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CHAPITRE IV

CHAMOISERIE

Le mot chamoiserie vient de chamois, animal du genre antilope avec lequel on préparait surtout les peaux à l'huile. Dans cette branche de la tannerie le tannage se fait avec l'huile de poisson sans le secours d'alun, de sel et de tannin. On chamoise les peaux de chèvres, de moutons, de veaux, decerfs, de chevreuils, de rennes, d'élans, de daims. Le but de la chamoiserie est de donner aux peaux une souplesse égale à celle des étoffes pour vêtements tout en leur conservant leur solidité et une imperméabilité relativement assez grande.

1. — Opérations préliminaires. — Les peaux que reçoit le chamoiseur sont généralement des peaux sans laine appelées: cuirots, cuirets, surpleins, caillettes, tripes, nerfs, et lorsqu'elles sont sèches merluches.

Les opérations préparatoires se font comme celles de la mégisserie, y compris le confît de son.

Une opération particulière est l'effleurage, qui consiste à enlever de l'épiderme de la fleur avec un couteau peu tranchant, sauf pour le mouton et le veau. On la pratique pour les peaux destinées à confectionner des vêtements qui pourront se laver et pour les peaux destinées à recevoir la teinture, l'épiderme s'opposant à ce qu'elles s'imprègnent de liquide.

2. — Billage. — Les peaux sont mises à tremper trois ou quatre heures dans l'eau claire, on les rince, et on exprime l'eau qu'elles renferment. On suspend 3 peaux sur une traverse de bois soutenue par 2 montants, et à l'aide d'une tige de fer, nommée bille, on les tord en le faisant tourner autour des peaux on détord,

on recommence l'opération sur un autre point de la peau, jusqu'à essorage complet.

3. — Mise en huile. — On étend les peaux sur une table, la chair en dehors, on plonge les doigts dans l'huile contenue dans un baquet on les secoue sur la fleur jusqu'à ce qu'il y en ait une quantité suffisante pour imbiber toute la surface de la peau. La peau est ensuite pliée en 4 ou en pelote et on la porte au foulon.

4. — Huiles employées. — On emploie principalement les huiles de baleine, de foie de morue et de sardine, mais toutes les huiles animales facilement oxydables peuvent être employées. Nous en avons donné la nomenclature à la mise en huile du veau ciré. Pour se rendre compte de la valeur d'une huile dans l'opération du chamoisage, on fera l'essai suivant:

On met dans un verre de montre du plomb divisé préparé en faisant tremper une lame de zinc dans de l'acétate de plomb au dixième, légèrement acidulé avec de l'acide nitrique, on recueille la poudre métallique adhérente au zinc, on la lave à l'eau, à l'alcool et à l'éther et on la dessèche complètement; c'est cette poudre de plomb divisé et pur que l'on étale sur le verre, et on pèse. On laisse tomber dessus quelques gouttes d'huile en les espaçant pour qu'il reste du plomb sec entre chacune d'elles. On place le verre de montre, pesé de nouveau pour connaître le poids de l'huile mise en essai, sous une cloche à côté d'un récipient contenant de l'acide sulfurique, on expose au soleil et on laisse quatre jours dans cet état; on pèse de nouveau le verre de montre et l'on a l'augmentation de poids de l'huile due à l'absorption de l'oxygène de l'air.

Voici les résultats obtenus pour quelques huiles :

Huile de baleine du Nord,

augmentation de 8,2G6 p.

100 (Jean).

Huile du Japon

— (Jean).

Huile d'alligator

— (Villon).

Huile de foie de morue

(Jean).

Id.

— (Villon).

Huile de menhaden

— (Jean).

Huile de sardine

— (Villon).

Huile de saumon

(Villon).

Huile de spermaceti

— (Jean).

Huile de pieds de bœufs

— (Villon).

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Au plus une huile augmentera de poids dans ces conditions, meilleur sera le dégras et la peau qui en résulteront.

5. — Foulage. — Le foulon des chamoiseurs se compose d'une auge oblique creusée dans une pièce de bois (fîg. 88). Le pilon ne

Fig. 88.

se meut pas perpendiculairement, mais il décrit un arc de cercle et vient frapper dans l'auge sous un angle d'environ 45 degrés. La tête du pilon est taillée en redants, comme on le voit sur la figure, de façon à avoir plus de prise sur les peaux. La tige ou manche des pilons est articulée à la partie supérieure autour d'un arbre fixe sur le bâti; elle a 2ra,50 de longueur; elle est actionnée par

un arbre à 2 vilebrequins opposés, muni d'une bielle horizontalc. L'arbre reçoit le mouvement de la machine. On peut placer un rang de 4, 6, 8 pilons; notre figure n'en représente que 2.

Les peaux mises dans l'auge sont soumises au foulage pendant deux à trois heures, suivant la nature de la peau ou de l'huile.

On donne un vent, c'est-à-dire que l'on expose à l'air sur des cordes, pendant un jour ou deux, suivant les conditions atmosphériques, on foule les peaux ensuite, on les met en huile, puis au vent, etc. Les petites peaux demandent trois fois ces opérations, les peaux moyennes six fois et les grosses peaux dix à douze fois. On dispense de mettre en huile toutes les fois, suivant la nature de la peau.

Ce travail doit être conduit avec soin et régularité pour éviter de vitrer les peaux, c'est-à-dire de laisser des parties transparentes semblables au velin.

Toutes ces opérations ont pour but de faire pénétrer l'huile dans la peau d'une façon régulière.

6. — Mise en échauffe. — Les peaux sont étendues sur des perches dans une étuve chauffée à 25 degrés et disposée comme un séchoir de tannerie. Ou bien on dispose les peaux en tas coniques, dans une chambre close, et on laisse dans cet état jusqu'à ce que les peaux soient entrées dans une échauffe naturelle. Lorsque les peaux sont brûlantes (chaudes), on défait le tas et on en reforme un autre, qu'on laisse jusqu'à ce que les peaux soient redevenues brûlantes. On redéfait le tas et on continue jusqu'à ce que les peaux soient devenues d'une nuance jaune.

On doit surveiller le tas de peaux, activer pour les empêcher de briller.

La mise à l'étuve est de beaucoup plus préférable, l'échauffé se règle et se gouverne plus facilement, sans risque de détérioration.

7. — Remaillage. — Les peaux sont débarrassées de F arrièrefleur sur le chevalet, au moyen d'un couteau émoussé, cela se fait comme l'effleuragc; on doit y donner beaucoup d'attention pour éviter d'endommager la peau. Chaque ouvrier met sa marque

CHAMOISERIE

particulière sur la peau qu'il vient de remailler, afin de le recoiir naître en cas de détérioration.

8. — Dégorgeage. — On jette les peaux chamoisécs dans une chaudière d'eau chaude, puis on les tord à la torse à gras, ou bille droite en fer. On termine à la presse hydraulique. Le liquide qui s'écoule constitue le moellon; on le sépare de la plus grande partie de l'eau qu'il renferme.

9. — Dégraissage. — On met les peaux au sortir de la presse dans une lessive chaude de potasse à 2 degrés Baumé; on les y laisse une heure à 35 degrés et on les tord.

On sépare l'huile de la solution alcaline, en ajoutant peu à peu de l'acide sulfurique étendu pour neutraliser l'alcali, on décante l'huile surnageante, et comme elle renferme beaucoup d'eau, on la cuit dans une chaudière à feu nu ou à la vapeur surchauffée, pour en chasser la plus grande partie, en remuant constamment. Le corps gras ainsi obtenu constitue le dégras. Les peaux rendent '30 p. 100 de leur graisse.

10. — Palissonnage. — Les peaux sont séchées, et comme elles se racornissent, on les ouvre au palisson comme il a été dit.

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