‹ Traité pratique de la fabrication des cuirs et du travail des peauxChapitre 66 sur 221 · VI. — TANNAGE PAR LES EXTRAITS · texte numérisé non relu

VI. — TANNAGE PAR LES EXTRAITS

1. — Extraits. — Les extraits, comme nous l'avons dit, sont des matières tannantes desquelles on a séparé la matière ligneuse. La véritable utilité des extraits ne se fait sentir que pour les matières tannantes renfermant moins de 10 p. 100 de tannin; mais certains fabricants pour l'exportation des matières exotiques fabriquent des extraits avec des substances tannantes plus riches.

Les extraits du commerce arrivent chez le fabricant sous trois formes : 20 degrés Baumé, 30 degrés, et solides. Nous rejetons complètement l'emploi des extraits solides qui ne sont nullement avantageux et qui donnent trop de couleur au cuir. Nous ne conseillons d'employer que le 30 degrés Baumé dans les cas forcés

et on ne doit employer que ceux de 20 ou 25 degrés Baume, qui sont les moins colorés et les moins falsifiés.

La qualité des extraits se présente également au tanneur sous trois formes : extraits ordinaires, qui sont fabriqués sans aucune manipulation et qui précipitent abondamment par la dissolution à froid; les extraits clarifiés, desquels on a enlevé les matières qui se précipitent à froid : ils donnent une solution claire ; et les extraits décolorés et clarifiés, dont aucun ne donne les résultats qu'on attend le plus généralement d'eux. Nous devons donc choisir les extraits ordinaires bien fabriqués sans trop de coloration provenant d'une bonne concentration dans le vide.

2. — Dissolution. — La dissolution des extraits commerciaux doit se faire avec de l'eau à 30 degrés de température dans une grande cuve chauffée par un serpentin de vapeur; on pompe le liquide et on le déverse sur un tonneau renfermant du tan neuf sur un double fond qui fait office de filtre : ce liquide clair est reçu dans un réservoir. On amène le jus à marquer 4 0 degrés Baumé. Le dépôt qui se forme doit être éliminé parce qu'il est complètement inerte dans les opérations du tannage, attendu que pour agir il faut qu'il soit en dissolution et que les cuves ou les fosses dans lesquelles s'effectue le tannage ne sont jamais à une température dépassant 25 degrés; il ne pourra donc pas dissoudre les matières qui auront été mises en contact avec de l'eau à 30 degrés.

Toutefois, pour les extraits solides on est obligé d'avoir recours à la dissolution à l'ébullition, mais, nous le répétons, on doit rejeter de la bonne fabrication les extraits solides.

3. — Tannage. — Le tannage exclusivement aux extraits est un tannage à la flotte, que l'on emploie en Angleterre, en Amérique pour les croûtes, les vachettes, etc.; il est encore peu employé en France. Yoici comment on exécute l'opération :

Les extraits sont déversés au moyen d'une pompe dans un réservoir situé à 2 mètres au-dessus du sol, duquel part un tuyau, qui s'embranchera à angle droit avec un autre semblable, horizontal, passant devant toutes les cuves où doit s'opérer le tannage.

Des robinets branchés sur ce tuyau pourront laisser couler l'extrait dans chacune d'elles.

Les cuves de tannage sont des cuves ordinaires de basseiïe, munies d'une coudreuse ; elles peuvent être établies économiquement en maçonnerie.

1° On peut effectuer le tannage dans une seule et même cuve. On y met de vieux jus si on en a ou de l'eau claire en quantité suffisante pour baigner une coudrée de 500 kilos de peau. On agite les peaux et on ajoute 1 p. 100 d'acide oxalique pour le gonfler et on laisse un jour en cet état. Supposons que nous ayons 500 litres d'eau pour 500 kilos de peau. On ajoutera dans le bain 5 litres d'extrait à 20 degrés Baumé du réservoir. On coudre dix minutes et on laisse en repos une heure. On ajoute 5 litres d'extrait, on coudre quinze minutes et on laisse en repos une heure. On laisse les peaux à ce régime pendant douze heures. Ce qui fait qu'à la fin de la journée on a ajouté 50 kilos d'extrait à 10 degrés Baumé, soit 10 kilos par 100 kilos de peau. On les laisse ainsi passer la nuit ; ces précautions sont pour éviter que la peau soit surprise par l'extrait trop actif; le grain monte insensiblement.

Le jour suivant on ajoute 10 kilos d'extrait le matin, 10 à midi et 10 le soir, en coudrant toutes les fois une demi-heure. On continue l'opération un mois. Un trop-plein fait écouler les jus épuisés dans une cuve voisine ; ils serviront à monter de nouvelles cuves ou à faire dissoudre l'extrait. Pendant ce mois les peaux ont absorbé le tannin de 900 kilos d'extrait à 10° Baumé. Le mois suivant on les fait agiter le matin et le soir seulement en ajoutant, chaque fois, 15 kilos d'extrait. Les cuirs sont tannés.

2° La méthode précédente a l'inconvénient de la manipulation de trop de jus ; il vaut mieux opérer le tannage méthodique au moyen de 12 cuves renfermant la même quantité de jus. On prendra des cuves disposées en ligne droite, portant un tuyau latéral, en contre-bas du bord supérieur et faisant communiquer la partie inférieure d'une cuve avec la partie supérieure de la suivante, comme nous l'avons expliqué et donné le dessin pour la fabrication de la jusée. On mettra des peaux dans la cuve n° 1, quinze jours après dans le n° 2, et ainsi de suite, dans les mêmes

intervalles. La cuve n° 1 a été chargée avec de l'eau pure ; on y fait couler l'extrait matin et soir, 10 kilos à la fois ou régulièrement, ce (jui vaut mieux, par un robinet réglé qui donne en vingt-quatre heures juste 20 kilos, soit 1 kilo à l'heure environ. Il s'écoule autant de jus sur la seconde dans laquelle on avait mis 200 litres d'eau. Dans les quinze jours il s'est écoulé 15 x 20 = 300 litres, et dans laquelle on met les peaux, et ainsi de suite pour la troisième, quatrième et douzième. On monte ainsi chacune des cuves graduellement, et les jus circulent de 1 à 12 en diminuant de densité à mesure qu'ils arrivent en contact des peaux moins tannées. Lorsque la douzième cuve est prête, c'està-dire au bout de 15 x H = 105 jours, la première renferme des cuirs complètement tannés; on la lève, on fait écouler le jus fort qu'elle renferme dans une cuve spéciale, on remet des peaux neuves et 200 litres d'eau ; le jus de la douzième coulera alors dans cette cuve. On versera l'extrait concentré sur la seconde, qui devient première, et ainsi de suite, comme nous l'avons maintes fois expliqué.

Tous les quinze jours on lève une cuve de 500 kilos de peau et on remet 500 kilos de peau fraîche. Les gros cuirs se tannent ainsi en six mois. Les veaux se tannent en deux mois ; on lève les cuves tous les cinq jours. Les jus que l'on envoie dans la cuve spéciale servent à dissoudre l'extrait.

3° On peut avoir un train de cuves à des degrés de jus différents et dans lesquelles doivent passer les peaux pour être tannées. Le train se compose de 12 cuves. Chacune d'elles a son titre aréométrique, différant de la suivante ou de la précédente de 2 degrés de plus ou de moins. Chaque cuve est maintenue au degré par une alimentation automatique d'extrait. La première a 0°,2, la seconde 0°,4... la douzième 2°, 5 Baumé.

Les peaux sont mises dans la première, qui est un jus acide avec 1 p. 100 d'acide oxalique ; après un ou deux jours, on les fait passer dans la seconde, où elles restent huit jours, puis dans la troisième, où elles restent le même temps, et ainsi de suite ; elles se trouvent ainsi portées dans des jus de plus en plus forts. Pendant ce temps d'autres peaux sont mises dans le jus acide, etc.

Lorsque les peaux sont dans toutes les cuves, le train est commencé ; on sort tous les huit jours les peaux de la dernière, on y met celles de la précédente, et ainsi de suite, puis des peaux fraîches dans la première. Les peaux sont levées et mises en retraite sur le bord des cuves pour les laisser égoutter. On commence par la cuve 12 et on termine par la cuve 1, puis on plonge les cuirs dans 12, et ainsi de suite, jusque dans 1 .

Gomme l'ajoute de l'extrait fort dans chacune des cuves augmente le volume du liquide, elles sont munies d'un trop-plein qui fait écouler le jus de celle du degré fort dans celle du degré moins fort, et finalement la dernière fait écouler son surplus dans le ruisseau. Au bout d'un certain temps chacune des cuves se charge de matières extractives ; leur liquide doit donc être changé. Lorsqu'on le juge nécessaire, on arrête l'alimentation un jour ou deux, en laissant les peaux dans les cuves, puis on les sort toutes pour les faire égoutter. Pendant ce temps, on jette le contenu des deux dernières cuves, puis on fait passer successivement le liquide des autres dans les suivantes. On refait à neuf les jus forts des deux premières, on remet les peaux et on continue comme avant. Il va sans dire que l'on choisit pour cette opération le moment d'un changement des peaux de cuve.

4° On emploie pour toutes ces opérations des cuves dans lesquelles les peaux sont mises en mouvement circulairement, mais aucun moyen ne donne des résultats plus satisfaisants que le système de cuve dans lequel on pend les peaux verticalement et qu'on agite le liquide avec une hélice, comme nous l'avons décrit.

4. — Tannage mixte aux écorces et aux extraits. — On prépare les peaux comme pour le travail à l'écorce de chêne, au sortir de labasserie les peaux sont couchées en fosse à la manière ordinaire, puis on abreuve avec des jus marquant 2 degrés Baumé pour la première poudre, 3 pour la seconde et 4 pour la dernière. Ceux qui veulent conserver les refaisages, on abreuvera les cuves avec des jus à 1°,5 pour le premier et 2 pour le second.

C'est le procédé le plus généralement suivi en France ; on obtient par ce procédé : bonté, qualité et rendement.

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