‹ Traité pratique de la pneumonie aux différens agesChapitre 34 sur 103 · MODES D’I^\AS^ON DE LA PNEUMONIE · texte numérisé non relu

MODES D’I^\AS^ON DE LA PNEUMONIE

complètement cette opinion , puisque sur 182 sujets chez les quels j’ai recherché avec soin ce phénomène , je l’ai rencontré 145 fois, clans les douze premières heures de la maladie, et chez 110 sujets il en a indiqué le début immédiat. Cette proportion ne diffère guère de celle que M. Louis avait trouvée (1), puisque, sur 79 pneumonies dont il a recueilli l’histoire , il en a trouvé 61 qui avaient présenté un frisson plus ou moins intense, le premier jour de l’affection, et le plus souvent même ce phénomène avait marqué le début des symptômes caracte'- . ristiques de la maladie. Ainsi 110 fois sur 145, c’est-à-dire i dans près des quatre cinquièmes des cas , le frisson a marqué l’invasion de la maladie j il en a été le premier phénomène. ^ Chez les autres 35 malades , le frisson survint consécutivement i| à cinq autres symptômes, tels que le point de côté, l’oppres- |r< sion, la toux, les vomissemens et la céphalalgie. Le frisson n’a pas p;( toujours été le même ni d’une égale durée. Ainsi , sur 103 malades chez lesquels j’ai noté son intensité, je l’ai trouvé violent j|;! chez 46 , c’est-à-dire que tout le corps était agité d’un tremblement, souvent avec claquement des dents comme dans les fris- if sons du premier stade des fièvres intermittentes ; chez 37 autres ( ï malades , j’ai noté le frisson comme ayant été peu intense ; enfin, chez les 20 sujets qui restent, il n’y eut que quelques fris-|:/ sonnemens, quelques horripilations qui, en général, se repro-^'' duisirent une ou plusieurs fois de suite dans les premiers jours de la maladie. Dans ces derniers cas les frissons étaient passa- fgers; lorsqu’au contraire ris avaient une certaine intensité , lesij ’ malades les ressentaient d’une manière plus continue; leur duréqj nr ordinaire variait de quinze minutes à trois heures. Chez 2 ma-' | ‘ lades un frisson avec tremblement a été ressenti sans interrup-j tion pendant neuf heures. Généralement, après avoir tremble ^ pendant une demi-heure , le froid était remplacé par une sensation brûlante.

Le frisson ayant complètement manqué chez 37 malades, j’ai recherché quelles avaient été les circonstances qui ei ** avaient empêché le développement. Or, voici ce que j’ai trouvé le plus grand nombre des malades étaient dans la force de l’âgal et près de la moitié d’entre eux (17) s’étant couchés plus oi.

(f) Fièv. lyph, 2c cdit.jt. 11, Paris. 1841.

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Il oins bien portans, avaient été pris des premiers symptômes le pneumonie dans le milieu de la nuit ou à leur réveil. On onçoit en effet que dans ce cas le corps échauff’é et à l’abri de a température extérieure soit moins apte à ressentir le frisson ébrile. Il m’a paru également que le frisson initial manquait lus fréquemment dans les pneumonies d’automne et d’été que ans celles qui surviennent pendant l’hiver ou le printemps. iIM. Hourmann et Decliambre (1) ont également observé que lans les mois de mars et avril, les pneumonies qui affectent les -icilles femmes de la Salpétrière sont plus fréquemment précéi'ées de frisson que celles qui ont lieu dans les autres mois de année- Il est à peu près im])ôssible de constater le frisson chez î2s très jeunes enfans; toutefois, on peut affirmer que, s’il existe,

. n’est pas violent, car on ne voit piesque jamais leurs membres gités de secousses et de tremblement-, chez eux l’agitation, l’éivation de la chaleur et l’accélération du pouls précèdent les remiers symptômes locaux ou apparaissent avec eux (2). Ceendant, après l’âge de six ans, la pneumonie débute quelque- )is par un frisson appréciable ; mais cè symptôme paraît îister moins fréquemment chez eux que chez les adultes ou is vieillards.

En résumé , le frisson est un symptôme important ^ si l’on xceple les lièvres intermittentes et la péritonite puerpérale , on ouve que la pneumonie est de toutes les maladies aiguës celle ont le début est le plus souvent marqué par un frisson plus ou iioins violent. Chez l’adulte , un frisson qui survient au milieu Il un état de santé parfait peut indiquer le début imminent de dusieurs affections, telles qu’une fièvre typhoïde ou éruptive, un iiumaii.sme articulaire aigu, une angine, un érysipèle de la ice , etc. Chez les vieillards , au contraire , moins sujets que iduUe à ces diverses maladies , un frisson violent devra plus >écialement faire redouter le développement d’une pneumonie. 2” Symptômes thoraciques. La douleur, dans un des côtés de la ntrine, est un symptôme important dans l’histoire de la pneu- ’onie; aussi il devra être étudié plus tard avec le plus grand l in. Quant à présent, il me suffit de le signaler comme étant sur

' (0 Loc. cil., p. 3 s.

(2) Ciin, des mal. des enf. nouv. nés, Paris, 18 5», p. 4 3.

MUniiS d’iJVVASION de la l•^EUMO^'I£.

près du cinquième des malades le premier symptôme qui marque le début de la maladie; il est suivi presque aussitôt, dansla plupart des cas , par un frisson plus ou moins violent , ou par une chaleur générale et du malaise. La douleur de côté ; quand elle a une certaine intensité, s’accompagne de dyspnée et d’oppression. Mais ces deux derniers symptômes peuvent exister seuls; leur invasion peut être brusque, et chez 5 malades je les ai vu marquer le début de la pneumonie. Enfin , une toux plus ou moins opiniâtre , le plus souvent sèche et éloignée, a été également notée dès le début des premiers accidens. Sur les huit neuvièmes des malades , ce dernier symptôme a été remarqué dans les douze premières heures de la maladie.

Symptômes ducôlé des autres appareils. Dans un certain nombre de cas la maladie débute par des symptômes qui masquent ceux de l’appareil respiratoire. Ainsi , sept de mes malades ont présenté, pendant un, deux, trois ou cinq jours, une fièvre intense, avec brisement général, perte d’appétit, et quelque autre symptôme qui fixait l’attention et faisait craindre le développement de toute autre affection qu’une pneumonie. Ainsi chez deux il y avait des voinissemens opiniâtres qui pouvaient faire croire à une maladie de l’estomac; un autre accusait un lumbago très intense, qui avait fait craindre l'éruption prochaine d’une variole; chez 3 on observait une céphalalgie frontale très vive, comparable à celle qu’on voit dans la plupart des fièvres typhoïdes commençantes; enfin, un vieillard qui s’était couché le soir bien portant, fut pris au milieu de la nuit, d’agitation, de fièvre et de délire ; ces symptômes persistèrent pendant trois jours^ ce ne fut qu’au commencement du quatrième qu’un point de côté , de la toux et de l’oppression , fixèrent notre attention vers la poitrine , qui, percutée et auscultée avant cette époque, , n’avait fourni que des résultats négatifs.

On voit donc, par ce qui précède, que dans l’immense majo- i • lité des cas la pneumonie débute par des symptômes locaux , [ et qui doivent fixer l’attention du côté de la poitrine. Je me suis i en outre assuré par l’analyse de mes observations, que le sexe, la constitution des sujets, la saison, le siège de la maladie ne paraissaient avoir aucune influence sur le mode d’invasion des | pneumonies primitives. Le début de la maladie est générale- i ment aussi à peu près le même chez l’adulte et chez le vieil- î ;

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lard. Chez ce dernier, c’est-à-dire de soixante à soixante-quinze ans , le frisson a paru manquer un peu plus souvent que chez l’adulte ; la même chose a peut-être eu lieu pour le point de côté. Cependant, les sensations étant plus obtuses à cet âge, beaucoup de vieillards tombant avec rapidité dans un état comateux, il devient souvent difficile d’apprendre par leur propre témoignage la nature des accidens qui ont marqué le début de la maladie. Voilà pourquoi, sans doute, on a regardé les pneumonies comme étant si souvent latentes chez les vieillards. Je traiterai d’ailleurs plus tard cette c^uestion importante avectousles développements qu’elle comporte.

Chez les vieillards plus âgés qui n’ont aucune maladie du cœur ou du cerveau, MM. Hourmann et Dechambre ont reconnu (1) que dans un peu plus de la moitié des cas , le début de la pneumonie était tout à fait aigu, et ne différait pas de celui qu’on observe chez l’adulte; dans les autres, au contraire, l’invasion se fait d’une manière obscure, latente. Les malades n’ont ni frisson ni point de côté ; ils n’éprouvent que du malaise, de la faiblesse, del’accélération ou de l’irrégularité danslesmouvemens respiratoires, une toux rare, saccadée, et de la chaleur à la peau. 11 est des cas même où celle-ci conserve presc[ue sa température nonnale.il n’y a aucun symptôme local qui indique un trouble quelconque du côté des organes respiratoires. Tout ce qu’on observe alors, c’est un malaise général et de la faiblesse. Cependant ces phénomènes, quand ils existent chez ,des personnes âgées, doivent toujours suffire pour éveiller toute la sollicitude du médecin, et l’engager à explorer avec le plus grand soin les organes thoraciques ; car il ne faut jamais oublier que de toutes les maladies un peu graves qui affectent la vieillesse , la pneumonie est la plus fréquente et l’une de celles aussi qui excitent le moins de phénomènessympathiques ou de symptômes locaux, comme on pourra encore s’en convaincre dans plusieurs autres parties de cet ouvrage.

Chez les jeunes enfans, et en particulier chez ceux qui sont encore à la mamelle, la fièvre, l’agitation, et surtout l’accéléra- I lion des mouvemens respiratoires sont les seuls symptômes : saisissables qui marquent généralement le début des maladies ' dont ils sont afleclés. A mesure que les enfans s’éloignent cia-

(•) .''Iichivcs, 2'' sci'ic, l. XII, p. 55.

MOUJit, JJ IjNVASIüW UK l.A l'iNKlIMOMK.

vantage de la naissance, on voit la pneumonie dont ils sont atteints ressembler de plus en plus par son mode d’invasion à celle des adultes.

§ II. — Modes d’invasion des Pneumonies consécutives.

Lorsque la pneumonie survient comme complication dans le cours d’une maladie aiguë ou chronique grave, et dans une période déjà avancée de celle-ci, les symptômes qui en marquent l’invasion éprouvent certaines modifications qu’il est important d’étudier. Le frisson qui marque, comme je l’ai dit, le début de la plupart des pneumonies primitives, manque, au contraire, dans l’immense majorité des cas de pneumonies secondaires, puisque en effet ce symptôme n’a été observé que neuf fois sur

38 malades ; et même, chez la plupart, le frisson eut peu de 1:

durée et d’intensité, quelquefois même il fut passager et à peine perceptible.

Le point de côté est un symptôme qui manque tout aussi fréquemment au début, puisque sur le même nombre d’individus atteints pour la plupart de maladies organiques fort diverses (les tubercules pulmonaires exceptés), six seulement ont |j ressenti comme premier symptôme une douleur dans un des cô- ‘j tés de la poitrine. Par contre, dans les pneumonies qui affectent les phthisiques, le pointde côté estun phénomène qui marque 1| presque constamment le début de la maladie, puisquesur 10 sujets |||^ tuberculeux qui ont éprouvé des pneumonies intercurrentes, f(i, 9 accusèrent un point de côté assez violent. M. Louis (1) a également remarqué que , lorsque la pneumonie chez les phthi- [ c siques occupait une certaine étendue , les malades éprouvaient i dans la plupart des cas (les cinq huitièmes) trois, quatre, cinq .^.j , jours avant la mort, des douleurs dans un des côtés du tliorax. jj!

La dyspnée , une oppression parfois extrême, portée au point ;|ï|

de constituer une véritable orthopnée est un phénomène im- j portant , puisque dans la moitié des cas que j’analyse ce fut le seul symptôme local qui marquât le début de la pneumonie. [ Si la dyspnée et l’oppression se déclarent chez des malades qui.

antérieurement, ne soulïraient pas des organes respiratoires ou k^j '

(i) Jiech, sur la pluli,, p. 241.

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^1 cilculatoires, comme ces symptômes surviennent en général brus queinent et qu’ils s’accompagnent d’une réaction fébrile plus ou I moins forte, ils éveillent de suite l’attention du médecin. Mais il r i, n’en est plus de même chez les individus c[ui sont affectés depuis .longtemps de quek[ue maladie organique des viscères tlioraciiques et du cœur en particulier ; chez eux , en effet, il y a une oppression habituelle plus ou moins foi te , et il arrive trèssouvent qu’on attribue à la maladie primitive une augmentation Lidans la dyspnée , tandis que celle-ci reconnaît pour cause iqnelque complication inflammatoire du côté des poumons.

Cependant, il paraît que dans quelques cas fort rares, surtout bhez les vieillards , la toux et la dyspnée qui existaient antérieurement à la pneumonie comme symptôme d’un asthme ou Id’un catarrhe ancien , peuvent diminuer ou même cesser au moment où la pneumonie se déclare. MM. Hourmann et Defchambre disent avoir observé des faits de ce genre à l’iios- I pice de la Salpétrière. Ce e s, quelque rare et exceptionnel :[u’il soit, doit nous faire sentir encore plus la nécessité de ne iiamais négliger l’exploration de la poitrine chez les vieillards, 'juelles que soient la nature et la forme des phénomènes morbides qu’on observe chez eux.

Une dyspnée forte, une accélération considérable des mouremens respiratoires, est souvent encore le seul symptôme [ni indique , dans le cas de morve ou de résorption purueente , que les poumons comuîencent à se phlogoser. M. le proeesseur Andral (1) a noté également que dans les fièvres graves ! a pneumonie marque souvent son début par une forte dyspnée, 'l’ai moi-mcine observé plusieurs faits qui confirment cette opiiiion- toutefois, il m’a semblé que dans la majorité des cas de tièvres typhoïdes compliquées de pneumonie, celle-ci survient ans produire de dyspnée, ou du moinssans augmenter celle qui poiflli.Mxistait auparavant. M. Louis (2) me paraît avoir fait la même “""'■oemarque , puisque , sans parler de dyspnée ou d’oppression, il ,lgnale le râle crépitant comme ayant été chez les malades le seul igné qui eût indiqué le début d’une pneumonie intercurrente; emarque importante, qui doit engager le médecin à pratiquer

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(t) Clinique med., 1. 1*^', p. 316.

(2) Fiev, typhoidc, t. il, p. 134, 2® écUU Paris, 1841.

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tous les jours l’auscultation et la percussion dans les maladies dont il s’agit.

Chez quatre individus tous atteints de maladie organique arrivée a une période très avancée, le début de la pneumonie qui accéléra le terme fatal fut marqué par une prostration subite , par une décomposition des traits et un amaigrissement rapides. Ces phénomènes furent surtout observés sur une femme de 53 ans, qui était affectée d’un cancer de l’utérus ulcéré. Cette malheureuse éprouvait des douleurs atroces qu’on pouvait à peine calmer ; quoique arrivée à une période avancée de la maladie, tout faisait présumer cependant qu’elle prolongerait encore de quelques semaines sa pénible existence, lorsqu’un matin en approchant de son lit je fus effrayé par la décomposition de ses traits , par l’amaigrissement vraiment extraordinaire qui était survenu depuis la veille. Il n’y avait ni douleur de côté, ni dyspnée, et même les souffrances atroces qu’elle endurait depuis plusieurs mois avaient complètement cessé J l’intelligence était intacte , le pouls était un peu plus accéléré que la veille j vingt -huit heures après, la malade avait cessé de vivre, et l’autopsie fit découvrir une hépatisation inférieure du poumon gauche. Il est à peu près certain que chez cette femme la pneumonie ne datait guère que de quelques heures, car ayant vu la malade la veille à la visite du soir, elle ne présentait rien d’insolite sur le faciès ; elle n’avait pas de fièvre et avait dîné comme d’habitude.

Des phénomènes analogues se remarquent parfois au début des pneumonies qui affectent les démens paralytiques. Ainsi M. Thore m’a dit avoir vu fréquemment à Bicêtre, des aliénés en démence, qui à la visite du matin ne présentaient aucun symptôme nouveau indiquant l’invasion prochaine d’une ma- çag ladie incidente; cependant quelques heures après on trouvait ces malheureux avec une dyspnée extrême et dans un grand état de prostration; accidens qui marquaient souvent le début d’unepneumonie. Chez les maniaques il n’est pas rare de voir ragita-i|ï^,^ tion diminuer, le délire cesser même tout à fuit , et ces phéno- r mènes joints à l’appareil fébrile et à une prostration en générai assez grande, sont souvent les seuls symptômes qui marquent l’invasion de la pneumonie. Il importe d’être averti de ce début (, • insidieux des inflammations pulmonaires, car dès que le mede- t

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