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LES CHAPELLES

1 . Les chapelles publiques sont celles qui, quoiqu'affectées à un usage particulier, comme séminaire, hôpital, etc., sont néanmoins ouvertes à tous les fidèles indistinctement et ont en conséquence une porte ouverte sur la voie publique. Elles sont bénies solennellement par un prêtre que désigne l'Ordinaire et ont un titulaire. Leur affectation au culte ne peut être simplement temporaire, aussi sont-elles susceptibles de consécration.

Pour la construction, rameublement et la décoration, elles sont soumises de tout point aux règles données pour les égUses, dont elles ne sont qu'une réduction.

Tous les offices s'y célèbrent, selon le rite, avec son des cloches et sans qu'il soit prescrit de fermer à l'occasion des fêtes ou offices paroissiaux, les droits de la paroisse étant sauvegardés de par ailleurs.

2. Les oratoires n'ont qu'un autel, auquel même souvent Ton ne dit pas la messe ou du moins rarement. Ils consacrent un souvenir ou offrent un but à une dévotion locale, un pèlerinage.

L'oratoire, liturgiqucment, n*a besoin ni d'une bénédiclio» ni d'un titulaire. Il diffère de l'oratoire domestique, en ce

qu'il ouvre sur la voie publique, tandis que celui-ci n'a pas d'issue sur le dehors.

3. L'Ordinaire ne peut, sans induit spécial, accorder l'oratoire privé ou domestique. La concession se fait par bref, et l'Ordinaire donne alors un décret qui rend ce bref exécutoire.

Le bref est octroyé en vue des induîtaires et à condition que l'un d'eux sera présent à la messe. Il faut donc vérifier si la faculté n'est pas expirée par la mort de tous les induîtaires.

S'il y a des privilèges, comme la réserve eucharistique, l'autel privilégié, des indulgences spéciales, la faculté d*y communier et d'y entendre les confessions, etc., l'Ordinaire doit les connaître pour en constater l'authenticité et les approuver, c'est-à-dire en autoriser l'exécution ; mais tout cela constitue des exceptions au droit commun.

L'évoque, par le** clauses mêmes du bref, est chargé de vérifier Fétat des lieux. De plus la Congrégation du Concile, en 1664, par décret rendu pour le diocèse de Macerata, lui a donné la faculté de faire la visite'. L'oratoire sera bâti et muré, orné avec décence et libre de tout usage domestique ou servitude : on peut, à volonté, changer la destination, si l'utilité présente n'existe plus.

A Rome, on tolère l'usage d'armoires que l'on ouvre pour la messe et qu'on ferme ensuite. Quelquefois aussi, l'oratoire est fermé par un simple rideau.

S'il y avait au-dessus de l'oratoire une chambre à coucher, un dais sur l'autel serait strictement requis.

L^autel est en bois et fixe. On y place une pierre sacrée, qu'il faut visiter pour constater si elle n'est pas exécrée^ c'està-dire si elle n'a pas perdu sa consécration. De cette façon on observe le décret de la sacrée Congrégation des Rites qui

* « An cpiscopus visilare possit uecnon prohibere oratoria privala in su;; diœcesi a poQtifice concessa cum claiisula ciumturum nd ôe?iep/acitum episcopi, qiianivis ab anlecessore dieliim bcnoplacilum perpeluum sit (Jeclaralum? Congregatio Concilii censuit pusse visilare et indullum revocare. »

veut lui ôter toute apparence d'autel portatif, cette sorte d'autel étant le privilège des évêques et des protonotaires apostoliques : « Altare cum sacro lapide parieti colligatum amovibile non sit, et altaris portatilis imaginem non prœ se ferat » (3 décembre J661). Une image pieuse forme le retable et l'on suit la règle tracée pour les petits autels d'une église.

Le mobilier pour la célébration de la messe sera décent et conforme aux rubriques, tant pour la matière que pour la couleur et la forme.

On ne peut pas, généralement, y célébrer tous les jours de Tannée : quelques fêtes plus solennelles sont exceptées*, le bref a soin de les indiquer et VOrdo romain les mentionne dans ses avis préliminaires.

Pour y avoir la messe, il faut ou un prêtre disponible ou un chapelain spécial ; Rome a défendu le binage, uniquement en vue des habitants d'un château.

L^'autorisation donnée concerne la messe exclusivement ; on ne peut donc y célébrer d'autres offices, quels qu'ils soient. Toutefois, il est loisible d'y faire, pour ainsi dire d'une manière privée, sans assistance du prêtre, des prières €n commun, matin et soir par exemple, des neuvaines, etc. Rien ne prohibe l'exposition des reliques, permanente ou temporaire, pourvu qu'elle se fasse avec la décence requise et la forme prescrite.

* Romana. Ex audentia SSmi, 30 Julii 1852. Sanctitas sua bénigne annuit, ac propterea mandavitremitti Emo Urbis Vicario, ut petitum indultum extruendi oratorium privatum in sua habitatione almse Urbis in loco honesto ac decenter ornando, et ab omnibus domesticis usibus libero, visitando et approbando prius a persona ecclesiastica ab eodem Emo Urbis vicario ad hune efFectum deputato pro suo arbitrio et conscientia presbytero oratori (Angelo Piacitelli) concédât, ita tamen ut in dicto oratorio privato unicam missam quotidie offerre vel per alium presbyterum ab ordinario approbatum, sœcularem, seu de superiorum suorum licentia regulareœ, celebrare facere possit, exceptis •diebuà Nativitatis D. N. J. G., Epiphania, Paschatis Resurrectionis, Pentecostes, Ascensionis, Annuntiationis et Assumptionis B. M, V.,festis SS. Apostolo rum Pelii et Pauli, omnium sauctorum ac festo titularis ecclesiœ loci et missa suffragetur in pruecepti adimplementum patri et sororibus oraloris in eadera domo cohabituulibus, ullra misâSQ inservi^utemi ealvis semper juribus paro< cliialibus. »

L'érection du chemin de la croix nécessite une faculté expresse, mais qui n'est pas refusée à qui la sollicite.

4. Certaines conditions sont requises par le décret de la S. Congrégation des Evêques et des Réguliers^ en date du 22 mars 1839 : L'oratoire doit être séparé de Thabitation^ avec laquelle il n'aura pas de communication ; il sera meublé décemment et muni d'un dais au-dessus de l'autel ; on ne couchera pas dans la chambre située aurdessus et un plafond les séparera ; enfin il ne se fera pas de bruit pendant le saint sacrifice ^

5. L'Italie révolutionnaire a brisé, renfermé ou supprimé les Madones qui ornaient les rues et les places de ses villes. Naples a été httéralement dévastée. Heureusement pour l'art, les ordres iniques du gouvernement n'ont pas pénétré partout, et il est encore de ces petites villes de l'Ombrie, comme Spolète et Assise, où le pèlerin s'attarde, énierveillé et ravi, au détour d'une rue, parce qu'il a aperçu dans un tabernacle, tabernacolo^ de délicieuses Madones peintes par des maîtres inconnus des xiv® et xv® siècles.

J'ai écrit ce mot si poétique de tabernacle, qui convient d'autant mieux à la Vierge Marie, que le moyen-âge, dans sa poésie inspirée, lui a prodigué les qualifications méritées de temple de Dieu, de sacraire de V Esprit-Saint^ à' arche sainte et de tabernacle du Dieu vivant. Cette forme architecturale dans FOffibrie se réduit à sa plus simple expression : c'est un auvent dont le toit en bâtière abrite l'image vénérée. A Rome, dès le xn® siècle, il a pris Taspect d'un monument, et il apparaît au sommet des tours de Sainte-Croix de Jérusalem, des Saints-Jean-et Paul et de Sainte-Marie au Transtevère. C'est

1 URBINATEN. ORATORII. — Ex audientia diei 23 martii 1839. Sauctitus Sua, attenta relatione episcopi, bénigne annuit et mandavit eidem ut, veris existentibus narratis, dummodo in cubiculo quod immédiate existit super oratorium non dormiatur, ejus laqueare sit cameratum, super altari baldachiûum ponatur, nullus strepitus ac rumor fiât prœsertim cum sacra peraguntur, petitam facultatem pro suo arbilrio et conscientia impertlatur. Oratorium vero sit separatum, deeenter instructum et nullus pateat accessus ad coûtiagentem domum. j»

la Vierge elle-même qui, des points culminants de la ville, veille, comme le guetteur des nuits, sur la cité entière endormie à ses pieds. Là, deux consoles fortement en saillie soutiennent deux colonnettes dont les chapiteaux feuillages reçoivent la retombée d'une arcade agréablement arrondie en cintre ou allongée en mitre. Au fond de ce petit sanctuaire construit en marbre, la mosaïque, qui est la plus durable des peintures, offre en buste les images de Marie et de son enfant. Au xv° siècle, le tabernacle affecte de plus grandes proportions : tel est celui qui orne l'extérieur du transept droit de la basilique consacrée, la première de toutes, à Marie, dans le quartier au-delà du Tibre.

La dévotion n'est pas encore satisfaite, et si la main généreuse peut puiser dans une cassette bien garnie, ce n'est plus un simple, édicule, mais un oratoire que l'on bâtit. Des grilles le ferment au dehors, pour éviter toute profanation ou inconvenance ; quelquefois même, comme dans la grande rue qui conduit à Saint-Pierre, la garde et l'entretien eu sont confiés à un ermite, qui tend humblement sa sébile et demande \ aumône par amour de la Madone.

Dès que l'on a franchi les murs de Rome pour s'enfoncer dans cette campagne triste et solitaire, dont les horizons bleuâtres se confondent avec le ciel, l'on rencontre fréquemment des faïences coloriées, des arceaux et des chapelles. La faïence s'accroche à la porte de Vosteria, où l'on stationne pour se rafraîchir ou se restaurer ; à la porte de la ferme, qui souvent, afin de se soustraire aux rapines, prend l'aspect d'un château fort ; ou encore à ces portes monumentales qui donnent accès à des vignes ou à des plantations d'oliviers. La plupart de ces faïences datent des deux derniers siècles. Leur dessin naïf s'harmonise bien avec leurs teintes plates et franches. J'ai toujours pris plaisir à les regarder, leur vue réjouit au milieu de ce silence de la nature.

hUcrceau^ suivant l'expression de l'Anjou, est une arcade bâtie, qui, nvcc plus de profondeur et une clôture, formerait une chapelle. Le long du chemin qui va de Subiaco à l'ab-

baye bénédictine de Sainte-Scolastique, on rencontre plusieurs arceaux^ autrefois entièrement peints et aujourd'hui fort endommagés. Ce sont presque des ruines que l'incurie des propriétaires laisse chaque jour se dégrader davantage.

Le mot arceau est vulgaire ; c'est presque un terme technique, inventé par un maître maçon. Je lui préfère l'ancien français chapelette^ et surtout le terme italien de majesté, à la fois plus expressif et poétique, car la maestà signifie tout ensemble le monument lui-même et ce qu'il contient. Or, au moyen- âge, on appelait Majesté le Christ sur un trône et, par analogie, la Vierge assise.

Jésus-Christ faisant asseoir Marie sur son trône, à son couronnement, lui a communiqué sa majesté. Dès lors elle a été constituée reine des cieux, et les fidèles ont pu la saluer avec la liturgie : Ave regina cœlorum. Le haut moyen-âge ne représentait la Yierge ni seule ni debout ; sa majesté consistait précisément à siéger sur un trône et à montrer que cette gloire, inusitée pour une créature, elle la tenait de sa mater nité divine. L'école italienne primitive n'agit pas différemment ; voilà pourquoi les arceaux où Marie était figurée en reine ont reçu le nom populaire de Majesté^ le motif iconographique servant au peuple, accoutumé à le voir^ à désigner le monument ainsi orné, conformément à la tradition toujours vivace de l'art chrétien.

La chapelle est fermée, parce qu'il n'est ni sûr ni prudent de la laisser ouverte. Mais afin que le voyageur ne soit pas privé de la vue de la Madone dont il peut avoir besoin de réclamer l'assistance, la piété du bienfaiteur s'est apphquée à lui rendre ce service, sur la route d'Assise au couvent de Saint Damien, par exemple. De chaque côté de la porte, deux ouvertures sont pratiquées, qui permettent de regarder à l'intérieur, et, en allongeant le bras, on peut môme puiser l'eau sainte dans le bénitier pour s'en signer. Enfin, au pied même de la muraille, un agenouilloir de pierre est disposé, et par cette sage prévoyance le pèlerin ne saUra pas ses vêtements à la boue ou à la poussière de la route.

6. Les oratoires des chemins, comme les nomme Benoît XIII, oratoria vianim^ n'ont d'autre but que de rendre le culte à une sainte image ; même quand ils seraient pourvus d'un autel, on ne devrait p£s y dire la messe, car ils tombent sous la prohibition du concile de Trente et du Pontifical qui ne les considèrent pas comme lieux sacrés \ De plus, l'image qu'on y vénère doit avoir été préalablement approuvée par l'Ordinaire ^.

La novelle de Justinien parle, au vi® siècle, d^oratoires qui n'avaient d'autre destination que la prière, solius orationis gratia, et non la célébration du saint sacrifice, laquelle, d'après le concile de Carthage, en 390, ne pouvait se faire inconsulto episcopo.

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