; sinon,
dans certaines fonctions, comme prédication, administration des sacrements, ils n'ont droit qu'à la cotta.
Le rochet de grand deuil ne se plisse pas et n'a pas de dentelles : il ne se prend que pour la vacance du Saint-Siège.
Mozeiie. — La mozette est violette, pour aller avec la soutane n° 1 ; en drap l'hiver, en mérinos l'été. Elle est munie en arrière d'un petit capuchon, se boutonne en avant et a des agréments et une doublure de soie rouge. La mozette noire, agrémentée de violet, concorde avec la soutane n** 3.
Mantelet. — Le mantelet est l'insigne des évêques hors de leur diocèse et des prélats dits de mantelletta. C'est un manteau descendant aux genoux, avec un col droit, ouvert en avant et sans boutons ; deux fentes latérales donnent passage aux bras.
Avec la soutane n" 1 , le mantelet est violet, doublé de soie rouge au col, aux épaules et aux devants à l'intérieur : un galon rouge contourne les ouvertures des côtés. Les prélats l'ont en soie l'été ; de même les évêques, s'ils sont assistants au trône, mais à Rome seulement. Le mantelet noir, agrémenté de violet, ne convient qu'à la soutane n'* 3,
Cappa. — La cappa est toujours en laine violette; aux solennités,le Cérémonial autorise une étoffe plus fme'. Elle est entièrement fermée, avec une longue queue ; seulement, en avant (et non sur les côtés) existe une fente qui ne descend pas plus bas que la poitrine et qui sert à passer les deux mains à la fois. On ne garnit pas le dessous d'un galon rouge en bordure. Le chaperon, agrafé par derrière, est en hermine l'hiver,
1 « Quoad cappas vero quibus episcopi ia propriis ecclesiis utuntur, id erit observandum ut regulariter sint laaeae et violaceae et non alterius coloris. In solemnioribus tamen festis, quae in rubricis breviarii prirnse classis vocantur, dempto triduo ante Pascha, poterit episcopus uti etiam cappa ex camelotto coloris violacei, nullatenus alterius coloris ; quibus quideni cappis pellicuke circa coUum et pectus de more consutae sint, quae deinde vigilia Pentecostes seu pro diversitate locorum citius aut tardius, prout episcopo opportunum videbitur, praeintimatis etiam canonicis qui cappis utuntur quo die mutari debeant, removentur et loco pellicularum sericum rubrum apponitur. » {Cœr. ep.f lib. I, cap. 3, n. 3}.
en soie rouge Tété, avec une doublure violette. Le capuchon s'attache sur l'épaule droite et, Thiver, l'intérieur est doublé de soie rouge.
A la cour pontificale, les évêques et les protonotaires portent la capfa, non déployée, mais relevée en tortillon sous le bras gauche, où un ruban violet la tient suspendue : on nomme cette variété cappa canoniale^ parce qu'elle est propre aux chanoines, qui ne peuvent Tavoir développée.