‹ Traité pratique de la construction, de l'ameublement et de la décoration des églisesChapitre 49 sur 234 · SOLI DEO · texte numérisé non relu

SOLI DEO

190 LIVHE HUITIÈME.

Le couvent est un lieu béni où Ton se renforme pour s'isoler du monde et se sanctifier. On y entre sous Téglde spéciale de Dieu, qui ne doit pas être oublié chaque fois qu'on est obligé de le quitter momentanément. Auxviu* siècle, les clercs régii* liers do la Mère de Dieu, au couvent de sainte Marie m Camr pitelli, pri»s du Capitole, ont inscrit à la porte ce verset des psaumes (cxx, 8.) : « Que le Seigneur garde mon entrée et ma sortie : »

DOAJINVb GVSTODIAT INTHOITVM TVVM ET EXFFVM TV\'M

Le religieux vit dans le silence pour mieux se recueillir et dans Tespérancc d'une meilleure vie, à laquelle il se prépare par la mortification. Là est toute sa force. Isaïe Tavait dit autrefois. S'emparant de son texte qui ne pouvait être mieux approprié à la circonstance, le prieur des Dominicains de sainte Subinc, à Rome, l'a fait poindre dans le corridor sur lequel ouvrent les cellules des religieux :

IN SILENTIO ET IN SPE ERIT FOllTITVDO VESTRA. I8AI. 30, 15

5. Les principales parties d'un couvent sont : la porterie, le réfectoire, le coretto, la salie capitulaire, les corridors, les cellules elle cloître.

A la porterie, est un tableau de la Vierge devant lequel brûle constamment une lampe. Des bancs do bois, avec l'écu de Tordre au dossier, font patienter les visiteurs, ainsi que quelques livres de dévotion suspendus à des chaînes.

Le ivfectoire a une chaire de bois pour le lecteur, accrochée à la muraille.

Le chœur supérieur ouvre sur le sanctuaire ; il est clos par des grilles et sert à la récitation de l'office quotidien. Il reproduit eu pelit le chœur d'en bas.

La salle capitulaire, surtout dans une abbaye, contiendra les portraits des abbés et généraux d'ordre.

A Rome, les corridors sont garnis do gravures représentant la vie des fondateurs ou des principaux saints de l'ordre;

en sorte qu'en les parcourant, on s'édifie, s'instruit et se récrée tout ensemble.

Les cellules sont modestes, et pour qui a fait vœu de pauvreté, tout objet de luxe serait déplacé. Chacune porte un nom de saint.

6. Le cloître entoure en carré un préau intérieur. Ses colonnettes, exhaussées sur un soubassement, se complètent par une frise ornée. A saint Paul hors les murs^ les bénédictius ont exprimé en mosaïque et en vers les principaux devoirs da moine, fait pour Tétude et la prière :

« Agmina sacra régit locus hic quem splendor honorai. Hic studet atque legit monachorum cœtus et orat. Claustrales claudens claustrum de claudo vocatur, Quo Christo gaudens fratrum pia turma servatur. Hic nitct interius monaclialis régula turbse. Claustri per girum decus muro stat docoratum ; Materiam nimium praecellit materiatum.»

La belle abbaye bénédictiae d'Asaièros (Maine et LoireJ n'offre plus, hélas ! que Taspcct d'une ruine désolée. Le xvu* siècle a gravé dans le cloître, autour d'un cœur entouré de palmes, cette jaculatoire pieuse : a Que le nom de Jésus soit toujours dans mon cœur! »

NOMEN lESV SIT SEMPER IN COHDE MEO

7. Rome est,par cxcelIenco,la ville monastique. J'y ai compté, avant Tinvasion, jusqu'à cent cinquante-huit maisons religieuses d'hoQimcs et de femmes. Beaucoup de voyageurs irréfléchis la nommaient la ville des fnencliants. Ils avaient tort, car ils n'ont pas compris toute la portée de celte expression dédaigneuse. Les sous, péniblement ramassés, jour par jour,, par les frères quêteui*s, non-seulement subvenaient aux né-^

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cessités de la vie commune, mais encore formaient, de leur surplus, un pécule qui enrichissait Dieu et les pauvres.

Voilà le secret de cette éblouissante richesse qui surprend dans la plupart des églises conventuelles ; richesse qui s'étale au dehors, tandis que la pauvreté reste à l'intérieur ; luxe gai n'atteint ni la cellule ni Tindividu, mais se limite à de certains lieux phis spécialement consacrés à la prière ou aux dépenr dan ces immédiates de l'église. Ainsi passez les cloîtres et vous ne trouverez que des murs blanchis à la chaux, une habitation modeste, une règle partout austère et des usages d'une remarquable simplicité.

Le cloître tient à Téglise, dont il longe d'ordinaire un des côtés, le flanc méridional, parce que, suivant le symbolisme chrétien, la chaleur et la lumière qui s'y concentrent parlent au cœur des ardeurs de la grâce et du feu de l'amour divin:

Si guis amat claustnim^ credo qtiod diligit austrum.

Complot, le cloître se développe autour d'un préau, au milieu duquel jaillit une fontaine ou s'élève un puits monumental *. Ouvert sur chaque face intérieure, il est orné de colonnes de marbre, qui supportent les cintres des arcades. Isolé ou confondu avec le reste de l'habitation, il a ses voûtes d'arête en briques proportionnées pour la hauteur à ses autres dimensions. L'air et la lumière y circulent abondamment. Rien ne plaît et n'attache, sous le beau ciel bleu do Rome, comme un cloître élégamment disposé. Celui que construisit Michel-Ange pour les chartreux de Sainte-Marie des anges est réputé le plus beau en raison de ses vastes proportions et de son architecture à la fois simple et sévère.

Le cloître est une galerie de passage, sur laquelle ouvrent

^ Dans rintérieur du cloître des Frari à Venise, la fontaine franciscaine da XYiie siècle est dédiée à Dieu, un et triple dans son essence et source de tout bien :

DBO Vlfl ET TROfO BOKORTM OMinyM FOim

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Uma les débouchés de lu communauté. U relie enseoible l'église et le monastère^ les bâtiments communs et ceux réservés aux relij^eux. On le traverse désœuvré, les yeux inoccupés, l'esprit pensif ou distrait. Pour fixer les regards, prédisposer à la méditation, exciter à des sentiments pieux, n'était-il pas naturel d'y rappeler par la peinture les vertus du fondateur de l'ordre ou les traits de la vie d'un patron^ d'un saint populaire parmi les religieux? Cette bonne pensée, mise à exécution, a été plus d'une fois traduite par des chefsd^oeuvre de décoration. L'art aida la religion dans les fresques claustrales des dominicains, à Saiuto-Marie-sur-Minerve et à SaintrSixte-le-vieux ; des franciscains, à Saint-François a ripaj Sainte-Marie in Ara-cœli et Saint-Pierre in Monîorio; des minimes, à Saint-André délie fratte; des hiérony* adtes, à Saint-Onuphre ; des augustins déchaussés, à Jésus et Marie et des camaldules, à Saint-Grégoire-sur-le-Cœ* lius.

Quelque parlant que soit un fait par la manière expressive dont il est rendu, il est encore utile de l'élucider par des inscriptions qui en précisent davantage la siguiûcation. Rome ne manque jamais à ce soin, dont elle s'acquitte avec autant de Cacilité que de grâce. Mais, dans le monastère, tous les religieux ne savent pas la langue latine. Aussi, par condescendance pour les frères lais, la traduction accompagne-t-elle souveut le texte latin.

Les cloîtres de Rome sont donc de vrais livres à miniatures, ou chaque page a sa vignette et chaque vignette son ialerprétation. Et de même qu'on ne se lasse pas de feuilleter les bibles historiales du moyen-âge, de même l'esprit trouve toujoars de nouveaux charmes à Tétude et à la contemplation Je cette suave peinture monastique.

Un des plus doux moments est certainement de rêver, sous les voûtes de ces cloitres, le soir, alors que les fresques demi-éclairées par les teintes pâlissantes du soleil couchant s'imprègnent d'une vague poésie et qu'on est seul, dans cette solitude calme et silencieuse, plein de la pensée qui a guidé le

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pinceau et jouissant tout ensemble des délices de la légende

et des puissants effets de Tart chrétien.

A Rome, où la nature est si belle, si chaudement colorée les murs ne peuvent rester froids et inanimés. Il leur faut les nuances variées du marbre ou de la fresque pour assortir le monument avec le paysage. Dans les églises, il y a de l'un et do l'autre à profusion ; dans les cloîtres, un peu de chacun avec cette sobriété qui caraclérise le bon goût.

Al t, poésie, sentiment religieux, telle est la triple manifestutioH du cloître peint.

Entre tons je signalerai celui de Saint-Onuphre au Janîcule que le talent si connu et les noms si estimés du chevalier d'Arpîn et de Sébastien Strada recommandent amplement. Ces fresques remontent au jubilé de Tan 1600. Or le jubilé est l'époqne du pardon, partant de l'aumône. C'est avec les dons reçus que le travail s'est exécuté.

8. La Congrégation des Rites dispense de profaner les maisons habitées temporairement par des carmélites et d'y planter une croix*. La croix est donc nécessaire, lorsque le coctvent a complètement perdu sa destination religieuse.

9. En 1870, une discussion a eu lieu au sein de la congrégation des Évèques et Réguliers au sujet de celte question : L'ao* quéieur d'une maison religieuse a-t-il aussi quelque droit sur r^'glise qui y est annexée? Voici les conclusions qui ont été prises, après une étude attentive de la question considérée sous toutes ses faces : 1° Les lieux saints destinés au culte public sont placés en dehors de tout commerce. 2' La vente d'un *(liricc religieux, auquel est annexée une église affectée

a 1 TOLETANA. — Alvarus Peres de Las Quentas.luicus Toletonus.dedil suppliu.'itiouem in Dataria SaDctissimi, quœ remissa fuit ad Sacram Rituum Con gregatioiiem, in qua petebat licentiam profanandi domos suas, in qufbns ad certuni teinpus, id est donec minasteriuni sibi construxeruot in ciyitate Tôletaua, habitaverunt moniales carmelitanse discalceatœ nuncupatœi nec possa cogi ad ponendam crucem in loco ubi moniales prsdicteB divina officia cantavcruDt, et missas celebrari fecerunt, cum dicta loca non fuerint consecrata et2.,prout in dicta supplicatione ; sob qua ita rescriptum fuit : Veris ezistentibus narratis, G. Sacr. Rit. censuit graUam petitam posse concedi. S7 dee» 1608. »

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an culte public, n'entraîne pas la vente de cette église. 3' Il n'est pas juste de dire que la structure matérielle de Téglise est appréciable à prix d'argent, et qu'ainsi, sous ce rapport, elle pe\it devenir un objet de commerce. Un édifice qui a été consacré à Dieu par l'autorité de l'Eglise ne saurait tomber dans le commerce, à moins qu'il n'ait été converti en édifice profane par cette même autorité. 4** Le droit de. patronat, qui est un droit réel, c'est-à-dire attaché à la chose, ne découle pas de la vente dont nous avons parlé plus haut. 5"* Les patrons des églises eux-mêmes n'ont pas le droit de communiquer avec ces églises par des portes intérieures, s'ils ne se sont pas réservé ce privilège à l'origine do la fondation, ou s'ils ne Tout pas obtenu par une faveur apostolique. G** Les patrons ne peuvent pas s'ingérer dans 1* administration des choses ecclésiastiques. 7** Enfin les violateurs obstinés de cette immunité ccclusiastique tombent sous le coup dos censures.

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