La malade sort en pleine voie de guérison
Art. 4. — Tumeurs rarcincuscs rte l'aine.
Parmi les tumeurs de l’aine auxquelles peut donner lieu le farcin chez l’homme, il faut distinguer les adénites, les collections purulentes et les tumeurs sanguines.
1° Tumeurs adénitiques. — Chez les sujets atteints de farcin les ganglions de l’aine sont quelquefois tuméfiés, rougeâtres, ramollis. II peut môme arriver que ces adénites arrivent à suppuration. Nous en avons rencontré un cas fort remarquable à l’hôpital Lariboisière. Xroyez l’observation de Tabuot, art. Adénite farcineuse, Suppuration dans les tissus.
2 Collections purulentes. — On en distingue deux variétés, les unes offrant tous les caractères du phlegmon, les autres se comportant à la manière des abcès froids.
Les tumeurs phlegmoneuses, ordinairement profondes, sous-aponé-
Üo4 PART. III. — DE LA SUPPURATION DANS LES ORGANES.
vrotiques, donnent lieu à des douleurs très-vives et s’ouvrent spontanément dans un temps assez court.
Les collections purulentes à marche chronique occupent généralement le tissu cellulaire sous-cutané et les plans musculaires superficiels. Elles se forment avec une extrême rapidité, comme d’emblée et sont fluctuantes dès le début; mais la fluctuation qu’elles présentent est obscure et pâteuse. Rarement douloureuses, elles peuvent persister plusieurs mois sans s’abcéder, et ce n’est qu’au bout d’un certain temps que la peau qui les recouvre prend une couleur violacée.
Les collections purulentes farcineuses de l’aine ont un volume qui varie depuis celui d’une noisette jusqu’à celui du poing. Le pus qu’elles renferment, bien lié, épais, jaunâtre, louable en un mot dans la forme aiguë, est ténu, visqueux, grisâtre, filant, semblable à du lait caillé dans la forme chronique.
3° Tumeurs sanguines. — Les tumeurs farcineuses inguinales peuvent ne renfermer qu’un mélange de pus et de sang, ou même du sang pur. Rien pendant la vie ne peut faire distinguer ces tumeurs sanguines des collections purulentes, non ouvertes.
Les diverses tumeurs farcineuses de l’aine, qu’elles soient ouvertes spontanément ou par l’art, restent généralement fistuleuses et fournissent pendant un temps fort long un pus de mauvaise nature.
Quelquefois même, en dépit des traitements les plus méthodiques, l’abcès revêt une forme ulcéreuse qui rappelle l’aspect du bubon virulent et de l’ulcère scrofuleux. La peau se décolle, se détruit. Tantôt le foyer est baigné d’un pus sanieux, tenace et visqueux, lequel se concrète en croûtes épaisses, tantôt il est rouge, saignant et très-douloureux. Les bords sont saillants, calleux, épais, noirâtres, lardacés, ou bien au contraire ils sont minces et saignent au moindre contact.
L’ulcère farcineux a rarement de la tendance à s’agrandir, dit M. Tardieu; mais il en a encore moins à se cicatriser et il est toujours rebelle.
Il serait souvent très-difficile de distinguer l’abcès farcineux de l’aine du bubon virulent ou de l’ulcère scrofuleux inguinal, si l’on n’avait pour se guider les commémoratifs et les accidents concomitants. Dans le cas donc où l’on n’aurait pu fixer le diagnostic par le seul aspect des parties malades, on ne négligera pas d’interroger avec soin les antécédents. La préexistence d’un chancre ou d’une blennorrhagie, la possibilité d’inoculer le pus de l’abcès ne laisseront pas de doute sur l’existence d’une infection syphilitique et par conséquent sur la nature vénérienne de l’abcès. Son caractère strumeux au contraire sera établi par les nombreuses concomitances auxquelles donne lieu la cachexie scrofuleuse, hypertrophies ganglionnaires, altération des os, maladies de la peau, des yeux, du nez, des oreilles, etc. Enfin la coexistence d’abcès multi-
6bî»
pics siégeant particulièrement sur les membres, dans le sens de la llcxion et au niveau des articulations, l’exercice des professions qui exposent particulièrement à contracter le farcin, celles de palefrenier, de coiroyeur et l’absence des divers accidents qui caractérisent soit la syphilis, soit, la scrofule, conduiront à admettre que l’abcès inguinal est bien réellement de nature farcineuse.
Le pronostic de l’abcès farcineux est grave en ce sens que la maladie sous l’influence de laquelle il se produit est généralement reconnue incurable. Les cas très-rares de guérison consignés dans nos recueils scientifiques ont été pour la plupart contestés.
Le traitement sera celui que nous avons déjà indiqué pour l’adénite scrofuleuse inguinale suppurée et pour le bubon vénérien.
Art. 5. — Alités «le l'aine par corps étrangers.
Lorsque des corps étrangers introduits dans l’estomac se frayent une issue au travers des parois abdominales, c’est presque toujours à l’aine qu’ils apparaissent, en raison de la position déclive de cette partie et de la propulsion des viscères abdominaux sous l’influence des mouvements respiratoires. Voici quelques cas de ce genre.
Paré dit que clés voleurs firent avaler de force à un berger un couteau long d’un demi-pied ; il se fit, plus de six mois après, un abcès à l’aine d’où le couteau fut retiré par un chirurgien nommé Guillemet.
Un malade admis à l’hôpital de la Marine deRochefort portait à l’aine droite un abcès du volume d’un œuf de poule. — Délayé ouvrit la tumeur et y trouva une épingle assez grosse et longue comme le doigt, épingle que le malade avait avalée quelque temps auparavant ( Mém . acacl. de chir., t. I, p. 418).
Un fait semblable se trouve dans Ruysch, avec cette différence que la malade qui avait avalé l’épingle rendit pendant quelque temps des matières stercorales par la plaie.
On voit dans le même mémoire ( loc . cit., p. 421) qu’on retira aussi par l’aine et à la suite d’un abcès une arête de poisson qu’un homme avait introduite dans son estomac.
Enfin un dernier fait est relatif à un paysan qui, ayant mangé très-avidement une grande quantité de cerises avec leurs noyaux, fut atteint d’une constipation si opiniâtre qu’on ne put par aucun moyen rétablir la liberté du ventre. Ces noyaux s’ouvrirent d’eux-mêmes un passage dans l’aine droite et le malade guérit.
On a vu des calculs biliaires se faire jour par la région inguinale au moyen d’un travail suppuratif. — Copeland a publié dans le troisième volume des Transactions médico-chirurgicales une observation dans laquelle
on voit qu’un abcès qui s’était ouvert à l’aine resta longtemps lisluleux, jusqu’au moment où il fut possible d’extraire avec des pinces un calcul biliaire engagé dans le trajet de la fistule. L’auteur de cette observation pense que ce calcul avait perforé le cæcum.
L’aine est quelquefois le siège d’abcès urineux,qui résultent d’une infiltration lente de l’urine à travers une solution de continuité de l’urètre. Le liquide urinaire, gagnant de proche en proche, peut arriver jusqu’à l’aine et y déterminer une tumeur d’un volume variable, mais en général fort dure au début. Puis, les tissus s’enflammant, un abcès se forme qui présente tous les caractères des abcès urineux. — Ces sortes de dépôts donnent souvent lieu à des décollements considérables, ainsi qu’on peut le voir dans une observation rapportée par M. Civiale ( Traité des mal. des organes gén.-urin., 1. 1, p. 365). «Un stylet introduit par l’une des listules de l’aine gauche pénétrait jusqu’au rebord des fausses côtes et à l’appendice xiphoïde, les téguments, qui n’avaient pas changé de couleur, se trouvaient isolés dans une vaste étendue. »
A l’occasion des abcès urineux de l’aine, nous devons rappeler qu’un déplacement partiel de la vessie a pu donner lieu à de graves erreurs de diagnostic.
Plater rapporte qu’ayant à traiter un pécheur de Bâle, mis en danger de mort par une rétention d’urine qui avait résisté à tous les moyens, il découvrit dans l’aine une tumeur qu’il se mit en devoir d’opérer. Mais à peine l’instrument fut-il plongé dans la tumeur qu’on vit l’urine en jaillir avec impétuosité. La tumeur était formée par la vessie déplacée (Verdier, Mém. de l’Ac. dechir., t. II, p. 10).
Un autre chirurgien, voyant une tumeur inguinale circonscrite fort dure, sans changement de couleur à la peau, la prit pour un bubon vénérien induré. Après un long emploi des émollients, il se détermina à appliquer un caustique sur la tumeur et à inciser ensuite l’escbare; mais quel fut l’étonnement de ce chirurgien lorsqu’il aperçut une pierre dans le sac qu’il avait ouvert! C’était un calcul urinaire, et le sac n’était autre chose que la vessie faisant hernie dans l’aine (Verdier, loco cit.).
Ar(. «. — Al»ci*s fie Taine par Inflammation Herniaire.
Les abcès inguinaux qui résultent du développement d’un travail inflammatoire dans des parties herniées peuvent reconnaître des causes très-diverses. Le cas le plus fréquent est sans contredit celui dans lequel, l’étranglement de l’intestin n’ayant pas été levé, il y a eu gangrène, perforation de cet intestin, et écoulement de matières fécales dans le sac herniaire.
Quelquefois c’est à la suite d’une contusion ou de l’étranglement de l’épiploon hernié que l’abcès se développe. Richter rapporte qu une épiplocèle ayant suppuré à la suite d’une contusion, la tumeur devint fluctuante. Le chirurgien qui l’examina crut y rencontrer les caractères d’une hydrocèle; une ponction faite avec un trois-quarts évacua presque une pinte d’un liquide brun, sanieux et fétide. — (Richter, traduct. de Rougemont, p. 455 et suiv.)
R ne faudrait pas croire que tout abcès inguinal communiquant avec le sac herniaire provînt nécessairement de ce dernier. — Quelquefois l’abcès est idiopathique et ne s’est ouvert que consécutivement dans le sac.
Un marinier ayant fait une longue rputeavec quarante gros écus dans son gousset, lesquels lui comprimaient la région inguinale, eut un abcès dans cette partie. — On fit l’ouverture de la poche qui renfermait le pus et l’on vit avec surprise qu’outre l’abcès qui était primitif, il y avait une hernie dont le sac avait été perforé. — On fut obligé de pratiquer l’opération de la hernie. — (A. Bérard, Dict. en 30 vol., art. Aine , p. 54.)
Il est arrivé plus d’une fois qu’un abcès simple de l’aine en ait imposé pour une hernie étranglée. — Les faits suivants en fournissent la preuve.
Un homme avait une tumeur très-douloureuse à l’aine et au scrotum. Elle était venue brusquement ; on la regarda comme une hernie étranglée. On opéra; mais à peine eut-on incisé la peau qu’il s’écoula une grande quantité de pus de bonne nature. On ne trouva pas le moindre vestige de hernie et la guérison fut prompte. (Bérard, loc. cit., p. 50.)
Dans l’observation suivante émpruntée à la thèse de M. Therrion ( Thèses , Paris, 1830), un abcès développé dans un sac herniaire vide fit naître tous les symptômes d’une hernie étranglée.
Une femme portait à l’aine une tumeur du volume d’un gros œuf de pigeon, dure, irréductible, douloureuse au toucher, accompagnée de nausées, hoquets, vomissements, constipation. — Sanson opéra cette tumeur avec les précautions que réclamait une hernie. — La ponction du sac fut faite; du pus s’en écoula; l’incision agrandie, tout le liquide purulent fut évacué : il n’y avait ni intestin, ni épiploon dans ce sac qui ne communiquait que par un canal étroit avec l’abdomen. — Les accidents disparurent après l’opéralion.
Nous rapprocherons de ce fait l’observation suivante, qui est aussi un cas de suppuration dans un ancien sac herniaire. — Les phénomènes d étranglement n’avaient pas été très-considérables. — Toutefois , comme la malade avait eu anciennement une hernie et qu’elle se présentait a nous avec les symptômes d’une hernie épiploïque suppurée,
6Li8 PART. 111. — DE LA SUPPURATION DANS LES ORGANES.
nous dûmes opérer comme pour la kélotomie, et nous eûmes quelque surprise en ne trouvant rien autre chose qu’un kyste purulent dans le canal inguinal. Le kyste était biloculaire.
Obs. 700. — Ancien sac herniaire inguinal déshabité et complètement oblitéré du côté
de l’abdomen; suppuration à l’intérieur de la pseudo-hernie. Opération; guérison.
Lépine (Adeline), 29 ans, blanchisseuse à Bercy, rue de la Brèche au loup, 4, entre à l’hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Marthe, 8.
Cette femme dit qu’il y a quinze ans, au moment où elle faisait un effort considérable pour soulever un baquet d’eau, il lui survint tout à coup dans l’aine du côté droit une grosseur. Elle a porté anciennement un bandage. Toutefois, d’après les autres circonstances du récit fait par cette malade, il est facile de juger que primitivement elle a été atteinte d’une hernie formée d’intestin et d’épiploon. Depuis huit jours des douleurs assez vives ont commencé à se manifester dans la région inguinale droite.
A son entrée dans les salles, au commencement d’avril 1857, cette malade présente l’état suivant :
Tumeur de la grosseur d’une orange dans la région inguinale droite. La peau est rouge, tendue, extrêmement douloureuse à la pression. Parla palpation, on s’aperçoit que celte tumeur se prolonge jusqu’à l’orifice inférieur du canal inguinal dans lequel elle s’engage. Pas d’accidents généraux, pas de vomissements ; la malade est allée à la selle la veille de son entrée à l’hôpital.
Opération. — M. Chassaignac fait une incision verticale intéressant à la fois la peau et le tissu cellulaire sous-cutané. 11 renverse en dehors les deux lèvres de la plaie et les dissèque attentivement. Une artériole est divisée et liée immédiatement. Le bistouri pénètre ensuite dans l’intérieur d’une poche d’où s’échappe d’abord un liquide jaune-citron semblable à de la sérosité, peu abondant, puis du pus très-concret. Les parois du sac sont épaisses et donnent à la coupe la même sensation de résistance que du tissu fibreux. Cette cavité étant vide, on ne trouve aucune trace de hernie ni ancienne, ni récente; mais à la partie supérieure de la paroi externe il existe une seconde tumeur plus petite, dure, arrondie, résistante. Est-ce un sac herniaire, contenant une portion d’épiploon? Non, car en l’ouvrant il s’échappe une matière jaune, presque gélatiniforme, que l’on pourrait comparer à de la synovie. L’examen de l’intérieur de cette seconde poche ne fait reconnaître aucune communication avec la cavité du péritoine.
11 est évident qu’il n’y a pas de hernie, mais un ancien sac herniaire qui depuis un temps plus ou moins long s’est oblitéré à son orifice et a cessé d’avoir aucune communication avec l’intérieur de l’abdomen. Cataplasmes.
17 avril. — La malade se plaint de douleurs s’irradiant dans tout le ventre et jusque dans les reins. Insomnie pendant la nuit. Cataplasmes ; julep avec sirop de morphine ;
18. — L’eau de Sedlitz a produit cinq ou six selles; plus de douleurs dans le ventre ; pas de fièvre; appétit. Cataplasmes.
24. — Les lèvres de la plaie sont roses ; elles bourgeonnent et commencent à se rapprocher; la suppuration est de bonne nature; plus de douleurs.