LUDOVICUS CAROLUS DUPLESSIS D’ARGENTRÉ EPISCOPUS LEMOVIGENSIS
GONSANGUINEI ET DEGESSORIS SUI VESTIGIIS INSISTENS, EJUSQUE INGEPTA STUDIOSE PERSEQUENS ;
HÜRTIS GONSITIS,
RUDERIBUS EGESTIS,
EXEQUATO SOLO,
QUOD BONUM, FAUSTUM, FEL1XQUE FIT,
SIBI, SUGGESSORIBUS SUIS, AG GIVITATI LEMOVIGENSI,
PRIMUM PALATII EPISCOPALIS LAPIDEM POSUIT DIE XII MENSIS MARTII, AN D. M. DGG. LXVI°
EPISGOPATUS VIII0.
10. Le vestibule de rarchevêché de Bénévent, qui date de 1718, mérite une mention à part.
Dans cette pièce, une chose m’a frappé entre toutes : c’est la double bande de médaillons emblématiques qui s’étale au-dessous de la voûte. Les emblèmes, empruntés à diverses sources et expliqués par une devise, prirent faveur surtout au XVIe siècle : au siècle suivant, on en faisait encore ; le XVIIIe assiste à la décadence de ce goût à la fois littéraire et artistique. Nous sommes ici à la période de déclin, mais rien ne le fait soupçonner, car les motifs sont bien choisis, les mots heureux et l’ensemble réussi suffisamment.
Orsini s’était formé une cour d’hommes studieux et distingués qui lui prodiguaient une admiration constante et devançaient l’éloge de la postérité en le lui décernant de son vivant, non en manière de flatterie et de basse adulation, mais
dis-je, permet de mettre à exécution les moyens proposés pour la construction de l’évêché, mais il ordonne en même temps que les aliénations et les emprunts que l’on pourra faire aient lieu avec les formalités canoniques, et que l’on en demande l’autorisation au nonce apostolique à qui Sa Sainteté donne les pouvoirs nécessaires et opportuns pour approuver et confirmer avec les modifications énoncées plus haut le projet que l’évêque et le chapitre du lieu ont présenté pour l’entretien et l’amélioration des biens-fonds et pour la construction de l’évêché.
« Le Saint-Père veut que l'on entreprenne sans délai la construction de la résidence épiscopale qui est si vivement désirée et que plusieurs nonces apostoliques ont si souvent recommandée. Rome, 18 novembre 1817« •
LES DÉPENDANCES
avec délicatesse et à propos. Ils savaient admirablement leur écriture sainte et ils en tiraient un parti excellent, comme le témoigne chacune de ces devises si variées et si judicieuses. Quel était l'objectif direct de l’emblème? L’évêque dans les principaux devoirs de sa charge pastorale ; mais, par une allusion transparente, tous ces motifs se référaient indirectement au cardinal Orsini, à qui nous aimons à notre tour à les appliquer pour le montrer, comme il était effectivement, le type et le modèle du bon évêque.
La foi et la dévotion, la piété affectueuse et tendre, ont nécesssité, aux deux extrémités, d’abord un triangle, dans lequel est écrit le nom de Dieu en grec, avec la louange éternelle des anges dans le ciel : sanctus, sanctus, sanctus ; puis, le monogramme du nom de Jésus, uni à celui du nom de Marie, parce qu’en eux et par eux nous espérons le salut : spes una salutis. Yoilà les contours de ce tableau où vont se mouvoir les emblèmes, que cette double annonce indique devoir être envisagés au seul point de vue chrétien, quelque profanes que soient les images employées pour faire passer l’esprit du visible à l’invisible, du matériel au spirituel.
Le télescope, posé sur terre, permet à l’œil humain de scruter les mystères des profondeurs du ciel. L'évêque, élevé audessus des choses d’iei-bas, puise dans la prière et la méditation la connaissance des vérités qui lui serviront de règle: ALTA A LONGE COGNOSCIT ( Psalm . CXXXYII, 6).
La poule s’avance vers les œufs qu’elle a pondus pour les couvrir de ses ailes et féconder de sa chaleur. L’évêque de même donne la vie aux âmes qui lui sont confiées : vt vitam HABEANT (S. J OaUïl ., X, 10).
Le chien vigilant garde la bergerie, image fidèle de l’évêque veillant sur l’entrée et la sortie des brebis qui forment son troupeau : cvstodit introitvm et exitvm ( Ps. CXX, 8).
La mitre, qui a pour support une colonne, ne sera pas renversée, symbole de la fermeté épiscopale qui ne sait pas fléchir : FIRMABITVR ET NON FLECTETVR (EccL, XV, 3).
Le soleil a mûri le raisin et, quand on a fait la vendange*
ou a trouvé au pressoir une plus grande quantité de vin. Il dépend de l'évêque, docile à la grâce, d'offrir à Dieu une récolte spirituelle plus ou moins abondante : vt frvctvm plvs AFFERAT (S. Joann., XY, 2).
L'horloge compte les heures et les minutes. Un évêque pénétré de ses devoirs n’a pas un instant à perdre : particvla NON TE PRÆTEREAT. ( Eccl. , XIY, \ I).
La grue est l’emblème de la vigilance, parce qu’on supposait autrefois qu’elle ne dormait que sur une patte, l’autre tenant une pierre, qui en tombant la réveillait. L’évêque ne craint pas sa peine et se tient toujours prêt, même au temps de son repos : excvbat in cvstodiis. (Nnm.y XYÏII,4).
Le cheval, que retient par la bride une main vigoureuse, ne peut s’emporter. L'évêque doit être calme dans ses jugements, et ne jamais céder à d’indignes mouvements de colère : NE DECLINES IN IRA. ( Psdlm . XXY1, 9).
On prétendait que, chaque matin, l'éléphant adorait le soleil à son lever. L’évêque, de même, gagnera à s’humilier devant Dieu : humiliât semetipsvm ( S.Paul.,ad Philipp., II, 8).
La lampe qui brûle et luit est la figure de l’évêque se consumant pour les autres, afin de les éclairer : vt ardeat et lvceat. (S. Joann., Y, 35) L
Le pélican, se perçant la poitrine pour nourrir ses petits de son sang, est la vive expression du dévoùment épiscopal poussé à ses dernières limites : reficiam vos .(S. Matth.,X\,28).
La crosse est la houlette du pasteur ; elle se termine par une courbe gracieuse, afin d’attirer plus doucement. N’a-t-on pas dit jadis : « Qu’il fait bon vivre sous la crosse! ». svm PASTOR BONVS (S. J OOÏin ., X, II).
Le soleil verse ses rayons sur une balance, qui apprend à
1 Je ferai observer que les textes ne sont pas toujours cités fidèlement. J'ai pris la peine de les contrôler tous, afin de pouvoir dire à quels livres de la Bible ils ont été empruntés. Je me suis vite aperçu qu’ils avaient subi souvent quelque modification et que c’était plutôt à l’idée qu’aux mots euxmêmes que visait le P. Cavalieri : je suppose, en effet, le docte dominicain auteur de ce travail. Il logeait à l’archevêché et avait une grande pratique de l’Ecriture-Sainte.
LES DÉPENDANCES. 209
l’évêque l’équité sous l'œil inflexible de Dieu : æqvitatem vidit vvltvs eivs ( Psalm . X, 8).
La ruche, où les abeilles déposent le miel butiné sur les fleurs, rappelle l’activité et la mansuétude de l’évêque : man- SVETVM EXALTANT ( PsalïTi . CXLIX, 4).
Le cerf, suivant une fausse notion d’histoire naturelle, de son souffle attirait les serpents pour les exterminer. L’évêque a en lui le souffle de l’Esprit saint pour anéantir les méchants : fl a vit spiritvs eivs. ( Psalm . C XLVII, 18).
La trompette, quoique sonore, peut avoir des sons doux , la douceur dans l’évêque est une vertu incomparable : in spiritv lenitatis {S. Paul. , ad Galat ., VI, I ).
Le moulin, dont l’eau fait tourner la roue, broie le blé qui alimente l’affamé. L’évêque est, avant tout, le père des pauvres, des besogneux, des indigents : frangit esvrienti ( Isai ., LVIII, 7).
Le soleil reflète son image sur un tableau dressé sur un chevalet, comme l’évêque reproduit en lui les attributs de la divinité : in eamdem imaginem (S. Paul., II adCorinth ., III, 18).
Le renard, emblème du pécheur, fuit devant le chien, symbole de la vigilance épiscopale : a facie tva fvgiam {Psalm. CXXXVI1I, 7).
Le dauphin, par l’odeur qu’il exhale, attire à lui tous les poissons de la mer ; ainsi l’évêque fait courir au parfum de ses vertus : in odorem cvrrimvs (Cantic., I, 3).
Deux marteaux frappent ensemble sur une enclume qu’ils ne parviennent pas à ébranler. L'évêque a ainsi besoin de force pour résister aux assauts extérieurs : fortitvdinem meam cvstodiam {Psalm. LVIII, 10).
Le phénix renaît sur le bûcher où il se consume, comme l’évêque sait multiplier ses jours : mvltiplicabo vies {Prover b.,