LES EX-VOTO
1. Ex veto est une locution latine, conservée dans notre langue, qui signifie en accomplissement d'un vœu , en manière de remercîment pour un bienfait obtenu.
L’objet offert témoigne, effectivement, de la reconnaissance du fidèle envers le saint qu’il a invoqué et qui l’a secouru.
2. En Italie, il se fait indifféremment en cire1, en métal ou en toile peinte.
Le tableau, large d’un pied environ, représente le fait qui a motivé l’offrande : accident, chûte, incendie, etc. Dans un coin, au ciel, on voit apparaître le saint protecteur, qui a assisté au moment du danger.
Le métal présente généralement la forme d’un cœur. 11 est
1 « Ego ex cera fusam amo picturam pietatis ergo factam » (S. J. Chrysostom.)
LES OBJETS DE DÉVOTION. 437
marqué, ainsi que le tableau, des trois initiales P. G. R., qui veulent dire Pro gratia recepta.
On moule en cire ou même on fait en métal 1 des corps, des bras, des jambes, des pieds, des yeux, des seins, etc., pour exprimer une guérison générale ou seulement partielle2. Nous repoussons, comme indécentes, les exhibitions de seins et de ventres, en cire coloriée et au naturel, qui sont si fréquentes dans le royaume de Naples. Plus qu'ailleurs, la décence est de rigueur à l’église.
On offre encore des bijoux, des parures, des décorations, etc.
3. Ces objets ne doivent pas encombrer la châsse, l'autel ou l’image que l’on veut ainsi honorer. En toutes choses, il faut tenir compte de la question de goût.
A Rome, on fixe sur le mur des tablettes de bois peint auxquelles s'accrochent les vœux. Quand ils deviennent trop nombreux, comme il importe de faire place aux nouveaux, on les dépose à la sacristie ou même on les vend au profit du culte du saint, s’ils ont quelque valeur.
4. La S. C. des Évêques et Réguliers autorise, en effet, la vente après le décès des donateurs, à la condition toutefois qu'ils ne s'y opposent pas formellement 3 et qu’il n’en résul-
1 Une charte du 5 novembre 1335, réglant une contestation entre l’évêque
et le chapitre de Notre-Dame de Paris, mentionne les divers ex-voto qui étaient offerts à la cathédrale. C’étaient des images d’or et d’argent, des figures quelconques, des dents, des fils et des coeurs de métal précieux : « De oblatio-
nibus autem in massa, ac imaginibus aureis et argenteis, et figuris quibuscumque, que fient in dicta Parisiensi ecclesia, dicimus et ordinamus, quod taies oblaciones sunt et esse debent fabrice ecclesie Parisiensis, exceptis dentibus et filis aureis et argenteis, si qui ponantur vel offerantur in dicta eccle sia, qui erunt dicti domini episcopi, et exceptis cordibus aureis et argenteis, si qua offerantur ibidem, que dividentur inter dominum episcopum et fabricant communiter. » (Guérard, Cartulaire de Notre-Dame de Paris , tom. III. p. 271.J
2 Théodoret, évêque de Cyr en Mésopotamie, écrivait au commencement du Ve siècle : « Manifesta niminum adeptæ sanitatis indicia : nam alii quidem oculorum, alii porro manuum simulacra suspendunt ex argento auroque confecta. » (De cur. Græcor. affect.)
3 « Sacra Cougregatio, attenta relatione P. Procuratoris generalis ordinis.
tera aucun scandale. Bien entendu, seront exceptés les objets d’art ou d’histoire, qu'il est utile de conserver, par exemple l’épée d’un général victorieux, un drapeau pris sur l’ennemi, l’envoi d’un pape ou d'un souverain, etc. Mais pourquoi tiendrait-on à ce qui est vulgaire et enlaidit l’église?
5. En France, la mode est maintenant d’encastrer des plaques de marbre dans les murailles. On dégrade ainsi l’édifice sans raison, pour une pure satisfaction personnelle, ce qui n’est pas admissible. L’aspect général est celui d’une série d’affiches, qui ne disent absolument rien et n’ont aucun intérêt pour la masse des fidèles. Elles offrent, de plus, l’inconvénient d’être à demeure, comme si elles devaient faire corps avec l’édifice. Il y a là un abus regrettable et le conseil municipal de Paris a bien agi quand il a empêché ce vandalisme à Saint-Sulpice.