Cicatrisation. Exeat
Art. 3. — Adénite inguinale scrofuleuse.
L’inflammation des ganglions lymphatiques est une des manifestations les plus communes de la diathèse scrofuleuse. Parmi les ganglions qui sont le siège de ce travail morbide, ceux de l’aine sont, après les ganglions du cou et de l’aisselle, les plus fréquemment affectés.
On sent d’abord dans le pli inguinal une petite tumeur roulant sous le doigt, distincte des parties environnantes, élastique, indolente, sans changement de couleur à la peau et manifestement formée par un ganglion lymphatique engorgé. Bientôt la glande se tuméfie et s’indure ; le tissu cellulaire environnant s’enflamme ; des adhérences s’établissent entre la peau et la tumeur qui perd sa mobilité. A cette période de la maladie, la région inguinale présente un empâtement général. S. Cooper assure qu’on peut alors percevoir de la fluctuation autour de la base de la tumeur. Cependant, si à celte époque on pratique une incision ou une piqûre sur la glande, on n’obtient que peu ou point de pus.
Ordinairement, l’inflammation parcourt ses périodes avec une lenteur extrême et reste souvent stationnaire pendant plusieurs mois et môme plusieurs années.
Il est rare qu’une seule glande s’affecte; la plupart des ganglions inguinaux se groupent en une masse irrégulière, bosselée, volumineuse, mais qui n’arrive jamais cependant au développement que présentent souvent les masses ganglionnaires de la région cervicale.
L’adénite inguinale scrofuleuse peut affecter une marche aiguë ou une marche chronique.
6oO PART. III. — DE LA SUPPURATION DANS LES ORGANES.
Dans le premier cas, la tuméfaction est très-rapide, parce que d’une part le tissu de la glande est le siège d’une congestion vasculaire très- ' forte et que d’autre part la phlegmasie s’étend non-seulement au tissu cellulaire ambiant, mais encore aux autres ganglions circonvoisins. La peau qui recou\re la tumeur est rouge et chaude; il y a de la sensibilité à la pression, parfois même des élancements, qui gênent les mouvements et rendent la marche impossible. À ces phénomènes qui sont souvent l’indice de la suppuration se joint un mouvement fébrile.
Dans le cas où l’adénite inguinale revêt la forme chronique, il y a encore augmentation de volume plus ou moins considérable ; mais la douleur est généralement sourde, obtuse; il n’y a que peu ou point de rougeur; la suppuration se fait d’une manière latente, de telle sorte qu’on perçoit déjà manifestement la fluctuation alors qu’il n’y a que des indices très-faibles du travail inflammatoire.
L’abcès adénitique inguinal scrofuleux ainsi formé donne lieu à une tumeur fluctuante dont le volume varie entre celui d’un œuf de pigeon et celui d’un œuf de poule. La température de la peau est légèrement augmentée, sa coloration quelquefois normale, d’autres fois d’aspect violacé. — Mais cette teinte devient plus foncée à mesure que les téguments s’amincissent. Quelquefois même, dit S. Cooper, on voit de petites veines se ramifier à la surface de la peau. Lorsque l’abcès s’ouvre, il donne issue à un liquide séreux et clair, semblable à du petit-lait et mêlé de matières caséeuses ou de flocons assez épais.
Les auteurs rapportent des cas dans lesquels le liquide purulent collecté aurait disparu par résorption. Nous contestons d’une manière positive la possibilité de cette terminaison.
Une fois ouvert soit spontanément, soit par l’art, l’abcès adénitique scrofuleux s’affaisse assez rapidement, mais la cicatrisation se fait souvent longtemps attendre, les bords amincis ne se recollent pas aisément; la peau se perce même quelquefois en plusieurs points et chacune des ouvertures laisse échapper une sérosité blanchâtre, floconneuse. On voit dans certains cas se former au niveau des orifices fistuleuxdes fongosités rougeâtres, mamelonnées, ou plus rarement des croûtes jaunes, volumineuses, d’une odeur acide ou fade, provenant d’une humeur concrescible qui se durcit à sa sortie et bouche ces ouvertures.
Fréquemment aussi le pus s’amasse sous la peau qu’il décolle, fuse dans le tissu cellulaire et forme des clapiers.
L’abcès adénitique scrofuleux de l’aine prend souvent la forme ulcéreuse. Ses bords primitivement aplatis, souples, éloignés l’un de l’autre, se rapprochent, s’épaississent, deviennent calleux, et prennent l’apparence qu’on observe dans les ouvertures fistuleuses. Dans cet état la cicatrisation n’est cependant pas impossible, mais, lorsqu’elle a lieu, elle est souvent suivie ou de la réouverture du foyer primitif ou de la forma-
SECT. XII. — SUPPURATIONS DU MEMBRE INFÉRIEUR. 6ol
lion d’une collection purulente nouvelle qui se comporte comme la première. « Il est assez commun, dit Baumès, de voir cette alternative de tumeurs, d’ulcères, de cicatrices et de nouvelles ulcérations, jusqu’à ce que la nature victorieuse ait détruit par résolution ou par suppuration tout ce qui reste de la tumeur scrofuleuse et rendu par une cicatrice ferme et résistante la guérison durable. »
Les cicatrices qui résultent de l’adénite scrofuleuse inguinale suppuréc présentent des caractères qui n’ont pas échappé à l’attention des pathologistes. La peau et le fond de l’ulcère se cicatrisant isolément, parce que l’amincissement des téguments s’oppose à leur adhésion avec les tissus sous-jacents, il en résulte une double cicatrice qui, au lieu d’ôtre lisse, unie, régulière, présente tantôt des coutures, c’est-à-dire, des brides analogues à celles qu’on observe sur les parties qui ont été le siège d’une brûlure, tantôt de petits tubercules cutanés, fibreux, blanchâtres, tantôt enfin des godets, des dépressions qui rappellent les cicatrices auxquelles donnent lieu les pustules varioliques développées à la face.
La résolution est une des terminaisons possibles de l’adénite inguinale scrofuleuse ; dans ce cas le tissu cellulaire qui reliait en une masse compacte les divers ganglions hypertrophiés de la région de l’aine se dégorge et revient à l’état normal ; les glandes elles-mêmes diminuent de volume en se désagrégeant, et bientôt, au lieu d’une seule tumeur, on peut sentir dans l’aine des tumeurs multiples, en lesquelles on dirait que la masse ganglionnaire s’est subdivisée.
L’induration est un autre mode de terminaison de l’adénite inguinale scrofuleuse: dans ce cas la tumeur peut conserver pendant des années entières un volume assez notable, mais jamais aussi prononcé que celui que présentent les masses ganglionnaires à la région du cou chez les scrofuleux.
L’adénite inguinale scrofuleuse ne pourrait guère être confondue qu’avec le bubon vénérien. On les distinguera l’une de l’autre au moyen des caractères suivants. L’adénite scrofuleuse est généralement constituée par le développement de plusieurs des ganglions de l’aine ; le bubon vénérien n’a d’ordinaire pour siège qu’un seul ganglion lymphatique ; l’adénite scrofuleuse donne lieu au développement d’une masse bosselée, inégale, volumineuse, indolente, sans changement de couleur à la peau, qui se ramollit lentement et suppure non pas sur un seul point» mais en plusieurs foyers; le bubon vénérien, au contraire, est constitué par une tumeur inflammatoire à marche aiguë, qui suppure rapidement, en un seul foyer.
Une lois ulcéré, le bubon scrofuleux présente une certaine analogie a\ec le bubon virulent ulcéré. Voici à l’aide de quels caractères on évitera la confusion : Dans l’ulcère scrofuleux la peau ne présente point de rougeur autour des parties ulcérées, mais tout au plus une coloration
livide; le bubon virulent ulcéré est, au contraire, entouré d’une auréole rougeâtre plus ou moins foncée.;Le fond de l’ulcère scrofuleux doit sa couleur gris jaunâtre au tissu cellulaire qui recouvre la surface de la plaie; le fond du bubon ulcéré présente une production pseudo-membraneuse qu’on peut enlever par le grattage. — Dans le bubon virulent, l’ulcéralion fait des progrès rapides pendant les premiers jours, puis elle s’arrête et on ne tarde pas à voir commencer le travail de cicatrisation. Rien de semblable ne s’observe dans l’ulcération scrofuleuse. — L’ulcère scrofuleux repose sur un amas volumineux de glandes engorgées et trèsdures, l’ulcère syphilitique sur une simple couche celluleuse sans hypertrophie des ganglions inguinaux. — Enfin le bubon syphilitique ulcéré à sa période de progrès ou d’état fournit un pus inoculable ; le pus de l’adénite scrofuleuse ulcérée n’est inoculable à aucune période de son développement.
Il est bien entendu que le traitement de l’adénite inguinale scrofuleuse exige l’emploi de tous les moyens propres à modifier la constitution, les toniques, les amers, l’iodure de potassium, l’huile de foie de morue, etc.
Quant aux moyens locaux, ils ne diffèrent pas notablement de ceux que nous avons conseillés contre l’adénite inguinale simple et le bubon vénérien.
Au début, coups de scarificateur tous les deux jours sur la tumeur, frictions toutes les deux heures avec la pommade à l’iodure de potassium. — Quand la tumeur est arrivée à suppuration, ouverture de l’abcès à l’aide du scarificateur, lavage, séton perforé, canules en Y, douches, pansement par occlusion.
L’observation suivante fournira un exemple de l’usage que nous faisons pour le traitement des engorgements ganglionnaires d’une méthode désignée par nous sous le nom d 'Eventration des ganglions , opération qui consiste à pratiquer avec le bistouri et à plusieurs reprises dans le cours de la maladie des ponctions larges et profondes.
Obs. 698. — Tumeur adénitique scrofuleuse de Vaine droite. — Eventration des ganglions. Dégorgement rapide de la masse glandulaire. — Decliaumont (Théophile), 26 ans, limonadier, est entré, le 6 avril 1854, à l’hôpital Lariboisière, salle Sainte- Jeanne.
Ge jeune homme, d’un tempérament lymphatique très-nettement accusé, s’est aperçu vers le 15 mars 1854, de l’apparition d’une tumeur dans l’aine droite ; mais comme il n’en résultait pour lui ni douleur, ni gêne à la marche, il ne s’en inquiéta point. Cependant l’engorgement augmenta, des phénomènes d’inflammation se manifestèrent et la douleur fut assez vive pour que le malade se décidât à entrer à l’hôpital.
6 avril. — La tumeur présente le volume du poing environ et forme une masse bosselée, inégale, non fluctuante, sans changement de couleur à la peau. Ni blennorrhagie, ni chancre, ni solution de continuité d’aucune espèce sur le membre inférieur correspondant. Éventration des ganglions engorgés au moyen de ponctions à l’aide du bistouri ; repos,
cataplasmes et frictions toutes les deux heures avec la pommade à l’iodure de potassium.
Ce traitement a été continué pendant près de cinq semaines avec persévérance. 29 ponctions ont été faites sur la tumeur en sept séances différentes-.
il mai. La tumeur est réduite au volume d’un œuf de pigeon. État général excel-
lent. Le malade sort.
Dans le cas que nous allons rapporter, le lavage, l’occlusion et le drainage nous ont permis de triompher d’un abcès scrofuleux aigu à forme ulcéreuse qui menaçait de prendre une extension fâcheuse.
Obs. 699. — Abcès adénüique inguinal scrofuleux aigu à forme ulcéreuse. — Evacuation du foyer. Lavage. Occlusion. — Jacquet (Catherine), 13 ans, rue du Faubourg- Saint-Antoine, n° 99, est entrée, le 31 mars 1852, à l’hôpital Saint-Antoine, pour un abcès de l’aine.
Depuis un mois la malade ressentait des douleurs dans cette région. Aujourd’hui le pus est réuni en un foyer de 4 à 5 centimètres de diamètre. La peau est amincie et d’un rouge livide. Le foyer est évacué au moyen du scarificateur ; lavage, occlusion.
3 avril. — Nouvelle accumulation de pus dans le foyer ; lavage, occlusion.