‹ Traité pratique de la construction, de l'ameublement et de la décoration des églises, selon les règles canoniques et les traditions romaines, avec un appendice sur le costume ecclésiastiqueChapitre 45 sur 244 · NOMEN IESV SIX SEMPER IN CORDE MEO · texte numérisé non relu

NOMEN IESV SIX SEMPER IN CORDE MEO

7. Rome est, par excellence, la ville monastique. J’y ai compté, avant l’invasion, jusqu’à cent cinquante-huit maisons religieuses d’hommes et de femmes. Beaucoup de voyageurs irréfléchis la nommaient la ville des mendiants. Ils avaient tort, car ils n’ont pas compris toute la portée de cette expression dédaigneuse. Les sous, péniblement ramassés, jour par jour* par les frères quêteurs, non-seulement subvenaient aux né-

cessitésdela vie commune, mais encore formaient, de leur surplus, un pécule qui enrichissait Dieu et les pauvres.

Yoilà le secret de cette éblouissante richesse qui surprend dans la plupart des églises conventuelles ; richesse qui s'étale au dehors, tandis que la pauvreté reste à l’intérieur ; luxe qui n’atteint ni la cellule ni l’individu, mais se limite à de certains lieux plus spécialement consacrés à la prière ou aux dépendances immédiates de l’église. Ainsi passez les cloîtres et vous ne trouverez que des murs blanchis à la chaux, une habitation modeste, une règle partout austère et des usages d’une remarquable simplicité.

Le cloître tient à l’église, dont il longe d’ordinaire un des côtés, le flanc méridional, parce que, suivant le symbolisme chrétien, la chaleur et la lumière qui s’y concentrent parlent au cœur des ardeurs de la grâce et du feu de l’amour divin :

Si quis amat claustrum , credo quod diligit austrum.

Complet, le cloître se développe autour d’un préau, au milieu duquel jaillit une fontaine ou s’élève un puits monumental i. Ouvert sur chaque face intérieure, il est orné de colonnes de marbre, qui supportent les cintres des arcades. Isolé ou confondu avec le reste de l’habitation, il a ses voûtes d’arête en briques proportionnées pour la hauteur à ses autres dimensions. L’air et la lumière y circulent abondamment. Rien 11e plaît et n’attache, sous le beau ciel bleu de Rome, comme un cloître élégamment disposé. Celui que construisit Michel-Ange pour les chartreux de Sainte-Marie des anges est réputé le plus beau en raison de ses vastes proportions et de son architecture à la fois simple et sévère.

Le cloître est une galerie de passage, sur laquelle ouvrent

1 Dans l’intérieur du cloître des Frari à Venise, Ja fontaine franciscaine du xvii0 siècle est dédiée à Dieu, un et triple dans son essence et source de tout bien :

DEO VNI ET TRINO BONORVM OMNIVM FONTI

LES DÉPENDANCES

tous les débouchés de la communauté. 11 relie ensemble l’église et le monastère, les bâtiments communs et ceux réservés aux religieux. On le traverse désœuvré, les yeux inoccupés, l’esprit pensif ou distrait. Pour fixer les regards, prédisposer à la méditation, exciter à des sentiments pieux, n’était-il pas naturel d’y rappeler par la peinture les vertus du fondateur de l’ordre ou les traits de la vie d’un patron, d’un saint populaire parmi les religieux? Cette bonne pensée, mise à exécution, a été plus d’une fois traduite par des chefsd’œuvre de décoration. L’art aida la religion dans les fresques claustrales des dominicains, à Sainte-Marie-sur-Minerve et à Saint-Sixte-le- vieux ; des franciscains, à Saint-François a ripa , Sainte-Marie in Ara-cœli et Saint-Pierre in Montorio; des minimes, à Saint-André dette fratte ; des hiéronymites, à Saint-Onuphre ; des augustins déchaussés, à Jésus et Marie et des camaldules, à Saint-Grégoire- sur-le-Cœlius.

Quelque parlant que soit un fait par la manière expressive dont il est rendu, il est encore utile de l’élucider par des inscriptions qui en précisent davantage la signification. Rome ne manque jamais à ce soin, dont elle s’acquitte avec autant de facilité que de grâce. Mais, dans le monastère, tous les religieux 11e savent pas la langue latine. Aussi, par condescendance pour les frères lais, la traduction accompagne-t-elle souvent le texte latin.

Les cloîtres de Rome sont donc de vrais livres à miniatures, où chaque page a sa vignette et chaque vignette son interprétation. Et de même qu’on ne se lasse pas de feuilleter les bibles historiales du moyen-âge, de même l’esprit trouve toujours de nouveaux charmes à l’étude et à la contemplation de cette suave peinture monastique.

Un des plus doux moments est certainement de rêver, sous les voûtes de ces cloîtres, le soir, alors que les fresques demi-éclairées par les teintes pâlissantes du soleil couchant s’imprègnent d’une vague poésie et qu’on est seul, dans cette solitude calme et silencieuse, plein de la pensée qui a guidé le

pinceau et jouissant tout ensemble des délices de la légende et des puissants effets de Fart chrétien.

A Rome, où la nature est si belle, si chaudement colorée, les murs ne peuvent rester froids et inanimés. Il leur faut les nuances variées du marbre ou de la fresque pour assortir le monument avec le paysage. Dans les églises, il y a de l'un et de l’autre à profusion ; dans les cloîtres, un peu de chacun avec cette sobriété qui caractérise le bon goût.

Ait, poésie, sentiment religieux, telle est la triple manifestation du cloître peint.

Entre tous je signalerai celui de Saint-Onuphre au Janicule, que le talent si connu et les noms si estimés du chevalier d’Arpin et de Sébastien Strada recommandent amplement. Ces fresques remontent au jubilé de l’an 1600. Orle jubilé est l’époque du pardon, partant de l’aumône. C’est avec les dons reçus que le travail s’est exécuté.

8. La Congrégation des Rites dispense de profaner les maisons habitées temporairement par des carmélites et d’y planter une croix1. La croix est donc nécessaire, lorsque le couvent a complètement perdu sa destination religieuse.

9. En 1870, une discussion a eu lieu au sein de la congrégation des Évêques et Réguliers au sujet de cette question : L’acquéreur d’une maison religieuse a-t-il aussi quelque droit sur l’église qui y est annexée? Voici les conclusions qui ont été prises, après une étude attentive de la question considérée sous toutes ses faces : 1° Les lieux saints destinés au culte public sont placés en dehors de tout commerce. 2° La vente d’un édifice religieux, auquel est annexée une église affectée

« 1 TOLETANA. — Alvarus Peres de Las Quentas,laicus Toletanus, dédit supplicationem in Dataria Sanctissimi, quæ remissa fuit ad Sacram Rituum Coq gregationem, in qua petebat licentiam profanandi domos suas, in quibus ad certum tempus, id est donec nnnasterium sibi construxerunt in civitate Toletana, habitaverunt moniales carmelitanæ discalceatæ nuncupatæ, nec posse cogi ad ponendam crucem in loco ubi moniales prædictæ divina officia cantaveruDt, et missas celebrari fecerunt, cum dicta loca non fuerint consecrata etc., prout in dicta supplicatione ; sub qua ita rescriptum fuit : Veris existentibus narratis, C. Sacr. Rit. censuit gratiam petitam posse concedi. 27 dec. 1608. »

LES DÉPENDANCES

au culte public, n’entraîne pas la vente de cette église. 3° Il n’est pas juste de dire que la structure matérielle de l’église est appréciable à prix d’argent, et qu’ainsi, sous ce rapport, elle peut devenir un objet de commerce. Un édifice qui a été consacré à Dieu par l’autorité de l’Eglise ne saurait tomber dans le commerce, à moins qu’il n'ait été converti en édifice profane par cette même autorité. 4° Le droit de patronat, qui est un droit réel, c’est-à-dire attaché à la chose, ne découle pas de la vente dont nous avons parlé plus haut. 5° Les patrons des églises eux-mêmes n’ont pas le droit de communiquer avec ces églises par des portes intérieures, s’ils ne se sont pas réservé ce privilège à l’origine de la fondation, ou s’ils ne l’ont pas obtenu par une faveur apostolique. 6° Les patrons ne peuvent pas s’ingérer dans l’administration des choses ecclésiastiques. 7° Enfin les violateurs obstinés de cette immunité ecclésiastique tombent sous^ le coup des censures.

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