ANNO. DOM
MDCXV
2. Le chasublier, tel que le décrit Benoît XIII et que je l'ai vu fabriqué de son temps à Bénévent, est un meuble, fermé à clef et à deux volets. L'intérieur est divisé en casiers, larges mais peu épais; ils doivent avoir un peu plus de la longueur et largeur d'une chasuble, en sorte qu'elle puisse s'y étendre sans faire le moindre pli Avec la chasuble se groupent tous ses accessoires : étole, manipule bourse et voile ; malgré cela, l'élévation de chaque tiroir est très-minime.
On donnerait plus d'épaisseur aux tiroirs dans lesquels on voudrait aussi adjoindre les dalmatiques pareilles, quoique ce ne soit point leur place et que leurs dimensions différentes ne s'y prêtent pas.
Il est préférable que chaque chasuble occupe son casier à part, quitte à augmenter le nombre des casiers, car il y a plus d'un inconvénient à entasser les ornements les uns sur les autres : il faut mettre entre eux du papier ou de la toile
pour empêcher le frottement. Quand on a besoin d'un seul, on est obligé d'en déplacer plusieurs ; puis surtout avec ce système, l'étoffe s'échauffe, par manque d'air.
A la façon des tiroirs, ces casiers ont tout autour des rebords, qui empêchent les ornements de glisser : en avant, deux boutons ou anneaux donnent facilité pour les tirer des deux mains. Lorsqu'on veut procéder avec plus d'économie, on se contente de tablettes minces qui glissent sur des entailles clouées à droite et à gauche, mais leur grande portée et leur peu d'épaisseur les font souvent se déformer.
Benoît XIII veut que des initiales, apposées en dehors de chaque tiroir, indiquent de prime abord la couleur qu'il contient ; on a aussitôt fait d'écrire le nom tout entier : Blanc, Ronge, Ve7% Violet, Rose, Noir. Il serait bon d'ajouter un qualificatif pour distinguer les ornements entre eux et spécifier leur usage respectif : ainsi, ordinaii^e pour tous les jours ; des dimanches^ pour ceux qui seraient réservés aux fêtes chômées; de 2" classe^ pour une qualité supérieure ; de 1" classe, pour les plus grandes solennités ; épiscopal, exclusivement affecté à révoque officiant.
3. Le chapier, en France, est doublement gênant : il tient beaucoup de pla/îe, à cause de sa forme semi-circulaire et les chapes s'y entassent, les unes sur les autres, dans des tiroirs différents et superposés.
Les dalmatiques et tuniques se mettent généralement dans des meubles à tiroir, analogues au chasublier : on y joint ordinairement l'écharpe pour le sous-diacre.
"^4. Ces trois premiers meubles, à la chapelle Sixtine, à S. Pierre du Vatican et à la cathédrale de Bénévent, prennent, au moins pour les ornements de prix, une disposition bien différente et infiniment supérieure. L'armoire exige moins do profondeur et chaque objet se détache séparément. Il y a pour cela deux systèmes : on établit à l'intérieur une série do triangles ou d'équerres mobiles auxquels se suspendent les ornements.
L'équeue a la forme de cet instrument ; ses deux bras sont
reliés obliquement par une jambe ds force, qui empêche l'écartement et la partie verticale adhère à la paroi du fond, à main gauche, au moyen d'anneaax dans lesquels elle tourne. On en ajoute plus ou moins, selon la profondeur de l'armoire. L*ornement, quel qu'il soit, s'étend sur le bras horizontal, à l'extrémité duquel pend un cordon, pour le tirer plus commodément. Cette disposition est surtout avantageuse pour les chapes qui se placent dans le sens de la plus grande hauteur, prise dans le dos.
Le triangle convient encore mieux aux chapes, aux chasubles et aux dalmatiques, parce qu'elles sont étalées comme si elles étaient portées réellement : retombant droit, elles ne font pas de plis, ce qui les maintient dans leur intégrité. Qu'on se figure une tringle de bois verticale, terminée en haut par un anneau qui passe dans un crochet de fer posé dans le sens de la profondeur de l'armoire : du sommet partent deux bras de bois qui s'écartent en 'triangle et que vers leur extrémité soutiennent deux jambes de force, fixées à peu près au miUeu de la tige centrale.
Ces deux systèmes sont aussi simples et faciles à établir que commodes et peu coûteux. De plus, s'il fait beau temps, ouvrez les armoires à deux battants et l'air chaud circulera partout ; je dis l'air et non pas le soleil, car celui-ci fanerait les étoffes. En ne serrant pas trop les uns contre les autres les équerres et les triangles, les ornements ne se toucheront pas et il y aura entr'eux assez d'espace pour la libre circulatiou de rair.
Comme la poussière pénètre partout, les ornements précieux en seront préservés si on prend le soin de les couvrir chacun d'une housse de toile ou de lustrine.
Les menus objets, comme linge, voiles, bourses, etc., sont conservés dans des tiroirs spéciaux, au dessous du chasublier à suspension.
J'engage à adopter le genre des meubles romains, quoique nous n'en ayons pas l'habitude : outre la promptitude et L^ régularité dans le service, les sacristains y verront avec plai
fS^O LIVRE HUITIÈME.
aâr les étoffes se conserver plus longtemps, tandis que la soie se pique facilement quand l'air lui fait défaut.
A Bénévent, où il y a une sacristie et un trésor, on ne laisse en bas que les ornements usuels et sans valeur, tandis que ceux qui ont quelque prix sont installés à l'étage supérieur.
o. J'ai déjà réclamé un meuble tout exprès pour les parements. Sa profondeur se proportionne sur la quantité possédée : la longueur est celle des parements eux-mêmes, mais il faut bien faire attention que, pour les en tirer ou les y introduire, il est nécessaire d'avoir à la suite un espace libre aussi considérable que les parements. Pour cela, qu'on le mette do façon à ce que sa fermeture donne sur une porte ou une embrasure de fenêtre. C'est le seul meuble, qui, en raison de sa forme, soit réellement gênant et encombrant.
6. Il est encore urgent d'avoir de hautes armoires, divisées ^3.1 des tablettes horizontales, afin de pouvoir y déposer les coussins, les tentures de luxe, les ustensiles, etc., en un mot Bne partie du menu matériel de l'église.
7. Les vases sacrés exigent une place à part dans une armoire fermant à clef. Si l'église était assez riche en objets précieux, cette armoire se transformerait en trésor, que l'on pourrait faire voir aux étrangers et aux amateurs de belles ehoses. Les objets se classent par catégories sur des tablettes levêtues, ainsi que le fond, d'une étoffe rouge qui fait encore mieux ressortir l'orfèvrerie et les joyaux. Un trésor, comme celui de S. Pierre de Rome, requiert un gardien intelligent, sachant bien la leçon qu'il doit répéter et aussi, comme souvenir, un catalogue, concis et substantiel et même des photographies. J'ai constitué de la sorte, à la cathédrale de Moufciers (Savoie), un petit trésor archéologique, qui n'est pas iépourvu d'intérêt et qui attire déjà les amateurs.
8. Les linges se mettent séparément dans une armoire ou compartiment d'armoire qui n'est pas affecté à un autre «sage.