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I. FABRICATION DU VERNIS

Les vernis que Ton applique sur les cuirs sont des mélanges d'huile de lin cuite, de bleu de Prusse, de noir de fumée et de gomme laque. Leur composition varie extrêmement suivant chaque fabricant et offre de très grandes difficultés de préparation et d'application. On exige que le vernis soit de bonne qualité, très souple, élastique et cependant résistant après le séchage, qu'il ne colle pas, qu'il soit d'un beau noir et brillant et qu'il ne devienne

pas cassant par le froid et par un long usage. Il faut qu'il y ait une homogénéité complète entre le cuir et le vernis, il faut que son élasticité se prête à la souplesse indispensable du cuir et en suive tous les mouvements sans s'enlever ni se gercer.

11 est difficile de donner à un vernis toutes ces propriétés au degré voulu; mais, abstraction faite de la qualité des matériaux et des conditions d'un bon séchage, la difficulté provient souvent uniquement du manque de connaissance des réactions qui se produisent et de ce que les huiles grasses, leurs transformations et les produits fournis par leur décomposition sont encore, en général, très imparfaitement connus.

Nous allons donc nous étendre quelque peu sur la composition et la fabrication du vernis noir et des vernis colorés.

1« — Huile de lin. — Extraite à froid, l'huile de lin est peu colorée, elle est d'un jaune clair; à chaud elle est un jaune brunâtre. A 20 degrés au-dessous de 0 elle prend une couleur plus paie sans se congeler, elle ne se solidifie qu'à 27 degrés audessous de 0 en une masse jaune clair. Sa densité est 0,9395 à 12 degrés, 0,93 à 25, 0,9125 à 50, 0,8815 à 94, 0,85 à 110. Elle se dissout dans 5 parties d'alcool bouillant et 40 parties d'alcool froid, et 1,6 d'éther. Chimiquement, c'est un ghycéride d'acide linoléique. Par saponification elle rend de la glycérine et des acides gras, oléique, palmitique, myristique, linoléique. Saiserre a donné l'analyse suivante :

Carbone 75,77

Hydrogène 10,00

Oxygène 13,98

Ce qui correspond à la formule C15 H28 O2. Si on la fait bouillir pendant quelque temps, elle perd de son poids, s'épaissit et sèche facilement sous la forme d'un vernis transparent, auquel on a donné le nom de linoxyn ayant pour formule C22 H53 O11. Chauffée à 323 degrés, elle s'enflamme et brûle en laissant un résidu de goudron et de charbon ; mais si on l'étouffé en couvrant le récipient, il en restera une matière brune, semblable à la glu. A la température de 50 à 80 degrés, elle se combine avec le brome

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et le chlore, en formant des liquides brun fonce, connus sous le nom d'huiles de lin brominisée et chlorinisée, correspondant à la formule G15 H22 Cl2 G2. Exposée à l'air, elle absorbe l'oxygène et forme une masse résineuse, appelée acide oxylinoléique ayant pour formule G16 II25 O3, et cette oxydation a lieu bien plus rapidement si l'huile est chauffée.

On emploie dans la fabrication des vernis l'huile de lin vieille d'un an ou deux; sa couleur doit être jaune et très transparente ; on la distingue aisément de l'huile nouvelle, qui est ordinairement trouble et d'une couleur verte ; l'huile ancienne a l'avantage d'être plus pure et de contenir beaucoup moins d'eau que l'huile nouvelle.

Le séchage de toutes les huiles est une simple oxydation par absorption de l'oxygène de l'air, qui transforme ces huiles en corps durs, transparents et plus ou moins analogues au caoutchouc. Mais ce séchage est d'autant plus rapide et plus énergique que l'huile a d'abord absorbé plus d'oxygène au préalable. A cet effet, on faisait simplement bouillir autrefois l'huile jusqu'à ce qu'elle fût épaissie; aujourd'hui, on cherche à accélérer l'opération en ajoutant des corps qui abandonnent facilement de l'oxygène et à obtenir ensuite des savons métalliques. On emploie dans ce but le peroxyde de manganèse, l'oxyde de plomb, l'oxyde de zinc, le borate de zinc, le borate de manganèse, le plomb divisé. Pour les vernis de couleur vive, il faut, en outre, blanchir l'huile et employer des corps aussi faiblement colorés que possible.

2. — Purification de l'huile de lin. — Si l'huile de lin n'est pas tout à fait claire, ou bien si elle est souillée par des substances mucilagineuses et de l'albumine végétale, ou si elle renferme de l'eau, on la traite d'abord par l'acide sulfurique concentré avant de la soumettre aux opérations ordinaires. On emploie 3 p. 100 d'acide sulfurique à 66 degrés Baume. L'acide est versé peu à peu dans l'huile que l'on agite fortement. Sous l'action de l'acide l'huile verdit de plus en plus, puis devient presque noire, ce qui indique la fin du traitement. Ace point, la matière mucilagineuse colorante est séparée de l'huile et s'y trouve en suspension, sous la forme de petites particules très foncées, qui se réunissent assez

vite au fond du récipient. Après vingt minutes on fait écouler l'huile dans un autre récipient, où on la traite par une lessive de potasse. Il faut 2 p. 400 de cette lessive pour neutraliser l'acide, on ajoute de l'eau chaude et on laisse l'huile se séparer, d'abord trouble, puis claire ensuite. Le déchet est de 3 p. 100.

Il vaut mieux remplacer l'acide sulfurique par une dissolution aqueuse concentrée de sulfate de fer, que l'on fait agir sur l'huile pendant une ou deux semaines, dans des cuves plates, sous l'influence de la lumière et en remuant fréquemment ; on emploie 1 partie de dissolution saturée de sulfate de fer pour 10 parties d'huile. Déchet 1,2 p. 100.

Presque toutes les huiles siccatives renferment, à côté des graisses qui leur sont propres, une certaine quantité d'une matière grasse non siccative, appelée palmitique ; celle-ci ralentit d'un côté le séchage et enlève, en outre, au vernis ce bel éclat que doit posséder le cuir vernis et qui manque souvent au vernis ordinaire à l'huile, lequel a généralement un aspect gras, à cause de la présence de la palmitine. Il est donc tout d'abord nécessaire, quand on veut préparer un vernis de bonne qualité, d'enlever à l'huile de lin qu'on emploie la palmitine. Cette élimination se fait facilement au moyen de l'acide nitrique. L'acide nitrique et surtout l'acide fumant, mis en contact avec différentes matières organiques, produit un peu d'acide nitreux, et celui-ci, de même que le restant de l'acide nitrique et l'acide hypoazotique, agit de diverses façons sur le mélange de matières grasses contenues dans l'huile de lin. La palmitine se décompose en acide palmitique et en glycérine et peut être ainsi séparée aisément de l'huile à l'état de palmitate insoluble de plomb ou de manganèse, en ajoutant de l'oxyde de plomb ou de manganèse.

L'huile épurée et entièrement claire est alors traitée par l'acide nitrique ; on se sert de cuves en verre ou mieux de grands bacs en pierre de 30 litres de capacité, munis d'un côté d'une série de trous superposés que l'on appelle bacs de décantation. On chauffe d'abord l'huile à employer à 50 ou 00 degrés dans une chaudière en cuivre ; on place dans chaque bac 20 à 25 grammes d'acide nitrique fumant par 30 litres d'huile et on remue énergiquement pendant qu'on verse l'huile dans l'acide. Le jour suivant, on

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active Faction de l'acide sur l'huile en agitant le mélange ; à partir du quatrième jour on laisse reposer, jusqu'à ce que l'huile soit suffisamment clarifiée, ce qui arrive au bout de trois jours. On soutire la partie claire par les trous et on réunit le restant dans un bac ; la portion qui serait encore trouble au bout de quelques jours est filtrée dans un endroit chauffé, à travers une couche de sciure, de noir animal et de laine.

En Angleterre on purifie l'huile de lin en la chauffant doucement pendant deux heures jusqu'à 300 degrés, puis trois heures à cette température, on ajoute 2 p. 100 de magnésie calcinée, on fait bouillir une heure, on décante et on laisse au repos pendant trois mois.

3. — Cuite de l'huile de lin. — Pour préparer les vernis, l'huile de lin doit être soumise aux agents qui vont lui faire absorber de l'oxygène pour l'épaissir et la rendre promptement siccative. On obtient ainsi Y huile forte que l'on désigne dans la fabrication des vernis sous le nom d'apprêt.

1. — Chaleur seule. — Dans une chaudière en fonte de 300 litres de capacité, on met 200 litres d'huile de lin purifiée, on chauffe progressivement jusqu'à 180 degrés; l'huile doit mettre trois heures pour arriver à ce point ; pendant ce temps l'eau qu'elle peut renfermer se dégage peu à peu sans causer de boursouflement. À ce moment, l'huile change de couleur et blanchit; sa surface doit rester unie. On augmente le feu jusqu'à 300 degrés ; il se forme une écume blanche, elle monte; lorsqu'elle est près de déborder la chaudière, on calme l'effervescence en arrosant avec de l'huile froide "qu'on a eu soin de mettre en réserve à côté de la chaudière. Pendant ce temps la chaleur monte et arrive à 315 degrés, on maintient à cette température trois heures en calmant l'effervescence par des arrosages. L'écume commence à se dessécher sur les bords de la chaudière, on met le couvercle de la chaudière et on l'entoure de toiles et de couvertures pour éviter un refroidissement trdp brusque et on baisse le feu. Le len-demain l'huile est encore chaude, on la verse dans des tonneaux disposés verticalement et dont les fonds supérieurs sont enlevés ; ces tonneaux sont munis de robinets, placés à 0m,0o au-dessus

du fond et qui permettent de décanter l'huile après quelques jours de repos.

Le chauffage à la vapeur surchauffée est plus régulier et plus facile à régler, aussi les usines de quelque importance Font-elles adopté.

2. — Litharge. — On chauffe l'huile purifiée à 150 degrés pendant une heure dans une chaudière en fer que l'on peut munir d'un chapiteau, en y ajoutant 3 p. 100 de litharge et en remuant fortement. La chaudière doit avoir une capacité double du volume d'huile que l'on y place pour éviter les débordements. On remue constamment pour éviter que les matières solides s'attachent au fond de la chaudière. La température ne doit pas dépasser 250 degrés. On cuit douze heures; la température doit être de 275 degrés ; on laisse reposer la nuit et le lendemain on chauffe lentement de façon qu'en douze heures la température parvienne à 300 degrés, on abat le feu et on empote dans des tonneaux où l'huile se clarifie lentement en quinze jours environ.

On reconnaît que le vernis est arrivé au degré voulu lorsque, mis sur une plaque de verre, il est sec le lendemain, sans bulles blanches et sans aucun louche. Si l'essai est louche on ajoute au vernis encore chaud 5 p. 100 d'essence de térébenthine.

On ajoute quelquefois 5 p. 100 de terre d'ombre ou 5 p. 100 de blanc de plomb. On a les vernis :

Huile de lin. . 100 Huile. . . 100 Huile. . . 100 Huile. . . 100 Huile. . . 108 Litharge. . . 3 Litharge. 8 Litharge. 5 Litharge. 5 Litharge. 4

Ombre. . 5 B. de plomb. 5 Ombre. . 3

B. de plomb. 3

3. — Manganèse. — On emploie pour rendre l'huile de lin siccative l'hydrate de manganèse dans la proportion de 0,5 p. 100; l'huile devient verdâtre et très siccative.

Le bioxydede manganèse s'emploie dans la proportion de 5 p. 100; on chauffe vingt-quatre heures à 300 degrés. Le vernis est épais; on l'étendavec un peu d'huile de lin ou d'essence de térébenthine.

Pour préparer le vernis au borate de manganèse, on prend 4 parties de ce sel blanc, sec et finement pulvérisé, on les délaye

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dans 25 parties d'huile de lin dans un récipient convenable, et on verse dans 2,000 parties d'huile que l'on chauffe une demi-heure à 250 degrés ou un quart d'heure à 316 degrés ; on empote comme à l'ordinaire. Le vernis ainsi obtenu est très peu coloré.

4. — Plomb divisé. — M. Livache épaissit les huiles au moyen du plomb divisé obtenu par précipitation ; nous avons décrit le procédé en traitant du dégras artificiel. Voici comment nous préconisons l'emploi de ce procédé pour la fabrication des vernis incolores employés pour composer les vernis colorés dont nous parlerons plus loin.

On prend des fûts de pétrole, on les divise en 2 parties égales dans le sens de la longueur par une cloison en bois percée de trous. Les 2 fonds des tonneaux sont percés d'une ouverture de 5 centimètres dans leur centre pour laisser passage libre à l'air extérieur. Dans un des compartiments on met du zinc en rognures que l'on a fait tremper au préalable dans une solution de plomb étendue pour laisser déposer du plomb sur chacune d'elles. On met de l'huile dans chacun des tonneaux, la moitié de leur contenance. On met 25 tonneaux à la suite les uns des autres, les fonds du même côté, sur 2 poutres assez longues pour les contenir tous. Pendant la nuit on roule les tonneaux d'un demitour; l'huile se trouve dans le même compartiment que le zinc, et le jour on les ramène à être dans le compartiment d'en bas. Le changement de position des tonneaux peut se faire rapidement au moyen d'une crémaillère mobile qui passe sur un cercle denté dont sont munis les fûts.

On ajoute préalablement à l'huile 200 grammes de nitrate de manganèse par 100 kilos.

Lorsqu'elle est arrivée au degré voulu, après dix jours, on agite avec 0,5 p. 100 d'oxyde de plomb.

4. — Laques et résines. — Les résines sont extrêmementrépandues dans le règne végétal. Ce sont des produits de l'action exercée par l'oxygène de l'air sur des huiles essentielles sécrétées par les végétaux.

1. — Propriétés générales. — Les résines sont des corps amorphes, insolubles dans l'eau, solubles dans l'alcool, l'élher, les

huiles essentielles et à chaud dans les huiles grasses, l'éther nitrique, etc. Elles sont fusibles, non volatiles ; elles se détruisent sous Faction d'une chaleur forte. Elles ne se combinent pas aux acides ; les acides minéraux les altèrent à chaud. Les alcalis dissolvent les résines et forment des sels, des résinâtes solubles dans l'eau.

Leur densité varie de 0,92 à 1,2.

2. — Gomme laque. — Cette laque est produite par un gallinsocte, le Coccus laceca, ayant toute l'apparence d'un pou rouge, qui pique les extrémités des jeunes branches des liguiers (Ficus indica et religiosa), de Faleurites loccifera, le rhammus jujuba et indica, le butea frondosa, etc., etc., qui s'enveloppe du suc qui sort de la piqûre en formant une sorte de croûte épaisse sous laquelle disparaît entièrement Fépiderme de la branche attaquée. La récolte se fait en coupant les branches et les tiges couvertes de cette résine avant la dernière métamorphose de Finsecte, de sorte qu'il y reste prisonnier : on a alors la laque cueillie. Les producteurs l'exportent en bâtons, c'est-à-dire adhérente encore au rameau natal, en grains, c'est-à-clire formée de fragments tombés de ce rameau et ramassés précieusement; et en écailles ou en feuilles, c'est-à-dire préparée. Yoici comment se fait cette préparation : on fait passer les bâtons entre 2 cylindres pour les débarrasser des fragments de bois, d'écorce et autres impuretés grossières ; on la met ensuite dans des baquets avec de l'eau et on la fait laver par des coolies qui la pétrissent avec les pieds jusqu'à ce qu'elle soit propre et que l'eau sorte claire i on a la laque lavée,.

Cette laque renferme 10 p. 100 de matière colorante que Fon enlève en la faisant bouillir dans une eau alcaline : la laque fond et surnage, on la décante, on la met dans des sacs en coton clair , 2 coolies l'exposent à la chaleur d'un feu vif, au-dessus d'une auge, la résine fond et passe à travers le sac dans l'auge, on la puise encore liquide et on Fétend sur des rouleaux de cuivre ; on la divise, avant complète dessiccation, en feuilles irrégulières.

La dissolution alcaline renferme la matière colorante que l'on recueille avec soin; elle fournit le lac-clye, belle couleur rouge pour les maroquins.

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La laque en fils n'est autre que la laque en écaille que l'on a étirée.

Toute la laque que nous consommons vient de l'Inde par Gaicutta, soit de nos établissements de Cochinchine.

L'industrie distingue la gomme laque en brune, rouge et blonde.

Le croton porte-laque de Ceylan produit une espèce de laque analogue à la précédente.

La laque du Japon est produite par le sumac vernis (Rhus vernicifera) ; on fait une incision dans l'arbre, il s'en écoule un jus laiteux, dont le rendement est très faible, d'une densité de 4,002 à 22 degrés; il brunit à l'air et se dessèche sous forme de laque luisante et transparente. Yoshino produit la plus estimée. Le suc de cet arbre renferme de l'acide urushique dans la proportion de 3 p. 100 et auquel le produit doit ses propriétés siccatives (Hikorokurs yoshida). 1,000 arbres ne fournissent que 10 kilos du suc laiteux. On nomme l'arbre qui le produit Ourousi-no-ko , et le vernis Yangtsi.

En Chine l'arbre à vernis se nomme ^'(probablement le terminallier vernis et le vernis Kouangtsi). La laque de la Cochinchine, appelée caij-dan, se récolte dans la province de Bien-Hoâ.

La gomme laque est composée de :

Résine en partie soluble dans l'alcool .... 66,65

Laccine 16,75

Matière colorante 3,75

Extractif 4,00

Cire 1,67

Sable, débris d'insectes, sels divers 4,00

Elle est translucide, cassante, densité 1,340, soluble en totalité dans l'alcool absolu et seulement en partie dans l'éther et les essences, soluble dans les acides chlorhydrique et acétique, les solutions aqueuses de potasse, de soude et de borax.

3. — Décoloration de la laque. — Dans la préparation des vernis de couleur, la laque a besoin d'être décolorée pour ne pas influencer sur les couleurs qu'on doit y mêler.

Pour blanchir la laque, on la dissout dans l'alcool ou dans une solution de carbonate de soude faible, on ajoute à cette solution de l'eau de javelle, on laisse en contact un quart d'heure, on ajoute

un peu d'acide chlorhydrique, de manière à ne rien précipiter, on laisse expos6 aux rayons du soleil, on filtre, on ajoute un peu de sulfite de soude, et enfin on précipite la laque par une quantité d'acide strictement nécessaire pour saturer l'alcali libre. Cette méthode, due à Kressler et modifiée par Sauerwein, est généralement employée.

Yoici les détails de l'opération d'après Eder :

10 kilos de laque concassée sont dissous à chaud avec 4 kilos de soude cristallisée dans 150 litres d'eau dans une bassine en cuivre, et la solution violette est filtrée dans un bac en bois à travers de la toile. D'autre part, on ajoute à une solution de 10 kilos de soude cristallisée dans 200 litres d'eau 10 kilos de chlorure de chaux (renfermant 30 p. 100 de chlore) et l'on filtre cette solution dans celle de laque. On ajoute avec précaution au mélange refroidi de l'acide chlorhydrique dilué au quart, jusqu'à ce qu'un peu de laque en grumeaux commence à se précipiter; une faible quantité d'acide suffît, le plus souvent. Après trois jours le blanchiment est complet; on précipite alors la laque en ajoutant de l'acide chlorhydrique concentré. On la laisse séjourner deux heures dans le liquide acide, le chlore mis en liberté agit énergiquement sur la laque divisée, on filtre sur une toile grossière, on la lave à plusieurs reprises ; on la met dans l'eau bouillante, qui la ramollit et la rassemble en une masse unique.

Nous employons l'hydrosulfite de soude pour ce blanchiment. (Voir Décoloration du cuir.) Le procédé est exactement le même.

4. — Copal. — On connaît 2 variétés de copal: le copal tendre ou résine animée et le copal dur.

Le copal tendre est extrait de Yhymenœa courbaril, vient de l'Inde et de l'Amérique du Sud, en masses globuleuses, blanches ou jaune pâle, à cassure vitreuse, fusible à 100 degrés. Le copal de Gayenne est soluble en partie dans l'alcool froid et totalement dans l'alcool chaud ; le copal de l'Inde est très peu soluble dans l'alcool ; tous deux sont solubles dans l'essence de térébenthine. Lorsque, après l'avoir broyé, on le garde à l'étuve un mois, il devient très soluble dans l'alcool et l'éther.

Le copal dur vient de Culcutta, Bombay, Madagascar ; le principal est le copal-calcutta ou karabé ; on l'extrait de Yhymenœa

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verrucosa. Il se présente en larmes ou en plaques jaunes, dures, à cassure vitreuse, lisse; densité 1,045. Il est presque insoluble dans l'alcool et les dissolvants. Pour arriver à l'employer dans les vernis, on l'expose àla chaleur, à 360 degrés, jusqu ace qu'il ait perdu un quart de son poids ; il se dissout dans l'alcool, l'éther, l'essence de térébenthine, la benzine, le pétrol et les huiles végétales. Le copal chauffé en vase cîos à 3o0 ou 400 degrés dans les 8 véhicules précités se dissout sans rien perdre de son poids.

5. — Résine élémi. — L'alcool froid n'en dissout qu'une partie; l'alcool bouillant la dissout toute.

6. — Gomme gutte. — On en connaît 2 variétés ; la meilleure vient de Ceylan et du Cambodge, où on l'extrait du Stalagmites cambogioïdes; l'autre vient de Malabar, où on la retire du Cambogia gutta. Gros morceaux cylindriques, brun rouge à l'extérieur, jaune rougeàtre à l'intérieur; sa poudre est jaune; en partie soluble dans l'eau en donnant une émulsion d'un beau jaune ; soluble dans l'alcool ; les alcalis en rouge. Sa composition est :

Gutte en canons Gutte en gâteau

pipe Cambodge coke Cambodge Gutte de Ceylan

Résine (insoluble dans l'eau) .... 72,9 64,65 68,8

Gomme (soluble eau) 22,9 20,20 20,7

Matière amylacée — 5,60

Ligneux — 5,30 6,8

Eau 4,8 4,10 4,6

7. — Mastic. — On l'extrait du pistacia lenticus; elle est en grains ou en lames jaunâtres, solubles dans l'alcool et l'éther.

8. — Sandaraque. — Est extraite du Juniperus communis ou genévrier d'Afrique, et du Thuya articulata. Larmes jaune pâle, densité 1,85, fond facilement, complètement soluble dans l'alcool.

9. — Térébenthine. — Cette résine provient de l'incision faite aux différentes espèces de pins qui en font autant de qualités différentes ; voici la liste des plus connues dans le commerce:

Térébenthine de Bordeaux provenant du Pinus maritima.

— de Venise — — picea.

— d'Alsace — — id.

— des Vosges .... — — larix.

— de Boston — — australis.

— d'Amérique. ... — — strobus.

Térébenthine de Hongrie provenant du Pinns mughos.

— des monts Carpathes — — timbra.

— du Canada — — balsamea.

« d'Angleterre — — tœda.

«— de Chio — Pistacia terebenthus.

Le barras est la résine provenant de la solidification à l'air de la térébenthine.

Le gallipot ou gomme molle est la résine qui s'est écoulée au pied de l'arbre.

La résine vierge est celle qui s'exsude naturellement des tiges ou branches des conifères.

La résine jaune provient de la fusion du gallipot dans une chaudière.

La térébenthine au soleil provient de la fusion du gallipot étendu sur des claies en paille.

Le brai gras s'obtient en distillant les claies en paille ci-dessus ; c'est une matière visqueuse noire.

Le brai sec est préparé en filtrant sur des claies en paille un mélange de gallipot et barras fondu.

La colophane ou arcanson est le résidu de la distillation de la térébenthine pour en obtenir l'essence. Elle est soluble dans les huiles fixes et volatiles, l'alcool, densité 1,071, soluble dans les alcalis.

5. — Préparation du vernis. — Pour préparer lèverais, voici la méthode qui a été reconnue la plus exacte : après avoir fait cuire l'huile de lin et après un repos de quinze ou vingt jours dans les tonneaux, on repasse l'huile claire à la chaudière, on la chauffe à 100 degrés et on y ajoute peu à peu 500 grammes de bichromate de potasse en poudre très fine par 100 kilos, on laisse un quart d'heure à cette température, puis on l'élève graduellement jusqu'à 1G0 degrés et on maintient une heure. On ajoute du bleu de Prusse en poudre très fine passé au tamis de soie et on l'ajoute à l'huile en le faisant passer par un tamis en tôle, pour éviter qu'il s'agglutine; on emploie 1 kilo de bleu de Prusse pour 10 kilos d'huile. On élève progressivement la température de l'huile jusqu'à 2o0 à 300 degrés pendant trois heures consécutives. Pendant

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ce temps il se dégage d'abondantes vapeurs d'une odeur très désagréable et très combustibles ; aussi la chaudière doit-elle être munie d'un chapiteau pour conduire les vapeurs dans la cheminée ou dans le foyer. Un agitateur mécanique maintient la masse constamment en mouvement.

Pendant ce temps on prépare un vernis gras composé en faisant cuire ensemble dans un autoclave à 350 degrés pendant une demiheure :

. 400 kilos huile de lin cuite.

100 — copal.

100 — gomme laque.

300 — d'essence de térébenthine.

25 — cérésine.

On mélange à l'huile chaude 30 p. 100 de ce vernis.

L'opération est terminée lorsqu'une prise d'essai mise sur une feuille de verre ou de zinc forme après refroidissement une couche brillante d'un brun foncé, sans montrer de filaments fins ni une bordure grasse.

On ajoute alors 10 p. 100 d'essence de térébenthine, en ayant eu soin de maintenir la température décroissante à 100 degrés environ, on remue bien, on soutire le vernis parle fond de l'appareil dans des tonnes verticales. On les laisse au repos pendant vingt jours dans une pièce à la température de 25 degrés, pour opérer une lente clarification.

Le vernis ainsi obtenu constitue une masse sirupeuse à la température ordinaire des appartements ; mais elle devient assez fluide par la chaleur et s'écoule bien du pinceau ; vue par transmission elle est d'un brun noir, mais par réflexion elle est d'un noir foncé.

Telle est la composition la plus généralement employée pour la confection du vernis noir ; on peut varier la quantité de laque ou de résine, le bleu de Prusse et le bichromate et les remplacer par du bitume de Judée, augmenter la proportion d'essence de térébenthine, mettre plus de cérésine, le colorer en noir par du noir de fumée, etc.

6. — Compositions diverses. — Voici à titre d'exemples quelques

formules de vernis pour cuir qui diffèrent entièrement des précédents :

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