Les gants se font en soie, tricotée au métier
Ils sont aux cinq couleurs liturgiques ; blanc, rouge, vert, violet et rose.
Il n'y en a pas de noirs, le Cérémonial des évêques les prohibant aux offices funèbres'.
4. L'ordre hiérarchique est scrupuleusement sauvegardé dans l'ornementation même des gants. Ainsi toute la broderie est or pour ceux qui ont le caractère épiscopal ou sont assimilés aux évêques, comme les cardinaux ; pour les autres, prélats, abbés et chanoines, elle est simplement en soie jaune : « sericae item chirothecae, » dit Pie VII dans sa constitution.
5. Les gants se portaient autrefois, même avec la chape, comme on le voit dans les anciennes peintures, c'est-à-dire chaque fois que Tévêque était paré. Il en faisait donc usage aux vêpres solennelles et aux processions, aussi bien qu'aux messes pontificales. Le Cérémonial des évêques ^ réformé par Clément VIII, les affecte exclusivement à la messe.
6. Les gants se placent sur l'autel même, dans la chapelle où se dit Tierce, sur un plateau d'or ou doré pour le pape, les cardinaux et les patriarches ; sur un plateau d'argent pour les archevêques, même primats, les évêques et leurs inférieurs.
Un acolyte les porte au trône sur ce même plateau et Tévêque les prend assis, entre la dalmatique et la chasuble, aidé du diacre et du sous-diacre ^
7. Les indultaires les prennent sans formalité à la sacristie. L'évêque, en mettant les gants, récite cette prière qui se
trouve dans le Missel : n Ad chirothecas, Circumda, Domine, manus meas munditia novi hominis qui de cœlo descendit :
* « Epîscopas ipse non utatur in hac missa sandaliis et chirothecis » {Céer. episc, lib. II, cap. xi, n. 2.)
2 « Induitur... dalmatica. Tum episcopus sedet et imponuntur ei chirothecao per diaconum in dextera et per subdiaconum in sinistra, manibus illi prius et mox chirothecis per eosdem deosculatis. Mox surgit episcopus et induitur ab eisdem planeta. » (Ceer. episc, lib. II, cap. yiii, n. 19.}
ut, quemadmodum Jacob dilectus tuus pelliculis hœdorum opertis manibus paternam benedictionem, oblalo patri cibo potuque gratissimo, impetravit ; sic et oblata per manus nostras salutari hostia, gratiae tuae benedictionem merear. Per Dominum nostrum Jesiim Christum Filium tuum, qui in similitudinem carnis peccati pro nobis obtulit semetipsum. »
8. L'évêque ayant lu l'offertoire, s'assied, reçoit la mitre précieuse et après que les diacres assistants lui ont enlevé l'anneau et les gants, il se lave les mains K
9. Les gants étant un insigne, personne autre que l'évêque ou l'indultaire ne peut en porter à l'église. L'évêque ouïe cardinal, en dehors de la messe, serait blâmable d'avoir aux mains des gants ordinaires, violets ou rouges, pour n'importe quel office du chœur, auquel il assiste en cappa ou mozette.
Ils sont interdits de plein dioit aux enfants de chœur et autres ^
10. La bénédiction des gants et leur remise au nouvel évêque se fait, à la fin de la messe du sacre, après l'imposition de la mitre et avant l'intronisation. Le consécrateur accompagne ces deux actes de deux prières spéciales, qu'il est utile de rapporter ici textuellement, d'après le Pontifical Romain :
« Deinde^ si chirothecœ non sint benedictse^ surgit consecrator^ mitra deposita et eas benedicit, dicens :
« Oremus. Omnipotens creator, qui homini ad imaginem tuam condito manus discretionis insignitas tanquam organum intelligentiae ad recte operandum dedisti, quas servari mundas praecepisti, ut in eis anima digne portaretur et tua in eis digne consecrarentur mysteria, bene f dicere et sancti f ficare dignare manuum haec tegumenta, ut quicumque ministrorum tuorum sacrorum pontificum his velaro manus suas cum humilitate voluerit, tam cordis quam operis ei munditiam tua
' (( Quo lecto (offertorio), sedet (episcopusj et accipit mitram pretiosam, dcpoDitque annulum et chirothecas, quas omnia extrahimtur ab assistentibus diac.onis; et accedente scutifero vel alio uobili, lavat inaiius. » {Cœv. episc, lib. Il, c.-ip. Mil, II. 57.)
2 <f An... liceat istis pueris, qui clericos supplent, induere... chirothecas ? . 11. C. resp. : Négative. » (9 jul. 1859.)
misericordia siibministret. Per Christum Dominum nostrum. Amen.
«Et aspergit eas aqua benedicta. Tune extrahitiir consecrato annulus pontificalis^ deinde sedet consecrator et àceepta mitra^ ^ udjuvantibus assistentibus episeopis, imponit illas manibus consecrati^ dicens :
« Circumda, Domine, manus hujus ministri tui munditia novi hominis qui de cœlo descendit^ ut quemadmodum Jacob dilectus tuus, pelliculis hœdorum opertis manibus^ paternam benedictionem, oblato patri cibo potuque gratissimo, impetravit, sic et iste, oblata per manus suas hostia salutari, gratiae tuae benedictionem impetrare mereatur. Per Dominum nostrum Jesum Christum Filiumtuiim, qui in similitudinem carnis peccati tibi pro nobis obtulit semetipsum. Amen.
et Et statim imponit ei annulum. »
La bénédiction et la remise à l'abbé, lorsqu'il se fait bénir, ont lieu exactement de la même manière.
1 1 . C'est à l'Eglise elle-même qu'il faut demander la signi- Scation qu'elle a entendu donner aux gants dont elle veut que ies évêques fassent usage dans la plus solennelle et la plus sainte des fonctions liturgiques. Ecoutons ses graves enseignements : elle nous en fournit la substance dans les prières mêmes qu^elle place dans la bouche du consécrateur^ lorsqu'il bénit les gants et en pare le consacré.
Les gants sont faits pour couvrir les mains, tegumenta manuum. Or les mains, organe de l'intelligence, sont favorisées du discernement et aptes à bien agir, manus diseretione insignitas^ tanquam or garnira intelligentise ad reete operandum.
Les mains sont de chair et par conséquent portées au mal. Quand Jésus-Christ se fit homme pour nous sauver, il : prit l'apparence du péché, symbolisé par la chair, in similitudintm earnis peeeati. Ce péché remonte jusqu'à Adam, qui en acceptant la pomme qu'Eve lui présentait, après l'avoir cueillie sur l'arbre de la science du bien et du mal, désobéit à Dieu et introduisit ainsi dans le monde la double mort cor- II 17
porelle et spirituelle. Les mains coupables furent dès lors souillées.
Jésus-Christ, par la rédemption, offrit à son Père un sacrifice de réparation. Sa divinité, jointe à son humanité, effaça la faute de nos premiers parents, pro nobis obtulit semetipmm. Les mêmes mains qui pétrirent et façonnèrent l'homme opérèrent son salut.
Les mains, que Dieu avait toujours recommandé de conserver pures, quasservari mundas prœcepisti, recouvrèrent leur pureté primitive, parce qu elles avaient une double mission à remplir : porter dignement l'âme régénérée et offrir le sacrifice de propitiation, ut in eis anima digne portaretur et tua in eis digne consecrarentur mysteria. Les mains n'étant que des instruments, doivent par leur docilité correspondre aux mouvements de l'âme, en sorte qu'il y aura désormais harmonie entre Tâme qui commande et les mains qui opèrent, tam cordis qicam operis munditiam. Mais cette pureté est celle du nouvel homme, descendu du ciel, circumda^ Domine^ manus hujus ministritui munditia novi hominis qui decœlo descendit.
Les gants qui couvrent les mains sont donc bien faits pour exprimer la pureté recouvrée par la miséricorde de Dieu, sua misericordia subministret. On les bénit, afin que rien de souillé ne reste en eux ; bien plus, on les sanctifie, pour qu'ils restent toujours affectés au culte divin. Ce ne sont plus des objets profanes, benedicere et sanctificare dignare,
La bénédiction de Dieu est une grâce et une parure poup l'âme, comme les gants sont une faveur et un ornement pour celui qui les porte ou plutôt qui s'en voile, quicumque ministrorum tuorum sacrorum pontificum his velare manus suas. Toute grâce, bénévolement concédée, sans aucun mérite de notre part, exige un double sentiment de reconnaissance et d'humilité, cum humilitate:
Ce n'est pas tout. Le Pontifical poursuit, par une heureuse application de l'Ancien Testament, son développement symbolique. Il montre Jacob, béni par son père qui agrée son offrande, uniquement parce q[ue ses mains étaient couvertes de peaux de
chevreau* : Jacob dilectus tnus, pelliculis hœdorum opei^k manibiiSy paternam benedictionem^ oblato patri cibo potuque gratissimOy impetravit.
Or ce pain et ce breuvage très-agréables qu'il convient d'offrir pour recevoir la bénédiction du Père céleste, ce sont le pain et le vin du sacrifice, qui sur l'autel, à la voix du prêtre, se changent au corps et au sang du Sauveur. C'est l'hostie salutaire qui attire sur nous la bénédiction d'en haut, le médiateur qui supplée à notre impuissance : sic et iste, oblata per manus suas hostia salutari, gratise tuae benedictionem impetrare mereatur.
L'Église attache même une signification si précise à ce symbolisme admirable et plein de poésie, qu'elle fait répéter par l'évêque, prenant les gants pour officier, une prière identique à celle que lui a apprise, au jour de son sacre, le consécrateur de qui il a reçu l'onction sainte.'
12. Les gants blancs que l'évêque reçoit la première fois expriment parfaitement la chasteté et la pureté requise aussi bien dans le corps que dans le cœur, par leur couleur dont aucune teinte ou tache n'altère la blancheur.
i3. La finale de l'oraison rappelle l'artifice à l'aide duquel Rebecca fit ressembler les mains de Jacob aux mains velues d'Esaû, son frère aîné ^ Jacob ne fut qu'une figure, le vrai Jacob est le Christ ; Rébecca représente la grâce du Saint- Esprit, comme Esaû a son type dans Adam. Or le Christ prenant notre chair revêtit l'apparence du péché, quoiqu^il fût sans péché, car il voulait ainsi cncher ao démon le mystère de l'Incarnation. A. la façon dos pérhcuis, ilent faim et soif, il soulfrit, dormit et connut le?; nngois«?os. La peau de chevreau qui recouvrit les mains de Jarob est la Hgiu^e des œuvres humaines du Sauveur, œuvres dans lesquelles il triompha du démon, qui s'efforça en vain de le tenter après son jeune ri-
1 G<me<i., cap. xxvn.
2 « Pelliculasque Ijocdorum circumdedit (Rebecca) manibus. » (Gènes., xxvcî, 16.) - « Et Don cogiiovit (Isaac) eum (Jacob), quia pilosae manus simililudi-
nom majoris (Esau) expresscract. » {Ibid, 23.)
gonreux de quarante jours dans le déseit, revêtant pour la circonstance la ressemblance du premier Adam. Mais le Christ, nouvel Adam, Adam régénéré, repoussa les embûches du malin.
Les gants en peau blanche^ comme on les fit dans le principe, disaient donc allégoriquement la pureté intérieure, la vie sainte et sans tache, qui n*a du péché que l'apparence, car sous ce dehors trompeur, il y a une humanité regénérée.
Je vais essayer, par la doctrine du moyen-âge^ de justifier ce symbolisme.
Les auteurs ecclésiastiques de ce temps, à la suite des Pères de l'Eglise, étaient fort ingénieux à établir un parallélisme constant entre TAncien et le Nouveau Testament. Ainsi Adam, créé à l'état d'innocence, auteur de la vie du genre humain, le premier né d'entre les hommes, est la figure du Christ, conçu sans la tache originelle, le premier né du Père et de la Vierge, la vie même comme il l'affirme, Ego sum vita. Cette vie spirituelle et corporelle, Adam l'avait perdue : le second Adam la redonne.
« Quod vêtus intulit, alter Adam in cruce fixus *. »
«< Adae morte novi, redit Adae vita priori. » « Quod vêtus exemit, novus Adam a morte redemit.
Suscitât inde Deus, corruit unde reus.
Vita redit, mors victa périt, homo surgere crédit
Summoque cum Domino scandere régna suo^ »
Esati était aussi un premier-né, mais déchu île ses droits par sa faute. Son frère puîné prend sa place. De même Adam coupable est Taîné disgracié et le Christ, second Adam, est substitué à lui par la bénédiction de son Père.
1 Inscription sur un vitrail du xiii® siècle, à la cathédrale de Châlons-sur- Marne.
* Inscription gravée sur une plaque symbolique émaillée de la fin du in« siècle. {Annal, aich., t. Vill, p. 7.)
Rébecca employant un artifice pour donner à Jacob l'apparence extérieure d*Esaû, symbolise par avance l'Esprit Saint par l'opération de qui le Christ est conçu dans la forme du péché- L'auteur des Préfiguratioyis du Christ et de l'Eglise (iih. i) parle identiquement dans le même sens que Guillaume Durant :
(( At supplantator Jacob ore vocatur hebrseo :
Simpliciter vixit nec se mundo duplicavit.
Hune afferre duos ad se mater jubet hœdos
Illius atque manus texit de pellibus horum.
Nam conceptus homo Christus de Pneumate sancto,
Sancta Rebecca suo quod de vocitamine signât,
Indutus vestes Esau valde pretiosas,
Hoc est exponens legem simul atque prophetas,
In se Judaeos et gentes credere fecit.
Obvolvitque manus hircinis pellibus ipse.
In cruce languores nostros portando super se :
Christus enim patitur pro peccatis alienis. * »
La peau de chevreau n'est pas elle-même sans mystère ; elle signifie, selon Pierre de Riga, le Fils de Dieu incarné :
« Et simiUs caprese Christus, quia plebis Hebreae Ortus de génère, carnem dignatur habere ; Et quia de veteri sanctorum germine natus Extitit, hinnulus est cervorum jure vocatus^. »
Cette chair, qui lui donne l'apparence du péché, fait que le Christ est comparé au chevreau. Ecoutons l'auteur des Distinctions monastiques, livre ii ;
(cHœdus ab edendo dictus est. Per hœdum designatus est Dominus et Redemptor noster, proptcr simiUtadinem peccati, sicut et perhircum. Unde, quum legislator inExodo de immolatione agni paschalis legem tradidisset, subjecit : Juxtaquem
* Pitra, Spicileg. Solesmen., t. III, p. 79. 2 Ibid., p. 34.
ritum toUetis et hœdum. Yel hscdus erat Dominus Jésus Cliiistus Judaeis, reputatione, id est peccator, illis scilicet qui con-
viciabantur, dicentes ei : Dœmoiiium habes Yel per hœdum
ideo figuratus est Christus, quia ipse erat pro peccato. .... Hœdus significat peecatum ; unde Jacob, patri suo îsaac escas praebiturus, pelliculas hœdorum circumduxit manibas, quia Christus, Deum Patrem nostra conversione refecturus^ manibus suis extensis in cruce, nostra peccata portavit, et ea cruci suse affixit. Ipse enim peccata, non sua quse nulla erant, sed nostra quae multa et magna erant, portavit in corpore suo super liguum^ »
Comme ce dernier texte éclaire le symbolisme des gants ! Les gants figurent le péché du genre humain, qui est le bouc maudit et coupable. Jésus-Christ monte sur l'arbre de la croix en raison de ce péché, qui n*est pas sien. Aussi les gants sont-ils un vêtement de surcroît, qui ne tient nullement à la personne. Ce péché, il le cloue à la croix elle-même, afin qu'il disparaisse sous l'expiation. Mais le mystère de la rédemption ne se continue-t-il pas chaque jour dans le sacrifice de Tautel, que les auteurs du moyen-âge ont nommé une croix: ara, crux^l Les gants ont donc une relation directe avec foblation solennelle de l'hostie sainte et conviennent avant tout au pontife qui représente en sa personne et par ses fonctions le Christ lui-même : sacerdos aller ChristiLS,
14. A consulter : Barraud, Des gants portés par les évêques, Caen, 1867, in-8^ — Barbier de Montault, Les gants pontificaux, Tours, 1877^ in-8°.
^Spicil. Solesm.y t. m, p. 35.
* On connaît ces vers du xio ou xiio siècle, empruntés à Marhode, et souvent gravé», au moyen âge, sur les autels portatifs :
« Ara crucis, tumuliqae calix, lapidisque patena, Siudonis officium candida byssus liabet. »
;[IAPiTRE V
LE* TUNICËLLÊS
1. Nous appelons tunicelles les deux vêtements de dessous que la rubrique distingue avec raison par les noms significatifs de tunicelle et de dalmatique {tunicella, dalmatica.)
2. Elles se portent sous la chasuble, à la messe solennelle seulement.
3. Leur forme est exactement celle de la tunique du sousdiacre et de la dalmatique du diacre, c'est-à-dire avec des manches fermées.
4. On les fait en étoffe de soie unie, mince et sans doublure, pour ne pas trop charger le prélat, et on y ajoute des galons d^or étroits, simplement en soie jaune pour les indultaires.
5. La couleur est celle prescrite par la rubrique pour la solennité : blanc, rouge, vert, noir, violet. Cette dernière couleur sert aussi pour les jours où s'emploie le rose.
6. Les tunicelles se prennent après l'étole et avant les gants. La timicella se met la première, puis la dalmatica; le diacre et le sous-diacre en attachent les cordons sur les épaules.
7. Pendant ce temps, le prélat récite deux prières spéciales, qui en précisent le symbolisme :
i<i Ad tunicellam, Tunica jucunditatis et indumento Isetitias induat me Dominus.
)) Ad dalmaticam. Indue me. Domine, indumento salutis et vestimento laetitise et dalmatica justitise circumda me semper. »
Ces textes fixent clairement la signification mystique des deux vêtements. La tunicelle symbolise la joie et le contentement du cœur, la dalmatique exprime le salut et la justice.
8. L*évêque, en se revêtant des tunicelles^ rappelle, par les
vêtements qui leur sont propres, les deux ordres qu*il a reçus autrefois, le sous-diaconat et le diaconat.