VIII. — BATTAGE
Le battage du cuir a pour objet d'augmenter sa fermeté et sa consistance, de resserrer les fibres et d'obtenir ainsi un cuir plus imperméable, et enfin de régulariser son épaisseur.
Le battage se faisait primitivement avec un maillet en bois dur en frappant le cuir posé sur une table de bois, de marbre ou de pieiTe, et quelquefois sur des tables en fonte dressées et unies. On s'est servi ensuite et on se sert encore du marteau à queue, mû par une roue à cames, analogues aux martinets employés dans la fabrication du fer. Le soc sur lequel s'appuie le cuir peut être chauffé au moyen d'une enveloppe annulaire en tôle, dans laquelle on brûle de la tannée. On prépare avec ce marteau 4 cuirs à l'heure.
En 1839, M. Sterlingue imagina un système mieux approprié, consistant à faire battre le cuir par un disque épais en laiton, du poids de 300 kilos, attaché à l'extrémité d'une flèche mue par un levier, lequel recevait le mouvement d'une roue à cames. Ce système a le désavantage de causer un ébranlement général dans tout le bâtiment où s'exécute le battage. En 1842, MM. Flottard et
Delbut perfectionnèrent cet appareil en lui ajoutant un ressort destiné à augmenter les coups du pilon, et un frein destiné à diminuer l'intensité du coup.
En 1842, M. Bérendorf imagina la machine à battre à pression, qui est à la fois une des plus énergiques et des plus économiques, aussi, malgré un grand nombre d'autres inventions qui ont été faites depuis, c'est encore celle qui de nos jours est la plus répandue et la plus appropriée au bon battage.
Elle se compose essentiellement : 1° (fîg. 36) d'un fouloir A, ou marteau en fer forgé, muni, à son extrémité inférieure, dune panne ou dame en bronze B. La tige cylindrique est ajustée dans une douille verticale faisant corps avec un fort sommier en fonte G reposant par ses deux extrémités sur deux colonnes en fonte DD, le tout assemblé solidement pour résister à l'effort qu'exerce le fouloir ; 2° d'un fouloir immobile inférieur o, portant également une dame en bronze semblable à celle du fouloir supérieur ; c'est entre les deux dames que l'on place le cuir à comprimer en le posant sur la table horizontale T T dans laquelle une partie évidée permet à l'ouvrier de s'approcher du centre où se trouve l'enclume A; cette table a 2 mètres de largeur sur lm,50 de profondeur ; 3° d'un levier M qui fait fonctionner le fouloir mobile en s'appuyant sur sa tête, qui est munie d'un grain d'acier a muni d'un pointai ; le mouvement lui est communiqué du moteur par la poulie P et la bielle R.
Les bronzes des dames ont généralement 10 centimètres de diamètre, mais afin que les bords ne marquent pas le cuir, on leur donne une forme légèrement bombée, surtout vers les bords, en sorte que le travail ne se fait réellement que sur un cercle de 5 centimètres de diamètre environ. L'ouvrier a soin de toujours recouvrir ses coups de marteau. Le bronze inférieur ou enclume o dépasse la table d'une quantité variable, de 10 centimètres environ ; elle est terminée par une grosse vis à filet triangulaire engagée dans un écrou en fonte qui repose par une forte collerette sur une poutre ou sommier en bois de chêne V. Le cuir n'ayant pas toujours la même épaisseur, il est nécessaire de pouvoir rapprocher à volonté facilement et pendant le travail l'enclume ; on y arrive en faisant tourner dans un sens ou dans
l'autre la roue -volant K, faisant tourner la vis de l'enclume ; cette roue présente à la partie supérieure des encoches dans lesquelles s'engage un levier de retenue R.
Fier. 36.
La force exigée pour cette machine est 1 cheval et demi, et elle exerce une pression de 6,000 kilos sur le cuir. La vitesse du marteau varie suivant l'habileté de l'ouvrier, de 180 à 200 coups par minute. Elle travaille 20 cuirs forts par jour et 25 cuirs lissés par jour de dix heures de travail.
MM. Chapelle et Scellos ont appliqué au battage du cuir le marteau-pilon ; la tige du fouloir est commandée directement par la tige du piston d'un cylindre à vapeur placé verticalement, qui n'est que son prolongement.
Le marteau Komgen n'est autre qu'un marteau-pilon, composé d'un fouloir pesant soulevé par une came à force développante ;
dans son mouvement de remonte le fouloir comprime un tampon élastique situé à la partie supérieure, composé de rondelles en caoutchouc ; ce tampon lance le fouloir de haut en bas et augmente la force de son poids naturel.
Ces deux derniers sont peu employés.
La machine à battre les cuirs de M. Léopold Saint-Àndrieu est basée sur le principe du balancier, attaché d'un coté à une bielle à excentrique pour lui imprimer le mouvement et de F autre portant le marteau ; elle donne 160 coups à la minute et produit 4 bandes à l'heure.